Commentaire sur grioo.com

Afrique du Sud : recruter des spécialistes indiens contre la fuite des cerveaux

Cher Yick, Je te remercie vivement pour ta réponse, et pour cause : ton analyse est exacte, ce qui prouve ton objectivité et honore ton intelligence, ce qui n’est pas chose courante sur Internet où trop de tonneaux vides se débattent dans le désordre et le grand bruit. Et le pire, c’est qu’ils croient être des lumières du raisonnement. Mais revenons à ton excellent constat. Si les blancs ont développé ce pays, c’est parce qu’ils se sentaient chez eux et que les richesses minières de l’Afrique du Sud profitent à tout le Pouvoir Blanc, ce qui leur donnent à ces anciens ségrégationnistes, une place remarquable dans la stratégie de domination de l’occident. La preuve ? Ils ont été financé et protégé pendant toute les exactions et les crimes de l’Apartheid par tout l’occident, et aujourd’hui, ils font partie de la zone monétaire de l’Union Européenne, pas de l’Afrique. Les choses ont changé après la chute de l’Apartheid et c’est bien ainsi. Le problème cependant, c’est qu’ils continuent à entretenir, par réflexe de la loi de la formule : "Never change the winning politics" la même politique extravertie qu’hier. Les africains eux aussi ne sortent que trop lentement du rôle de subalterne pour devenir conceptualiste d’une société qui doit aussi répondre à leurs attentes, à la réalisation de Tous. Et pour cause, ils leur manquent 1. Le capital qui est détenu par les blancs, et 2. Des capitaines noirs d’industries ayant une vision non seulement précise de la production, mais aussi de son incidence sur le développement à long terme de leur société.

Des universitaires et des ingénieurs noirs, il y en a, plus qu’ailleurs en Afrique ; mais de véritables penseurs de structures et visionnaires de problématique sociale, ils sont si rares dans chaque peuple que beaucoup n’en ont pas, ils se contentent d’imiter, de suivre, de s’accrocher aux exemples d’autres peuples. Avec Steve Biko, pour l’Afrique du Sud, Patrice Lumumba, pour le Congo, Thomas Sankara...L’Afrique a eu sa chance, mais tu remarqueras qu’ils ont tous été assassinés. Toute l’Afrique a voulu l’indépendance, toute l’Afrique parle de liberté ; mais à y regarder de près, rares sont les élites qui savaient de quoi ils parlaient : du contenu véritable de la liberté, de l’indépendance.

La liberté ou l’indépendance, ce n’est ni une simple définition de slogan électoral, ni un parti pris à une formule qui fait des miracles ; c’est plutôt une démarche historique patiente et continue qui exige de celui qui s’en réclame de mettre son intelligence et sa créativité au service de l’organisation sociale, laquelle serait constamment, jour après jour et sans arrêt attelé à produire les instruments, les moyens matériels et immatériels susceptibles d’épanouir et de développer la réalisation sociale en employant toutes les ressources humaines et naturelle de la Patrie. C’est : mettre tout le monde au travail, et faire éclore, dans un milieu enthousiaste et positif, les valeurs les plus profondes et les plus réalisantes de la société afin que chacun, selon ses capacités et ses ambitions, y trouve sa place et en nourrisse ses rêves et ses espérances. Beaucoup trop de noirs croient qu’il s’agit d’aller à l’école, d’apprendre par coeur ce qu’on nous apprend pour répondre aux exigences de l’avenir. C’est vrai pour le modeste technicien, l’employé ou le bureaucrate sans ambition. Ce qu’on attend d’eux, cependant est plus exigeant : c’est qu’ils viennent faire preuve de créativité, de novum. Non seulement connaître, comprendre la connaissance ; mais aussi la critiquer et la recréer si elle ne satisfait pas à un avenir exigeant ou à l’efficacité sensible tout court.

Personnellement j’attribue ce manquement évident qu’on peut remarquer en Afrique par une élite apparemment incapable de résoudre efficacement les contradictions du développement de leurs pays et aboutir à des résultats positifs, à la longue castration coloniale, et il faut le reconnaître franchement, à des méthodes autant méprisantes que criminelles de l’occident pour les maintenir soumis et pauvres. On les voit patauger, ces intellectuels noirs, apparemment déboussolé, sans identité, sans assurance politique, plus médiocres que talentueux. Et l’occident y met son sel en employant tous les coups bas pour les ridiculiser.

Ce n’est pas du grand hasard, si en revenant de l’Afrique ou le tapis rouge lui avait été déroulé, Georges Bush dit sur CNN en Novembre 2004 : "L’Afrique est gouvernée par des incapables" Et tu l’as reconnu toi-même : les blancs en République Sud Africaine ont doté leur société de meilleurs résultats sociaux que toutes les nations africaines réunie, ce qui hélas, provoque ce réflexe d’Oncle Tom envers les autres africains à la frontière : la tendance à protéger les biens du maître qui sont aussi leurs propres biens.

L’Exemple de l’Afrique du Sud montre qu’il ne suffit pas d’occuper des postes politiques pour se croire maître de la politique, la politique a un contenu, une éthique, des devoirs qui vont loin dans les attentes et les exigences de réalisation de la société chercher leurs valeurs et leur ligne d’action. Ce n’est ni une cachette pour aventuriers et ignorant, ni fonction publique pour bureaucrate sans imagination.

Je souhaite vivement aux noirs en Afrique du Sud de remplir rapidement le vide conceptuel qui les sépare de l’équilibre positif et réalisant de leur société. Quant aux blancs, ils devront choisir : la paix sociale et la réconciliation financière, ce qui voudrait dire qu’ils devraient aussi miser sur le développement de la société noire qui est aussi la leur, ou ils vont garder distance, ce qui, à la longue, leur rendra peut-être le pouvoir, mais un jour pourrait déboucher sur une terrible tragédie que personne ne souhaite. Il est encore possible de réaliser un rêve commun sans complexe, sans discrimination raciale, mais tout le monde doit s’y mettre. Les blancs comme les noirs.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com