Lettre ouverte aux politiciens africains débauchés

Hier était le 45 anniversaire de l´assassinat de Patrice Lumumba. Un moment difficile pour moi, parce qu´il rappelait à quel point nous avions souffert à Lubumbashi parce que mon père Laurent Musengeshi avait suivi non seulement les conseils de Simoni Kimbangu, mais aussi Patrice Lumumba, son héritier politique. Nos biens avaient été saisis et vendus, nous-mêmes chassés de notre pays comme de vils étrangers.

Nous arrivâmes à Kinshasa où on nous traita de « réfugiés » couchant à même le sol et vivant de l´aumône de l´ONU. J´avais à peine 8 ans, mais ces images me sont encore à la mémoire, douloureuses, blessantes.

Pour mon père, j´en prendrai connaissance plus tard, cette période qui débuta après la visite chez nous de Patrice Lumumba à Lubumbashi, dans la ferme que mon père, alors premier bourgmestre élu de la Ruashi, était propriétaire et que ma mère, mon grand-père, et mon oncle entretenaient ; ce fut un véritable désastre : il avait, contrairement à beaucoup de parvenus qui se déclareront Lumumbistes par opportunisme, connu à la fois le précieux prisonnier de Kasombo( Simoni Kimbangu) qu´il avait appris à aimer, à admirer l´esprit clair et déterminé malgré son internement inhumain, et Patrice Lumumba dans lequel il découvrit un passion de la liberté et de l´amour des siens d´une incroyable lucidité. La nuit du 17 au 18 janvier 1961, cependant, avec l´ignoble assassinat d´Osungu Odimba (Patrice Lumumba), le Congo allait entrer dans une période sombre et troublée qui le mènera en 1965 à la dictature de Mobutu, et à ses maux actuels où l´orientation politique souffre énormément du manque de vision réelle de l´avenir de ce pays.

Mon père me dira plus tard, en m´offrant pour mon anniversaire le livre de philosophie signé par Patrice Lumumba : « Lis, et forge l´esprit ; nous en avons grandement besoin. » Et plus tard, dans ses moments de mélancolie, il m´avouera : « Le plus dur pour moi n´a pas été de perdre nos biens et notre statut à Lubumbashi, (plus de 1.735.000 Fb d´après l´acte de saisie de l´Etat séparatiste du Katanga), ou de me battre pour retrouver ma nouvelle place dans la société pour chérir et élever mes enfants dignement ; non, le plus dur a été de devoir oublier Patrice Lumumba. De cela je n´y suis pas arrivé. »

Mon père décéda le 10 mai 1990 ; il avait été entre autre Administrateur de l´air Congo, Directeur le l´hôpital psychiatrique de Kintambo, député, secrétaire général de la FGTK, président provincial de Bandundu, sénateur membre du comité central.

Sa carrière politique, après avoir été premier bourgmestre élu avant l´indépendance à la Ruashi était enviable, et j´en suis particulièrement fier. Parce qu´il a su se battre, et nous offrir une vie décente malgré les troubles et les hérésies politiques qui ont jalonné l´ère mobutiste.

Et aujourd´hui, en toute franchise, si je juge la situation économique et politique du Congo, je dois avouer à mon grand désarroi, que l´époque de la dictature de Mobutu

a apporté plus de sécurité et de bien être à la population du Congo que ne le fait actuellement l´ère kabiliste avec les guerres, la misère et la pauvreté. Curieux extrême, n´est-ce pas ?

L´ère de la dictature mobutiste était tapageuse, trompeuse, souffrait d´un manque flagrant de fondement de véritable structure socioéconomique de progrès, au sens déontologique et philosophique du terme : c´était le m´as-tu vu, la superficialité plutôt que la profondeur des choses ; ni l´éducation technique, ni l´organisation rationnelle motivée de la société n´a été attelée à ses buts et à ses devoirs efficacement. L´analphabétisme n´a pas été combattue avec l´énergie d´un pays qui voulait élever la participation d´un chacun, et ce faisant de toute la société aux ambitions de l´avenir. La vision mobutiste de l´avenir du Congo était plutôt collégienne, parce qu´elle souffrait d´un large manque logique, rationnel technique et économique. Le progrès, il faut s´y préparer, le concevoir et l´appliquer en respectant les aspirations profondes de la société et ses ambitions culturelles, sociales, historiques ; ce n´est pas un jeu de poker menteur qui privilégie les arrivistes et les beaux parleurs.

Le kabilisme, lui commence avec guerres, dépossessions illégales, défaillances économiques, financières, organisation et fonctionnalisme sans fondement d´unité ou de réunification. Le désordre est à l´ordre du jour, pendant que le travail manque et que la pauvreté s´installe. Ce ne sont pas de bonnes prémisses. Et ce junior des maquis qui va en Belgique vanter Léopold II ! On se croirait au pays des traîtres et des incapables invétérés alors que ce pays compte un nombre respectable d´intellectuels, d´analystes et de techniciens reconnus dans le monde entier. Que se passe-t-il donc ? Peut-être faudrait-il penser à revenir à la formule éprouvée dans le monde entier : the right man on the right place. Et rendre tous les fanfarons et les faiseurs de vent à leurs moulins provinciaux.

Il est grand temps que le peuple Congolais se décide, parce que c´est lui qui octroie souveraineté et pouvoir, et dicte ses désirs et ses ambitions ; oui il est temps qu´il décide s´il faut continuer à vivoter, à mourir de faim, ou s´il faut changer les choses. En tout cas, telle que le train est de nouveau parti, on ne peut attendre rien de bon. Faut savoir ce qu´on veut.

Ce 17-18 janvier, c´est l´occasion d´honorer, de rendre hommage à la plus grande figure africaine du 20ième siècle, mais aussi l´occasion de se demander : l´après Lumumba, qu´en est-il du Congo ?

Et on doit l´avouer, cet homme, comme le disait mon père, on ne peut ni l´oublier quand on l´a connu, ni cesser de l´aimer. Et c´est vrai. Ni lui, ni Simoni Kimbangu. Et c´est en vérité notre dilemme congolais : c´est d´avoir eu la chance d´avoir eu de tels parents, de tels maîtres spirituels et politiques, et de devoir supporter un amateurisme et un dilettantisme d´une médiocrité criante qui nous est imposée par des incapables notoires. Cela ne dépend en fait que de nous-mêmes que ces deux figures les plus riches de l´histoire et de la spiritualité africaine, noire, congolaise retrouvent au sein de nos cœurs, de notre foi la place qui leur revient. Et ce jour-là, j´en suis persuadé, nous allons retrouver notre sourire, le droit chemin qui réalise non seulement notre nature profonde, mais aussi les rêves de nos enfants et ceux de nos femmes, parce ce que la vie, ce n´est rien d´autre que cela : se réaliser dans nos attentes, nos désirs, notre liberté.

Actuellement, notre égarement nous rend un préjudice grandissant et ne profite qu´à ceux qui nous conserveraient à loisir encore longtemps sous leur joug ; il est temps de changer les choses et de montrer que notre amour de la liberté, de notre souveraine et fière développement est un bien sacré que nous ne mettrons à aucun cas à disposition. Il en va des rêves de nos enfants et de leur avenir.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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