Sur le sondage AP/AOL Black Voices paru le 15 février 2006, portant sur le leadership africain américain laissant apparaître une profonde crise de représentation auprès des populations noires des Etats-Unis, lesquels dans les années 60 se reconnaissaient massivement derrière les King et Malcolm X.

Selon ce baromètre social, 30% des afro-américains ne se sentiraient plus représentés, 21% seraient incertains, 13% sans choix, 18% seulement seraient satisfaits de leurs représentants communautaires. Dans les candidats connus, Jessie Jackson (15%) devance Condoleezza Rice (11%) 

L´impasse des leaders noirs américains.

Ce sondage ne révèle qu´un mal séculaire: le suivisme ou la trop lâche opposition des élites noires face au Pouvoir Blanc et son épopée centenaire contre la race noire est visible à l´oeil nu, surtout en terre américaine. Et devant les attitudes ambiguë de cette élite qui a préféré coopérer ou se taire pour survivre plutôt que de se battre, ou du moins éveiller l´aristocratie autocratique blanche devant la flagrante dichotomie de ses prétentions, celle-là ne peut pas attendre que ceux qui ont souffert, ceux qu´on a privé de droits civils à loisir des siècles durant, qu´on a battu et maltraité en prison ou criminalisé, pendu ou lynché au moindre soupçon viennent leur lancer des lauriers. Les chiffres afro-américains sociaux sont tellement choquants pour une société qui se prétend la plus riche et la plus avancée et libérale du monde que c´est à en se demander si cette communauté a été défendue efficacement par ses élites. Si 70% des noirs américains ont connu la prison, et que 35% y sont pratiquement constamment assignés; si les noirs chômeurs sont deux fois plus nombreux que les blancs alors qu´ils ne font que 15% de la société, et si la pauvreté et la scolarité interrompue les frappent plus que jamais...faut-il vraiment croire que ce tableau est idéal ? Des musiciens comme Kanye West le disent clairement ainsi que bien d´autres: c´est le marasme racial complet. Et si en Europe on a tendance à parler de l´Amérique comme le pays des possibilités illimitées, de l´Eldorado et de la liberté, on se demande si tout cela n´est pas suggéré pour asseoir l´idéologie selon laquelle la réussite économique grandissante de l´homme blanc doit se faire sur le dos de l´homme noir, et qu´on devait apprendre à ce dernier à applaudir quand on le martyrisait.

Ce qu´on reproche à ces élites abâtardies et plutôt traîtres que combattantes, c´est qu´après l´assassinat de Martin Luther King et de Malcolm X au début des années 70, celles-ci ne se soient pas réorganisées sous une stratégie plus rationnelle et plus efficace de luttes et de revendications sociales. Elles se sont laissées offrir des postes de sénateurs, de directeurs d´entreprises, et autres pour légaliser en sourdine les injustes et raciales intentions de la majorité blanche. Elle a fait du bruit, certes dans l´affaire de l´Apartheid Sud africain, mais il saute aux yeux que comme toujours, en Afrique du Sud aujourd´hui, c´est une minorité blanche qui détient le pouvoir économique, pendant que la majorité noire joue la vide représentation politique. Peut-on penser un seul instant qu´un tel subterfuge soit possible aux Etats-Unis? Non, n´est-ce pas, parce les blancs ne le permettraient jamais.

D´un autre aspect des choses, ces élites noirs, à force de jouer le jeu de la fausse démocratie blanche, se sont compromis salement dans des options et des entreprises qui rapportaient certes beaucoup d´avantage et de privilèges au pouvoir blanc, mais blessaient fondamentalement le bon sens, la morale et l´éthique de l´esprit démocratique en tant que tel, et même, dans son interprétation étroite, la constitution américaine. Pensez ici à l´assassinat d´Allende, aux Contras du Nicaragua, à la guerre sans honneur du Vietnam, à Guantanamo : cette prison du non droit créée par l´arrogant totalitarisme de Georges Bush qui donnait à ce haut juge auto déclaré de la court supra nationale internationale le droit de violer et de renier la loi dont il se réclamait à cors et à cris. En Irak, à Abu Ghraib, en terre islamique illégalement violée, ce texan obtus fit subir aux irakiens, dans leur propre pays, toutes les horreurs refoulées de la race blanche : vol d´objets d´art anciens, tortures honteuses et sans nom, assassinats gratuits, bombardement massacrant à loisir… Bref, cette élite noire n´avait-elle pas offert carte blanche à l´autocratie américaine totalitaire pour exercer, violer ou interpréter la démocratie, la constitution ou le droit des gens de telle manière que les blancs fassent toujours ce qu´ils veulent au détriment des autres ? Et le pire c´est que les bénéfices de ces actions n´étaient en rien redistribués équitablement, mais atterrissaient dans les poches des mêmes: eh, oui les blancs, bien entendu.

Un des points importants du dilemme croissant qui louvoie en sourdine entre ces deux races est le capitalisme primitif et plutôt méprisant qu´entretient l´Amérique et ses congénères européens à l´endroit de l´Afrique, et c´est à dire ouvertement de la race noire ; et quoiqu´ils soient silencieux, les américains noirs ont déjà compris que s´ils continuaient à chanter de chaudes affirmations patriotiques sous le commun drapeau, ils se retrouveraient à torturer leurs propres parents africains en Oncle Tom ou en Capo qui, à domicile devait se contenter de loger au jardin avec le chien de garde. Et tous les gains de ces expéditions de peu de vertu et d´humanité, n´atterriraient que dans la poche de leurs persécuteurs d´hier qui n´en deviendraient que plus arrogants, suffisants et perpétueraient leurs vices à loisir. Faut-il être aveugle ?

D´un point de vue purement stratégique, les américains noirs sont plutôt castrés, car s´ils sortaient du complexe qu´on leur avait passé selon lequel ils sont plus civilisé que les africains pour mieux les dominer et empêcher un rapprochement qui pourrait devenir politiquement gênant, ils apprendraient que l´Afrique est riche en matières premières, en intelligences et qu´ils pourraient, en s´y intéressant, devenir riches et prospères. Les africains feraient avec joie des affaires avec eux plutôt qu´avec leurs compatriotes envahissant blancs. Il n´y a pas de doute là-dessus. Si seulement ils le voulaient. Ou vainquaient leurs complexes ou leur aliénation mentale. Sont-ils noirs ou pas ? N´est-ce pas un des leurs, Malcolm x qui disait : « The future belongs to those who prepare it today. »

Malcolm X disait aussi à juste titre : "Sitting at the table doesn´t make you a diner, unless you eat some of what´s on that plate. Being here in America doesn´t make you an american. Being born here in

America

doesn´t make you an american." Et plus loin, il disait: "nobody can give you freedom. Nobody can give you equality or justice or anything. If you are a man, you take it."

"You´re not to be blind with partriotism that you can´t face reality.Wrong is wrong, no matter who does it or says it."

Le moins qu´on puisse dire, c´est que la mort de Malcolm X a créé un vide difficile à combler parce qu´il était d´un charisme intellectuel et idéologique incroyablement puissant et éclairé.

Et à force de coucher, de ramper ou de faire des compromis vides, l´élite noire, du moins ce qu´on peut appeler ainsi, s´est disqualifiée en adoptant sans critique philosophique le rôle que les blancs avaient écrit pour elle. A croire que De Bois, Martin Luther King, John Henrik Clarke, Malcolm X, Marcus Mosiah Garvey n´avaient jamais existé, ou que leur mort et surtout leurs legs intellectuels n´aient ni assise, ni valeur pour les générations suivantes. Et pourtant le combat était encore là, plus réel et crucial qu´hier. Qu´est-ce qui avait poussé l´américain noir à adopter cette attitude amnésique ? Naïveté ? Lassitude d´un consciencisme sans pain et sans victoire en pays blanc majoritaire ? Et cependant, la plupart avaient adopté le christianisme ; cela voulait-il dire que ce Dieu blanc qu´ils adoptèrent ou dont ils furent inculqués ne conduisait qu´à la domination blanche et pas à la liberté ? Ou cette religion admettrait-elle que tous étaient des enfants de Dieu, et qu´à ce titre tout racisme, toute discrimination était inconciliable avec son évangile ?

Ces questions qui, avaient déjà été posées et répondues par Henrik Clarke, Martin Luther King, Malcolm X, repoussaient non seulement à la critique de l´histoire de l´esclavage et celle de la complicité chrétienne, mais ouvrait aussi sur une question et un corollaire fondamental de l´existence comme telle : l´homme noir, comme toute race sur cette terre, avait-il conscience qu´il avait le droit, oui le devoir d´énoncer et de défendre sa philosophie existentielle ? De l´affiner, de la cultiver et de la confronter autant avec ses meilleures aspirations qu´avec celles des autres ? Ces noirs le voulaient-ils, ce débat rapidement étouffé ou évité par les blancs ou s´étaient-ils, en désespoir de cause, abandonnés à leurs sorts ingrats ? Pour recevoir 10 à 15 pourcent d´indemnité d´esclavage sur les impôts en se disant : un tien vaut mieux que deux tu l´auras ? Mais cela déchargeait-il l´homme noir à participer à la gestation de l´esprit, de l´idéal de la nation américaine qui, qu´on n´en doute pas, était aussi la leur, autrement qu´en courbant l´échine et en se taisant ?

Harry Belafonte, lui, dans une interview du Times, disait de Collin Powell qu´il était "The modern Uncle Tom". Condoleezza Rice, elle, qui défendait aveuglément l´impérialisme américain de par le monde,  avait reçu le nom de "Cobra" des blancs de milieux noirs jugeant son engagement par trop oublieux et méprisant de la condition des noirs en Amérique. Quant à Kofi Annan qui, lui, ne fait pas partie de la société américaine, mais y vivait pratiquement tous les jours, et pour être espionné et ridiculisé par le Pouvoir Blanc et ses adeptes au Conseil de sécurité ou dans les complicités stratégiques sournoises, il est considéré comme la marionnette la plus célèbre que l´Afrique n’aie jamais envoyée à l´ONU.

Les gens peuvent penser ce qu´ils veulent, toujours est-il que tous ces instruits noirs, de près ou de loin, ont failli à leurs devoirs démocratiques de défendre une forme de liberté dont les contenus et les paramètres ne sont pas toujours définis par l´homme blanc ou liés directement ou aveuglément à ses intérêts immédiats, mais représentaient et défendaient aussi leurs légitimes aspirations. Et l´allégation selon laquelle les générations prochaines d´enfants noirs allaient en profiter ; ce mensonge a tenu un temps, puis il s´est vite évaporé : rien ne le soutenait, ni dans la socialisation, ni dans l´idéologie sociale entretenue par la majorité banche, et encore moins dans les moyens économiques sociaux déterminants aux Etats-Unis ou de par le monde. Car ceux-ci s´accumulaient rageusement chez les blancs et manquaient dangereusement chez les noirs. Et l´Etat qui était un lieu d´équilibre et d´arbitrage, avait depuis longtemps cessé d´encourager les projets de rééquilibre véritable dans les pays blancs industrialisés, il était aussi de ceux-là qui soutenaient ou participaient activement à la mystification de l´Afrique (voir francafrique, Louis Michel et ses chèques de corruption au Congo, les USA, l´Union Européenne et sa mainmise sur l´Afrique du Sud etc…). D´où viendrait donc le miracle ? Du ciel ? Aides-toi et le ciel t´aidera…

Tout s´ explique toujours, mais pas toujours comme nous le voulons; il n´y a donc pas lieu que ce soit toujours une race, un cartel économique qui aie raison, qui s´enrichit, qui dicte le sens de l´histoire et qui persécute et appauvrit les autres. Même le plus idiot des noirs l´a compris que l´occident veut mener tout le monde en bateau. Et ça, c´est manquer de sens démocratique évident, et entretenir une dictature économique et financière qui, tout en se réclamant de la liberté et de la tolérance, n´est rien d´autre qu´une vulgaire caricature raciale sans grandeur d´âme et aux vertus basses et douteuses. Ce monde, cependant, appartient à tous, et tous y ont le droit de participer à sa gestation, et d´y être heureux, pas seulement les blancs. Cette liberté à sens unique dont ils abreuvent depuis des siècles cette terre est du mépris le plus injurieux pour leurs victimes et ne témoigne que d´une chose : leur petitesse, leur rapacité incorrigible et leur vil esprit égoïste.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com