Les Cercles Vicieux I, (2)

Irak et l´enjeu américain

-          A propos, dit Charles après quelques instants de silence, que penses-tu, Lou, la guerre d´Irak, quelle était, où est son enjeu réel ?

Dans cette question Charles ne voulait pas seulement changer de propos, il voulait réellement savoir ce que Lou savait à ce sujet, ce qu´il pensait et comment il arrivait toujours à ses brillantes conclusions ; peut-être arriverait-il à le surprendre en plein défaut d´information. 

Lou sortit de ses pensées et fixa longuement Charles, puis il lui demanda :

-          Tu veux vraiment savoir la vérité ?

-          Toute la vérité et rien que la vérité, je t´écoute.

-          Le contexte d´abord : depuis la première guerre du Golf où les américains ont regretté

de ne pas avoir tué Saddam Hussein, ils ont, avec l´aide de l´ONU instauré un embargo, qui pour utile fut-il pour freiner les ambitions militaires du dictateur, n´a atteint que la population et principalement les femmes et les enfants. Bref, la question était : comment se débarrasser d´un embargo dont on savait qu´il avait plus fait de mal que de bien sans perdre la face, et au besoin du dictateur lui-même ? La procédure d´assassinat d´un chef de gouvernement n´était pas encore trouvée aux Nations Unies. Une nouvelle résolution donnant plus de droit à l´intervention militaire des Etats-Unis et de son allié hégémonique, l´Angleterre, ne va pas trouver de partisans au sein du Conseil de sécurité, malgré les fausses preuves présentées et par les Etats-Unis, et par le pays du  fairness, l´Angleterre. Les pays tels la France, l´Allemagne, l´Union Soviétique, la Chine, ne comprennent pas la belligérance soudaine des « alliés » de l´intervention armée, d´autant que la résolution 1441 avait instauré un contrôle permanent de l´arsenal irakien, et que jusque là aucun manquement grave n´était à déplorer. Et malgré une massive protestation dans le monde entier et l´éloquent discours de monsieur De Villepin, les « alliés » vont attaquer et s´emparer de l´Irak sans le consentement de l´ONU.

-          Jusque là tout à fait d´accord avec toi. Brillante cette intervention De Villepin, rayonna Charles, flatté.

-          Oui, absolument ; cette élégance rappelait les anciennes dissertations humanistes où des thèmes tels la liberté, le droit à l´autodétermination, la paix et le respect de la souveraineté d´un Etat avaient encore un sens, dit Lou sarcastique. Puis il ajouta, amers : à croire que l´esclavage, la colonisations n´avaient jamais eu lieu…enfin ; De Villepin rappelait au moins qu´il y avait une portée morale et éthique aux vœux des Nations Unies.    

-         Pas aujourd´hui ? demanda Charles

-          Non, la preuve : la leçon irakienne en témoigne.

-          Eh, bien ; je suis que plus curieux de ta conclusion…

Les serveurs chinois, discrètement, s´enquirent du paiement de la facture. Charles leur donna un gros billet et d´un geste qui voulait dire : surtout ne nous interrompez plus, commanda un dessert pour tout le monde, ou une boisson, n´importe quoi, pourvu qu´on le laissa un moment en paix. Et se tournant vers Lou, il dit :

-          Je t´écoute, grand guerrier ; tes conclusions sont toujours intéressantes. Parle.

En riant, Lou continua :

-          La question est : qu´est-ce qui pousse les américains à coup de preuves fabriquées avec peu de respect pour les Nations Unies à vouloir à tout prix attaquer l´Irak ? Est-ce le ressentiment issu de l´affront du 11 septembre, qui cherche aveuglément à trouver un ou des coupables, afin de réhabiliter la suprématie américaine dans sa fierté blessée ? Est-ce, aux temps où l´Etat américain, noyé par un déficit financier exorbitant, un moyen ou plutôt une occasion de s´emparer de la commercialisation du pétrole Irakien et  de s´assainir dans la reconstruction de ce pays en privilégiant les sociétés américaines lésées dans le partage des contrats d´exploitations des puits de pétrole irakien par les français, les russes et les chinois ? Ou cette guerre répond à la stratégie qui, au moment où l´Etat palestinien devient de plus en plus probable, consiste à abattre tout état arabe pouvant par sa richesse, sa prospérité ou son armée, présenter un danger pour Israël, le bras droit de l´impérialisme américain, l´enfant chéri du Pouvoir Blanc ?

-          Un peu tardif, cet amour du juif…souffla Weja.

-          Oh là là, dit Charles en se tenant la tête, ce jeune homme me fascine…je suis tout oreille.    

Les glaces furent servies.

-          Parle, mon grand, tu m´intéresse, insista Charles.

Lou ne se fit pas prier deux fois, il reposa sa cuillère et enchaîna :

-          Qui veut noyer son chien l´accuse de rage, la pratique est bien connue ; ce que les Anglais et les américains vont produire rappelle la fausse agression du Vietnam ou l´ignoble attaque allemande sur la Pologne ouvrant sur la deuxième guerre mondiale - rappelons à toute fin utile que la fausse mise en scène de la guerre du Vietnam qui avait enflammé ce conflit avait été mise au point par un certain capitaine Colin Powell -mais qu´est-ce qui a changé cette fois-ci ? Cette fois-ci, le gouvernement de Washington, contre toute attente, son Sénat, à l´unanimité de ses membres démocrates et républicains, sans trop vouloir contrôler les preuves avancées par la CIA, va donner les pleins pouvoirs au gouvernement pour l´usage de la violence et même de la bombe atomique pour agresser un membre de la communauté internationale sans tenir compte de l´ONU. Triste démocratie qui se laisse leurrer, ou n´était-ce qu´une mise en scène que les lobbyiste de l´armement et les stratèges de l´hégémonie américaine avaient mis en place pour tromper le peuple américain et les autres tout en sachant pertinemment bien que tout cela n´était qu´un théâtre ?

-          Tu veux dire que dans cette histoire, il ne s´agissait pas de déposséder un dictateur du pouvoir ?

-          Exactement, dit Lou. Les français et tous les autres l´avaient déjà compris. Même Kofi Annan l´a compris. Mais devant la puissance militaire américaine, qui aurait osé s´opposer au parjure ? Tout le monde a été mouillé dans cette affaire, brusqué, ravalé à sa plus petite expression : l´impuissance. La France a essayé de rassembler l´Afrique derrière elle, elle y a réussi, mais ce poids n´était pas assez pesant pour raisonner les américains enfermés dans la logique de leurs intérêts. Une chose est devenue claire : la plus grande démocratie blanche de la planète ne respecte pas elle-même le droit international ou le droit des gens. Et pour tous ceux qui se serviront plus tard de ce précédent, la porte est ouverte au parti pris. Quand à la France, elle a perdu plus de crédibilité qu´elle ne le pense : la prochaine fois qu´elle ira prêcher en Afrique ou ailleurs, on lui dira que le Pouvoir Blanc dont elle fait partie, se moque toujours des petits pays, et qu´il ne servait à rien de chanter les louanges de jeux truqués.

Quand à dire que les irakiens possédaient la bombe atomique ou quelques armes biochimiques ; les américains ont beau transformer le désert irakien en fromage suisse, ils savaient dès le départ que ces armes avaient été détruites ou n´existaient pas, sinon les anglais et les américains n´y auraient pas envoyé leurs soldats. A moins d´ouvrir encore une fois la boite à malice qui fabrique de si belles fausses preuves. Attention, cette fois on y regardera de près. Ce ne sera pas comme avec la fille de l´ambassadeur du Koweït au Etats-Unis que la CIA instrumenta avec de fausses allégations de femmes éventrées et de prématurés arrachés des unités de couvée devant le Sénat américain pour pousser l´honorable assemblée à préconiser la première guerre contre l´Irak. Faux et usage de faux : tous les moyens sont bons lorsque l´Amérique veut atteindre ses buts. 

-          Tonnerre, et l´après guerre ?

Lou se mit à rire, ainsi que Weja ; les autres suivirent

-          Pourquoi riez-vous ? demanda Charles surpris

-          Parce que c´est l´heure des crocodiles, dit Weja

-          L´heure des crocodiles ?

-          Mais oui, l´heures des faux compromis qu´on vend au monde entier comme une victoire du droit ou de la justice ; en réalité, l´après guerre dépendra de la grandeur du gâteau qui sera concédé par les américains à la France, aux russes et à la Chine, à tous les autres. Quand au peuple irakien, rien ne le sauvera désormais de la colonisation, à moins qu´il ne se débarrasse lui-même des américains, qui alors découragés, laisseraient  à l´ONU la gestion des dégâts. Et quand bien même, les institutions auxquelles l´ONU ferait appel sont dominées par les intérêts américains ; ce serait un camouflage parfait, mais pas aussi sûr que si les américains eux-mêmes dirigent et contrôlent la reconstruction d´Irak. En ce moment, vu les escarmouches répétées, la perte de plusieurs soldats, le scandale des tortures, le retrait espagnol, les américains veulent faire des concessions à l´ONU, en vérité se cacher derrière elle pour poursuivre leurs buts économiques et stratégiques. La question est l´ONU se laissera-t-elle vendre à bas prix ?   

-          Tout cela devant les yeux ouverts du monde entier !  S´étonna Charles

-          Exact, dit Lou ; avec deux noirs comme avocat du diable : Powell et Rice.

-          Deux noirs… ?

-          Mais bien sûr, ou crois-tu que ce choix est du pur hasard ? Colin Powell représente Gulfstream Aerospace et AOL/ Time Warner ; son fils Michael était le seul membre de la FCC (Federal Communications Commission), ce n´est donc pas étonnant qu´AOL jouit du monopols « Instant Messaging » technologie. Quand à Condoleeza Rice, elle représente Chevron, Charles Schwab, Transamerica et conseille la J.P. Morgan. Tous deux avaient déjà pris part dans le cabinet de papa Bush. Ainsi par ailleurs que Dick Cheney dont on sait qu´il est sur la liste de paie des marchands d´armes, et de Halliburton le lobbyiste du pétrole. Petite remarque en passant : Dick Cheney a voté contre la libération de Mandela au sénat américain. 

-          Oh là là, dit Charles en se fermant les yeux. Tu es sûr…

-          Absolument. Nous pouvons parier, si tu veux, dit Lou.

-          10 mille dollars, je tiens ; dit Charles dépité.

-          A tes risques et périls, tu as déjà perdu, lui jeta Weja.

-          Tu crois vraiment que l´Europe va coucher ?

-          Je crois fermement que vu l´énorme déficit financier de la France, de l´Allemagne… de la majeure partie des pays européens acculés par la crise de croissance économique actuelle, et si les américains ouvraient leur marché plus généreusement aux produits français, on sait que les rapports commerciaux américano- français n´ont jamais été très chauds, si les contrats faits jadis entre le gouvernement de Saddam Hussein et les sociétés françaises sont pris en considération, et si pour finir, la France, c à d les sociétés françaises sont associées à la reconstruction de l´infrastructure irakienne moyennant forte rémunération ; j´en suis certain, la France, l´Allemagne, toute l´Europe accourrait. Business as usually. Après tout, à quoi cela servirait-il de bouder ses propres intérêts, quand on est innocent. Mais il y a un autre scénario, puisque nous en sommes aux hypothèses…

-          Ah, et quelle est-elle ? Demanda avec empressement Charles.

-          Eh, bien, commença Lou, depuis qu´Arafat est mort, cette hypothèse prend de plus en plus de valeur…Les Américains pourraient confier, ou essaieraient de confier à la Communauté Européenne de se substituer à elle dans le bourbier irakien qui, de jours en jour, lui fait perdre la face et l´estime arabe par l´accroissement des actes de révoltes et de terrorisme provoqué notamment par l´animosité au fondamentalisme chrétien et l´autocratisme impérialiste que convoie le gouvernement Bush. Le comble est : au plus la campagne irakienne sera meurtrière pour les irakiens, au plus leur distance vis-à-vis des américains s´accroîtra. Autant dire que l´amitié sera, après les hostilités, plutôt froide. Mais voilà : la Communauté Européenne est non seulement irritée par le solisme par trop militariste américain, il l´est aussi parce que l´Amérique a brusqué l´ONU, et créé dans une région géopolitique plus proche de l´Europe que des Etats-Unis, un champ d´abeilles indésirable. D´autre part, l´Europe qui a toujours entretenu d´excellent rapports avec les arabes, se couvrirait bien de la victoire d´une paix équitable au moyen orient : c.à.d d´un compromis existentiel garantissant autant l´Etat  d´Israël, que l´Etat Palestinien. Le tout, naturellement couronné par une paix irakienne plus réelle qu´artificielle.

-          Oh, dit Charles, ce serait vraiment une bonne chose, cette paix Israélo-palestinienne.

-          Mais voilà, les israéliens, eux se méfient trop des européens ; après tout, ils les ont persécutés et massacrés durant des siècles, et l´holocauste…est encore frais à la mémoire de ce peuple. Par ailleurs, ils ont la main libre avec le pape américain ; pourquoi se confieraient-ils entre les mains de vicaires européens ?

-          Oh, là là…c´est compliqué, hein ? Accepta Charles.

-          Bien plus qu´on ne le pense, reconnut Lou. L´Europe veut le retour à l´ONU, quitte à réformer cette institution afin qu´elle remplisse efficacement son rôle et sa vocation ; l´Amérique, elle, veut se réserver le solisme monothéiste impérialiste qui ne se conforme qu´à ses intérêts propres. Et dans cette affaire de pétrole irakien et de reconstruction du pays, si l´Europe accepte de jouer la carte de bouclier de paix, elle veut aussi en profiter, d´autant que la guerre et le terrorisme a lieu devant ses portes, et que tôt ou tard, ils ne soient priés, au nom d´une solidarité atlantique du Pouvoir banc, à financer la réparation des dégâts ; mais les américains ne veulent pas lâcher leur gibier. Il veulent privilégier les sociétés américaines du pétrole, contrôler l´avenir politique de l´Irak, et s´assainir dans sa reconstruction : trop gourmand ; ce n´est pas dans l´intérêt des Européens, car ils ne seraient dès lors qu´un vulgaire tremplin. Eh, oui, même au sein du Pouvoir Blanc, chacun soigne et préserve ses intérêts.

-          On ne peut tout de même pas ignorer ou faire fi des intérêts des autres, c´est de l´obscurantisme avoua Charles tout à propos.

-          J´oserai dire : arrogance et témérité de la surpuissance. Dit Weja en riant ; quand on pense que l´Amérique est une progéniture européenne, cela doit choquer les européens au plus haut point cet enfant doué, mais rebelle et difficile à convaincre que l´intérêt des autres est tout aussi valable que le sien. Et que dans un vision universelle, nul ne peut placer son intérêt au dessus de ceux d´une coexistence pacifique.

-          Un enfant fait dans par le vice de l´extermination des indiens et l´esclavagisme des noirs…peut-être trop fraîche, son histoire pour une maturité universelle concertée. Mais les européens sont les derniers qui auraient le droit de faire morale ou critiquer les américains, après tout, ils n´ont fait que cela durant toute leur histoire. 

-          Eh, bien… s´exclama Charles. Es-tu sûr… ?

-          Sûr, personne ne peut l´être. On ne peut que faire des hypothèse ; après tout, c´est la France qui décidera, ou du moins la politique française. Mais je vais te confier mon schéma de raisonnement : lorsque tous les européens ont fait le trafic d´esclaves, la France ne s´en est pas privée ; mieux, elle y a excellé. Lorsqu´il s´agissait de faire des colonies en Afrique, la France ne s´est pas retenue par humanisme ou par grandeur morale, elle s´en est mêlée, non sans talent. Même lorsqu´il s´agissait de collaborer avec les nazis et livrer les juifs aux fourneaux crématoires, le gouvernement de Vichy y a participé, même si plus tard Pétain a été exécuté, les morts, eux ne sont pas revenus. Et ce n´est pas pour rien que tous les documents relatifs à cette traîtrise, soient par décret juridique interdits pendant 150 ans : cacher la honte, et donner au temps le loisir d´effacer les traces. Conclusion : dans tous les coups bas de l´histoire, la France, a toujours su préserver ses intérêts les plus étroits.

-          Ce n´est pas une raison pour établir une loi rigide de participation, rejeta Charles, sceptique. Après tout, ne soyons pas aveugle, la France s´est humanisée et affranchie de son étroitesse civile…La France, ainsi par ailleurs que la Grande Bretagne ou la Hollande ont fait montre d´une politique antiraciste efficace, et leur résultats d´intégrations sont louables et conséquents. Ce n´est pas le cas, par exemple en Allemagne où le racisme est toujours à l´ordre du jour et où l´intégration des étrangers est des plus…hésitants.    

-          Tu as raison, Charles ; les étrangers sont mieux traités et respectés en France. Même si les français se plaignent discrètement de ces immigrants qui mangent, parlent avec leurs mains, et usent d´elles plus vite que ne l´autorise le droit civil pour régler leurs différents ;

mais, la création de brigades ou d´une police contre toute discrimination, ou racisme prouve

que le racisme, la discrimination, le mépris et l´exploitation des femmes existent toujours encore en France…malgré la constitution française, malgré liberté – égalité - fraternité. 

Mais le déficit faisant, la crise économique étreignant, la vertu, tu sais… rien n´est plus salaud que la politique. Mais il faut le dire, la France n´est pas l´ONU, ou le conseil de sécurité. La question est l´ONU va-t-elle légitimer une colonisation délibérée d´un de ses membres, et avec quelles raisons, de quel droit ? Si l´ONU se laisse, pour une raison ou pour une autre corrompre, la France ne pourra que suivre, mais l´ONU aura pratiquement cessé d´exister parce qu´elle aura légitimé le meurtre juridique d´un de ses membres auquel elle devait le devoir de protection. Que vaudrait-elle alors ? Une succursale de Washington ? Mais, avouons-le, n´est-ce pas le vœu secret des sociétés oligarchiques financières américaines de remplacer l´ONU par une nouvelle institution contrôlée, organisée par eux, et répondant aveuglément aux moindres de leurs désirs ?

-          Mon dieu, s´écria Charles consterné, pourquoi penses-tu que la France ne pense qu´à ses intérêts et pas à défendre une noble cause : la liberté irakienne…la liberté tout court ?

-          Pour deux raisons : 1. Monsieur De Villepin qui avait tenu un si beau discours à l´eau de roses à l´ONU a été écarté des Affaires Etrangères : l´heure n´est plus ni à la morale, ni à la vertu ; c´est l´heure des compromis d´intérêts. C´est l´heure de la realpolitik ; la vertu et le droit, ça ne nourrit pas son homme avec les américains.  2. A la conférence Union Européenne – Amérique du sud, qui a eu lieu fin mai 2004, l´Union Européenne a usé de toute son influence pour atténuer, dans le communiqué conjoint que les deux parties firent sur la condamnation de la guerre d´Irak et de ses suites indésirables, la vigueur de la volonté Sud américaine qui était d´avis unanime qu´il fallait rigoureusement condamner cet acte de piraterie internationale sans le moindre recul.

-          Tiens, dit Charles circonspect, pourquoi l´Union Européenne défendrait-elle les Etats-Unis ? Curieux.

-          Mais parce que sur la méthode, il y a divergence ; mais pas sur les buts. L´Amérique a encore 11 ans de réserve de pétrole au Texas, l´Europe n´en a que 5 jusqu´à ce que les réserves de la mer du nord ne tarissent. Et silencieusement, mais indubitablement, la Chine s´industrialise ; c´est à dire que sa consommation de pétrole croît de jour en jour…ça va être serré sur les marchés du pétrole et celui des matières premières. D´autant que l´Inde aussi semble boire le pétrole à pleine gorge.    

-          Et le peuple irakien, que devient-il dans tout cela ? Demanda Charles circonspect.

Lou haussa les épaules en signe de résignation et dit :

-          Le peuple irakien est pris en otage en ce moment sous les yeux impuissants de l´ONU. La question est : qui paiera les réparations d´une guerre d´agression ? Si les américains se retirent, ils aimeraient bien céder la place à une ONU qui ne les condamne pas et qui, avec l´aide des pays occidentaux du capitalisme central en mal de croissance, tous ameutés par le gâteau irakien, va organiser un ordre nouveau préfabriqué, pro américain en Irak afin de piller ce pays tranquillement, en « orientant sa liberté économique et politique ». Si les américains restent, la question sera : comment faire payer aux irakiens eux-mêmes le prix de leur soumission, s´assainir royalement dans l´exploitation et la reconstruction de ce pays et asseoir la suprématie ou la domination d´Israël dans cette région pétrolifère stratégique pour le monde occidental ? Et dans cette perspective, la question subsidiaire est comment endormir les autres, ou quelles sont les concessions efficaces à faire taire le droit et éveiller le reste du monde occidental à une aveugle solidarité ? Tout cela n´est valable que si l´opposition que tous qualifient facilement, trop facilement de terrorisme disparaisse.

-          Et si ce n´est pas le cas ? Demanda Weja faussement.

-          Eh, bien…il faudra faire des compromis de paix ; note que ce ne sont pas les irakiens qui occupent l´Amérique, mais l´Amérique qui occupe l´Irak. Si la résistance française contre l´occupation hitlérienne avait été traitée de terroriste, on n´aurait vraisemblablement pas pendu Pétain. Bien au contraire, on lui aurait offert des fleurs. Ce n´est pas le cas, n´est-ce pas ?

-          Mais ces élections…la démocratisation du pouvoir en Irak n´est-elle pas, après la sanglante dictature de Saddam Hussein, une preuve de progrès ? Demanda Charles convaincu.

-          Le problème, lui répondit Lou est qu´on ne se nourrit pas de la démocratie ; par ailleurs, tout homme de bon sens sait que cette forme d´organisation politique du pouvoir n´est ni un placard, ni un recette du genre prêt-à-porter ou à consommer pour faire bonne figure ou satisfaire au conformisme occidental. La démocratie se complait mal de la soumission ; c´est un système de pensées fondées sur la majorité populaire, mais il lui faut défendre ses propres valeurs, sa propre liberté et s´adapter aux changements et aux exigences des temps et des ambitions de la Nation. La liberté, et la réalisation du peuple ; là est le nœud de la démocratie.

-          Hem…Et Israël ? demanda Charles abasourdi.

-          Israël est une problématique difficile à résoudre, mais rappelons-nous d´un incident qui a, pour tout africain, ombragé sa création : par un vote d´un conseil de sécurité infantile qui avait reconnu, après la persécution et le massacre juif par l´Allemagne et les pays antisémites ou les gouvernements qui les avaient aidé, le frais conseil de sécurité décida donc d´octroyer aux juifs un territoire qui leur donnerait sécurité, assurance et souveraineté ; ils leur octroyèrent le territoire de l´actuel Ouganda en 1948…!

-          Pas possible dit Charles ; ce doit être une blague… ?

-          Pas du tout, dit Lou, c´est la vérité pure et simple ; n´eut été la protestation des juifs qui se basèrent sur des documents religieux et historiques, Israël se serait retrouvé en Afrique, sans tenir compte ni des africains, ni de l´histoire : encore une fois la preuve que le Pouvoir Blanc, à force de jouer le faiseur d´histoire ne faisait cas que de sa propre vision autoritaire de

l´histoire humaine…mais était-ce nouveau ?   

-         Et qui fut responsable de cette bavure, cette erreur géographique ? Demanda Charles

-          Qui, sinon les anglais, ces champions du fairness et leur passion douteuse à tracer des frontières selon leur propre plaisir. Après tout l´Ouganda était une de leurs colonie, et ils avaient été des alliés pendant la guerre ; toucher à leur colonie n´aurait pu se faire sans leur consentement, dit Lou.

-          Oh, là là, dit Charles sidéré. Incroyable ! Ajouta-t-il.

-          Puis-je continuer, demanda Weja, voulant terminer sa pensée.

-          Mais bien sûr, dit Charles ; je te suis…

-          Israël a deux handicaps qui lui rendent la vie difficile : le premier est que cet Etat n´a pas d´eau…

-          Comment pas d´eau ?

-          Mais oui, c´est comme je le dis : sans eau. Toutes les réserves d´eau qu´Israël utilise aujourd´hui pour son agriculture, ses usines, ses ménages…Toute cette eau est tirée chaque jour du territoire palestinien. Voilà une des raisons pour laquelle Israël ne veut pas céder les territoires occupés ou faire la paix, parce que ceci voudrait dire que chaque fois qu´un israélien voudra boire, arroser ses fleurs, produire ; il devra demander la permission à un palestinien. Si celui-ci la lui refuse, il devra mourir de soif.

-          Hein, ce ne peut-être qu´une illusion ?

-          Ce n´est pas une illusion, confirma Lou, toutes les réserves d´eau de la région se trouvent en territoire palestinien.

-          Oh, ca va être dur de parler de paix…cette soif, hein !

-          Exactement, dit Weja en continuant ; le deuxième est que dû à cette première situation : la belligérance abusive des israéliens contre leurs voisins arabes. On ne les aime pas beaucoup dans le coin. Et plutôt que de chercher l´amitié, ils préfèrent cacher leur dépendance et jouer le bras de fer.         

Toute cette intervention irakienne est dans l´intérêt d´Israël, qui va mettre le feu aux poudres le moment opportun, faire beaucoup de fumée pour distraire l´opinion internationale et donner le temps à Washington de trouver la stratégie nécessaire à réaliser le plan commun. Sinon, comment expliquer que les Etats-Unis fermèrent, ainsi par ailleurs que toute l´Europe, les yeux sur l´armement atomique Israélien qui, grâce à Mordechai Vanunu plus tard enlevé à Rome par la Mossad et condamné à 18 ans de réclusion pour trahison, en 1986, sur le terrain d´une fabrique textile camouflée, avait développé son programme atomique, qui contait à l´époque, selon Mordechai, entre 100 à 200 bombes nucléaires ! Et on bombarde l´Irak, la Libye, on soumet au contrôle tous les voisins arabes pour les empêcher à tout prix d´arriver à acquérir leurs bombes. Pourquoi Israël n´a-t-il pas été bombardé, ou contraint à abandonner son programme nucléaire ? De quel droit Israël a-t-il droit à un traitement de faveur sinon parce qu´il fait partie intégrante du Pouvoir Blanc ?       

Des pays comme l´Iran, la Syrie vont être mis sous pression politique et économique, et au besoin, par de petites escarmouches ou des accusations débouchant sur quelques embargos si pas officiel, mais efficace des alliés économiques et commerciaux des Etats-Unis, s´ils persistent à développer une bombe atomique. Cuba a été coupé du monde plus de quarante ans, personne n´est venu à son secours au risque de réveiller la colère américaine. Qui m´aime, me suive ; vive la liberté, dit Lou en grinçant.          

-          Le monde libre, hein ! dit Charles en se couvrant les yeux.

-          On pourrait dire, dit Weja en riant, et pour paraphraser Louis XIV : la démocratie, la liberté, c´est moi. Vive l´Amérique !

-          Mouais, grogna Bebo non sans dédain : Wladimir Putin a dernièrement, devant l´accusation de Bush lors de son premier voyage européen après sa réélection de raidir la démocratie en Russie par un « Lorsqu´en 1992 nous avions opté pour la démocratie, nous l´avons fait de nous-mêmes, dans l´intérêt de notre peuple. » (Trad. De l´auteur)

-          Entendez, dit Mito avec ironie : nous ne devons notre souveraineté à personne, quand à notre démocratie, elle doit servir les intérêts du peuple russe, pas celui du peuple américain ou de qui que ce soit.

-          L´expérience de la privatisation hâtive et plutôt inégale sous le grand connaisseur de Vodka  Jelzin avait fait école, ajouta Weja ; 145.000 sociétés de production à vil prix, c´était plus que de l´affront. Chat échaudé craint le froid. Et lorsque le chef de YUKO voulut vendre les actions de sa société aux américains, court procès : il fut mis en prison, sa société saisie et revendue à un consortium d´Etat. Finie le libéralisme escroc. Rira bien qui rira le dernier.

Weja termina sa phrase avec une mimique fataliste.   

-          Oh oui, démocratie et civilisation, reprit Lou. Attaquer la Corée du nord, c´est trop risqué ; on préfère des négociations : ils savent se défendre, cela pourrait faire mal. Mieux vaut utiliser la négociation. C´est la loi de la double morale ; ne survivent que ceux qui savent se défendre. Est-ce nouveau ?

Un silence circonspect plana un court instant à la table. Chacun semblait retiré dans ses propres pensées et à en croire les visages, on se demandait quel pouvait être la question qui  dominait leurs réflexions : était-ce celle d´un passé historique empirique et étroit qui avait versé le monde dans des actes existentiels volontaires douteux et dont l´esprit subsistant ne répondait plus au monde moderne, à une éthique, une morale de coexistence universelle libre et démocratique ? Ou était-ce la question : comment se débarrasser de maux hérités des erreurs de l´impérialisme d´hier, pour ouvrir à un monde plus libre, moins criminel et plus paisible. Ou était l´antibiotique, où était la prophylaxie ?  Ou ces questions n´avaient aucune valeur, le monde devait continuer à faire une confiance aveugle à une domination de l´existentialisme occidental dont on savait qu´il était, dans sa logique égocentrique, incapable de faire autre chose que de se reproduire lui-même, et trop souvent avec des méthodes, une éthique, une morale des plus liés à ses vues, à ses intérêts sans tenir compte de ceux des autres.

-          A propos d´Israël, reprit Weja ; rappelons- nous de leurs agissements en Afrique du Sud : pour déjouer une opinion internationale et américaine néfaste à l´entretien des rapports étroits avec le gouvernement ségrégationniste et raciste de Pretoria, les américains avaient confié la protection de leurs intérêts à Israël qui a entraîné et armé par procuration l´organe militaire de l´apartheid. Mieux, lorsque ce gouvernement décida d´éliminer discrètement les noirs dangereux pour le régime, son choix se fixa sur une méthode discrète : l´assassinat bactériologiques.

Il s´adressa aux services spéciaux occidentaux : la France et l´Allemagne refusèrent ; mais la CIA, le MI15 et le Mossad livrèrent. Ainsi entreprirent successivement les gouvernements de Pretoria à mettre sur pieds un programme tendant à éliminer, à réduire le nombre de la population noire par assassinat systématique. Les laboratoires biologiques de l´Afrique du Sud étaient arrivés à cultiver 45 sortes d´Anthrax résistants à la pénicilline, ainsi que des microbes de salmonelle, de choléra qu´ils mirent généreusement à la disposition du gouvernement de Ian Smith, en Rhodésie dans la lutte contre les indépendantistes de Mugabe et contre ceux de Samora Machel, au Mozambique. Les fermiers rhodésiens blancs firent un usage abondant de leurs nouvelles armes silencieuses : des cours d´eau furent empoisonnés, tuant habitants et bétail et empoisonnant les terres pour 50 ans au moins. Lorsqu´au bout d´une lutte sans merci Mugabe vainquit, craignant un effet de Domino, les autorités de l´Apartheid intensifièrent leur politique d´élimination et de diminution de la population noire; leurs laboratoires étaient parvenus, avec l´aide de laboratoires anglais de Portland, à développer des armes bactériologiques spécifiques qui ne s´adressaient qu´aux gens de couleurs. En manipulant un vaccin de polio fabriqué pour l´Afrique du Sud en Belgique, ils étaient parvenus à stériliser successivement un nombre considérable de la population. Docteur Basson, chef du programme, interrogé par la commission de réconciliation présidée par monseigneur Desmond Tutu, à la question de savoir pourquoi toutes ces atrocités, il a répondu : « j´ai posé la même question à monsieur Botha, lorsqu´il me donna mes ordres, celui-ci a répondu :- je n´ai qu´une seule fille ; si les noirs, un jour, arrivaient à prendre le pouvoir, et si elle me demandait ce que j´avais fait pour défendre son avenir, je sais ce que je lui dirai.»

-          Toi, dit Charles en s´adressant à Weja tu as trop vu la BBC.

Weja se mit à rire, et dit :

-          Sais-tu qu´il y a un survivant incroyable à ces assassinats ? Le révérant Frank Chikane,

qui, même lors de son voyage aux Etats-Unis, a fait l´objet de plusieurs attentats. Niels Knobel, Lieutenant Général et chef chirurgien de l´armée Sud Africaine en a témoigné.   

-          Bon, dit Kuto ; il est peut-être temps de partir, sinon les chinois vont croire que nous sommes des sans logis.

-          Dommage, dit Charles, moi cette conversation commençait à me plaire.

Ils quittèrent le restaurant et prirent le chemin du retour. Tout au long du parcourt qui menait à leur nouvelle résidence, Charles ne fit ni commentaire, ni remarque. Il avait cédé la conduite de la voiture à Lou pour mieux pouvoir se consacrer à ses pensées. Et pendant que le paysage illuminé d´un septembre de feu et d´engouement frappait les ombres lancinantes de la rue, transformant leurs démarches souples et cadencées en une ivre étreinte du soleil auquel chaque pas, chaque mouvement, signait sur les visages et les corps en sueur, une marque indélébile que même le petit vent inquiet qui ballottait, insignifiant et apeuré, aux extrémités des énormes bougainvilliers qui bordaient le boulevard du 30 juin, ne parvenait à assouplir. Et malgré le conditionnement d´air de la voiture, Charles frissonna : si on faisait la somme de tous les méfaits que l´homme blanc avait, sous tous les prétextes possibles et imaginables, sur le long parcourt de son histoire, fait à l´homme noir, quel en serait le jugement ?  Qui oserait donner à tous ces actes perpétrés au vu et au su du monde entier, l´absolution ? Ou l´homme blanc croyait-il que l´homme noir était assez idiot pour se livrer à sa propre destruction avec joie et compassion ? Quand l´homme blanc commencerait-il à comprendre que chacun de ses actes mensongers, criminels, destructifs tressait chaque jour autour de lui un piège dont il devenait difficile d´en sortir ? Peut-on être naïf à ce point pour croire que de l´esclavage naît la liberté, que du mensonge et de la tromperie émerge la vérité ; ou que de la soumission éclot la démocratie ? Combien de temps encore l´homme blanc allait-il essayer de se tromper lui-même, de fausser la vision et les espoirs de tant de peuples en ne leur vendant que l´exploitation unilatérale ou la soumission ; n ´était-il pas temps de cesser de s´enfoncer dans la boue en parlant de paradis ? De croire à un monde de justice où chacun aurait sa place sans que l´homme blanc ou quiconque ne veuille par tous les moyens à s´accaparer de la part qui revenait aux autres ? Est-ce vraiment là notre sens de la démocratie, est-ce vraiment là notre sens de la liberté ? Démocratie et liberté uniquement sous la compréhension et l´entendement des pays du Pouvoir Blanc ?

Et tandis que l´Europe, gangrenée par le chômage, frappée par une baisse de natalité inexplicable, que ce fut en France, en Allemagne, en Pologne ou en Russie ; et malgré une audio visualisation intensive, et presque abrutissante du sexisme; rien n´y faisait : la population blanche sur la terre avait commencé, sans aucune intervention extérieure, à diminuer sensiblement, pendant que sa longévité, elle, augmentait. Cela pourrait devenir un collapse pour la civilisation européenne ; quand on sait que par rapport à tous les peuples de la terre, les conditions économiques et sociales pour élever un enfant, de le faire croître dans le bien-être, étaient plus favorables en Europe, qu´en Afrique ou en Asie, on se demandait ce qui  poussait l´homme blanc à restreindre ses propres ressources humaines. Etait-il arrivé à la conclusion que le monde entier, sous son joug travaillerait pour lui, même dans son propre lit ou fallait-il encore trouver dans les exilés, les arabes immigrés ou les africains ceux qui viendrait, avec une intégration superficielle, faire des enfants à l´Europe ?

Ou la race blanche, par une excessive détérioration de son équilibre intérieur, était parvenue à détruire son propre instinct de survie ? Sont-ce les machines qui veilleront sur les invalides, les malades, écriraient des pièces de théâtre pour témoigner de la culture, ou chanteraient l´amour, l´espoir, le courage, l´amitié : les vertus du peuple ? Après tout on pouvait s´imaginer que des enfants pourraient être produits par des machines accoucheuses ; mais qui les aimerait ; ou ces enfants seraient du genre qui vivraient sans amour ? Des êtres sans cœurs…dangereux. Surtout si on leur demandait de soigner et de veiller avec amour sur la nombreuse clientèle des homes surabondés pour vieillards, eux qui ne savaient pas ce que ce sentiment signifie. On ne peut donner que ce qu´on a reçu…On se demandait si la soudaine tolérance raciale occidentale ne cachait pas, en réalité, une évidence de rajeunissement génétique qui rapportait à l´occident de la part de la race noire, de la race arabe qui étaient, malgré les difficultés d´intégration, les  bas salaires, de loin plus fructueuses que celles des occidentaux.

Ces nouveaux émigrés faisaient des enfants qui manquaient aux occidentaux …pourvu qu´ils puissent les intégrer pleinement et leur donner des raisons de croire que leurs droits et leurs attentes sont réalisables en Europe, sinon, ce qui grandissait à la périphérie des grandes villes, dans des logements sans conforts, exclus par le chômage, ce ne serait autre que frustration et révolte : le revers de la médaille. Plus d´amertume que de joie.   

Oskar Lafontaine, économe, ex politicien et ministre des finances allemandes ne s´écriait-il pas : « Une machine n´achète pas une auto, elle n´élève pas des enfants dont la vocation est de célébrer la culture d´un état et de défendre ses valeurs éthiques et morales. »

Depuis que la World Trade Organisation avait prédit à l´hégémonie américaine sa fin au plus tard dans les années 2030, on assiste à une offensive désespérée de la par des Etats-Unis tendant plus encore qu´hier, à déjouer l´avènement de la Chine comme première puissance du monde par des actes de violence incompatibles avec toutes les règles que les Etats-Unis eux-mêmes avaient clamé et proclamé comme étant des principes fondamentaux sur lesquels leur propre démocratie était fondée. L´Europe, elle, s´agrandissait afin d´avoir plus de poids sur la balance mondiale des intérêts financiers, commerciaux, militaires. Mais ne fallait-il pas lutter pour un système de valeurs mondial, qui ferait respecter les droits d´un chacun, plutôt que de se taire, de fermer les yeux devant des abus qu´on était capable de réprimer que si ils venaient du tiers monde ou de l´Afrique ? N´était-il pas visible que tout n´était qu´intérêt du Pouvoir Blanc, de leurs alliés et de la loi du plus fort ? Monde aveugle, monde dément, pourvu que le pétrole soit assuré, pourvu que les matières premières leurs soient assurées, sans faire cas de l´avenir ou des intérêts de leurs possesseurs ? L´Europe ne risquait-elle pas de se faire accuser, malgré elle, d´afficher des principes qu´elle n´était, chaque fois que son propre intérêt était en jeu, pas prête à défendre ? Etait-ce un aveu réel d´impuissance face aux intérêts prédominant du Pouvoir Blanc, de valeurs sociohistoriques chrétiennes dont elle faisait irrémédiablement partie ? Ou était-ce somme toute, l´impuissance ; la douloureuse et pénible impuissance face à la surpuissance oligarchique américaine ? Le malaise était sensible. L´Europe, ce n´était pas seulement le plus grand rassemblement de nations guerrières, colonialistes, esclavagistes de la terre, c´était aussi le continent de chercheurs et de penseurs qui, de décennies en décennies, malgré la répression et les poursuites, s´étaient battus pour la liberté, pour les droits des hommes, pour une meilleur humanisme ; tout ce legs moral était-il de nos jours sans valeur ?

Non, bien sûr ; mais pourquoi se taisait-on pudiquement devant les exactions américaines, pour bombarder et faire des embargos à loisir sur les faibles ? Morale sélective ou complicité

douteuse ? Ou était-ce les deux à la foi, sournoisement, au gré des intérêts et des vents géopolitiques.

La nouvelle stratégie de l´OTAN, que les américains dictaient à leurs partenaires, et qui préconisait l´intervention ponctuelle à chaque point de la terre, en forces de police, ne supposait-elle pas que le policier défende le droit, plutôt que ses propres intérêts ? Ou a-t-on déjà vu une juridiction se faire représenter par un ordre douteux ; ou une force de police auto déclarée, poursuivant des intérêts personnels ? Mais où était le droit, et de quels principes se

fondaient sa lettre. Ou chacun avait-il le droit de l´interpréter selon son bon loisir ? Faudrait peut-être se mettre d´accord d´abord sur le principal : les lois et les usages de la convivialité

internationale. A moins que…la loi du plus fort soit toujours la meilleure. Mais dans ces conditions, l´Afrique se devait de vaincre rapidement sa faiblesse chronique. Vite et sans tergiverser ; il en allait de sa survie.      

Charles se retourna vers sa femme, celle-ci lui sourit et serra plus étroitement l´étreinte de sa main sur la sienne. Attendri, il dit tout à coup :

-          A propos, je ne sais pas si je l´ai déjà dit, mais cette année, nous passerons tous la nouvelle année à Bordeaux. Et quand je dis tous cela veut dire les parents y compris.

-          Non, fantastique ! S´écria Bebo en applaudissant.

-          Tous ; demanda Weja, n´y a-t-il pas d´eau à Bordeaux ?

Charles rit sur l´allusion que faisait Weja à son père, et ajouta, nostalgique :

-          Je pense que cela lui fera plaisir de refaire les vieux cafés, de visiter les petits coins

où nous avions rêvé et pleuré ensemble, le ventre creux et l´âme en feu.

En riant, Weja s´étonna :

-          Je ne savais pas que le vieux Kabenj était capable de pleurer, quant à rêver ; oh là là !

-          Tu seras surpris, ton père est le meilleur ami que j´ai jamais eu ; sans lui, je pense que je n´aurai jamais pu terminer mes études ; en matière de survie, c´est un génie. Il savait toujours où nous pouvions aller donner du sang pour quelques sous, à la croix rouge, ou travailler en fin de semaine, ou manger et loger pour la cueillette. Ensemble, nous sommes toujours allés en Allemagne, travailler dans les mines de charbon, pendant les vacances.

-          Mais pourquoi, demanda Bebo.

-          Mais parce que nous étions pauvres, mais nous voulions étudier.

Mito éclata de rire franchement, elle ne s´imaginait pas Charles pauvre, le visage noirci par le charbon et la sueur, déroulant ses huit heures dans une mine de Charbon. Elle lui dit en riant :

-          En tout cas, de vous deux, tu es le seul à ne pas avoir gardé les traces de cette époque.

Charles, comme tous dans la voiture, ne purent s´empêcher de rire aux éclats.

Extraits des Cercles Vicieux    Auteur Musengeshi Katata    Droits réservés

munkodinkonko@aol.com