Les Cercles Vicieux II, (3)

Afrique: qui logera nos rêves aux paupières des étoiles ?

L´existence…Ce cheminement continu et irréversible qui nous menait, par tous les sentiers, par tous les vents, seuls armés de nos sens et de notre volonté à nous réaliser, à accéder à l´apaisement de nos attentes, de nos rêves avec pour tout compagnon une vie fragile, imparfaite, éphémère…ce devoir fabuleux d´être n´était pas seulement un champ d´émerveillement et d´expérience sensible, il exigeait une organisation rationnelle fiable et conséquente à ses buts impénitents : une source limpide, rafraîchissante qui étaya sa soif et permit de lui donner l´équilibre positif dans lequel sa créativité, son sens le plus précieux, s´épanouirait pleinement pour aller à la recherche de l´harmonie. Et entre la faiblesse et la force, la puissance et le manque, la vérité et l´illusion ; entre ce qui est et ce qui doit être, la morale et l´immoralité, la joie et la peine…sa Réalisance n´avait pas sort facile, mais quelle aventure !

Et si la liberté, son plus beau fleuron, exigeait qu´on l´arrosât quotidiennement, de génération en génération de soleil et d´eau pure afin que des fleurs riches et parfumées viennent orner sa parure, il n´en était pas moins vrai que quiconque la privait à un être humain ou la corrompait pour quelque buts obscurs, ne rendait hommage ni à la vie, ni à l´harmonie de l´existence. Tout être humain part du principe que sa vie est la plus chère ; comment en serait-il autrement ? Mais dans le respect des équilibres et des exigences réciproques de l´existence, nous devons tous reconnaître, prendre conscience qu´en dehors de nous, l´équilibre existentiel est plus vaste, plus riche ; c´est donc le respecter que de ne pas rester étroit, borné ou œuvrer incorrigiblement à sa restriction. Certaines personnes peu illuminées croient que la vie étant absurde par sa fin mortelle, on pouvait en user ou en abuser selon son bon plaisir - la civilisation du crime et du gendarme, celle du maître et de l´opprimé, ou celle encore plus méprisante du maître et de l´esclave - ; ceux-là se rendront bien compte que même la paisible nature, l´air pur, le soleil, la pluies qui nous mouille et nous enrhume, est bien plus importante que leurs étroites fantaisies. Et que malgré que nul ne fut là pour les défendre, ils sont tout aussi important pour l´existence que des chaudières invétérées d´usines, ou des échappements polluants d´automobiles enragés ; qu´au-delà de toute limite, tout environnement pur est précieux et irremplaçable. Devant les criants déséquilibres, les incessantes exactions qui ont bouleversé son histoire, l´homme noir avait-il compris qu´il devait se munir de meilleurs moyens rationnels de défense et de réalisation pour lutter contre sa destruction, et protéger son milieu existentiel ou faisait-il le mort en préférant se livrer au sort ingrat que lui réservait ceux qui voudront bien lui reconnaître personnalité historique et droit à l´existence ? N´avait-il pas fait l´expérience que la faiblesse, l´ignorance le détruisait absolument ? Ces enfants qu´on voyait de par le monde, pour mieux engranger les trésoreries de sociétés d´aide et d´aumône internationale dont on sait que la plupart d´entre elles ne poursuivaient qu´un bénévolat étroit, de courte vue ; ces enfants défavorisés du tiers monde qui couraient les rues du matin au soir désoeuvrés, sans buts et sans occupations, ne pouvaient-ils pas aller à l´école pour apprendre un métier et se préparer à un avenir meilleur, ou attendaient-ils l´obole de l´étrangers, plus condamnés que jamais à un vil sort ? Et si l´étranger ne venait pas… ? Ou n´apportait dans son égocentrisme utilitaire que des rêves étriqués, sans humour et sans soulagement ; de ces rêves qui emplissaient les bidonville en Argentine, au Brésil, à Soweto, au Congo, en Palestine, au Maroc, au Soudan… comme des cris d´âmes condamnées à subir les eaux insalubres, la prostitution et la misère la plus rance pour avoir le droit de vivre à l´ombre repoussante de la ville, là où les riches se régalent et réalisent leurs désirs, et de nourrir le sentiment d´être un lépreux ou un perdant auquel leur aumône généreuse, les jours de pompeuse bienfaisance s´abaisserait à leur jeter des miettes. Dans ces trous à même les rats et les infections les plus honteuses où l´exclu cultivait le sentiment qu´il ne devait pas sa vie à lui-même, mais au bon vouloir de quelqu´un d´autre. Est-ce cela la liberté ? 

N´est-ce pas préparer le joug de la dépendance plutôt qu´œuvrer à la liberté que de ne pas entreprendre de mettre dans les mains de ces enfants, de ces jeunes gens les outils de survie, les vrais instruments de liberté qui sont la connaissance, la rationalité et l´amour et la constance du travail afin qu´ils cultivent la volonté créative du changement ? N´est-ce pas protéger la société contre les maux de la criminalité que de donner à chacun les moyens individuels avec lesquels il pourrait œuvrer à son devenir, l´intégrer dans l´architecture sociale plutôt que de le priver de moyens de réalisance ou l´exclure de l´épanouissement de la société, et s´étonner plus tard de le retrouver aux statistiques de criminalité. Chacun le sait : et plus un peuple est ignorant ou analphabète et plus il lui manque les moyens rationnels pour épanouir l´organisation historique de son existence, et partant de se défendre valablement contre les traditions rétrogrades, et contre les ennemis extérieurs.    

La créativité, le sens profond de la réalisance, ne se cultive au mieux qu´en bas âge, afin que la fraîche mémoire puisse mieux assimiler et renchérir, au gré de l´évolution de l´expérience sensible et de la maturité de la personnalité individuelle, les devoirs complexes de l´existence. Pourquoi pense-t-on qu´il était interdit, sous peine de représailles les plus sévères allant jusqu´à la pendaison d´apprendre à un esclave à lire et à écrire ? Apprenez-leur à croire, pas à raisonner ; disait Léopold II à ses missionnaires…un vrai programme de subordination. Ah, ce bon André Malraux qui disait si bien : « Apprendre à lire et à écrire, c´est apprendre à parler avec sa propre voix » ;  quel esprit n´est-ce pas ? On comprend qu´il fut ministre de la culture du grand De Gaule. N´eut été que ce bon monsieur Malraux, à l´époque où il était encore écrivain, avait joué à la pioche pilleuse au Cambodge, dans les ruines d´Angkor, en soustrayant au patrimoine cambodgien deux statuettes Tevoda. Marchal, le conservateur français de ces ruines le fit arrêter peu avant son retour en France, et le contraignit à remettre les statues volées. Triste écart pour un futur ministre français de la culture qui, comme tous les occidentaux, se croyait permis de piller à grands mots de Culture, les patrimoines de tous ceux qu´ils rencontrent. D´où vient donc cette cupidité maladive à la possession de bien d´autrui de membres peu regardant de la civilisation occidentale ? Même en Irak, les premiers actes de bravoure américaine après les bombardements meurtriers et criminels, était de piller le musée national irakien et d´envoyer des témoignages irremplaçables de l´histoire millénaire du peuple irakien aux Etats-Unis. Civilisation ? On se rappelle des « Beutekunst » du national socialisme d´Hitler : un vol de plus de 100 milles des plus belles peintures européenne et juives. Ou des œuvres égyptiennes qui remplissaient les musées en Europe. L´Italie, elle, s´appropria les pierres des ruines du temple sacré de la reine de Saba ; il fallut plusieurs décennies pour qu´elle consentit, enfin, en 2005 à rendre à l´Ethiopie ce patrimoine culturel d´une valeur historique inestimable. Décidément, ce mal de la possession devenait tout simplement honteux. Des êtres humains devaient leur appartenir, des pays entiers, au besoin des continents sans frontières devaient porter leurs bannières, parler leur langue, et accepter leurs principes et leurs usages…La liberté existentielle, appartenait-elle à tous ou était-elle le privilège de l´occident ? Cette Liberté tronquée, à sens unique, est-ce vraiment la liberté ; ou n´est-ce seulement que la version occidentale de la liberté ? Un vice de forme ou un vice de fond ? Ou était-ce les deux à la fois ?

L´Afrique n´avait-elle pas assez d´avoir souffert de l´esclavage arabe ou occidental, de la colonisation et de son legs dévorant : l´exploitation inhumaine ; de voir mourir ses enfants de sida ou de faim sans qu´ils aient la chance de lui offrir leurs créativités et les résultats de leurs expériences sensibles ? L´Afrique, le berceau de l´homme noir, et vraisemblablement de l´humanité entière, avait-elle cessé de se battre pour sa propre liberté, pour ses propres rêves ? Qui pouvait répondre à toutes ces questions si ce n´est l´africain lui-même…Et pour tous ceux qui, pour cacher leur incapacité ou leur insuffisance notoire, aimaient à dire : « Tout est relatif », rappelons Albert Einstein, le père de la théorie de la relativité dans deux de ses plus riches pensées : « Le succès, c´est 97% de travail et 3% d´intelligence » ou encore : « La fantaisie est plus importante que la connaissance » ; et à ce propos, un grand compliment à cet esprit exceptionnel qui, sans citer directement la créativité imaginaire, lui élève un élogieux piédestal.

La génération actuelle aux rênes du pouvoir en Afrique, était-elle à même de relever efficacement le défit de la liberté, a-t-elle fait sien de cette immense douleur insatiable qui ronge l´âme noire - ou se livrait-elle, déjouée, désordonnée et dépassée par les évènements, sans volonté stratégique et sans moyens de lutte contre le tourbillon engloutissant et dépersonnalisant du puissant Pouvoir Blanc ? Le dangereux cercle vicieux du manque… Comprenaient-elle au moins que si elle ne libérait pas l´Afrique d´une maladie millénaire, elle l´aggravait ? Etait-il plus reposant - et il faut aussi le reconnaître moins éreintant - de se pavaner en voitures étrangères, ou pour conserver et exercer un pouvoir inconscient ou inefficace, de se doter d´instruments matériels et idéologiques étrangers du prêt à consommer, du prêt à penser, du prêt à exister, que d´éveiller dans la population le sens créatif de ses propres instruments d´existence, de pouvoir et de réalisation ? Être franc, reconnaître son incapacité à ne pas être à la hauteur des exigences historiques modernes, c´est aussi une vertu…laisser la place à ceux qui sont les plus doués, plutôt qu´à ceux qui sont les plus gourmands.

Il ne vient pas à un président français, américain ; à un chancelier allemand, ou mêmes aux personnes officielles représentatives, malgré le sentiment de cohésion européenne, de se pavaner officiellement en voitures étrangères ! Chacun respectait la main qui le nourrit et célébrait la créativité des siens.

Albert Camus ne disait-il pas à raison : « Libérer l´esprit d´un peuple, c´est lui éviter des erreurs ».

Peter Scholl Latour, un journaliste bien connu notamment parce qu´aux festivités de l´indépendance du Congo, le 30 juin 1960, sous le discours enflammé de Patrice Lumumba et les acclamations enthousiastes de la population congolaise, il qualifia cette euphorie d´hurlements et de grognements déraisonnés dans son article de reportage, reconnaît, à 80 ans, c´est à dire 45 ans après ce jugement qu´il émit jadis pour satisfaire aux attentes de son employeur du Monde à Paris, que sous l´influence de son éducation jésuite, il avait manqué d´objectivité, et que comme Patrice Lumumba l´avait prédit, l´Afrique subissait aujourd´hui, en 2004, la plus honteuse et la plus perfide exploitation qu´un continent ait connu de la part des occidentaux. Tardive sagesse, monsieur Scholl-Latour ; bien tardive sagesse qui ne peut ni réveiller Patrice Lumumba des morts, ni rendre aux congolais leurs espoirs bafoués. Quoiqu´il en soit, il faut bien longtemps à un blanc pour sortir de son subjectivisme borné - au moins 45 ans pour Scholl-Latour - ; mais à Patrice Lumumba, il n´a fallu que quelques années…et c´est lui qui avait raison sur toute la ligne.

Pour l´Afrique, et le tiers monde, croire qu´on pourrait vivre éternellement de la vente effrénée des matières premières ou cultiver avec des méthodes et des moyens dépassés le café, le thé, le cacao et le coton pour l´occident, c´est ou être aveugle, ou être à court d´esprit car le monde qui nous entoure et nous oblige n´a pas changé, bien au contraire ; il ne tient compte que de ceux qui savent s´imposer. Il ne s´agit donc plus de servir les autres ; il s´agit de s´épanouir soi-même. Quant aux matières premières, elles ne sont pas éternelles, lorsqu´elles auront disparu, de quoi vivra-t-on ? De l´aumône internationale ? Et si cette aide - comme on ne le sait que trop bien - était conditionnée, plus destructive et plus abrutissante que soulageante et libératrice ? Quand à être et rester l´agriculteur des désirs des autres, peut-être faut-il se rappeler de l´huile d´arachide qui se transforma dans les années ´60 en huile de tournesol ou du caoutchouc qu´on délaissa pour les dérivés du pétrole…ou encore du coton qui devint soudain Polyester ou nylon ; et les douleurs du Sénégal, du Ghana, du Mali, de la Guinée…ce qui prouve qu´on est livré aux caprices et aux options de l´acheteur ; et pour être franc, à l´insécurité et à la dépendance ! Qui n´a pas oublié les effets aliénant et néfastes de la monoculture ? Quant à croire qu´en vendant les matières premières à une vitesse effrénée, on pourrait ainsi accumuler rapidement et aboutir à financer un quelconque développement, c´est sous estimer la cupidité hégémonique occidentale qui depuis des siècles, systématiquement, fondamentalement, veille à détruire toute velléité d´autonomie et de liberté de leurs anciennes colonies, des africains, et surtout de l´Afrique noire.

Et ce, hier déjà, avec une violence des plus avide et sans le moindre égard pour quelques valeurs que ce soit ; et aujourd´hui avec une subtilité et un sarcasme sournois et pervers qui prend, dans notre monde truffé de faux symboles, toutes les apparences de l´innocence et de la respectabilité. Après tout, on ne fait que vendre, on veut aider les noirs avec des joints ventures contraignants, ou c´est l´aide qui n´en est pas une parce qu´elle lie à la consommation des pays donneurs et procrée de nouveaux besoins aliénants. Si on ne déversait pas, à prix de dumping, des excédents agricoles qui étouffaient l´infantile économie du tiers monde…L´enfer, devrait-on dire, est pavé des meilleures intentions du Pouvoir Blanc.

Les matières premières, ah, oui ; ces sacrées matières premières ! On comprend la réaction des anciens qui méprisent ces métaux et minerais qui dévoient leurs enfants de l´élevage, de l´agriculture, des métiers créatifs manuels ou intellectuels fondés sur l´épanouissement de qualités créatives individuelles dont on ne peut pas se passer pour cultiver un avenir dénué d´insuffisances. Tous préféraient devenir marchand d´or, de diamants ou marchand de montres et de gadgets en provenance de HongKong, de l´étranger. L´argent facile…et la mort irréparable de la créativité. Et ces minerais tant prisés attiraient à leurs détenteurs des nuées de d´intéressés dont la convoitise, aussi cupide que fourbe, prêtait à des calculs, des intentions,

des méthodes d´acquisition des plus douteuses.

Les matières premières…si au moins, leurs ventes avaient un effets positif sur l´avenir de ceux qui les détenaient ! Non seulement, - curieusement -, à force de les vendre, on s´appauvrissait en recevant en contrepartie une monnaie qui souffrait d´inflation, de dépréciation permanente et qu´on avait tendance à dépenser sans trop y regarder ; la perte de ces matières premières dues notamment à une consommation abusive et souvent irresponsable de la part des acheteurs, un jour, manqueront à tous ceux qui les vendent si bénévolement, et ce n´est pas ce jour là que la monnaie dépréciée qu´ils auraient amassée leur rendra ces matières irremplaçables. D´autre part, ces matières premières ne servaient pas à améliorer le monde, bien au contraire : elles servaient à fabriquer des armes cruelles avec lesquels des peuples entiers étaient menacés, agressés ou asservis, ou elles étaient employées à fabriquer des produits économiques – ainsi par ailleurs que les profits considérables résultants des ventes de leurs produits finis qui allaient alimenter le subventionnisme joyeux de certains  pays occidentaux dont on connaît les effets de dumping sur les marchés agricoles  - dont les usages n´étaient pas seulement de mettre à la portée de leur société de meilleur moyens de progrès et de réalisation, mais servaient pertinemment, trop souvent, à assujettir, soumettre, réprimer la liberté des faibles et leur droit au libre développement : les armes perfides et silencieuses de l´industrialisé.

Les recettes fort prisées des revenus miniers cachaient trop bien les syndromes d´échec de plusieurs gouvernements du tiers monde ; en place de servir à la promotion et la préparation de leur avenir en finançant les petites et moyennes entreprises créatives d´emplois et de revenus, d´intensifier l´éducation et la formation professionnelle ou à créer des industries de machines outils, à poser les jalon d´une architecture industrielle nationale ; elles servaient à rémunérer des fonctionnaires bedonnant, voraces et sans imagination, à entretenir des postes de bilans et de projets préparant la consommation des produits étrangers tels que les routes asphaltées pour l´automobile étranger, des stations terriennes pour des téléviseurs…etc. Quand on sait qu´un kilomètre de route asphaltée simple, sans pont et canalisation, revenait, en Afrique à un demi million de dollars, on comprenait la lourde contrainte de l´automobile étranger.

Une façon comme une autre d´assassiner l´avenir, en le privant de moyens et de contexte d´épanouissement. Personne ne reproche à qui que ce soit d´aspirer au progrès, bien au contraire ; mais faut-il que ce progrès ne se résolve qu´en la consommation de produits étrangers qui ne développent ni la conception et la réalisation nationale, ni l´emploi des autochtones ? Ce symbolisme pernicieux qui avait tendance à établir que le progrès, le bien être restait l´excellence de l´occident n´était-il pas dangereux et aliénant ?

Pourquoi ne pas favoriser et développer les chemins de fer, un moyen économique de déplacement polyvalent ? Des voitures à tout prix sans vouloir les construire, tout cela pour s´entendre traiter de républiques à bananes, ou encore comme le fit Johannes B. Kerner, un journaliste bien connu en Allemagne dans la célèbre émission RAN (football, jusqu´à 11millions de téléspectateurs allemands, le samedi) : « Tout le monde le sait : quand un blanc roule en Mercedes, c´est un homme d´affaires ; lorsqu´un noir le fait, c´est un marchand de drogue ». Belle récompense pour tous les présidents et hommes d´affaires africains qui soignaient l´habitude de rouler en Mercedes : le mépris de l´inconscient.

Et que dire du dédain évident de sortir l´énergie solaire, en Afrique et dans tous les pays tropicaux, des oubliettes ; à élever à son juste rang d´importance capitale par sa simple application multiple, et sa moindre densité d´investissement une source d´énergie propre et abondante. Tous les toits d´habitation seraient ainsi à même de produire leur propre électricité. Mais que voit-on, le Nigeria, pour protéger le monopole de la société nationale d´électricité, se refuse à accorder des licences d´exploitation privées ! Triste réalité. Faudrait peut-être regarder du côté de la Jordanie qui crée et emploie efficacement l´énergie solaire.

Ce même Nigeria, rappelons-le, en 1982, à l´époque du Boom du pétrole qui lui fit exploser ses recettes financières, commanda en Allemagne, entre autre, 500 milles cuisines équipées, et de par le monde des millions de tonnes de ciment pour se propulser dans le 21ième siècle en s´offrant une nouvelle capitale faite de béton, de routes asphaltées : toute la belle caricature de la modernité. Tout devait aller vite, très vite ; le progrès ne tolérant aucun retard : le ciment fut commandé sans le moindre concordance avec l´évolution des travaux, de sorte que tous les ports limitrophes au Nigeria furent envahis de bateaux en attente de livraison, tandis que devant son propre port, une file d´attente de plus de 25 kilomètres de bateaux attendit, de longs mois durant, à être déchargés. Résultat : le ciment, hâtivement commandé, sans spécification préventive contre l´humidité, fut livré endurci, inutilisable. Quant aux cuisines équipées, pourquoi ne pas avoir créé des sociétés industrielles nationales chargées, sur la base de ces lucratives commandes, de créer l´emploi, réaliser un champ d´investissement pour le capital national ? Et produire sur place ces cuisines faites somme toute de bois et d´appareils ménagers ?

Se propulser dans le progrès sans épanouir la créativité des siens, sans élargir les effets distributifs de la monnaie par la création d´emplois qui auraient eu une agréable incidence sur la petite et moyenne entreprise, le revenu de la population, et en définitive, des impôts de l´état, c´est lancer un ballon sans destinée livré à l´illusion de l´inconnu. Le Nigeria aurait pu démarrer autrement dans le 21ième  siècle : en toute beauté. N´eut été cet empressement à paraître, plutôt que de veiller à prendre un train qui emmenait tout le monde : le vrai train de la liberté. Mais ce genre de gaucheries n´étonnent personne quand on sait que le président du Nigeria, mort d´une overdose de viagra – noblesse oblige dans l´excès de phallocratie – le général Abacha, avait, à l´aide de ristourne secrètes et de commissions sur les achats de son pays à l´étranger, rassemblé la modique somme de quatre milliards de dollars ( Mon Dieu, cette gourmandise !) sur son compte privé à l´étranger. N´est-ce pas un peu trop modeste ? Ce n´était pas le seul à la pauvre périphérie : ce fut le cas de Mobutu, d´Idi Amin Dada, de Marcos…de tant de dictateurs dont les pays, plus tard, iront pleurer des larmes de crocodiles pour ouvrir les portes internationales de la mendicité en quêtant l´aide aux pays sous développés à cris de : « aidez-nous, nous sommes si pauvres ! » Faudrait peut- être mieux surveiller ses finances, auparavant ; et montrer plus d´intégrité dans la gestion et le financement de l´intérêt public, plus de rigueur et d´assiduité dans les investissements de l´avenir, plutôt que de courir à des gigantismes ruineux et vides qui, en fin de compte, n´enrichissent que l´occident.

L´ironie du Nigeria, est qu´aujourd´hui encore, pour dire le droit, comme à l´époque coloniale, le juge met une perruque blonde ! Décidément, oui, il faut le reconnaître ; l´homme blanc avait vraiment infiltré l´esprit de l´homme noir en lui faisant croire qu´il n´y a qu´au nom du Pouvoir Blanc que la justice existe. Et ceux qui ne se sont pas encore débarrassés de ce complexe sont bien loin d´être mentalement indépendant. L´histoire du Congo, cependant, donne un autre visage de ce phénomène de l´aliénation : au 17ième siècle, le roi M´siri II, pressé par un officier anglais à le recevoir, lui imposa à se barbouiller le visage de cendre noir ; la tradition de son rang l´empêchant de recevoir un albinos, un être imparfait, sans maturité, impur. Le capitaine anglais s´y conforma bon gré mal gré ; après tout, il s´agissait d´une importante concession minière au Katanga. Un symbolisme édifiant et instructif ; à croire que le sage M´siri avait pressenti l´intérêt dominant qui habitait son visiteur et voulut lui faire part du sien. Hélas, celui-ci n´en tiendra jamais compte. Ni lui, ni ses compatriotes ou ceux de sa race.

Comme quoi, à la périphérie, rien de nouveau ; il est plus facile de pendre des écrivains, d´assassiner l´opposition intellectuelle, que d´être capable de réaliser le progrès. Peut-être parce que le progrès, on ne peut ni le ramasser au coin de la rue, ni l´acheter avec l´argent escroqué ; celui-ci, en effet, exigeait des efforts infatigables de l´imaginaire, de la créativité et de l´intelligence technique et organisationnelle…et cette patience, et cet amour de soi-même et des générations futures : trop de vertus qui ne sont pas données aux empressés, aux parvenus et aux parasites qui ont poussé partout dans le tiers monde comme de la mauvaise herbe, tous fiévreux et empressés à boire à la fabuleuse fontaine illusionniste de l´empire occidental quitte à trahir leurs peuples ou à vendre leurs âmes pour le prix de quelques bibelots dorés, d´étoffes, de facilités matérielles, ou tout simplement de la reconnaissance du Maître. Ces tristes figures du théâtre incongru et sans honneur ressemblaient à s´y méprendre à ces nègres et chefs coutumiers qui, jadis, attirés par de vieux mousquets rouillés, de chevaux, de l´alcool ou de gadgets de pacotille des européens marchands d´esclaves, vendirent leurs confrères et les livrèrent ainsi à l´ignoble joug que leur réservait l´homme blanc. Et pour ceux qui croyaient que ces oiseaux de mauvais plumage n´étaient visibles qu´en Afrique, l´affaire du secrétaire général de la communauté européenne, De Clerq, ou l´escroquerie de Parmalat, en Italie illustraient que mêmes chez les nobles fonctionnaires ou les banquiers de l´abondance,  nul n´était à l´abri de la bassesse. La corruption ne connaît ni race, ni frontières, ni religion.            

Ces recettes de matière premières, dont on use et abuse, s´il n´aboutit à de meilleurs finances, ne sont dès lors qu´un vil maquillage qui trompe les apparences du court terme, plutôt que de choisir d´investir dans le moins tapageur, mais riche et créatif long terme.      

Et pour tous ceux qui aiment dire à gorge déployée que l´Afrique noire était mal partie et jamais arrivée pour, en vérité, cacher leurs regrets que cette partie du monde, malgré toutes les honteuses exactions que leurs esclavagistes, leurs pillant et massacrant colonisateurs, leurs gouvernements et leurs managers avaient exercés sur elle, ne se dépêchât à devenir fructueuse et à rejoindre le rendez-vous tant attendu de la boîte à consommation qui viendrait, comme par le passé, répondre aux caprices et aux vicissitudes de leurs désirs hégémoniques et mercantiles sous la forme d´une machine à sous grandissante engloutissant à qui mieux mieux les articles envahissants de l´industrie du Pouvoir Blanc ; de ceux-là qui parlaient de la liberté, comme s´ils l´avaient offert à qui que ce soit ; alors qu´ils avaient, pendant des siècles, confondu ce précieux joyau de l´existence humaine avec esclavage, humiliations perfides et inhumaines, fourberies sans limite, guerres et troubles d´intérêt, meurtres politiques de stratégie géopolitique, ceux-là devraient relire leurs propre histoire objectivement –s´ils en sont capables – et se demander en toute franchise si leurs aïeux, dont ils ont hérité l´histoire, autant que certains des actes de leurs contemporains à l´égard de l´homme noir, ont toujours été louables. Une question de jugement. Et peut être aussi d´intentions ; en tous les cas d´honnêteté. 

Le tiers monde sans complexe et conscient du poids indivisible de l´avenir, avait commencé à chercher de nouveaux moyens de sortir de certains de ses dilemmes : au Brésil, la société Neiva – Embraer a développé un moteur d´avion à l´alcool naturel ; et la production en série a commencé : enfin, une source d´énergie sans pollution. L´espoir existe, il suffit seulement de s´y atteler. Les japonais avaient mis sur le marché les nouvelles voitures à moteur bifonctionnel à l´essence et à la dynamo alimentée par le mouvement de l´auto ; en Allemagne, apparaissaient les essais à l´hydrogène liquide, au diesel agronomique, à l´huile…le monde bouge vers la liberté, vers l´indépendance du pétrole et des sources polluantes d´énergie : la démocratie, c´est aussi se libérer de fausses prémisses, de facteurs nocifs ou aliénant.      

Et cette Liberté, puisqu´il s´agit d´elle, et de son tourment incessible, est un bien universel à la fois actif que passif ; elle est active pour le possesseur qui l´entretient et l´exerce, passive pour celui de l´extérieur qui doit la reconnaître et la respecter tant qu´elle ne porte préjudice à personne. Elle est dans toutes les fibres de notre existence : dans la couleur de notre peau, dans notre langue, dans nos pensées, dans nos rêves ; elle est l´esprit et le fondement de la société dans laquelle nous vivons ainsi que dans les valeurs qu´elle défend ; elle est dans nos erreurs, dans notre façon de résoudre les conflits qui nous surviennent, dans notre façon de traiter nos ennemis, d´entretenir et de convenir à la paix ; elle est autant dans notre passé, dans notre présent que dans notre avenir. Elle teint et déteint notre philosophie politique, économique et sociale, l´organisation de nos désirs et la protection de nos attentes. Elle est un miroir qui nous reflète ce que nous sommes, et la façon que nous voudrions qu´on nous voie. Pieuse et enflammée comme un vœu inassouvi, elle brûle dans la puissance de notre jouissance vitale, dans les larmes de nos déceptions ; la joie que nous prenons, mais aussi celle que nous donnons. Dans sa phénoménologie et sa genèse, elle prend naissance de l´acte d´amour qui unit la masculinité et la féminité, et s´étend, depuis sa naissance imaginaire ou réelle dans l´individualité, la famille, la société, le pays et le monde qui sont ses milieux d´existence et d´épanouissement. Et si l´amour chante et danse, parfois de coquetterie ou de légèreté à la recherche de son vrai visage ; la liberté, elle, ne cherche que les horizons ouverts et souverains. 

Elle est dans nos amours autant que ceux de nos enfants, leur droit d´aimer et de se faire aimer ; dans l´avenir que nous leur réservons et l´idéal auquel ils aspirent. Elle est la mesure secrète de nos efforts, la douleur de nos déceptions, et par-dessus toute expérience sensible, elle est la teneur de la force qui nous pousse à désirer quelque chose, au point d´en poursuivre le but de sa réalisation intensément, inexorablement. Elle est dans nos produits et nos systèmes de productions, dans notre conception du droit, dans notre respect de la justice ; elle est dans notre foi, autant que dans notre athéisme. Et qu´on ne s´y trompe pas sur ses légères ailes fluettes, ses lignes féminines graciles et sa démarche de courtisane en mal de compliments ; elle sait gronder et se rebeller : ses cris de révolte ou de douleur entraînent ses maîtres aux barricades, sous la hache de guerre et les buissons de la résistance ; et malgré sa rigueur et son impatience, elle ne cherche que le lit doux et tendre de l´amour, son meilleur havre de vérité.   

Elle ne s´éteint ni avec la mort, ni avec la soumission ou tout autre état de suspension parce qu´étant le souffle de la vie et sa définition la plus généreuse, elle ne peut ni se vendre, ni s´aliéner ; encore moins s´acheter. Elle revêt parfois l´aspect méchant de tabous ou de symboles contraignants dont il s´agit de se débarrasser le plus vite possible : l´acte symbolique de reprise de souveraineté faite par Mahatma Gandhi à la côte indienne pour briser le monopole méprisant de l´Empire Britannique sur le sel indien en est un exemple des plus éloquent et témoigne de l´ampleur et de la crudité du combat existentiel.   

La liberté, c´est aussi le rapport qui nous définit par rapport à tous les facteurs extérieurs dans leur influence sur notre existence ; si le résultat de ce rapport est toujours négatif, il y a lieu de croire que quelque chose ne tourne pas rond. Et il est grand temps de prendre des mesures nécessaires à rétablir l´équilibre rompu. Liberté, ce n´est pas seulement un mot magique, insaisissable, comme une fée faite de beauté, de rêves et d´espérance…une majesté infinie ; c´est le baume, l´élixir de la vie, et sur le ciel éphémère de l´existence, son étoile la plus brillante. Croire que quelqu´un peut nous l´offrir sur un plat servi ou la faire briller et étinceler à notre place pendant que nous nous reposons, c´est entretenir le mensonge le plus dégradant de l´existence. Car la liberté, de sa généreuse vision sans frontière, émancipe l´être humain,

le libère de ses chaînes afin qu´il puisse déguster son vin enivrant : un nectar fait à la sueur d´hommes de bonne foi, dont la robe, trempée au soleil des justes et des consciencieux, ennoblit l´âme et le réconcilie avec les complexes tourments réels du corps, de l´existence réelle.

Si l´homme noir se contentait de rester le souffre douleur des cultures à tendances hégémoniques, parce que notamment il tardait à comprendre que celles-ci, dans leurs logiques égocentrique, lui portait un préjudice grandissant tant qu´il ne serait pas capable de se défendre et d´imposer son Droit à sa Réalisance, il risquait de disparaître de sa propre existence, de son propre enjeu pour ne devenir qu´un fantôme assimilé, sans personnalité historique ou philosophique : une épave sans destinée et sans port, qui vivrait à l´ombre de qui pouvait se l´approprier. Triste destin. Ce ne peut pas être le rêve de tout africain raisonnable ! N´importe quel être humain de bon sens s´opposerait à un sort aussi méprisant. La réalisance, c´est la négation de la négation de réalisation  de la  liberté ; c´est la célébration d´une conscience existentielle donnant naissance à l´exercice de la plénitude de la jouissance existentielle, et exige de l´individu, de la société, d´aller à la recherche permanente de  l´harmonie des équilibre relationnels ; c´est à dire d´un équilibre à la fois interne qu´externe, à la foi individuel que collectif, aussi réel qu´imaginaire. Parce que c´est là, et là seulement que commence la véritable Liberté.           

Ce que l´occident, comme par ailleurs les arabes et tous ceux qui leurs avaient prêté aides, avaient réservé à l´Afrique, ce n´était en réalité que leurs visions de la liberté pour tous ceux qui devaient, dans leur chosification contrainte, rester attelés à leur existentialisme ; ce n´était ni l´indépendance réelle, ni la reconnaissance et le respect de la personnalité historique et politique. C´était tout simplement un statut de tolérance existentiel sans pouvoir et sans identité propre : un état d´existence lié à la bienveillance, à la toute puissance de l´existentialisme hégémonique de l´occupant et de ses utilités. Sortir de cette prison étroite, développer et épanouir sa propre conception et son sens de l´histoire, c´est, pour l´Afrique, exister par elle-même, et retrouver la dignité de son âme. Sinon, eh bien il ne resterait qu´à digérer honteusement des scènes comme au Soudan, à Darfour…où les noirs, encore une fois, comme autrefois de la part des arabes ou des européens subirent leurs bons plaisirs…pendant d´ignobles siècles sans que ni Allah, ni le Dieu chrétien ne firent quoi que ce soit pour les garder ou les protéger de cruautés sans nom.

Que ce soit par l´esprit ou par la matière, la recherche de l´harmonie de l´existence, de la plénitude, implique la réalisance de nos tendances les plus nobles et de nos motivations les plus belles parce qu´elles seules ouvrent à notre sensibilité les voies profondes de notre âme. Ce n´est donc pas en restant la chose des autres ou en réalisant leurs petits desseins que nous accèderons à notre vérité ; le bonheur, comme la liberté, comme la paix ; toutes ces attentes supérieures de toute âme de bonne foi, sont des actes volontaires réciproques : nous ne devons pas seulement les invoquer pour nous, nous avons le devoir de les reconnaître à tous ceux qui, comme nous, croient à un monde intègre, consciencieux, responsable…Et surtout, nous avons le devoir légitime de les défendre.

Nul n´est né parfait et sans défaut ; mais à la différence de ceux qui s´entêtent aveuglément à ne pas reconnaître aux autres ce qu´ils exigent pour eux-mêmes, les femmes, hommes, enfants de demain doivent chercher la réconciliation qui ouvre sur les chemin de la foi en un monde, certes imparfait, mais qui ne cesse, à chacun de ses pas, à renouer les liens sensibles de l´espoir. Là sera notre victoire et notre fierté.   

Fatigué, le jeune homme ferma les yeux et s´efforça à faire taire son esprit, et lentement, ses yeux alourdis se fermèrent.            

Quelques instants plus tard, des deux corps allongés sur le lit partit des souffles tranquilles que seuls la pénombre de la chambre et le cliquettement régulier du réveil recouvrit.

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Extrait des Cercles Vicieux   Auteur Musengeshi Katata   Droits réservés

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