Questions et réponses ?

Sur ma lettre du 02/09/06 dont voici l´original :

A madame Alexis Marise Bique

Présidente

Les 3A ~ Hitoire & Sociétés

Chère Madame la présidente,

J´ai lu avec intérêt sur grioo votre objectif selon lequel avec des hommes

de bonne volonté, la convivialité est possible. J´en suis persuadé, et

cependant, pour que vous compreniez notre ressentiment et nos appréhensions,

je vous prie de lire sur www.realisance.afrikblog.com la teneur de notre

douleur.

Prenez votre temps, il y a beaucoup de textes sur cette page.

Nous connaissons notre histoire, madame et contrairement à nos bourreaux,

nous avons longue mémoire. Cette convivialité dont vous chantez les éloges,

inclut-elle que nous devons accepter de subir le joug de la race blanche, de

son capitalisme primitif et criminel, supporter leurs interminables

conséquences néfastes et au besoin nous déclarer prêt à subir d´autres

méfaits?

Quand d´après vous les occidentaux se rendront-ils compte que nous ne sommes

pas des bêtes de sommes, que nous aussi, comme tous les êtres humains nous

avons droit à une réalisation libre et souveraine ?  Avez-vous pris des

dispositions afin que la francafrique prenne fin et que la France cesse de

contrôler les monnaies et les économies africaines et de fomenter

des guerres de révolte et supporter des dictateurs criminels ?

Savez-vous que la France a fait assassiner Thomas Sankara et qu´elle est

hautement impliquée dans le génocide rwandais?

Voyez-vous, madame; j´ai bien peur que vous ne soyez qu´un trompe oeil,

qu´ un attrape-nigaud comme tout occidental aime à s´investir face au

moloch des intérêts de son propre pays. Et dans ce cas, ayez la sincérité de

respecter nos souffrances et notre désir de liberté, et de ne pas nous

enfumer par des discours vides qui énervent plus qu´ils ne soulagent.

Avec mes meilleurs sentiments, votre

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.

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J´ai reçu le 02/10/06 la réponse suivante :

Cher Monsieur,

Le débat est public.

J'ai donc mis votre contribution sur le blog.

L'échange d'idées n'implique pas nécessairement la mise en cause

personnelle des contributaires. On risque toujours de commettre des

erreurs grossières. Car on ne connaît jamais assez l'autre.

Pourquoi accuser tout le monde (occidental) en bloc ? Pouvez-vous

imaginer, par exemple, que quelqu'un qui a participé à la

décolonisation de l'Afrique souffre encore aujourd'hui de maladies

rapportées de ce continent ? Pouvez-vous imaginer que quelqu'un qui a

reçu un coup de gourdin le jour de Charonne et qui est aujourd'hui

âgée de 70 ans environ va passer sur le billard pour la deuxième fois

en une année ? Ces gens sont allés au champ d'honneur. Ils ont droit

au respect.

L'anticolonialisme existe aussi en France et ailleurs en Europe. Ce

n'est pas une affaire de couleur de peau. Ce n'est pas une affaire

d'amour propre de colonisé.

Nous aurons le temps de débattre de toutes ces questions d'ici à

l'UnivCsgd94120 pour arriver à la rédaction de contribution qui

serviront à leur tour de bases pour les débats 2007. Car, c'est un

travail de longue haleine qui est engagé.

Je vous recommande de lire le billet "!Les repères constitutionnels

pour le débat citoyen" et les dépêches de l'ONU en contribution.

Particulièrement celle intitulée : ALLIANCE DES CIVILISATIONS :

L'ÉDUCATION SERA LA CLEF POUR ÉVITER DE NOUVELLES « CONTROVERSES DES

CARICATURES »

http://www.grioo.com/blogs/Csgd/index.php/2006/02/04/787-democratie-ou-theocratie

Vous pouvez aussi visiter le site "Licenciés de l'Education Nationale"

particulièrement le billet "Le temps des responsabilités"

http://www.grioo.com/blogs/amb3a/index.php/2005/06/30/238-le-temps-des-responsabilites

Cordialement

PS : Merci de traduire en français la dernière phrase de votre message

:"Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu". Le savoir qu'il contient est

peut-être à partager.

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Réponse Musengeshi du 02/10/06

A madame Alexis Marise Bique
> Présidente
> Les 3A ~ Hitoire & Sociétés

Chère madame la Présidente,

Je vous remercie pour votre cordiale réponse ; elle m´a éclairé de beaucoup de belles intentions en gestation, mais concrètement, elle m´a laissé moi et mes lecteurs sur notre soif.

Avant d´en venir à votre accusation selon laquelle tout l´occident serait accusée, permettez-moi de vous dire que l´Afrique et l´homme noir sont devenus particulièrement méfiants quand l´homme blanc parle d´humanisme ou de convivialité, parce que celle-ci suppose toujours qu´on essaie d´endormir les légitimes revendications des opprimés et des trahis pour laissé de compte en leurs demandant de croire à l´enfant Jésus, de renoncer à la recouverte de leurs souverainetés souillées sans le moindre égard, de leurs libertés politiques, économiques et financières bradées chaque jour sous des prétextes des plus téméraires. Oui, même à renoncer à leur identité pour errer comme des épaves sans destinée, n´ayant en réalité qu´une bouée de sauvetage : le bon vouloir du maître…quand et comment il le voudra.

Ce qui blesse et révolte, madame la présidente, ce n´est pas seulement l´ardeur et la cruauté du passé esclavagiste et colonialiste ; si ce n´était que cela, nous pourrions nous en accommoder…en souffrant, certes, mais les larmes, un jour, pourraient sécher. Nous avons en nous la force et l´intelligence de refaire notre vie et d´entreprendre l´avenir avec élan et ambition.

Ce qui nous dérange c´est cette perversité têtue et criminelle qui consiste à nous déshabiller sournoisement, à affamer nos femmes et nos enfants avec des méthodes comptables invisibles à l´œil nu, à corrompre et dévoyer nos élites ce qui plus tard avaliserait une nouvelle recolonisation ou désavouerait complètement l´intelligentsia africaine et toute sa classe politique, laissant le peuple sans confiance, et ce faisant livré aux loups affamés de l´aliénation et de l´exploitation qui, eux, nagent dans nos matières premières, nos diamants, notre or. Tout ceci provoque un exode insupportable de cadres africains désespérés en occident, et par là met en danger flagrant le développement de tous les pays de l´homme noir. Ce système, soutenu par le FMI et la Banque Mondiale est infamant et foncièrement unilatéral. C´est empoisonner par une cruelle dichotomie le peuple et son élite ridiculisée par l´échec permanent. 

Je vous rappellerai l´histoire de la traîtrise française en Haïti : votre pays exigea, pour reconnaître l´indépendance et la liberté de ce pays noir créé de toutes pièces par des colons esclavagistes français après en avoir exterminé les habitants initiaux, 150 millions de francs lourd. Un prix bien cher qui ruina ce pays et dont il ne s´en défit qu´en 1947 ! Les citoyens français et leurs enfants savent-ils le prix du chantage que paya Haïti pour sa liberté ? Et qu´en disent-ils : bravo, au suivant ?

Ceci pour vous dire que lorsque vous parlez d´alliance de civilisation, de paix, de culture, de démocratie ; il faut au préalable que votre pays apprenne d´abord à réparer les dommages de ses méfaits historiques dont les effets perdurent encore, et de cesser, par un impérialisme racial et partial, de croire, comme tous les membres du Pouvoir Blanc, que le monde entier leur appartient. Et donc qu´ils peuvent y faire ce qu´ils veulent, après tout, ils sont la mesure de la Norme. Alors et alors seulement un véritable dialogue de culture aura lieu, et sera équitablement fructueux, car en ce moment, nous sommes tous capitalistes, mais il y a ceux qui portent le drapeau du capitalisme et meurent de faim et d´apathie, tandis que les autres s´enrichissent et se gavent de la sueur et des larmes des premiers.

Quant à votre allusion selon laquelle j´accuserai tout le monde ; chère madame la présidente, vous ne parlez pas avec un inculte ou un illuminé. Qui donc a fait le code noir de 1685 ? L´Afrique ? Saviez-vous que le plus grand négrier français s´appelait

« Les droits de l´homme » ? Reconnaissez-vous que votre pays, la grande Nation française a participé au massacre, que dis-je à l´extermination des indiens d´Amérique et qu´elle a vendu notamment la Louisiane aux américains blancs illégalement ? Si les noirs ou les indiens faisaient la même chose aux français, que diriez-vous ? J´ai entendu votre prétentieux Chirac dire que si la France se trouvait empêchée de ses approvisionnements (entendez matières premières), elle réagirait militairement et la réponse pourrait tout aussi bien être conventionnelle qu´atomique. Nous y voilà ! A ce qu´il semble les blancs peuvent faire ce qu´ils veulent, la bible à la main ; mais lorsqu´il sont seulement contraints à se restreindre, ils voient rouge.

Je vous fais remarquer que ces matières premières que vous consommez et buvez à gorge déployée appartiennent aussi aux générations à venir, et qu´il faut en user avec modération. Mais à ce qu´il semble, malgré la pollution et les dangers écologiques, les conflits sociaux, l´acre pauvreté occasionnés par leur abus, tout cela ne semble intéresser l´occident. Il n´y qu´elle, ses intérêts et sa doctrine d´hégémonie blanche. Dites-moi sincèrement, ne voyez-vous pas tout cela ou vous voulez prendre les noirs pour des idiots ou des fantômes sans jugement ?

Désolé, ce n´est pas le cas. Nous sommes las de cette race sans âme universelle, rapace, sournoise, cupide et foncièrement bornée. Et lentement il faut se demander s´il ne faut pas nous en défaire : de vivre chacun loin de l´autre afin d´éviter rapacité et cruautés camouflées sous des gros mots tels : culture, civilisation, progrès, humanisme, coopération. Nous voulons des valeurs propres et sincères, pas vivre indéfiniment sur la tête pour satisfaire au bon plaisir de Bwana. Ni maître, ni esclave. La liberté, mais pleine et entière ; pas en version écourtée et tentée de sang ou de fausseté.

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu  est une des maximes philosophiques la plus ancienne du continent noir ; je la tiens de mon père et de ma mère qui aimaient à la citer. Elle est tellement riche et respectée qu´à son invocation les guerres cessaient pour laisser place aux pourparlers, et quiconque avait été lésé réclamait avec elle la plus grande justice de la part de son oppresseur. C´est aussi une déclaration de bonne foi et d´intention louable comprenant non seulement un intérêt partiel, individuel, mais aussi le respect de l´autre et de la société.  Voici sa définition :

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu pour invoquer que la liberté qui est la tienne est la même que celle qui m´étreint ; et celle qui est à la société, à nous tous, n´est autre que le berceau de la mienne. Et cette société qui est la lueur éclairant mes attentes, outre que je la construis, que j´y réchauffe et y réjouis  mon cœur, je dois être à même d´œuvrer sur ses structures, sur ses valeurs afin qu´elle réponde à mes vœux les plus ambitieux. ( extrait de : Les Cercles Vicieux)

Pour finir, madame la présidente, je vais citer le grand prophète Simoni Kimbangu : un de ceux que la colonisation blanche (belge) a emprisonné au Congo, dans son propre pays pendant 30 ans jusqu´à sa mort dans une cellule de 80cm sur 120, et qu´on noyait la nuit d´eau salée pour l´empêcher de dormir. Tout cela parce qu´il avait osé dire qu´il était le fils de Dieu. On l´appelle « le Seigneur de Nkamba » ; dans un prière brûlante, il dit : « Dieu existe. Ô combien grand est son amour, sa générosité, sa pureté morale et éthique ; mais ce n´est pas un Dieu de crime, d´abus et d´interdit. Son serment de liberté et de réalisation est notre foi la plus brûlante »

Rendez-moi cette justice, madame la présidente ; je ne dirai pas comme Serges Reggiani : « si vous me poursuivez, prévenez vos gendarmes que je n´aurai pas d´arme et qu´ils pourront tirer », mais bien si vous me répondez, ne faites pas semblant d´ignorer des actes, des faits qu´on s´est donné bien du mal à nous cacher, parce qu´alors vous baisserez dans mon estime.

Avec mes meilleurs compliments, votre

Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.

munkodinkonko@aol.com