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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

05 décembre 2005

La crise du capitalisme

Analyse critique

L´Enjeu

                        

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Depuis 30 ans, au ciel tourmenté du monde capitaliste dominé par le Pouvoir Blanc, les choses ne tournent plus rond. Si dans les années 80 on avait encore de l´espoir que la crise économique qui est aussi une crise monétaire et une crise de philosophie existentielle se dénouerait, les années suivantes ne firent que douloureusement accélérer un trend qui prend de jour en jours, d´années en années une acuité toute contraignante. Les pauvres trépignent ou s´appauvrissent encore plus amèrement, et les riches s´enrichissent sans vergogne et emploient leurs richesses pour repousser les pauvres dans leurs quartiers amers. Vive l´enrichissement sans employés, sans obligations sociales est la maxime qui court les milieux financiers des affaires de nos jours. Le choix du court terme pour peu légitime qu´il soit est cependant curieux : investir en Chine, c´est aussi, qu´on le veuille ou non, investir chez les adversaires de demain ; de ceux qui viendront causer plus de chômage...Il faut savoir de quel côté son pain est beurré, ou civiliser le capitalisme, comme le disait Franz Muntefering, alors président du Parti socialiste allemand.

Incapable de réaliser ses promesses et pris en flagrant délit de centrisme, le capital fait usage de théorie, de méthodes contradictoires qui toutes, comme la dernière en date : affirmative action ayant vu le jour aux Etats-Unis et actuellement colportée par la France sous la dénomination de discrimination positive. En Allemagne on parle de Leitkultur (Culture directrice). Et pendant qu´en Allemagne, Manfred Kanther (juriste de formation et ex ministre de l´intérieur fédéral allemand de 1993-1998) qui fut condamné pour escroquerie au trésor public pour avoir soustrait 10,6 millions d´Euros appartenant à son parti du contrôle de l´Etat en transférant cette caisse noire en Suisse, il pouvait s´en réclamer fièrement, les étrangers dans son pays, eux devaient plutôt s´y conformer. Et soit dit en passant cet adepte de la Leitkultur rappelait fort bien l´ex ministre de la justice américaine John Ashcroft qui lui aussi eut des déboires avec la justice en ce qui concernait le financement des élections. Et un immigré de dire un jour devant le racisme quotidien allemand : « Pendant que Manfred Kanther est assis dans son salon  et philosophe sur la Leitkultur, moi qui n´ai ni volé, ni escroqué de ma vie, on me crache dessus au nom d´une Leitkultur…Au fait, cela veut-il dire que comme les allemands je dois aussi faire l´esclavage, un massacre en Namibie, entamer deux guerre mondiales coûteuses en vie humaines suivi d´un pogrome contre les juifs, que je dois adopter ou supporter leurs blagues racistes, ou cela signifie tout simplement que je dois parler leur langue avec un accent quelconque ? »

Sur cet ordre d´idées, on se rappellera de escroquerie du Parmalat, d´Enron, du scandale du Crédit lyonnais dans l´affaire américaine d´Executive life, le scandale VW assaisonné de brésiliennes bien en chair (Quand on pense que Peter Hartz, celui qui a mis au point la fameuse réforme sociale Hartz 4 qui a découplé toutes les obligations sociales de leur fondement solidaire assurantiel, était royalement de la partie !), et si on parcourt les statistiques de viol domestiques, de pédophilie, d´assassinats, de braquage de banques, de criminalité économiques…On ne peut que dire avec lassitude : ils ne sont hélas pas meilleurs que quiconque.

Et si on voit avec quelle peine la démocratie italienne essaie d´asseoir ses principes contre son propre président Berlusconi monopoliste des médias, il faut hélas aussi reconnaître que le pouvoir corrompt et corrompt absolument. La démocratie, on le voit, peut être déjouée par sa propre logique libertaire. Et ce n´est pas à coup de sketches télévisés, si bons soient-ils, qu´on s´en défait. Que ce soit aux Etats-Unis où les noirs déchantent, ou en France où on entend déjà des questions telles : sommes-nous des français à part entière ou sommes-nous des français entièrement à part ? On le voit : le racisme et la discrimination a laissé ses traces, ainsi qu´une logique judéo-chrétienne qui croit encore que beaucoup sont appelés et peu sont élus, alors que chacun a droit à la reconnaissance et à l´exercice de sa réalisation.

En vérité, tous ces concepts sociaux ne traduisent qu´une chose : cacher le mal profond du monde capitaliste occidental à devenir maître d´une crise économique qui met à jour toutes les insuffisances sociales d´intégration, de création d´emploi, de sauvegarde de valeurs saines et louables pour leurs sociétés confrontées avec un questionnement profond. L´artiste fait plus de fumée qu´il ne brille de talent à résoudre les problèmes imminents occasionnés par un monde en pleine ébullition. Et son système en mal de créativité et de régénérescence tapait dans le vide et l´activisme dépassé, ne reproduisant que les anciens défauts d´égoïsme, de cupidité, de manque de vision humaniste que les temps pourtant lui enjoignaient. Le système capitaliste serait-il dépassé, à bout de rouleau parce qu´incapable de reconnaître et d´appliquer le changement rajeunissant. L´idéologie du centrisme capitaliste occidental était-elle encore conforme aux exigences de notre monde aux tendances globalisantes accentuées et inévitables autant commercialement qu´écologiquement ?   

De quoi s´agit-il, au fait ? Comment sortir de ce marasme sociohistorique de portée mondiale et retrouver un monde de paix, de travail, de justice ; un monde qui ferait revivre l´espoir et renaître un humanisme positif de confiance ?

Et pendant que ces questions sont posées, la Chine et l´Inde montent lentement au firmament de l´industrialisation et viennent accroître les déboires des ventes de l´occident sur les marchés mondiaux, les prix à la production des pays capitalistes établis étant plus élevés que ceux des arrivants. Pire, au front des matières premières, surtout énergétique (pétrole, gaz, uranium), les prix, sous la demande échauffée, s´emballent. Et à force de boire le pétrole à pleine gorge ou de consommer les matières premières à la pelle, comme si elles poussaient dans les arbres, on appauvrit sciemment le tiers monde tout en réchauffant dangereusement l´atmosphère. Le collapse écologique montre déjà ses signes à l´horizon : les inondations se font fréquentes…et désastreuses, et frappent autant les riches que les pauvres.

L´industrialisation des chinois et des indiens a soulevé l´empressement à s´agrandir de l´Union Européenne en s´ouvrant un marché d´investissements, et de production moins cher et donc de rentabilité élevée en Europe de l´Est. Et loin d´apporter soulagement, ce nouveau champ d´exercice du capital européen déplace les chantiers de productions de l´Ouest à l´est progressivement en accroissant le chômage, tandis que les ouvriers, les demandeurs d´emploi des anciennes économies du Comecon communiste, eux, se déversaient à l´Ouest.

Mais où est donc resté la relève économique, que diable ? Faut-il lentement se guérir de théories de la croissance comme moteur économique et social de la paix sociale ? C´est ce que par exemple pense le politicologue Susan George, grande critique de la globalisation du capitalisme néolibéral. Et c´est vrai qu´on se demande grandir, mais grandir avec quelle morale, quelle éthique ; serait-ce de nouveau grandir aveuglément, en répétant les mêmes erreurs du passé (et il faut se rappeler de la réunification allemande bâclée, où toutes les erreurs du capitalisme égoïste, cupide, arrogant ont transformé, depuis 1989, cette chance moderne en un véritable gouffre financier sans fond couronné par une bombe sociale alarmante qui enfouit l´Allemagne réunifiée dans une de ses plus grandes crise économique d´après guerre par un endettement galopant, ce qui restreint les ambitions sociales de l´Etat, les investissements publics d´avenir et alourdit le sort de la future génération.) ou comme le fait à loisir le capitalise : s´approprier la part la plus belle du gâteau, et laisser les pauvres et l´Etat se débattre avec des problèmes écologiques, économiques, sociaux aux dimensions quasi insolubles.

Pour cacher le malaise grandissant de la crise de croissance, mais aussi pour couper l´herbe aux revendications sociales des chômeurs lentement excédés et leurs représentants : les syndicats, les Etats occidentaux industrialisés se sont endettés à qui mieux mieux avec l´espoir que la relance viendrait guérir leurs blessures financières saignantes, hélas, cette relance se fait plutôt attendre. Et les intérêts de la dette, eux, commencent à rétrécir douloureusement le rayon d´action social des pouvoirs exécutifs des pays concernés. Certains comme les Etats-Unis deviennent agressifs et guerroyants gratuitement en Irak, de peur de perdre le contrôle sur le pétrole du Moyen Orient. En Afrique, où d´importantes  réserves viennent d´être découvertes, c´est à couteau tiré avec la Chine à qui s´appropriera les plus riches concessions. L´or noir décidément fait perdre la raison.

Sur les chiffres suivant on peut prendre connaissance de l´ampleur réelle de l´endettement occidental :

le Japon ( 164% du PIB), suivi de la Grèce (110,5 %),  Italie (105%), la Belgique (95,5%), l´Allemagne ( 66%), la France (65,6%), l´Autriche (65,2%), l´Europe des 15 (64,7% ), les USA (63,8%), la Hollande (55,7%), la Suède (51,2%), l´Espagne (48,9%), la Grande Bretagne (41,6%), la Tchétchène (37,4%), l´Irlande (29,9%).

On le voit : le mal est grand ; l´ampleur des prochaines douleurs sociales aussi. Même en admettant que cet endettement doit être mise en relation avec le PIB ce qui donne pour la France 1065 milliards d´Euros de dette soit 47 milliards d´intérêts négatifs par an, l´Allemagne 1460 soit 40 milliards d´intérêts négatifs. Et pour ses deux pays, par tête d´habitant jeune ou vieux, une dette de 17.000 Euros. Et si la liste de vérités sociales s´arrêtait là…mais ce n´est hélas pas le cas : toutes les assurances sociales occidentales sont en banqueroute et pour ne prendre que l´américaine, elle a à peine des réserves de trois mois ! Quand on pense à ses 10300 milliards de PIB, on se demande ce qui se passe. L´Allemagne aussi doit faire des emprunts ou des avancements publics pour que sa caisse de pension puisse subvenir à ses obligations. L´assurance maladie invalidité allemande ayant été mise à mal de 2000 milliards pour le financement de la réunification, et depuis, elle est elle-même aux soins intensifs tel qu´un chirurgien gagne moins qu´un électricien. Etait-ce vraiment l´intention de ceux qui ont créé cette situation de dénigrer à ce point le travail de cette noble profession ? C´était bien la peine d´étudier 8 ans et plus…

On comprend, pour ceux qui n´ont pas encore ou réellement analysé les fameuses émeutes des banlieues françaises, ce que ces jeunes gens voulaient dire à la république, notamment que la misère, l´exclusion et le chômage auxquels on les renvoyait n´étaient pas les plus nobles valeurs françaises et qu´ils avaient eux aussi le droit de participer à entretenir et à fêter les vraies valeurs de liberté, d´égalité, de fraternité.

Et pour tous ceux qui, avec légèreté ont pris la chose plutôt avec étonnement ou simplement en la condamnant sans chercher le dessous des cartes, reconnaissons sincèrement que la méthode n´était pas des meilleures. Mais d´un autre aspect des choses, mettons-nous un instant à la place de ces jeunes : si depuis plus de vingt ans vous êtes soumis à l´exclusion sociale, au mépris et à la discrimination ; et si par surcroît vous apprenez que l´Etat s´endette, c´est à dire vous afflige d´obligations sans vous donner ni les moyens de vous préparer à les rembourser, ni une chance ouverte pour participer à la solidarité sociale qui viendra un jour vous demander de payer les cotisations pour les pensions et les retraites de ceux qui vous auraient endetté et enfermé à l´exclusion par leur mode de vie extravagante et dispendieuse. Il y a de quoi voir rouge. Surtout si on les entend la bouche dédaigneuse parler de la criminalité et des problèmes sociaux de la banlieue…la chasse aux sorcières et aux boucs émissaires.

Ce qui choquera tous ceux qui ont sincèrement réfléchi à ce phénomène, c´est que ce sont des enfants qui viennent parler et défendre leur droit à la liberté et à un avenir autre que celui de l´assistance sociale, de la criminalité, de la discrimination, du chômage. Coup de chapeau pour cette jeunesse en petites culotte et quittant à peine le biberon. Et on peut alors excuser qu´ils aient pris la violence comme moyen d´expression. Mais autant on comprend cette jeunesse défavorisée, autant on ne comprend pas que les adultes se taisent et supportent bon gré mal gré cette honteuse chimère. Oui, pendant qu´on assassine l´avenir de leurs enfants, où sont-ils ? Sont-ils tous analphabètes ou n´ont-ils pas compris l´enjeu réel de l´avenir ? Curieux que les enfants eux l´aient compris, et soit dit en passant, ils se sont comportés dans la grande tradition française de la contestation : aux barricades !

Et pourtant, quand on met sur le compte des adultes le refus de ratifier la constitution giscardienne de l´Union Européenne qui semblait dire : avant de s´agrandir, à avoir des ambition qui rappelaient à s´y méprendre l´ère coloniale, que tous s´attèlent à remplir d´abord leurs devoirs à domicile qui souffraient présentement de douloureux manquements, avant de permettre aux roumains, aux hongrois, aux bulgares et autres à s´abattre sur les marchés de l´emploi de l´Union et disputer aux résidants aux prises avec des frais de logement et de chauffage perpétuellement en hausse, de se battre avec une concurrence qui irait jusqu´à la baisse. On l´a vu dans la charcuterie industrielle allemande où les polonais ont causé le licenciement de 36 000 allemands.

On aurait crû que les uns et les autres avaient compris de ce dont il s´agissait, à l´occasion de ce suffrage européen. Mais apparemment ce ne semble pas le cas. Et pourtant si l´Etat est éternel, et le citoyen éphémère ; celui-là ne doit pas oublier qu´à son éternité est rattachée la présomption de mémoire institutionnelle conservatrice des valeurs et des volontés légitimes de la nation. Et que fermer les yeux sur des inégalités qui se déroulent devant lui, cela est de la pire incompétence. Ou croit-il que parce qu´il est éternel, ses citoyens doivent s´inspirer de sa nonchalance pour devenir philosophes ? Hélas, ce n´est pas le cas…l´être humain est pressé par sa vie…il est pressé par le temps. Et le temps perdu, les rêves écornés, piétinés ou empêches ne se relèvent jamais ; il faut les entretenir et les fêter à chaud. Toute chose en son temps. Sinon on ne vivra que de déception et de mauvais souvenirs.

Et il devient maintenant clair de quoi il s´agit il s´agit tout simplement de la Liberté : du droit légitime et universellement reconnu à entretenir, promouvoir et défendre ses droits quand à participer à soutenir, défendre et protéger les valeurs les plus chères, les plus solidaires de la Patrie Française.

Et si les parents sont pris en flagrant délit d´abandon ou de manque d´assistance à personne en danger, le gouvernement, lui est pris en flagrant délit de déni de justice sociale. Et cela veut dire beaucoup.

Depuis 1789, date à laquelle la France brisa ses chaînes envers une monarchie cupide, égoïste et arrogante, l´idée de la liberté a connu bien de tourments. Elle a soutenu l´esclavage, pillé, volé, violé et guerroyé et cependant, elle a évolué dans ses meilleurs fils pour émerger dans le vingt et unième siècle avec des vœux de réalisation matérielle, morale, éthique qui s´opposent aux lois pratiques des faits accomplis qui dans leurs vœux de conservation des acquis et des privilèges tendent à ne lui faire des concessions que dans la mesure où celles-ci répondent à ses intérêts. Le conflit actuel peut déjà se résumer par la question : qu´est-ce qui est le plus important, est le système et sa logique dominante et hégémonique ou est-ce l´individu, son moteur ? Ou faut-il trouver un modis vivendi qui permette à l´un de protéger et d´assurer, et à l´autre d´exercer pleinement sa libre créativité au service de sa réalisation et de sa liberté.

Et c´est dans ce sens qu´il faut voir ces théories sociales d´affirmative action aux Etats-Unis, de discrimination positive en France, ou de Leitkultur en Allemagne. Aux Etats-Unis, comme le dit si bien Michael Moore dans son ouvrage : « Stupid White Men » en citant les chercheurs Richard Vedder, Lowell Galloway et David C. Clingaman qui font la douloureuse constatation que la moyenne des revenus des noirs américains est de 61% moins élevée que celle des américains blancs, ce qui représente exactement le niveau de 1880 ! En 120 ans, conclut l´auteur, rien, mais rien n´a changé. Il faut donc être bien idiot pour se confier à ces belles théories sociales qui n´aboutissent qu´à tromper, abrutir, et privilégier les mêmes qu´hier.

Raphaël Confiant, dans son excellent article : « Discrimination positive ou discrédit des élites nègres ? » le dit clairement : Antillais et Guyanais de France, ne tombez pas dans le piège américano-sarkozyste ! Cette mise en garde ne vaut pas seulement pour les interpellés, elle vaut aussi pour les africains, les allemands, les français des banlieues, les américains noirs, les 20 millions de chômeurs de l´Union Européenne, pour le monde entier. Car ce qui se défend dans l´existence, ce n´est pas la passivité ou la contemplation pendant que nos rêves, les rêves d´un chacun, ses désirs, ses attentes se meurent ou sont sournoisement trompés ou abusés ; mais chacun, comme Saint Exupéry le disait : « J´ai besoin pour être de participer », veut participer à la réalisation de ses propres rêves, et pas à leur destruction. Personne ne participe avec joie à son propre meurtre sensible. Et tous ceux qui l´exigent d´un être humain sont des gens immoraux et inhumains. La liberté n´est ni un dictat, ni la propriété de qui que ce soit ; c´est un lieu de réalisation partagé et conscient. Nous sommes tous prêts à participer honnêtement et avec entrain à son avènement, à son épanouissement ; mais nous exigeons aussi que les valeurs et les contenus de cette fière passion de l´existence humaine aient le même contenu pour tous. Comme le veut le droit et la liberté à laquelle nous avons tous souscrit.

Musengeshi Katata

                         munkodinkonko@aol.com

            

   

      

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Les devoirs de la conscience noire

Opinion

Le poids de l´avenir

Un fardeau n’est lourd que lorsqu’on veut à tout prix le porter, plutôt que de le rouler devant soi. Le mieux serait de le faire porter par des instruments de locomotion appropriés que la science et la technique, c’est à dire la volonté rationnelle créative, a créé. Tel est le dilemme actuel de l’homme noir : au lieu de commencer par le début, c´est à dire de domestiquer l´éléphant, le cheval ou l´âne ; il veut rouler en Mercedes, voyager en avion. Si au moins cette culture noire produisait ces biens, tout serait en ordre. Hélas ses grands esprits, au lieu de mettre la science et la technique à son service afin que cette race les utilise pour se réaliser et assouvir son tourment sociohistorique contemporain, elle se contente de consommer plutôt que de créer, elle quitte le pays ou se retrouve à œuvrer à l´étranger. Mais pourquoi en est-il ainsi, n’est-ce pas illusoire de croire qu’au 21e siècle le progrès tombera du ciel, que l´étranger assouvira tous nos désirs ? Et qu´en est-il de la réalisation sensible, que diable ; la fonction la plus importante de l´existence ?

Au demeurant, le capital que nous investissons pour acquérir ces automobiles, ces usines clés sur portes ; ne fait-il pas défaut à notre réel progrès d´indépendance ? Ou les intérêts des dettes faites dans ce but ne nous enfoncent-ils pas dans le gouffre, dans le piège infamant de l´endettement ? Les chinois qui aujourd´hui font tellement trembler l´occident ne disaient-il pas sagement : « Ne me donne pas du poisson, apprends-moi plutôt à pêcher » ? Ou la race noire serait-elle masochiste ; qu’elle verrait ses femmes et ses enfants mourir de faim sans en éprouver quelques regrets ? Que faut-il en penser et qu’en est-il en vérité ? Je crois qu’il y a que deux facteurs négatifs que l’Afrique noire doit redresser ou guérir pour retrouver le bon chemin.

Le premier facteur à résoudre est celui de l’aliénation mentale ; le second est celui de l’émancipation intérieure, face à nos fausses traditions (séparer la graine de l´ivraie), le grigrisme trop envahissant de notre pensée rationnelle, et enfin accepter que la technique et la science n’est pas le privilège de l’homme blanc, mais qu’il y a une pensée rationnelle qui s’exprime de diverses façons. Sinon il n´y aurait pas de voitures françaises, italiennes, américaine, suédoises, japonaises...etc

Venons-en au premier de ces facteurs : depuis 600 ans, pour ne parler que la domination et de la castration judéo-chrétienne qu’a subi l’Afrique noire, celle-ci dont les intellectuels ou la société entière n’avait pu apporter résistance à ce fléau qui lui valu l’esclavage, la colonisation, tous les vices du maître blanc attelé sans le moindre regard moral ou éthique à son accumulation ; cette culture noire se trouve profondément choquée, aliénée, désaccordée de son identité et de son orientation sociohistorique. D’autant que pour retarder son réveil, le Pouvoir Blanc va assassiner tous ses élites régulièrement et mettre en oeuvre un système d’exploitation de la plus vile sournoiserie à son endroit. L´une de leur victime, le père Engelbert Mveng du Cameroun n´interpella-t-il pas lors d´un synode au Vatican : « De quel évangile parle-t-on ? Celui des blancs qui tuent et qui oppriment ? Ou celui des noirs qui sont exploités ? »

Au pire, on s’arrange, comme aux Etats-Unis, à confiner les noirs dans le sport, la musique ou la distraction. Et si par hasard quelques uns d’eux émergent, eh bien, c’est l’exception qui confirme la règle ; et après tout, ils travaillent et enrichissent l´idéologie dominante, celle qui écrase leurs frères, ce système n’est-il pas beau, fantastique, n’est-ce pas ?

Le noir porte le nom chrétien, de cette même religion qui lui apprend que Dieu est blanc et veilla jadis à ce que les fers lui soient enserrés afin de servir la civilisation blanche, la race soi disante élue de Dieu ; n’est-ce pas une preuve d’aliénation que d’aller prier dans l’église de l’assassin de votre liberté ? De celui qui vous tortura, brûla, vous arracha à votre culture et la détruisit, et sous la Jim Crow se crut autorisé à tous les abus. Et si Dr. Mailloux, au Canada et pour encenser de puissants milieux et universités des Etats-Unis et leurs latent racisme, dit que les noirs sont idiots; il faut croire que de tels comportements ne prouvent en rien du contraire.

Pour ne prendre que le danger actuel de terrorisme islamique envers la civilisation occidentale, par exemple, ne voit-on pas avec quelle résolution, quelle méthodique, quelle acribie le Pouvoir Blanc de concert s’organise pour lutter contre cet ennemi ? Ne voit-on pas avec quel mal ils essaient d’empêcher tout pays arabe d’accéder à la bombe atomique ? En face d’un ennemi, sourire ou faire le singe, ce n’est pas ce qui sauve du danger. Il faut bien se défendre et adopter une stratégie conséquente pour préserver ses intérêts socioéconomiques, ainsi que l´originalité de sa culture.

Quand on dit à un noir que Dieu pour lui est noir, et même que toutes les recherches archéologiques faites pourtant par l’homme blanc prouvent que le premier habitant de la terre était noir, et que par là même Dieu doit être noir, puisque ses premiers enfants étaient noirs, et même à ce moment là, il va encore prier chez la chrétienté qui lui dit qu’il n’est qu’une shoah, un pêcher, une erreur de la création ! 600 ans de martelage et d’aliénation mentale ont fait un désastre mental incroyable en Afrique, et partout où l’homme noir a été débarqué pour servir de bête de somme. L’homme noir pourtant inventif et intelligent ne croit plus en lui-même, il ne se donne plus ni la force, ni la peine de résoudre lui-même ses problèmes, il se laisse guider et employer par l’homme blanc. Patrice Lumumba a souffert l’enfer sur ce point de vue, et il est mort amers, désespéré : il offrait sa vie pour des gens qui ne savaient pas pourquoi et surtout ce qu’ils devaient faire de leur liberté ! Et pourtant, disait-il : " Entre la liberté et l’esclavage, il n’y a pas de compromis". Et malgré la mort prochaine, cela ne l´a pas empêché à écrire à sa femme et à ses enfants en leur prédisant que l´avenir du Congo, de toute l´Afrique serait beau et qu´il passait par son identité et son affirmation historique.

Mobutu, en l’assassinant pour le compte de la CIA, reprit son discours d’authenticité et l’employa pour pervertir d’autant mieux la masse en l´enchaînant à la consommation de produits étrangers ; et le comble, les dirigeants actuels au Congo qui le renversèrent, en reviennent à la christianisation, n’est-ce pas une folie ? C’est cela ce qu’on appelle le dilemme de l’aliéné : il ne sait plus où est son identité et tape dans le vide ; ce faisant, il s’enserre encore plus dans le filet de l’aliénation et celui de la dépendance. Croire qu’on peut se réaliser avec l’aide au développement, en vendant ses matières premières à une vitesse effrénée, pendant que les banques commerciales étrangères convoyaient chaque jour la monnaie de l’économie en occident, c’est le plus grand affront que l’homme noir ne se soit jamais permis à s´infliger. Ce qui prouve que les cerveaux de ses intellectuels ne fonctionnent plus logiquement, mais suivent un chemin suicidaire, aliéné. Et si l’étranger n’existait pas que diable, que ferions-nous ? Ces matières premières ne sont pas éternelles ; lorsqu´elles auront disparu, de quoi vivra-t-on donc ? Faut-il vraiment croire que la logique qu´entretient actuellement l´Afrique noire est intelligente ? On a beau crier, on a beau demander à cette "élite" dépravée de se réveiller ; peine perdue. Ils semblent comme l’alcoolique invétéré qui nie la vérité : mais non, je ne suis pas alcoolique ! Jusqu’au jour où abattu, au bord de la mort, il doit se faire désintoxiquer pour rester en vie. Et même ce jour là il va essayer de faire croire aux gens qu´on lui a jeté un sort ! Allons donc, bêtise et illumination primitive que tout cela. La raison enfermée à l´impasse du grigri et de l´affabulation.

Comment nous débarrasserons-nous de cette lèpre d’incapables et d’illuminés ? Et par la même occasion aussi du christianisme, véritable poison occidental mortel pour notre liberté, notre identité éthique, morale, existentielle ? Henrik Clarke ne disait-il pas à propos de la religion : « Si on est un fils de Dieu et que Dieu est en vous, alors dans votre imagination, Dieu est supposé être comme vous. Lorsque vous acceptez une image de Dieu donnée par une autre personne, vous devenez le prisonnier spirituel de cette personne »

Leurs missionnaires se croient au paradis, chez nous ; mais si leur religion était si bonne et si vertueuse, la seule et l´unique parole de Dieu, pourquoi avait-elle accompagné et recommandé l’esclavage ? Le Dieu blanc, le soi disant Dieu pour tous aurait-il autorisé l´assassinat, le meurtre, la destruction culturelle, l´esclavage et le meurtre des droits des noirs, des indiens d´Amérique, des juifs de l´Holocaust, parce que ceux-ci étaient perpétrés par des blancs ? Un Dieu de tous, pour tous ? 

Pourquoi les églises en Europe se vidaient-elles, et pourquoi l’homme blanc, malgré la parole de Dieu, depuis 2000 ans n’était-il pas devenu un saint ? Il volait, violait, tuait encore ; que se passe-t-il, n’avait-il pas compris la parole de Dieu, lui qui aimait la propager sur toute la terre ? En langage populaire, cela se traduirait ainsi : ce serait le sort d’un homme qui ne sait pas satisfaire sa propre femme sexuellement et qui s’en va chez la belle voisine lui faire les éloges des orgasmes qu’il lui réserve !

Pour montrer à quel point cette attitude de déculturation avide et bornée est préjudiciable à notre identité, il suffit de se rappeler ce que le président du Brésil Luis Inácio Lula da Silva reconnaissait en 2003 : « Il n´y a pas dans une société de symptôme plus dramatique de racisme que d´induire les hommes et les femmes à nier leur propre identité » Il faudrait ajouter : pour servir celle d´un autre.

Nous devons apprendre, que nous le voulions ou non, à tuer les faux dieux du prêt à porter, du prêt à consommer, du prêt à penser, de la colonisation et de son aliénation mentale pour redécouvrir ce Dieu noir qui a toujours été en nous et qui pour nous guiderait nos pas vers une réelle liberté et notre ambitieuse, pleine et souveraine réalisation.

Pour ce qui est du deuxième facteur, il faut dire qu’il est aussi dépendant du premier. Mais comment expliquer que même la colonisation avait plus de respect pour la connaissance et l’éducation de nos propres enfants que tous les régimes politiques d’après indépendance ? Même si on admet, et c’est vrai, que l’occident se donne beaucoup de mal pour endiguer notre vraie et pleine indépendance, afin de nous conserver en aliénés consommateurs de ses abondantes surproductions et qu’avec l’aide du FMI et de la Banque Mondiale, ils mettent consciemment fin aux investissements éducatifs et sociaux. Mais pourquoi se met-on en devoir d’être dépendant de ces institutions ? On nous avait fait croire que nous faisions partie du monde capitaliste libre, mais lorsque nous aspirons à capitaliser pour assurer notre avenir, systématiquement, l´occident s´emploie à nous en empêcher : elle élève des barrières douanières, elle finance des troubles militaires chez nous, elle nous vend des produits avariés si pas toxiques. Et aujourd´hui elle préfère investir en Chine et en Europe de l´Est que chez nous, n´est-ce pas curieux ? Ces communistes d´hier seraient devenus plus intéressants que nous qui avons donné jusqu´à notre dernière chemise à ce système des siècles durant, que nous le voulions ou non ?

Malcolm X ne disait-il pas à raison: « Sitting at the table doesn´t make you a diner, unless you eat some what´s on that plate…”. Serions-nous assis à une table pro format? Et pendant que l´occident s´empiffrerait, s´en mettrait plein la gorge, nous, nous attendrions qu´on nous lance les os, pendant que nos femmes et nos enfants aspiraient à des mets délicats ?

La spiritualité n’est pas mauvaise, lorsqu’elle reconnaît et emploie la raison et la science pour élever l´âme et inciter à la recherche de son équilibre et de son harmonie, mais lorsqu’il n’y a qu’incantations bornées, non discutées, fondées et soumise à la science ou à la raison, et au demeurant si celles-ci ouvrent sur des mutilations comme l’excision des filles, ou des croyances cabalistiques freinant la liberté de l’esprit créatif et connaissant, en renvoyant le tourment humain légitime de l´existence à une toute puissance du sacré aveugle et irrationnelle ; ces pratiques doivent être combattues, si pas abolies, afin que la société puisse aller de l’avant et gagner en objectivité et en réalisme. Actuellement les intellectuels africains sont aussi désordonnés qu’égarés dans leurs tribulations. Il y a ceux qui croient qu’il faut retourner à la pensée égyptienne, peut-être pour se reposer sous la gloire des pyramides. Et cependant, ce ne sont pas des pyramides qui vont construire des ponts, des écoles, forger les instruments et concevoir et éditer les livres qui nous manquent pour notre réalisation. Et il ne faut pas oublier un fait historique éloquent : cette civilisation, toute brillante qu’elle était, s’est écroulée ou a disparu notamment parce que la connaissance était réservée aux prêtres, aux aristocrates et pharaons. Et parce que sa logique était plus adoratrice du passé, de l’au-delà que du futur. Elle nous a laissé un désert qui grandit de 5 km chaque an pour avoir déboisé tout le Sahara pour utiliser son bois pour rouler ou mettre en place les énormes pierres des pyramides qui, comme on le sait, pèsent souvent plusieurs tonnes ! Et si c’était un prétexte que l’intelligentsia noire déjouée invente pour tromper les petites gens à défaut de se mettre au travail, c’est à dire : de construire des automobiles, des avions, tous les instruments modernes de réalisation ? Un détour cochon, un déni de devoirs, dirai-je.

Cette égyptomanie a un autre aspect méconnu de leurs adeptes : selon toute évidence, les anciens égyptiens habitants le territoire égyptien tel que nous le connaissons aujourd´hui, furent refoulés vers le Sud par les hordes et les invasions ottomanes et arabes (et ceci n´est, encore une fois pas une preuve de grandeur militaire). C´est dire que réveiller aujourd´hui une égyptomanie pourrait avoir une conséquence secondaire indésirable : jeter le faible d´esprit entre les mains de l´Islam, son envahisseur et esclavagiste d´hier ; celui qui, bien plus longtemps que l´occidental avait pratiqué l´esclavage des noirs et la destruction de leurs patrimoines culturels. Y a-t-on pensé ?   

Marcus Mosiah Garvey, un des précurseurs de la pensée politique positive noire disait : « Des producteurs nègres, des distributeurs nègres, des consommateurs nègres » ou encore : « Le monde nègre peut-être autosuffisant. Nous souhaitons sincèrement traiter avec le reste du monde, mais si le reste du monde ne le désire pas, nous ne le rechercherons pas non plus » pour souligner ce qui était réellement important : la réalisation sensible, et le respect de l´intégrité et de la liberté des autres. Et celui qui comprend bien ce qu´elle signifie, sait que ce processus de véritable réalisation temporelle est lié à plusieurs facteurs concourants lesquels émancipent et forgent l´esprit, l´âme et le corps social à sa véritable finalité réelle, et celle-ci est avare de liberté, de souveraineté et d´indépendance afin de se réaliser en toute harmonie en dehors de toute contrainte qui pourrait lui être nocive.

Je n’ai rien contre la connaissance de l’histoire, surtout si c’est la mienne et cependant, j’insiste sur le principal, plutôt que de se saisir du subsidiaire, et diable, la situation de l´Afrique l´exige : s’atteler à produire et maîtriser les instruments et les devoirs de l’avenir. Et croyez-moi, ils sont énormes et contraignants. Nous aurons toujours le loisir, entre temps, de parcourir la vie de nos pharaons chéris, mais nous aurons au moins mis notre machine existentielle en route et ainsi œuvré à protégé nos femmes et nos enfants de la misère et de la pauvreté. Faire la liberté, plutôt que de l’apprendre à longueur d’histoire passée, ou de la subir comme nous l´avons fait jusqu´à ce jour.

Nous avons de si belles femmes, de si beaux enfants ; leurs sourires et leurs joies lorsque leurs désirs, leurs attentes se réalisent, avons-nous perdu cette fierté d’amour et de respect  pour ceux qui sont la prunelle de nos yeux? Qui logera donc nos rêves aux paupières des étoiles, comme le demandait si bien Senghor ? Pas l´occident en tout cas, qu´on ne se fasse pas d´illusion. Ce mensonge nous a coûté des siècles et des siècles du mépris le plus cruel qu´on n’aie jamais réservé à une race. Et l´africain qui l´a compris le sait : celui qui, dans les rapports humains dit à un autre : suis-moi, je ferai ton bonheur est de la plus grande fausseté. Le bonheur qui est un assouvissement sensible individuel ne peut s´accomplir que dans et par l´expérience et l´exercice sensible conscient de toute personne humaine quelle qu´elle soit. Et si ce bien-être est collectif, alors tout le monde doit y trouver son compte.

La colonisation, la tutelle politique, culturelle, économique est de la plus grande aberration ; si les français, pour ne prendre que ceux-là, en doutent encore, pourquoi donc leurs propres enfants s´hasarderaient-ils à brûler à Paris, la ville de l´amour, dans toute la France, les symboles d´une société qui, à leurs yeux, était fausse et sournoise en leur privant de chances réelles de réalisation. C´est dire qu´ils en avaient marre que depuis plus de vingt ans, en lieu d´amour et d´avenir, on ne leur avait offert que mépris et exclusion. Et pour paraphraser Jacques Chirac qui aimait à dire effrontément : « l´Afrique n´est pas mûre pour la démocratie », avec leur révolte cette jeunesse voulaient lui dire : « De quel genre de démocratie s´agit-il ? Est-ce cela que nous réservons aussi à nos enfants ? Ils attendent depuis si longtemps…

Musengeshi Katata.

Posté par Musengeshi Kat à 13:46 - Le tissu économique de l´avenir - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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