Correspondance avec un frère

Mail du 02/03/2006

Bonjour,


J'ai parcouru attentivement votre site. J'y ai trouvé un militant de la cause de mon peuple même si l'accent pour le peuple Kongo reste prépondérant.
Je pense que nous sommes nombreux aujourd'hui, très nombreux ceux qui allons concourir à l'abrogation de tout ce qui pourrait à l'avenir porter atteinte aux intérêts de notre peuple.
Notre peuple, par son histoire particulière s'étend aujourd'hui sur la planète entière. Et notre cause, notre culture est désormais commune par delà les océans, par delà les frontières.

Ce qui m'a poussé à vous écrire, c'est votre chapitre sur le SIDA. Je vous invite à lire le site suivant:
http://perso.wanadoo.fr/sidasante/textes/derutour.htm

Je pense que vous serez alors, tout comme moi, convaincu qu'aucune maladie sur terre n'a une cible prédéterminée par la couleur de la peau.
Ainsi si le SIDA était une maladie sexuellement transmissible il n'y aurait aucune parade pour aucun peuple.
En effet les avancées scientifiques divulguées, promulguées par l'occident dans quelque domaine que ce soit sont à prendre avec d'énormes pincettes. Dans ces conditions l'Europe ne sera pas plus épargnée que n'importe quelle partie du globe.
Conclusion:
soit le SIDA est une propagande psychologique et seule l'Afrique sera détruite si elle tombe dans ce nouveau piège (Dieu sait la haine de l'homme blanc à notre égard)
soit c'est réellement une maladie sexuellement transmissible et tout le monde y passera.

Laissons donc tomber ce phénomène qui est pure diversion.

L'essentiel de l'action doit se porter à revitaliser notre agriculture quoiqu'il en soit, à penser par nous pour nous.
L'avis des blancs nous importe peu, ainsi que leurs études.
Voir l'occident tel qu'il est c'est à dire un enfer où il ne fait pas bon vivre. Vivre sur un terrain de 1000m2 en occident est un luxe qui est banal dans nos contrées.

Le chanteur Gabonais Akendege disait dans une de ses chansons:
ne te baisse jamais devant un blanc au risque de te faire décapiter.

C'est une maxime qu'il faut placer en tête de nos devises.

Si j'ai ressenti un malaise en vous lisant c'est que vous n'êtes pas assez blindé de ce côté.
Bien à vous.

Eyesesso

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Réponse Musengeshi du 02/03/2006

Cher Eyesesso,

Je vous remercie pour votre Mail; je suis allé sur le site et j´y lirai tous les articles qui y sont proposés, à l´avenir.

Je viens d´écrire un roman: Les Cercles Vicieux qui met beaucoup d´éditeurs à mal, et j´espère que lorsque j´en aurai trouvé un qui a assez de courage, il sera publié et vous pourrez apprécier que contrairement à ce que vous pensez, ou supposez, je n´ai pas le choix. Je dois faire mon chemin au risque peut-être de ne pas être blindé, comme vous dites.

Toute l´histoire humaine durant l´homme noir a été interdit à sa réalisation, et quoiqu´il sache beaucoup aujourd´hui, il se tait de peur d´être éliminé ou parce qu´après autant de siècle d´oppression et de répression, il a perdu confiance en lui et souffre en silence sa condition interdite.

C´est vous dire que la connaissance, tant que nous ne saurons pas avoir le courage de la mettre ouvertement à notre service, d´exiger et de défendre le droit de nous épanouir librement, elle ne servira qu´aux autres, c´est à dire à nos ennemis. Je sais où je me trouve et je sais que je vais en enfer, mais je vous assure que c´est la seule façon de prouver que nous avons compris et que nous sommes prêts et déterminés à exercer coûte que coûte nos responsabilités envers les nôtres, envers notre liberté. Un jour les générations qui y regarderont diront peut-être que nos efforts et notre courage n´aura pas été en vain. Je l´espère vivement. Je vous remercie très sincèrement pour votre mot, mais vous savez que j´ai connu personnellement Patrice Lumumba? Et j´ai eu un père qui m´a insufflé un sens particulier de la responsabilité et un amour inégalable de la liberté. Je me suis tu pendant longtemps, mais maintenant je crois qu´il faut aller au front et mériter au moins que notre fierté intérieure soit respectée.

je me réjouirai de vous compter parmi mes amis, si cela vous fait.

Fraternellement,

Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu. 

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Réponse eyesesso du 02/05/2006

Alors je suis impatient de lire votre oeuvre.
Je suis plus homme d'action qu'intellectuel.
Il est vrai que, comme vous dites, nous évoluons très prudemment. Les nombreux exemples de nos leaders abattus en disent long sur la férocité du peuple que nous avons en face de nous.
J'ai dit peuple en face de nous, je n'ai pas dit système. Chaque peuple est composé d'individu.
Pour exemple:
si l'on prend le cas des esclaves en France de  1789 à 1848 qui pensaient s'appuyer sur les "amis des noirs" dans leur terrible combat;
ceux-ci ont pu penser avoir eu raison lors de la première abolition de l'esclavage avec l'avènement de Toussaint Louverture et sa victoire sur l'armée française.
Mais la désillusion était grande quand lors du rétablissement de l'esclavage avec les lois en vigueur avant 1789 (le code noir) les députés français "amis des noirs" ont alors avoué à l'assemblée française s'être trompé en prônant l'abolition.
En fait, même ceux que l'on pense nos amis dans ce peuple ne le sont qu'en fonction du rapport de force qui s'installe. L'arrivée de Bonaparte leur a donné un nouveau sentiment de puissance et les "amis des noirs" ont basculé pour entériner le fait que les nègres ne sont pas faits pour être libre.
En filigrane probablement pensait-il que la reconquête de la Dominique (Haïti aujourd'hui) était imminente
En fait notre faiblesse vient de notre humanité, aussi paradoxale que cela soit, notre faiblesse n'a strictement aucune autre cause.
Après six siècles  de rapport belliqueux d'un côté (les blanc) et affectif de l'autre (le peuple noir)  il est temps de tirer des conclusions:
1) il y a des peuples avec qui l'on ne peut pas être ami, notamment les peuples blancs qui ne sont pas encore suffisamment matures pour être fiables.
2) La haine de l'autre est destructrice, c'est assez visible en occident (stress, paranoïa, dépression, folies meurtrières) et peut être contagieuse (votre pays avec l'arrivée des dynasties Kabila)

De part notre culture portée vers l'humain nous parvenons difficilement a remettre en cause notre philosophie de la vie.

Il va falloir apprendre à tourner le dos aux peuples blancs, chaque individu compris et c'est ce que j'appelle "blindage" c'est un processus de reconstruction des valeurs inculqués par notre culture et biaisée par l'école blanche.
Cette faculté est chose naturelle chez les blancs, mais cela ne l'est pas chez nous. Face à un peuple barbare sur-armé ce tempérament est mortel.
A mon arrivée en Europe je me suis attaché à l'étude de ces peuples en profondeur, non pas à partir de connaissances Européennes (ethnologie ou sociologie)  mais à partir  de mes connaissances et techniques Africaines.
Le résultat est peu glorieux, la portion "valeur humaine" des individus est très faible voire inexistante.
L'aspect matériel préoccupe l'essentiel de leurs facultés cognitives. Ce qui explique bien des surprises (qui peuvent être mortelles) lorsque l'on a des amis blancs ou des fréquentations des représentants de ce peuple.

Mais je pense que cela vous le savez parfaitement. C'est la mise en pratique de cette théorie qui est difficile.
Les blancs mènent la guerre des guerres contre notre peuple. Ceci d'une manière si sournoise que beaucoup d'entre nous ne le savent pas et fraie avec l'ennemi.
Le seul objectif  de cet ennemi identifié est notre extermination mentale ou physique. C'est cela qu'il faut avoir perpétuellement à l'esprit.
Leur problème c'est que cet affrontement ne doit pas être ouvert. En effet dans cette guerre nous sommes leurs meilleurs alliés.
Quel paradoxe, car la guerre nous la gagnerons dès que notre peuple dans son ensemble aura compris qu'il est en guerre. Cela c'est inéluctable car naturellement le rapport de force est en notre faveur.
Il ne faudra alors pas plus d'un an!

Je suis arrivé en Europe avec l'image que chaque blanc était intelligent, mature et humain. Aujourd'hui je peux dire que je n'ai pas eu la chance de rencontrer cet individu parmi ce peuple. Dès que l'on creuse profond c'est du verni.
Je comprends donc que le spectacle permanent de l'intelligence en Afrique soit choquant pour un peuple qui se veut le maître à penser.

Mes propos vont vous paraître dur je le crains parfois, mais quand on compte le nombre de morts innocents parmi les nôtres depuis six siècles, de constater que ce nombre de victime ne cesse de croître à mesure que les siècles passent pour les mêmes raisons, il faut se mettre à nager.
La liberté de notre peuple passe par la connaissance des chaînes mentales qui enserrent nos esprits, des chaînes physiques qui nous immobilisent, par la connaissance des poisons mentaux dont dispose l'ennemi.
Et surtout notre liberté n'est possible que lorsque nous auront répondu à la question suivante:
qu'est-ce donc qui puissent motiver à ce point un peuple pour autant désirer notre destruction que même le temps n'estompe point une pareille monstruosité?

Quand on répond on a forcément compris beaucoup de chose.


Bien à vous.

Eyesesso.

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Réponse Musengeshi

Frère Eyesesso,

J´ai lu et relu ton mail et force m´a été d´admirer non seulement ton jugement mais aussi la clarté et la lucidité de ton esprit. Cela me réjouit et me flatte profondément d´avoir accès à ta franchise. Et avant que je ne l´oublie, me permettrais-tu de mettre ta correspondance sur mon site? Je me conformerai naturellement à ton voeu. Je pourrai reprendre tes réflexions, faire comme les occidentaux et les déclarer mienne ou les faire passer pour tel, mais toi et moi nous venons de la même culture, et nous savons que ce sont les hommes qui comptent et qu´il faut respecter et leurs libertés et leurs pensées. Par ailleurs, en te lisant, j´ai écouté et admiré la voix d´un frère dont l´âme a pris sa place à mes côtés. Et je me sens encore plus aimé des miens, encore plus fort. Et c´est ce qui compte: cette union des buts.

Ceci dit, tout ce que tu as dit est exact (cela m´a fort surpris, crois-moi; parce que j´ai rencontré des universitaires, des ministres qui cafouillaient de la façon la plus honteuse. Même des économistes hauts diplômés ne percevaient pas le systématisme organisé par l´occident pour nous avilir, nous étouffer  et nous garder sous leurs bottes. Incroyable, n´est-ce pas ?), ce qui me pousse à te demander, dans la mesure où tu ne peut pas quitter ton anonymat individuel, de parler un peu de toi. Je te le demande parce que beaucoup de mes lecteurs qui m´écrivent croient tous qu´il faut avoir passé à l´université, avoir fait des études supérieures pour bien réfléchir ou exceller dans la critique logique. C´est bien sûr faux et gratuit. Ni Patrice Lumumba, ni Simoni Kimbangu n´avaient fait des études supérieures; et pourtant ce furent de génies de la dialectique de libération. Certes il faut être instruit, mais pas nécessairement un rat fait clé sur porte par la norme cognitive, bien au contraire; ce sont ceux qui se sont, en dehors de leur instruction, instruits eux-mêmes par la lecture et la confrontation avec l´histoire, les faits et les logiques rationnelles qui parviennent à comprendre aisément de quoi il s´agit. Par ailleurs, la liberté, la souveraineté et la réalisation individuelle ou collective est une approche toute "simonienne", c´est à dire à la fois rationnelle et affective qui chevauche à la fois l´amour de soi, le respect de l´"autre" et les raisons logiques dialectiques de finalité réelle. Mais quittons bien vite ce vocabulaire pédant pour revenir sur terre.

Tant que nous ne voudrons pas nous dévoiler intellectuellement, prendre le taureau par les cornes, reconnaître la nature du combat complexe et inévitable qui est le nôtre, désigner l´ennemi et toutes les lignes du front ; nous risquons de ne pas rallier les généraux doués et conscients pour mener en face de l´ennemi notre stratégie de libération avec succès. Le combat, comme tu le sais, est à tous les fronts internes et externes, imaginaires et réels, identitaires et existentiels. Et à défaut de rassembler cette armée, leur donner leur ordre de marche ordonné et précis, ainsi que les points stratégiques qu´ils doivent emporter et défendre à tout prix, nous nous trouverons comme aujourd´hui où cacophonie, amateurisme et insuffisance l´emportent sur l´engagement conséquent et discipliné, ce qui nous fait subir cette désolation et ce marasme persistant que l´Afrique connaît actuellement. Si tous ces gens savaient qu´ils ont des cartes pour gagner, comment réagiraient-ils ? Sans organisation motivée, sans engagement déterminé, tout cela ressemble à une débandade de moutons promis à l´abattoir. C´est cela, notre devoir.

Napoléon a dit: "Il ne faut jamais sous estimer les forces d´un adversaire"; cela vaut autant pour nos ennemis que pour nous-mêmes. Et je puis t´assurer qu´en ce qui me concerne, je crois très précisément savoir devant quel monstre nous nous trouvons; et contrairement à tous ceux qui croient qu´il faut vivre couché, caché et innocent, je pense bien qu´il faut creuser les fossés de résistance, faire face à l´ennemi et se battre ouvertement et au besoin sans merci. Parce que l´ennemi profite et emploie de faux préceptes, des fausses prétentions humanitaires,  religieuses ou coopératives pour envahir nos rangs, semer la discorde, corrompre, nous aliéner et en définitive asseoir ses basses intentions. Si tous nos enfants savaient ce que signifie la liberté pour eux, leur intérêt, leur devoir envers eux-mêmes et envers les leurs, ils sauraient mieux se battre et mieux attiser leurs instruments de défense face à ceux qui les oppriment. Sinon, comme tu l´as si bien reconnu, ils nagent et deviennent des cibles et des victimes faciles pour l´ennemi. Je sais, tout le monde n´est pas de mon avis, mais comment reconnaîtrons-nous les traîtres et les incapables parmi nous si nous ne définissons pas clairement nos intérêts et leurs lignes de démarcation ? Si nous ne soulignons pas en lettres grasses notre volonté et nos objectifs ? L´ennemi aura par la même occasion perdu sa fourberie et son ignominie qui consiste à tromper, jouer le saint, et infiltrer pour mieux réduire nos efforts au néant. Et ce serait toujours ça: un franc débat de franc combat. Et je ne doute à aucun instant que sur notre propre terrain, avec notre propre sensibilité et notre intelligence, nous soyons à même de nous imposer avec éclat. J´espère vivement que tu pourras lire un jour les Cercles Vicieux qui est selon toute évidence le premier roman existentialiste de l´homme noir. Il est d´une richesse documentaire sans précédent, et montre par un symbolisme à la fois fermé qu´ouvert toutes les mailles et les revers de la dialectique existentielle de la race noire. Parfois avec humour, des fois non sans sarcasme mais d´une acuité et d´une franchise qui ne laisse aucune question, aucun aspect tabou. Et ce depuis 1441, date de l´arrivée de Diego Cao au Congo. J´ai placé quelques textes sur le site, mais au besoin je te ferai parvenir des extraits choisis. Ce n´est pas du hasard que les éditeurs craignent cette oeuvre: elle est explosive.

Fraternellement       

Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.

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02/07/2006  Musengeshi : demande d´autorisation à publier

Cher frère,

J´espère que vous ne m´avez pas oublié. Si votre nom est trop connu ou votre Mail, il y a moyen de publier anonymement, bien sûr. Je n´ai aucun intérêt à vous faire préjudice, si préjudice il y a.  Et croyez-moi, je respecterai votre décision quelle qu´elle soit. Mais je vous avoue que votre raisonnement ainsi que ce que vous avez dit m´a impressionné. Dans tous les cas vous pouvez compter sur ma parole et ma discrétion. Même si vous décidez que cela reste entre nous, je respecterai votre décision; et cependant, je voudrai vous garder comme ami.

Avec mes meilleurs sentiments,   

Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.

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Réponse eyesesso du 02/09/2006

Bonjour,

tu as mon autorisation, plus l'ensemble de nos pensées seront connues de tous mieux ce sera.

Je répondrai ce week-end à ton précédent mail.

Fraternellement.

Eyesesso

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Mail eyesesso du 02/12/2006

Bonjour cher frère,

Comme promis je réponds à ton mail.

Je vais me décrire avec mes mots.

Je suis originaire de la région "bénin nigéria togo burkina ghana tchad".

La description que je donne de mes origines est vague  au sens occidental mais précise du point de vue Africain puisque mon ethnie se retrouve dans chacun des enclos occidentaux ci-dessus cités (ceci explique les minuscules des noms que je ne reconnais pas comme étant des pays)

Mon père a suivi un cursus universitaire de médecine « organisé » par la France pour l'ensemble de l'élite qu'elle a formé et qu'elle forme. Chirurgien et professeur en médecine, il était acquis à la cause Africaine mais de manière assez confuse. Il n'empêche qu'il a choisit de rentrer au pays pour servir son peuple, surtout qu'il lui avait été promis le poste de ministre de la santé de notre enclos.

Je suis né en occident 7 ans avant son départ.

Pour l'histoire, l'allégeance du président de mon enclos à l'occident était telle que les rapports de mon père et du président se sont rapidement détériorés, ainsi que sa carrière.

Il aurait pu repartir en occident pour exercer et avoir une vie plus confortable. Il a fait le choix pour mon plus grand bonheur de rester en Afrique. Il est mort dans la misère absolue, paralysé et sans argent.

J'ai assisté à sa mort impuissant, vous connaissez l'état des hôpitaux francophones en Afrique, on y entre pour mourir pas pour guérir tels sont les formidables legs de la colonisation.

J'ai eu un bac C, fait une année de math en Afrique (l'enseignement supérieur y était calamiteux) j'ai choisi de continuer mes études en france.

Sans fric, je n'avais pas de temps à perdre avec un enseignement vide de sens, j'ai alors choisi d'arrêter ce cirque et de rentrer dans la vie professionnelle, tout en étant passionné d'informatique.

Je me suis construit  un programme de formation adapté à ma personne (donc autodidacte) ou je choisi ce que j'apprends. Je n'aurai jamais de diplôme et je ne finirai jamais mon apprentissage car je m’instruis de toutes les cultures.

Pour vivre je dirige une petite agence informatique en Amérique du Sud.

Bien sûr je m'intéresse à toutes les disciplines du monde, je suis avide de toutes les connaissances concrètes et non basée sur le bluff.

Pourquoi ai-je préféré avoir vécu ma jeunesse en Afrique plutôt qu'en occident?

Parce qu'aujourd'hui, mon histoire personnelle est riche d'enseignement. Les plus belles années de ma vie sont celles que j'ai passées en Afrique.

J'y ai appris le respect de la vie au sens le plus profond du terme. J'ai été en contact avec la sagesse immense des hommes qui peuplent les villages.

J'y ai appris l'homme.

J'y ai appris à vivre heureux avec ce que la nature m'offrait. J'ai appris à ne pas avoir besoin de ce que je ne peux pas avoir.

J'ai appris à ne pas m'inquiéter du lendemain.

En afrique j'ai appris qu'il était inutile de vouloir aller plus vite que le vent.

En Afrique j'ai appris que la mort et la vie ne faisait qu'un.

En Afrique j'ai appris à partager mes repas avec les autres sans aucune arrière pensée.

En Afrique j'ai appris que chaque plante dispense des connaissances, que les cailloux, le sable, le vent, tout est source d'enseignement.

En Afrique j'ai appris que vieillesse et sagesse ne font qu'un.

En Afrique j'ai appris que la valeur de chaque vie était équivalente que ce soient celles des hommes, des animaux ou celles des plantes.

En Afrique j'ai appris que le contenu était plus important que le contenant.

Mais j'ai aussi appris l'extrême faiblesse de l'homme: l'ignorance de l'autre. Et cette ignorance depuis 6 siècles ravage mon continent.

En occident j'ai appris la violence, la férocité, j'ai appris à être impitoyable. J'ai appris la cupidité, le vol, la jalousie, le stress.

En occident j'ai appris à amasser  des "richesses" dont je n'ai pas besoin.

En occident j'ai appris à avoir faim même quand totalement repus je ne pouvais plus manger. J'ai appris l'utilité du congélateur.

En occident j'ai appris que le papier (billet d'argent)  et les cailloux (or diamant) valaient plus que la vie humaine.

En occident j'ai appris qu'une journée était trop courte. J'ai appris qu'il faut aller de plus en plus vite.

En occident j'ai appris à donner la mort mentale.

En occident j'ai appris que je ne pouvais même pas m'occuper de ma personne, alors fi des autres!

En occident j'ai appris que la mort est ce qu'il peut arriver de pire, que la vieillesse est un drame, une charge.

En occident j'ai appris qu'il fallait enfermer les enfants pour leur enseigner, leur apprenant de facto que la liberté est l'ennemi de la connaissance.

En occident j'ai appris qu'il existait des êtres supérieurs généreux et des êtres inférieurs mauvais et sans civilisations.

En occident j'ai appris que respecter les animaux, les plantes c'était non pas de respecter leur vie mais surtout de les tuer  autant que l'on voulait pourvu de respecter les normes qui indiquent comment les abattre.

En occident j'ai appris que le contenant était plus important que le contenu.

En occident j'ai appris que le monde se limitait à l'occident et donc que l'Europe est l'occident pour le monde entier. Alors cela m'amuse de les appeler occidentaux, tellement cela dénote leur inénarrable arrogance!

Et je passerai des siècles à énumérer chacune des composantes  de ces deux civilisations qui sont l'antithèse l'une de l'autre.

Je suis Africain et je préfère ma civilisation.

Mon père, bien que son père connaissait les plantes, a strictement choisi la médecine occidentale, les préjugés étaient bien ancrés dans son esprit. Le programme mis en place par l'occident pour former les cadres colonisés est remarquable dans la mesure ou ceux-ci rentrent avec la révélation de la supériorité de la science occidentale.

J'ai choisit de refuser le moule qui m'était proposé, les sources d'informations pour se cultiver sont pléthores dans le monde.

Pour qui veut s'instruire en dehors des institutions occidentales, c'est tout a fait possible et ne constitue en aucun cas un handicap.

Aujourd'hui on enseigne le contraire aux Africains pour notre plus grand drame!

Les professeurs n'ont pas la science infuse, une société parfaite est une société où tous les talents peuvent être exploités!

La motivation suffit, même en Afrique. J'ai travaillé comme expert en informatique système auprès d'une grosse société française pendant 7ans. J'ai été chef de service juste avant de changer mon fusil d'épaule. Et je te parle d'un nègre en France!!!

Tout cela pour dire que l'analphabétisme n'est pas non plus un handicap pour l'Afrique, pas plus qu'elle n'en a été un pour l'Indochine face à la France quand Ho Chi Min a pris les armes. 

Notre culture est immense, la culture occidentale constitue au mieux un complément d'information pour les africains.

Tout ceci est une question d'acceptation de notre identité culturelle.

Pour ce qui est de mon combat:

Je prône la non violence, car dans la violence, il y a le germe de la barbarie et de la violence. Adopter la violence pour se libérer c'est se rétrograder au rang d'animal (je respecte les animaux ceci est une expression française, je m'inspire du contenant).

La barbarie et le bonheur font très mauvais ménage.

L'occident se targue d'être riche et généreux. Il est surtout malheureux et pauvre. La population occidentale a peur de tout, même de ses enfants, même de sa jeunesse.

Adopter la vie occidentale c'est s'enfermer chez soi, c'est se priver de liberté, de tout, car tout y a une valeur marchande. Cela ne me surprendrait pas que l'air soit en vente un jour en occident. Aujourd'hui même uriner est payant!

Nous nous libérerons par la connaissance de nos valeurs, par la connaissance de l'étendue de nos connaissances, par notre puissance psychique et par notre capacité à faire face à la violence que les occidentaux tente d'exporter.

Il me reste à comprendre ce que toi tu appelles combat, peux tu me l'expliquer.

Fraternellement.

eyesesso.

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Réponse Musengeshi du 02/13/2006

Cher frère,

Ton Mail m´a touché ; il m´a rappelé mon père, ses conseils de droiture et de respect des valeurs…il m´a rappelé aussi un jeune africain arrivant en Europe un 12 septembre à Bruxelles, et qui s´étonna que tout fut gris, pluvieux et froid. J´ai cherché ma voie, et je l´ai trouvée : mes origines et leurs tourments ne m´on pas quitté. Et aujourd´hui je suis heureux et fier de savoir que je suis resté ce que je devais être, ce que mon père souhaitait : en enfant conscient et fier de défendre ce qui lui est cher et sacré : la liberté.

C´est curieux ce que la vérité peut être près de nous. On père et ma mère sont décédés, et cependant, plus que jamais je porte le contenu de leur sourdes prières. J´ai pris du temps, certes, à réunir mon puzzle, à m´affirmer, à faire mes expériences, à tirer mes conclusions. Mais je suis sur les traces réelles de ma destinée. Et de cela j´en suis fier.

Je suis né d´une famille très politique, et en quelque chose nous avons des points communs : mon père aussi était du corps médical. Il était assistant médical de la célèbre école AMI (assistance médicale indigène) ; les premiers assistant-médecins africains, si tu veux.

Notre vie familiale a été fortement marquée par deux évènements majeurs : mon père soigna Le grand Simoni Kimbangu jusqu´à sa mort, et participa à l´organisation du MNC de Patrice Lumumba lequel fut élu premier ministre du Congo indépendant avant d´être assassiné 6 mois plus tard. Mon père, qui avait été élu en 56/57 premier Bourgmestre élu de la Ruashi à Lubumbashi, était devenu aisé ; mais nous perdîmes

dans les révoltes tribales qui s´en suivirent tous nos biens et devinrent exilés politiques dans notre propre pays à Kinshasa. De nous tous, ce fut ma mère, à ce que je pressenti, qui en souffrit le plus. Enfin. Nous étions encore enfants, le temps passa vite, par ailleurs, mon père, après quelques années de traversée du désert, s´inséra dans la société et fit une carrière politique remarquable. Pourquoi te dis-je cela ? C´est parce que cela va beaucoup influer sur ma vie, surtout lorsque j´aurai à en parler avec mon père en toute confidence. Et ce sont les révélations de mon père sur Patrice Lumumba, par exemple duquel les enfants ont grandi ensemble avec nous, du moins Julienne, Roland et François. Nous nous sommes retrouvés à Bruxelles, et j´ai eu l´occasion de téléphoner avec Roland quand il était en Roumanie.

Ce qui étonne, et m´a fasciné, c´est plutôt ce que j´appris sur Simoni Kimbangu

(Note que beaucoup l´appelle Simon, et pourtant sa mère lui donna le nom de Simoni, ce qui veut dire : le visionnaire) et cet homme qui avait été emprisonné pendant 30 ans jusqu´à sa mort, outre qu´il avait prévu et choisi l´arrivée de Patrice Lumumba au pouvoir, il prévint aussi mon père de sa mort, ainsi que tous les troubles sociaux meurtriers qui s´en suivirent. N´est-ce pas étonnant ? Mon père ne doit sa vie qu´aux avertissements et aux injonctions de cet homme : il lui avait dit exactement ce qu´il devait faire pour survivre. J´ai suivi une conversation avec Munongo Godefroid qui fut chargé de faire exécuter mon père, et celui-ci confirma devant moi, que si ce jour là si il l´avaient, lui et ses hommes, trouvé, c´eut été sa mort. Je dois te dire que mon père, du fait qu´il fut originaire du Kasaï, et se fit élire à Lubumbashi, cela révolta les katangais de souche. Par ailleurs il fut le premier noir à avoir emprisonné un blanc avant l´indépendance pour violence sur personne civile et trouble de l´ordre public. Un autre incident l´avait mis à l´index : il avait battu les frères et sœur de l´église catholiques de la Ruashi qui avaient osé battre sa fille. C´est une histoire enfantine : ma sœur Apolline, au lieu d´avaler l´hostie à la messe le dimanche la garda dans sa main, et attendit, comme elle l´avoua plus tard au curé et aux sœurs, pour voir quand cette hostie se transformerait vraiment en sang de Jésus. Et comme ce ne fut pas le cas…le curé et les consoeurs furent renvoyés en Belgique. Et depuis lors, mon père veilla jalousement à ce que nous soyons élevés en athées. Libre à nous plus tard de choisir. 

Plus tard j´ai vu mon père une fois vomir de dégoût : Jonas Munkamba venait de lui avouer en souriant qu´il avait battu Lumumba avec joie, et que c´est pourquoi il avait reçu le surnom de « Kadiata Nzembwa » (ce qui veut dire celui qui marcha sur le courant ou l´électricité, si on veut, en image à un interrupteur qui empêche le courant de passer – entre l´élite (Patrice Lumumba) et le peuple, naturellement. Cette histoire a été réveillée parce que ma mère Bénédicte (soit dit en passant elle était étonnamment belle) fut innocemment invité à danser par ce Jonas Munkamba.

Je te dis cela en passant parce que certains croient connaître l´histoire du Congo, mais nous nous l´avons vécue, et nous en connaissons certains détails épineux, mais aussi très douloureux.

J´ai été élevé très rationnellement et je me suis moi-même imposé un cycle de vie rationnel, critique et profondément réfléchi. Un défaut sans doute qui fait que beaucoup de gens ne voient pas toujours où je veux en venir, et lorsqu´ils s´en rendent compte, j´ai déjà fait cent pas devant eux. Je lis énormément, presque rageusement, et j´ai une mémoire phénoménale que je dois aux jeux d´échecs. Et le fait que je parle plusieurs langues européennes me facilite l´information et la connaissance.

Voilà ce qui était quelque peu de ma personne. Le reste, tu le trouveras sur le site, dans ma correspondance avec le Troll, par exemple.

Maintenant pour répondre à ta question de ce que j´entendais sous combat, je viens de publier un aperçu sur la valeur de l´œuvre de Cheikh Anta Diop ; et cet homme a révélé autant que d´autres, l´horreur de l´escroquerie organisée par les occidentaux pour nous déposséder de nos matières premières, de nos libertés, de nos droits qui dès lors ne seraient que formelles ou dépendantes de leur bon vouloir. Je suis allé derrière ce système et mon Dieu, c´est monstrueux ce que sciemment ces occidentaux font avec nous. Pas seulement dans le passé, mais au jour le jour ! Plus machiavélique que ça, tu meurs !

Et beaucoup de noirs, d´africains, par manquement intellectuel ou par naïveté, que sais-je, sous estime le monstre contre lequel nous nous battons. Il est criminel et profondément sournois. Et puisque qu´ils assassinent ouvertement nos femmes et nos enfants, pourquoi ne pas leur apprendre à se défendre ? Je suis d´avis que s´ils doivent mourir, ils ont le droit de mourir l´arme à la main : au combat et pas en mendiant ou en rampant comme des vers de terre. Depuis combien de temps le faisons-nous ? Depuis combien de temps n´assassine-t-on pas nos élites pour les remplacer par des dictateurs phagocytes et criminels ? Depuis combien de temps ces occidentaux, sous prétexte de garantir nos monnaies ne s´approprient-ils pas 65% de nos revenus pour nous en payer les intérêts comme à des enfants auxquels on donne l´argent de poche ? Depuis combien de temps ces gens ne nous obligent-ils pas à acheter leurs bibelots tout en nous empêchant sciemment de produire nos propres bien ou à vendre chez eux, ceux qui doivent œuvrer à notre réalisation ? Combien de temps allons-nous laisser nos enfants s´instruire en Europe ou ailleurs où on leur fait subir le racisme, la discrimination et où on leur apprend comme en Belgique que leur roi Léopold II était un roi bâtisseur, alors qu´il était un criminel de droit commun ? Que Napoléon était un génie bienfaiteur alors qu´il n´était qu´un petit raciste borné et prétentieux ? Quand allons-nous ouvrir les yeux ? Devant nous, nos tendres enfants, nos belles femmes meurent de faim et d´apathie ; quand allons-nous enfin leur montrer que nous les aimons, qu´ils peuvent nous faire confiance ?

Vois-tu Eyesesso, mon frère ; j´ai laissé tout le monde parler, tout le monde faire…et rien n´a changé. Et maintenant je dis assez, trop, c´est trop ! Que les traîtres et les petits cerveaux aillent cultiver la pomme de terre en province, que les meilleurs montent au front. C´est la guerre : et il suffit de regarder chaque jour nos enfants et nos femmes mourir de faim pour savoir que l´ennemi est à nos porte. A tous ces petits farfelus qui font semblant de nier la réalité, je leur lance un avertissement clair et précis : l´heure n´est plus ni à l´amateurisme borné, ni au faux complexe aliéné, ni à l´idiotie. C´est l´heure des braves, ceux qui viennent sauver nos vies menacées et rendre le sourire et l´amour de vivre à nos femmes et à nos enfants. Pour les incapables, je dirai, en citant De Gaule : « Vous avez cherché le débat, j´étais prêt à me débattre ; maintenant que vous préférez la déroute, je vous la laisse »    

La race noire où qu´elle soit se conduit comme si elle n´a ni le sens de l´histoire, ni celui de ses propres responsabilité : elle se laisse déjouer et sélectionner par le monstre occidental du pouvoir blanc, et celui-ci, sous de fausses allures, nous détruit nos cultures, notre vie, notre avenir. Ce n´est pas tolérable. Pour personne.

Aux Etats-Unis, les noirs tiennent le bas du pavé, et même les portoricains et les chinois qui eux n´avaient pas autant souffert pour ce pays les ont surpassé. Que se passe-t-il, que diable ? En Afrique, c´est la misère noire ; en Guadeloupe, en Haïti, en Martinique, partout c´est le blanc et ses intérêts qui gouvernent et dictent les conditions existentielles. L´Afrique du Sud est actuellement la plus grande mystification : les noirs sont au pouvoir, mais ce sont les blancs qui tiennent l´économie ! Mandela est devenu un symbole vide que l´occident emploie pour mieux entériner ses turpitudes hégémoniques ; n´est-ce pas ridicule ?

Et pour combler le tout, faute d´emploi, nos cadres et diplômés quittent le continent à une vitesse effrayante pour venir être sous payé en occident. Est-ce vraiment notre avenir, ce désastre ?

C´est cela que j´appelle combat. Mes lecteurs doivent savoir quand ils viennent sur ma page qu´ils vont au front, pas en vacance ou en promenade de villégiature.

Et je dois préciser une chose : ce que je ressens, ce que je veux révéler à ceux qui me lisent, ce n´est ni la haine, ni le racisme ; ces sentiments sont trop bas pour nous, ils conviennent plutôt à ceux qui affament nos femmes et nos enfants, à ceux qui nous firent subir l´esclavage, la colonisation criminelle et aliénante et qui continuent encore aujourd´hui sous un système monstrueux et des pratiques honteuses à nous nuire et nous assassiner sournoisement. Moi, ce que je réclame des miens, c´est leur conscience pour leur histoire et leur identité, leur amour pour eux-mêmes et pour les leurs, et leur fierté pour changer les choses et protester contre des siècles de malhonnêteté, d´injustice, de mépris.

Certains croient que je ne sais pas ce dont je parle ; erreur, j´ai des amis dans le monde entier : des Banquiers, de hauts techniciens de gestion, des professeurs d´université, des journalistes m´ont aidé à élucider ces horreurs qu´on vent comme des œuvres humanitaires louables, ou de bonne coopération. Ces gens savent pertinemment ce qu´ils font et ils le font sciemment pour se venger de notre désir décidé de liberté. C´est donc qu´ils sont criminels. Appelons chat un chat, et quiconque se trouve menacé, en danger a le droit, le devoir de se défendre. La liberté, il ne faut pas seulement l´aimer ou la chanter ; il faut aussi apprendre à la défendre avec toute son âme, avec tout son cœur, avec toutes ses forces vives pour mériter sa grandeur, et la léguer aux générations futures avec fierté et honneur. C´est cela mon sens sacré de l´histoire.

Fraternellement,

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu         

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