Pour commémorer une des premières combattante de la liberté congolaise contre

Les usurpateurs étrangers portugais :

L´irréductible KIMPA MVITA

1706 - 2006 – 300 ANS

Le 02 juillet 1706. Accusée de xénophobie, d’hérésiarque et d’être possédée par les démons, les missionnaires capucins portugais, dont le père Lorenzo la firent pourchasser. Arrêtée par ses sbires portugais bien armés dans la forêt de Pendele où elle était en retraite spirituelle, les pères Lorenzo et de Bernado la jugèrent et la brûlèrent vive publiquement aux bûchers avec son enfant à Divululu, en présence du roi Pedro IV, descendu de mont Kibangu.

Kimpa Vita, en flammes, avertit dans ses dernières volontés qu’un enfant naîtrait , le fils de Dieu, pour mettre fin à la barbarie de l’homme étranger. « Que m’importe de mourir maintenant ? Ce pas, maintenant ou jamais, j’ai à le franchir dans ma vie. Ma personne physique n’est autre chose qu’un peu de motte de terre. Je n’en accorde aucune importance. Un jour ou l’autre ce corps se réduira en poussière, en cendre. Cependant, mon esprit, mon âme exalteront la gloire du Très Haut Nzambi-a-Mpungu Tulendo. Nul ici bas ne peut en disposer. Et Dieu pourvoira un autre plus puissant qui arrivera à bout de l'envahisseur. »

Depuis, les Kongo attendent dans la ferveur et la foi en Dieu le Tout Puissant, celui qui les libérera. Cette Etoile Nouvelle qui brillera à jamais et dont la lumière inextinguible pour le salut du peuple Kongo est attendue dans la douleur et les servitudes imposées par l'invasion massive de l'étranger.

                                 CANTIQUE DE KIMPA VITA 1703

Après la conversion de Nzinga Nkuwu et de sa famille, avec la cohorte de capucins, Afonso ne Mvemba Nzinga, couronné Mani Kongo en 15O6 poursuivit la christianisation du royaume. Le Kongo se détourna de Nzambi-a-Mpungu, délaissant ses propres rites spirituels, cultuels et culturels. Par les baptêmes, ils abandonnèrent les noms signifiants kongo et empruntèrent les barbares noms pour l’ensemble portugais. Ainsi Nsaku, vaillant lieutenant de Mani Soyo qui fut enlevé par Diego Cao en 1487, devint Dom Alvaro (Ndoluvualu) à sens et insignifiant, Nsimba Mpanzu devint Dom Joao (Ndonzuawu), roi de Bula ...

L’entourage conseil du roi n’était plus le Mani Vunda ni le Mani Lumbu et ni tous les mani des provinces. Affonso ne Mvemba Nzinga fut sous l’influence spirituelle et politique de Mani Mputu, ceux que les besikongo désignaient les nkadi-a-mpemba ( diables) , tous les brigands, marchands et tous ces prêtres prêchant la bonne parole la journée aux kongo et cohalisant les nuits pour les pratiques d’esclavage aux côtés des commerçants et assassins venus du Portugal.

Face à tant d’efforts et la volonté inlassable de Ne Mvemba Nzinga à convertir le Kongo au christianisme,  les résultats furent maigres. Les rois portugais et les papes de Rome ne s’intéressaient guère à la christianisation du Kongo. La religion et la conversion visaient à imploser le puissant royaume. Leurs intérêts majeurs portaient plus spécialement aux richesses et à la traite d’esclaves. Affonso ne Mvemba Nzinga, comme son père Nzinga Nkuwu, se repentit et se lamenta de sa conversion. La volumineuse correspondance diplomatique de la coopération technique : médecins, enseignants, maçons, etc... demeurait sans suite. Il implora Nzambi-a-Mpungu afin de redonner au Kongo la nouvelle voix pour guider le peuple. Mvemba Nzinga s’amenda dans des prières pour avoir facilité les écarts de liberté de besimputu qui infériorisaient les besikongo, les exploitaient et les arrachaient de force de leur terre pour les vendre comme marchandises en Europe, via l’Ile de Sao-Tomé et toute la côte ouest atlantique.

« Nzambi-a-Mpungu, tu as envoyé vers nous ces hommes venus de Kalunga ( de haute mer). Ils nous ont apporté par ton nom, ton Fils le sauveur que Toi Nzambi-a-Mpungu n’a pas porté à notre connaissance. Nous avons cru à cette trinité. Par Lui, tous les hommes créés par toi dans ce bas monde seraient tous frères. Ton peuple ne Kongo a abandonné les pratiques de notre adoration pour devenir chrétien. Mais voici que tous nos efforts de porter le nom du Christ à travers le royaume nous conduisent à des éclatements des clans, à des guerres fratricides initiées, provoquées et soutenues par ces besimputu, notamment les nganga za Nzambi qui distribuent les batons qui crachent le feu à la place de ton message et tuent les nôtres. Les hommes de Dieu qui nous baptisent  participent à ces crimes odieux et ce macabre commerce perpétré contre ton peuple. S’ils n’en sont pas les promoteurs, ils font de nous, par leur enseignement biblique, des esclaves. Les enfants et les femmes dans les bateaux qui les transportent loin de tes terres, de l’autre côté de la mer sont jetés par dessus les bords. Nous nous détestons et nous nous entretuons par leurs conseils. Ton royaume devient un spectacle de mer de notre propre sang. Nous-sommes-nous égarés devant ta face ? Nzambi-a-Mpungu, fasse que l’oeuvre que nous avons entreprise soit un havre de paix dans notre paisible Kongo. Que ta clémence nous éclaire dans tes sentiers afin que le royaume donne un enfant du pays pour guider ton peuple vers Toi, selon ta recommandation. »

A la fin du règne de Affonso ne Mvemba Nzinga vers 15O6, le royaume fut en décadence avec la bénédiction des capucins. Les dynasties claniques, les Nlaza et les Mpanzu, se disloquèrent et s’affrontèrent pour la succession au trône. Chaque province devint un royaume, le plus fort de la dynastie, le chef de clan, de se proclamer roi. Ainsi, Soyo, Mbamba, Nsundi, Bula, Nkusu, Ambriz, Matamba, etc devinrent des royaumes et se firent les guerres soutenues par les groupes portugais différents : catholiques, commerçants, marchands d’esclaves qui armaient les besikongo les uns contre les autres durant près de trois siècles.

A la naissance de Kimpa Vita, Mbanza Kongo la capitale fut plusieurs fois détruite, entièrement brûlée. Ses rois et princes décapités. A vingt ans, la jeune prophétesse débuta à reconstruire la Capitale de ses propres mains avec l’aide de ses partisans. Elle entreprit les campagnes d’enseignement afin que Nzambi-a-Mpungu redonnât vie au Royaume et fît renaître son unité. Sa devise : Un seul Nzambi-a-Mpungu, un seul Kongo, un seul royaume, un seul roi et une seule capitale, Mbanza Kongo. Alors forte de ses convictions, de sa foi en Nzambi-a-Mpungu, elle parcourut toutes les provinces du royaume, harangua les foules de villages en villages. Elle promit au peuple de se rendre à Bula, auprès de Jean et à Kibangu, auprès de Pedro IV en vue de se faire remettre les insignes royaux avant l’élection du nouveau roi à Mbanza Kongo. Elle convoqua tous les prétendants à se rendre dans l’unique capitale de Kongo dia Ntotila présenter sa candidature.

S’attaquant violemment aux symboles de la croyance ancestrale et surtout à la nouvelle religion de Mputu qui remplaçait les nkisi par les icônes, les chapelets, les crucifix et les effigies des saints, objets de nouvelles idôlatries des besikongo, Kimpa Vita ordonna de les brûler tous sans distinction. La jeune Kimpa vita reprenant les complaintes  et les espoirs de mama Mafuta, lutta pour l’unité du royaume, pour le retour des kongo vers Nzambi-a-Mpungu. Ainsi sa prière, son cantique à travers tous le royaume.

Kiadi, kiadi !

Miséricorde, miséricorde !

Malheur à toi, ô Kongo,

Terre de nos ancêtres,

Tu as délaissé Nzambi-a-Mpungu

Tu as de l’adoration pour les idôles étrangères.

Malheur à toi, Tu as abandonné ton créateur

Pour t’aliéner aux dieux  d’outre mer à trois personnes.

Ô Kongo, ô Kongo,

Le siège, le Trône sacré de Dieu vivant

Terre sainte  promise, souillée et avilie,

Kongo, ô Kongo

Terre qui a donné la semence de l’homme

Toi qui as vu naître sur ton sol l’Enfant Roi, Sauveur du monde

Ton peuple, par tes rois, se donne à l’idôlatrie immonde

Je monterai, oui,  je ponterai vers le mont Kibangu ! pour que Kimbangu vienne.

J’irai, oui, j’irai parler  à Ne Agua ne Mpanzu-a- Nzinga

Je l’enjoindrai au nom de Nzambi-a-Mpungu

Oui, Ndompetelo descendra pour régner à Mbanza Kongo

Ndompetelo régnera comme seul roi de Kongo

Ô Mbanza Kongo, la glorieuse cité des Rois,

Le coeur du Royaume céleste des anges

C’est là que je dois me tenir envers et contre tout

D’un coin à l’autre de cette terre sacrée Kongo,

Vénérée de Nzambi-a-Mpungu Dezo

En son nom, je me dresserai contre les tempêtes de mer

Ô Mbanza Nkongo ! Eh  vous, besi Kongo !

Venez, mes frères, mes soeurs, vous tous

Fils du Glorieux et vaillant Kongo

Ce radieux pays béni de Dieu est à Nous

Nzambi-a-Mpungu a promis cette terre à Nous ses élus

Venez tous m’y joindre pour le défendre

Ô Mbanza Kongo, Mbaza Kongo

Je vous le dis, ô mes enfants

C’est ici la cité des rois,

Béthléem, où va naître l’Enfant Roi, notre Sauveur

La seule demeure de Nzambi-a-Mpungu ici bas

Le jardin sacré où Dieu posa son premier pas

C’est ici que Dieu ramassa l’argile pétrie

Pour la création de l’homme de ses propres mains.

Oui, je monterai au sommet de Kibangu

Où Ndompetelo est maintenu prisonnier par ces prêtres

Je le délivrerai de la pénitence de ces moines

Qui empêchent le Royaume d’avoir son Roi

Ces Nkadi-a-Mpemba qui divisent les besikongo (1)

Qui leur fournissent les batons à feu pour s’entretuer,

Qui favorisent le commerce des besikongo vers Mputu

Qui les jettent dans les eaux tumultueuses de Kalunga.(2)

Leurs petits corps meurtris des morsures des poissons

Ils les balancent comme un fagot de bois

Oui, Ndompetelo, je te persuaderai de descendre de Kibangu,

Les besikongo t’attendent comme leur unique roi,

Ils te reconnaissent et te veulent comme seul Roi de Kongo

Tu trôneras au Lumbu royal de Mbanza-Kongo.

Nous chasserons des terres des ancêtres

Tous les mon pères, tous ces prêtres

Qui ne disent pas la vérité et blasphèment Nzambi-a-Mpungu

Kiadi, kiadi !

Malheur à toi, ô peuple ne Kongo !

Débout et marchons ensemble

Libérer l’Ame du Royaume des magies de Esimputu

Nous brûlerons tous les fétiches, tous les crucifix des capucins

Et Mbanza-Kongo tu vivras, retrouver l’âme des ancêtres

Nous te libérerons de toutes les idôlatries

Ta lumière rayonnera à nouveau à travers l’Univers

Et seuls les besikongo, tes enfants, te reconstruiront.

Oui, nous te relèverons de toutes ces ruines, des cendres

Oui, nous panserons tes plaies.

Du nord au sud, de l’est à l’ouest

Nous rétablirons l’unité des terres de nos aïeux

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(1) Nkadi-a-mpemba : satan, serviteur de diable en opposé de nganga -Nzambi.

(2)Kalunga, Étendue infinie d’eaux, l’océan.

Nous laverons le sang de tes fils qui jonche ton sol

Tes fils essuieront les larmes de tes joues

Ils sortiront ton visage fané de creux de tes mains

Nous retrouverons la face cachée de Nzambi-a-Mpungu.

Qui nous guidera et éclairera notre chemin.

Au nom de tous les aïeux.

Chaque matin, chaque soir, chaque jour et chaque instant de la nuit, dans un coin de sa demeure à Mbanza-Kongo, Kimpa Vita chantait, se lamentait, évoquait et invoquait les ancêtres et Nzambi-a-Mpungu Tulendo.

Elle priait, elle pleurait, adressant ses complaintes vers le ciel, à Nzambi-a-Mpungu pour l’unité du Royaume, pour le roi et pour le Kongo.

En mai 1706, Dom Pedro IV descendit du mont Kibangu et s’établit sur le plateau de Divululu. Sous la pression et avec la complicité des moines Bernardo da Gallo et Lorenzo da Luca, Kimpa Vita fut arrêtée dans la forêt de Mpendele où elle se retira pour la retraite des prières. Elle ne vit pas monter sur le trône de Mbanza-Kongo comme l’unique roi Agua ne Mpanzu-a-Mvemba Ndompetelo IV. Les chanoines capucins Bernardo et Lorenzo, conseils et protecteurs spirituels de Pedro IV, jugèrent la jeune Kimpa et la firent brûler vive publiquement pour frapper la conscience de ne Kongo et surtout terroriser ceux qui s’opposeraient à l’expansion de la civilisation occidentale. Ils s’en lavèrent les mains inno-cemment. «Les besikongo, ces sauvages, réglaient leur compte de succession», se défendirent-ils. En 1709, trois ans après l’exécution bénie de Kimpa Vita par les capucins, la main pontificale de Rome par la bulle papale couronna Aghua ne Mpanzu roi du Kongo sous le nom baptismal Don Pédro IV. Il fut reconnu l’unique Roi du Kongo par les rivaux, excepté Ndo Nzuawu ne Nlanza Mpanzu (Jean), roi de Bula.

In Ephémérides kimbanguistes – Simon Enée Nsiangani – 2004 – Editions EKI. – http://perso.wanadoo.fr./kimbangu.net

Je remercie, ô combien la Bibliothèque de l´Eglise Kimbanguiste d´avoir mis à ma disposition ce document de valeur inestimable pour l´analyse de la généalogie de la liberté congolaise. MK