Franz Fanon, ou le retour de l´irréductible

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En France on baptise une rue Patrice Lumumba, et depuis que l´Amérique noire a décidé de faire revivre Franz Fanon, en France, les éditeurs et les critiques de banlieue se mettent à citer ce philosophe noir à tort et à travers pour atténuer son emprise popularisée sur les noirs. Tout cela est du travail bien organisé qui ne trahit qu´une chose: la peur terrible que l´homme noir ne prenne enfin conscience de ce qui se passe devant lui, dans son histoire et sur l´empêchement volontaire, concerté et organisé du pouvoir blanc pour lui priver d´une libre et souveraine réalisation. Sinon, il y aurait un grand perdant: l´homme blanc. Tout cela, à la rigueur, n´est pas nouveau; même le redoublement de la christianisation en Afrique et l´incitation aux gouvernements africains fantoches à restaurer les armoiries de la colonisation dans des monuments déplacés et plutôt inconvenant comme à Brazzaville, dernièrement; tous ces remue-ménage dénotent, au moment où pris au piège dans son propre système à bout de latin avec un endettement exorbitant, un chômage démocratiquement inexplicable, et de jour en jour la mise à jour des méfaits de l´occident envers le tiers monde pour conserver et entretenir une hégémonie, des privilèges économiques et un jusqu´auboutisme racial reniant toute la définition fondamentale de la liberté, de la démocratie, de la souveraineté et du respect humain que ce monde blanc s´était maquillé depuis des siècles.

Les arabes, avec leur terrorisme, l´ont compris: ce système est dictatorial et raciste. Avec son christianisme faussement universel, il ne cache que trop bien ses buts dominants et exclusifs.

Mais où en sont donc les noirs? Prient-ils toujours sous la bannière du Dieu blanc, croient-ils toujours qu´avec l´aide occidentale empoisonnée ils reviendraient un jour en surface; est-ce bien là les buts et l´intérêt occidental? Ou faudrait-il enfin se décider à concevoir une organisation socioculturelle qui rende justice à notre réalisation d´abord, avant de répondre aux désirs du maître blanc ou de son ordre international complice? Les questions sont posées et trouveront réponse si les meilleurs esprits noirs se mettent enfin à vouloir se libérer de l´esclavage mental, comme le si bien Bob Marley. A l´institut de science humaine de Bruxelles, il y a une citation d´Henri Poincaré qui m´a toujours impressionné, si elle est toujours là, "La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n´est aux faits eux-mêmes, parce que, se soumettre, ce serait cesser d´exister." Tonnerre, on se demande, pour toutes les générations d´étudiants qui ont lu cette profonde pensée, s´ils l´ont comprise. Vraisemblablement pas si comme Louis Michel ils allaient en Afrique pour vendre un médiocre produit qui sentait la soumission et la dépendance à s´y méprendre. Il y a bien plus d´idiots et de bornés en occident qu´on ne le pense. Et plutôt que de rendre justice au monde, de remplir de vérité leurs propres préceptes, ils s´attaquent à diminuer la brillante pensée d´un Franz Fanon, parce qu´il est noir, et parce que son discours est plus que jamais actuel. MK