La bourde du 10 février 2003

Lorsque nous nous révoltons devant la logique ou le comportement politique ou les visions infantiles de certains gouvernants ou hommes politiques africains, beaucoup de gens croient qu´il s´agit d´une quelconque campagne gratuite de dénigrement. Ce sont souvent des gens irréfléchis, aveugles ou peu initiés à la défense de leurs propres intérêts qui s´y étalent, Dieu merci. Les autres, ceux qui ont compris de quoi il s´agit, devant les gaucheries suicidaire ou insultantes de ces pas de merde, ne peuvent que secouer la tête de dégoût. C´est parfois plus fort que la bêtise ordinaire ne le permette.

Que dire donc de la honteuse déclaration faite le 10 février 2003 devant le sénat belge par Joseph Kabila, fils de Laurent Kabila, chef d´Etat de la république démocratique du Congo ? Sans la moindre retenue, et sans le moindre gêne il déclara : « histoire de la république démocratique du Congo, c´est aussi celle des belges, missionnaires, fonctionnaires et entrepreneurs, qui crurent au rêve du roi Léopold II de bâtir au centre de l´Afrique, un Etat. Nous voulons à cet instant précis, rendre hommage à la mémoire de tous ces pionniers ». En appelant de ses vœux, il souhaitait un « rapport de type nouveau », un « partenariat positif » avec la Belgique.

Dieu du ciel, qui a donc donné à ce grand garçon peu nanti intellectuellement le droit de dire autant de bêtises au nom du peuple congolais souverain et indépendant ?

Il venait à la fois d´assassiner Patrice Lumumba pour la deuxième fois, d´emprisonner le Grand Simon Kimbangu de nouveau pour 30 ans ainsi que la torture par déportation de 150.000 de ses adeptes dont plus de 130.000 moururent d´épuisement affamés et assoiffés. D´un seul coup, il avait nié et renié tous nos morts, de nos enfants aux mains coupées dans ce qu´on appelait : le caoutchouc rouge, de nos femmes et de nos enfants assassinés lors de manifestation de contestation ?

C´est toute l´histoire l´humaine des violences et des exactions gratuites, de tous les actes cupides et criminelle depuis l´extermination des indiens d´Amérique par les occidentaux, en passant par l´esclavage des noirs qu´ils firent joyeusement pendant 400 ans…tous les actes illégitimes et illégaux commis envers des peuples souverains et paisibles en leur arrachant leurs terres pour les revendre aux tiers comme c´est la cas la Louisiane, par exemple.

Qui a oublié cette traînée de sang en Algérie, à Madagascar ; ces élites et ces peuples décapités et soumis à l´ignoble soumission du colonisateur belge, français, anglais, allemand, italien, hollandais ?

Qui avait oublié l´Apartheid et ses mains sanglantes ? Pourquoi Mandela avait-il donc fait 28 ans de prison ?

Et du coup la France sortit, le 23 février 2003, sa loi sur la discrimination positive dont l´article 4 vantait et encensait les crimes de la colonisation. Eux aussi voulaient profiter de la faiblesse d´esprit kabiloise pour se couvrir de lauriers et clore une époque honteuse et couverte de crimes et de manquements au Droit des gens, au Droit commun et au droit pénal, période qui avait montré à quel point la France du Pouvoir Blanc ne respectait ni ses propres valeurs, ni le droit de qui que ce soit sinon ses intérêts étroits.

Rien à dire, on a beau avoir vu le jour dans les buissons du maquis tanzanien, on avait beau ne pas avoir appris à distinguer civilisation de criminalité de droit commun, avoir somme toute peu d´éducation civile;

mais même le plus inculte des paysans congolais savait qu´il avait une histoire et que ceux qui avaient souillé sa souveraineté, restreint son droit à la libre existence, tué ses femmes et ses enfants, corrompus ses élites étaient ses ennemis. Des ennemis du droit Universel tout court.

Comment qualifier cette idiotie, ce mépris évident pour sa propre race, son histoire et la mémoire historique de la justice humaine ? Incroyable !

Mais s´en étonne-t-on ; tel père, tel fils. Kabila père s´était fait ériger une légende lumumbiste qu´il n´avait pas. Il s´était plutôt retiré au maquis pour cuver sa rancœur et ses échecs idéologiques. Il ne fut pas élu, comme mon père Bourgmestre avant l´indépendance, et lorsque Patrice Lumumba vint à Lubumbashi, ce fut chez nous qu´il habita, pas chez Kabila. Et c´est aussi vrai que ce furent nos biens qui furent saisis et vendu illégalement, pas ceux de Kabila. En fait une famille d´usurpateurs et de parvenus incapables ni d´exercer, ni de comprendre la notion profonde du Pouvoir Congolais.

Un lumumbiste, quel qu´il soit a un respect profond des institutions et du peuple ; il ne l´injurie ou ne l´humilie en aucun cas. Et il cherche toujours la légitimation du peuple souverain, plutôt que de violenter ses institutions ou injurier son histoire. Dieu cette bassesse, cette petitesse d´esprit; même si on n´a apprit qu´à mendier et à ramper toute sa vie. Lorsqu´on parle au nom d´un peuple, on ne lui crache pas au visage. 

Les prochaines élections présidentielles au Congo doivent donner l´occasion au peuple de dire son dernier mot. Et j´espère qu´il sera incisif : quiconque meurtrit et injurie à ce point la mémoire historique du monde libre, n´a pas le droit de représenter quelque peuple que ce soit.

Le mieux, ce serait qu´il retourne dans son maquis tanzanien, là ou le monde se laisse encore injurier et traîner dans la boue.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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