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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

23 février 2006

Sur les statistiques ethniques de Sarko

L´art de briller sur le sibsidiaire

Commentaire du 23.02.06 sur les statistiques ethniques de Sarkozy

Saisir l´important, monsieur Sarko; pas le subsidiaire.  

Touché, Pierre Prêche. Dimanche, j´irai prêcher à ton église; c´est promis. Notre ami Sarko bouffe du nègre en ce moment et tape du pied. Et ce faisant, il en oublie le principal: il ne s´agit pas certifier aux gens leurs apports génétiques à la France, ni de les catégoriser; mais de résoudre les problèmes de la crise de croissance et de surproduction. En clair, puisque vraisemblablement il excelle dans la saisie du subsidiaire que dans la résolution du principal: réduire les effets néfastes d´un endettement honteux: 1065 milliards € de dette publique, ce qui occasionne 47 milliards d´intérêts négatifs. Endiguer le chômage, ce qui est assez corsé si la productivité mécanisée bat le plein et que sur le marché international c´est plutôt la concurrence à couteaux tirés. Ajouté cet appauvrissement inconscient des assurances sociales et des caisses de pensions. Ca brûle! Mais il paraît qu´en France ce sont tous des génies, alors patience, ils en viendront sûrement à bout. Mais pas comme notre Sarko aborde l´équation: c´est pire que l´amateurisme; ça frise l´école buissonnière au bac. Faudrait peut-être demander la solution aux bac + 10 maliens qui balaient les rues: eux ils savent qu´avec de fausses prémisses, on n´arrive jamais à des résultats exacts; et qu´uniquement avec une brouette et un balai, on ne balaie pas la rue. Il faut aussi une ramasseuse. Notre Sarko est peut-être un exemple symptomatique du marasme qui étouffe les pays industrialisés en ce moment: l´art d´avoir trop de fausses sciences, trop de moyens politiques et économiques de riches et d´opulents, mais de ne pouvoir produire que des solutions pour demi-portions. Alors se mettre rageusement à taper sur le subsidiaire, parce que le principal reste insoluble ou insaisissable… Tristes sires, ça doit les mettre tous en rage, cette impuissance qui comme la grippe aviaire (ça vire, ça émigre et tombe du ciel, mais personne ne sait encore quand elle deviendra mortelle. On se vaccine au palliatif Tamiflu, mais le danger, lui, reste virulent) s´abat sur leur capacité de gérer et la rend...gauche. Taubira viendra-t-elle mettre fin à cette agonie de l´efficience? Ca fait trop de mal de les voir cafouiller.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

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Les américains noirs et Nkamba

Dernière demeure

Les américains noirs et Nkamba, la terre sacrée du Prophète.

Depuis quelques années, bien avant l´éviction du dictateur Mobutu en 1997, Nkamba, la terre sacrée du grand Simoni Kimbangu et du monde noir est devenue la dernière demeure choisie de nombreux noirs américains qui s´y laissent enterrer.

Le cimetière éternel de Nkamba la pieuse reçoit, bien sûr tout noir quel qu´il soit, tout être humain de bonne foi d´où qu´il vienne et lui offre en son sein le repos mérité de sa foi. Car la prière qui est faite en ces lieux sacrés de quiétude et de commisération  est un vœu pur de bonté et de générosité pour toute la race humaine. Et cependant, il saute aux yeux que ces dernières années, beaucoup d´américains noirs choisissent la terre du grand et unique Prophète noir Simoni Kimbangu pour veiller leur dernière prière.

Ce revirement, pour peu flatteur et heureux qu´il soit – il s´agit tout de même de la traversée de l´atlantique suivie d´un enterrement non en terre inconnue ou oubliée, mais en terre éloignée – voudrait-il témoigner d´un renouveau dans la spiritualité noire américaine ? Les américains noirs qui, visiblement trompés par le christianisme qui leur enseigna que Dieu était blanc pour mieux les asservir et les livrer à un sort égaré ; se seraient-ils enfin rendus compte qu´ils frappaient avec leur foi à une porte fermée qui ne réalisait pas leurs vœux et leurs attentes, mais les repoussaient ? Ou était-ce comme le disait un parent affecté : «Il s´est souhaité le repos sur une terre paisible et tendre ; où sa prière ne serait pas troublée par le sang des autres, par les cris et les larmes de ceux qui ont connu l´enfer sur le continent américain. Un lieu où sa foi pourrait retrouver le sain chaud qui aime et pardonne. Et c´est Nkamba»

Nous souhaitons de tout cœur à ces âmes éprouvées qui ont retrouvé le havre perdu

de soigner leurs blessures et d´oublier qu´ils nous furent arrachés, car sur la terre élue et sacrée du plus bel enfant noir de Dieu, ils ont choisi la voie sacrée de l´amour, celle du grand prophète Simoni Kimbangu. Et au nom de tous les kimbanguistes du monde entier, nous leur souhaitons paix et repos à leurs âmes.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

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Les Cercles Vicieux: amitié, amour et héritage culturel

Les Cercles Vicieux I

Les sentiments au moule de l´héritage culturel

Dans la chambre d´hôtel, fraîchement douché et rasé, assis sur le lit aux côtés de la jeune femme, Lou, pensif demanda enfin :

-          Qu´est-ce qui bien pu te pousser à faire partie de cette expédition médicale ? L´argent, le risque, l´aventure, un sens humaniste débordant…

La jeune femme, uniquement habillée d´une robe de chambre, se retourna vers le jeune homme ; elle avait perçu l´ironie tendancieuse qui se cachait dans les derniers mots de la question, et ne se retenait que difficilement à y répondre, mais au fond se disait-elle, peut-être n´était-ce qu´une façon piquante, propre à Lou, de faire une intrusion gênante sur ses intentions. Sans perdre son calme, Susanne ouvrit le mini bar et demanda :

-          Puis-je te servir quelque chose à boire ?

-          Un gin tonic, s´il te plait.

-          Voilà, à ta santé.

-          Merci, à la tienne. Bon, je t´écoute.

La jeune femme s´assit à son aise aux côtés de son ami et dit :

-          Je vais d´abord répondre à ta question : depuis deux ans, je suis membre des médecins sans frontières et j´espère vivement être prise en service actif ; la sélection est très rigoureuse, surtout pour les femmes.

Le visage de Lou devint plus avenant, sa voix s´adoucit :

-          J´espère pour toi que tu seras retenue, mais pourquoi le Congo ?

La jeune femme se mit à rire :

-          Je savais que j´allais te rencontrer…ta réputation a dépassé les frontières.

Un moment indécis, le jeune homme prit la chose avec humour et rit à loisir :

-          C´est bien ça, je suis célèbre et réputé…Quel monde, si jeune et déjà couvert de gloire !

Lorsque cette courte détente se fut envolée, Susanne redevint sérieuse :

-          J´avais rencontré le professeur Blanc à Marseille, à l´institut de médecine tropicale, il y a un an ; lorsqu´il a reçu cette mission, il a pensé à moi. C´est tout.

Un long silence s´ensuivit, puis Lou demanda tout à coup :

-          Peux-tu me parler de ta vie, de tes parents, et peut-être aussi de tes amis, si tu veux.

-          Oh là là, par où commencer…

Presque une demi-heure durant, la jeune allemande parla de son enfance, de ses parents, de ses amis ; lorsqu´elle s´arrêta, Lou crut enfin mieux connaître la femme qui se trouvait devant lui. C´était en fait une jeune femme comme tant d´autres, elle était âgée de 24 ans, deux ans plus âgée que lui ; son père était fonctionnaire, sa mère institutrice. Elle avait un frère aîné, qui enseignait la philosophie, et qui était marié et père de deux enfants. La jeune femme, qui n´habitait plus à la maison dans le Saarland, avait loué un trois pièce à Goslar, à la fameuse université spécialisée dans la médecine. Quant à ses amis, c´était plutôt des camarades d´études, de sport ou de loisir.

-          Et Holger ? Demanda Lou

-          Oh, Holger est un vieux copain ; nous nous connaissons en fait depuis le début de nos études. De temps à autre, nous faisons l´amour, mais sans aucun engagement ni de sa part, ni de la mienne.

-          Vive la liberté. Es-tu sûre que tu n´as pas offensé son amour propre en te laissant séduire par moi ?

-          Allons donc, je ne suis pas sa propriété ; et de toute façon, ce genre de sentiment n´a aucune séance entre nous. Il m´en aurait parlé, c´est un vrai ami ; il a toujours su respecter ma liberté.

-          Hem, dit Lou ; il m´a tout l´air d´avoir beaucoup de qualités, ce Holger ; tu es sûre que tu ne te trompes pas sur la nature de ses sentiments à ton égard ? Après tout, pour tomber amoureux de toi, il n´a pas besoin de ta permission.

-          Oui, bien sûr…mais je ne le pense pas ; et en ce qui me concerne, il n´a pas assez de contour pour me fixer à ses côtés ou éveiller en moi autre chose que l´amitié ou la camaraderie.

-          Tiens donc, et moi ?

La jeune femme se tut longuement, puis approuva de la tête :

-          Le danger est imminent, reconnut-elle froidement.

-          Ah, le danger, hein ; et quel est-il ?

-          Imminent et irrésistible, dit-elle en se jetant soudain sur lui et en l´embrassant.

Allongés, dans les bras l´un de l´autre, Susanne demanda :

-          Mito, ton ancienne amie, c´est bien son nom, n´est-ce pas ?

-          Oui, qu´y a-t-il avec elle ?

-          L´as-tu aimé…je veux dire vraiment aimé ?

-          Eperdument.

-          L´aimes-tu encore ?

-          Oui. Mais autrement qu´hier…plus profondément, comme une sœur qui a besoin d´amour et de protection.

-          J´ai parlé avec elle, elle m´a raconté son histoire…

-          Et pourquoi, l´y as-tu contrainte ?

Le jeune homme s´était soudain contracté, comme si Susanne avait ouvert une porte interdite dans sa vie privée.

-          Non, c´est elle qui est venue vers moi, elle doit t´avoir aimé comme la prunelle de ses yeux. Pénible histoire.

Lou ferma les yeux, ses lèvres se mirent indiciblement à trembler ; il se détourna de la jeune femme.

A ce moment on frappa à la porte. Susanne, surprise, regarda Lou et demanda :

-          Qui est là ?

-          Holger.

-          Ah, dit Susanne, en allant ouvrir. Son agacement était plus que visible.

L´allemand, visiblement éméché, le visage rouge et la démarche incertaine, fit irruption dans la pièce en titubant :

-          Oh, Tu n´est pas seule…salut, collègue ; dit-il à l´endroit de Lou qui avait rapidement remis de l´ordre sur sa robe de chambre.

-          Salut, Holger ; mais assieds-toi donc.

-          Merci, Lou, tu es un vrai ami. Je voulais parler avec Susanne, est-ce que ça te dérange ?

-          Non, pas du tout ; je m´habille et j´attends au bar en bas, dit Lou à l´intention de Susanne.

Il s´habilla et quitta rapidement la chambre malgré les gestes négatifs de Susanne.

Lorsque quelques vingt minutes plus tard, Susanne, les traits tirés, le rejoignit, il se contenta de sourire :

-          Eh bien, chère Susanne ; qui avait raison de dire que Holger était amoureux de toi ?

La jeune femme se mit tout à coup à pleurer, visiblement encore sous le poids émotionnel de la conversation qu´elle venait d´avoir avec son compatriote. Lou la prit dans ses bras et la laissa se calmer sur sa poitrine. Au bout d´un moment, quelque peu remise, Susanne, en reniflant, reconnut d´une voix éteinte :

-          Tu avais raison. Il m´a fait une déclaration insupportable.

-          Insupportable ? Demanda Lou, surpris.

-          Oui, affirma la jeune femme ; insupportable parce que déprimante.

Et en disant cela, elle s´était mordue la lèvre, tandis que ses long cheveux blond retenus en chignon à l´arrière, se dénouaient subitement en reprenant sur son visage leur allure habituelle.

Elle but d´un trait son bloody mary et fixa le jeune homme qui l´observait sans un mot, et laissa choir :

-          Quelle saloperie…!

A ces mots, tous deux se mirent à rire instinctivement, comme si le dégoût qui se cachait sous ses mots avait éclaboussé le grotesque passant d´une scène journalière comique.

-          Ce monde est bien perfide, n´est-ce pas ? Conclut Lou, avec un rien d´ironie.

Et le fou rire repartit entre les deux jeunes gens, sous les regards suspicieux du barman.

-          Viens, dit Lou, allons noyer nos chagrins au salon ; c´est plus confortable que ces hauts sièges, j´ai l´impression d´être suspendu sur une corde d´équilibriste.

Ils prirent leurs verres et se dirigèrent vers le proche salon. Aussitôt assis, Susanne fit signe au barman de renouveler les consommations.

-          Eh, bien ; raconte, dit Lou pernicieux.

-          Ah, comme tout cela me désole : il a supplié pour se faire aimer…

La jeune femme ne termina pas sa phrase, elle sombrit de nouveau en sanglots. Lou se rapprocha d´elle sur le divan et la prit dans ses bras.

-          Et le comble, sais-tu ; dit Susanne, la voix entrecoupée de reniflements répétés, c´est que je ne peux, malgré la pitié que je ressens, lui accorder sa demande. L´amour, ce n´est ni un cadeau que l´on offre occasionnellement à Pâques, à Noël, ou à Nouvel an. Ce n´est non plus un rebus qu´on offre à un mendiant ; c´est un don essentiel, profond et incommensurable dans son contenu et sa portée. Malgré ses supplications, j´ai dû lui dire que je ne l´aimais pas.

Comme un enfant abandonné, triste, la jeune femme se recroquevilla sur le divan, dans les bras de Lou et ne dit plus mot.

Au bout d´un moment, Lou lui proposa d´aller écouter la musique ou danser, ou faire n´importe quoi au lieu de s´enliser lentement dans les meubles publics de l´hôtel.

-          Mais où, demanda Susanne.

-          Demandons au barman, dit Lou ; il doit bien le savoir.

Le barman leur recommanda de se rendre à la cave de l´hôtel qui offrait pour ses hôtes une boite

de nuit où la musique n´était pas mauvaise. Ils s´y rendirent et à leur grande satisfaction, l´atmosphère et la musique y étaient de bonne qualité.

Vers deux heures du matin, fatigués, mais pleinement amusés, ils remontèrent dans la chambre.

-          On s´est bien amusé, dit Susanne en se déshabillant, mais ce parfum de cigarette, insupportable. Cette cave devrait s´installer un meilleur système d´aération.

-          C´est vrai, dit Lou en reniflant ses vêtements, c´est dommage parce qu´on peut bien s´y amuser. Je vais me doucher rapidement, qu´en penses-tu ?

-          Excellente idée, moi aussi.

Lorsque frais et nus, les deux jeunes gens se retrouvèrent dans le lit, Susanne, étroitement enlacée au corps musclé du jeune homme, demanda :

-          Qu´est-ce que la sexualité pour toi, Lou ?

-          Tout est libido, a dit Freud…même le pouvoir politique n´échappe pas à la règle de choisir entre la phallocratie aveugle de la dictature, et le consensus exprimé de la démocratie.

-          Ah, donc d´après toi, la démocratie est féminine ? demanda Susanne pensive.

-          Une belle femme, oui ; mais souvent on abuse de ses charmes, lorsque ce consensus est en réalité  un faux compromis sans équilibre…la femme parfaite, c´est celle qui engendre des enfants équilibrés, capables d´harmonie et de liberté ; autant dire des enfants qui répugnent et combattent l´exclusion, le privilège et l´autocratie, répondit Lou.

-          D´accord, d´accord ; mais ce n´est pas ce que je voulais entendre ; je parlais plutôt de la sexualité entre homme et femme, précisa Susanne.

-          C´est un moyen d´expression, un lieu de dialogue. Je crois que nous nous comportons dans toutes les situations de la vie comme notre libido est orientée. Nous faisons l´amour aussi franchement que nous vivons ; nus, voués à la rencontre avec cette cime soulageante qu´est l´orgasme, les moyens que nous employons pour y parvenir dévoilent nos qualités et nos défauts les plus cachés.

-          Et quels sont ces défauts, dit Susanne en le chatouillant

-          Arrête, je n´en peux plus, dit-il en riant ; ces défauts sont par exemple le manque de patience, le manque de sensibilité, d´endurance, l´absence d´imagination, l´absence de créativité…dois-je continuer ? Demanda Lou, amusé.

-          Je t´en prie, répondit Susanne.

-          Dis donc, qui est le médecin de nous deux ?

-          Dans la position dans laquelle nous nous trouvons, toi ! Dois-je te montrer les instruments de ton ministère ?

Joignant la parole au geste, la jeune femme le chatouilla sous la couverture ; Lou sursauta :

-          j´ai compris ; arrête, c´est bon, je continue.

-          Presses-toi, ma patience a des limites, dit Susanne, sans pour autant relâcher sa prise.

-          Je voulais dire que la jouissance de l´orgasme dévoile souvent le caractère de son maître qu´il fut nerveux, violent, passionnel, gourmet ou gourmand…

-          Ah, dit la jeune femme en affermissant sa prise, et en ce qui concerne le partenaire…

-          Oh…le, le partenaire…on sait reconnaître celui qui cherche la symbiose, ou l´égoïste,

l´artiste doué du grossier amateur, le marchand de chefs d´œuvres du colporteur de faux, le génie de la nullité…

-          Maintenant, dit Susanne, comprends-tu pourquoi la femme prétend mieux connaître l´homme comme tel ?

-          Je m´en doute, dit Lou, encore faut-il qu´elle sache lire dans les écritures saintes.

-          En doutes-tu ?

Ce disant, elle le chatouilla à nouveau.

-          Oh oui ; oh oui, je n´en doute plus.

La jeune femme, un sourire vainqueur sur les lèvres, puis demanda :

-          Important pour toi, la sexualité ?

-          Evidemment. Essentiel. D´importance vitale, mais je ne dirai pas que c´est la chose la plus importante de l´existence. A la rigueur on peut s´en passer. Le plus important, c´est la réalisation ou du moins le chemin et les moyens qui mènent à la réalisation.

-          Et celle-ci peut se faire sans sexualité épanouie ? Demanda Susanne moqueuse

-          Non, il lui manquerait quelque chose d´essentiel, dit Lou.

-          Tu tournes en rond, dit Susanne ; concentres-toi, sinon je devrai employer les grands moyens.

Lou éclata de rire puis dit tranquillement :

-          La sexualité fait partie essentielle de la réalisation humaine.

-          Peut-on s´en passer, demanda Susanne, menaçante.

-          Sainement, non. Mais je t´avouerai que la recherche de l´équilibre, est beaucoup plus important que l´exercice d´une libido tout court.

Elle le regarda longtemps, puis avoua, attendrie :

-          De toi, on peut faire un excellent partenaire ; que dirais-tu de vivre en Allemagne par exemple ?

Lou éclata de rire et dit :

-          Ca, Susanne, c´est la plus belle blague de l´année !

-          Pourquoi ?

-          Parce que je me suis ni une trophée, ni un objet d´exposition ; quant à devenir un martyr du racisme allemand, non merci. Je pensais que tu me connaissais, ou au besoin que tu me comprenais ; je dois m´être trompé, quelle illusion !

-          Que fais-tu ?

-          Tu le vois, je m´habille ; je rentre chez moi.

Elle sauta du lit et le prit par la main.

-          Attends. Je crois qu´il y a malentendu ; donne-moi la chance de m´expliquer.

-          Bon, je t´écoutes, mais dépêches-toi.

Assise sur le bord du lit, enveloppée dans la couverture, les cheveux hirsutes, les yeux cernés par la fatigue et le manque de sommeil, la jeune femme commença sur un ton rauque, au teint émotionnel :

-          Je n´ai fait qu´une hypothèse, après tout, ce n´est pas défendu…

-          Non, dit Lou en nouant les lacets de ses chaussures ; chacun est libre de faire les hypothèses de son choix.

-          S´il te plait, Lou…Je me demande ce que tu as contre l´Allemagne ; les choses ont changé, tu te fais sûrement une fausse idée de mon pays…beaucoup de noirs vivent en Allemagne : des médecins, des ingénieurs, des étudiants, des ouvriers…certains sont mêmes devenus Allemand…

-          Disons qu´ils ont obtenu un passeport allemand, n´est-ce pas ce que disent les allemands eux-mêmes : « des étrangers  porteurs de passeport allemand » ?

-          Il y a partout des noirs, même dans l´équipe nationale de football, qui défendent les couleurs allemandes.

-          Peux-tu mettre la main au feu qu´ils ont toujours été traités humainement… ?

-          Non, mais je sais que les choses ont changé…

-          Si les choses ont changé, tant mieux pour vous ; bienvenue dans le monde civilisé.

-          L´Allemagne a toujours été un pays civilisé, dit Susanne, confuse.

-          Ah, est-ce avant ou après la deuxième guerre mondiale ? Il te faudrait peut-être lire l´histoire des peuples herero et hottentot, en Namibie ; ils t´apprendraient bien de choses sur la soi disante civilisation allemande : Général von Trotha a, au nom du peuple allemand, entre 1897 et 1907, massacré 80% der la population herero et hottentot ou 90.000 personnes ; 50% des nama, soit 10.200 personnes ; veux-tu que je te cite les chiffres du Cameroun, du Togo ? Non, n´est-ce pas ? Mais je vais tout de même te dire qu´un certain Robert Koch a conseillé ses acolytes médecins qui y ont fait de nombreuses expériences humaines dans les camps de concentration du Togo. Et que plusieurs parmi eux ont fait carrière sous le nazisme, qui comme tu sais a massacré 8 millions de juifs allemands de la façon la plus ignoble : en expérimentant sur des êtres vivant sur leur capacité à supporter le froid, la douleur ; en leur arrachant les membres à vif, et aux jumeaux, notamment les yeux sans anesthésie. Dans les annales de la ville d´Hambourg, un médecin a, sous le nazisme, tué le triplet de nouveaux nés d´une juive en les lançant contre le mur. Et alors, belle Susanne, crois-tu encore que ton Allemagne a toujours été civilisée ?

La bouche ouverte, le corps tremblant sous cette avalanche de vérités, la jeune femme éleva la main droit devant elle, comme pour se protéger d´un mal invisible. Recroquevillée sur le bord du lit, elle sanglotait.         

Complètement habillé et peigné, Lou sembla sur le point de quitter la chambre. La jeune femme le regarda tristement et lui dit :

-          Assieds-toi un moment ici, lui indiqua-t-elle le lit.

Lou hésita un court instant, puis accéda au désir de la jeune femme. Celle-ci chercha un moment ses mots puis lâcha :

-          Je ne sais pas ce que je ferai pour effacer toutes les atrocités que nos grands parents ont exercé sur d´autres peuples, même à ceux qui depuis 700 ans vivaient auprès d´eux et s´étaient emmêlés dans le sang et la culture Allemande. Je ne peux que parler et décider pour moi-même…

-          Le pire, dit Lou en la regardant fixement, c´est que tu aies l´affront de dire que l´Allemagne a toujours été civilisée ; c´est une injure pour tout ceux que les allemands ont massacré afin que toi tu puisse les glorifier de civilisateur. Mais je crois que nous avons une différence fondamentale : la notion de civilisation.

-          Mais je n´ai jamais fait de mal à personne ; qu´y puis-je, si nos parents étaient des criminels, et après tout, ceux qui étaient responsables de ces massacres ont été condamnés à mort…dois-je porter cette croix toute la vie, quand cessera cette culpabilisation ?

Lou, indécis, un moment, donna raison à la jeune fille ; et pourtant au fond de son être, dans sa mémoire, une plaie béante saignait : depuis qu´il avait découvert que les hereros, durant toutes les campagnes qui les avaient opposés aux allemands, avaient pris soin d´épargner les femmes, les enfants et les missionnaires allemands, et ceci explicitement reconnu par Burkhart Freiherr von Erffa et par le général von Trotha lui-même dans ses rapports, ce qui ne l´avait pas empêché de poursuivre et de massacrer femmes et enfants hereros et hottentots sans le moindre remord. Quant à ceux qui tentèrent d´échapper au massacre, ils furent poursuivis et repoussés avec femmes, enfants, et bétail dans le désert d´Omaheke où à bout de force, traqués et acculés à une mort certaine, ils furent contraint à ouvrir les corps de leurs morts pour en extirper quelque liquide susceptible d´assouvir leur soif, et priver leurs enfants du lait maternel désormais réservé aux guerriers combattants…et que malgré cette déchéance, ils épargnèrent les femmes, les enfants et les missionnaires de leurs mortels ennemis : la grandeur même dans la déchéance la plus vile…la douleur du jeune homme se mêla à la colère. Il ferma les yeux un instant pour se remettre ; ses poings, fermés dans ses poches, devinrent lourds et insupportables sous la pression que leur impliquait une sourde violence intérieure. Sur un ton raide, il dit à la jeune femme : 

-          En ce qui concerne l´homme noir, la dette est encore ouverte, parce qu´à un noir, dit Lou énergiquement ; on lui fait toujours porter le dégoût de sa peau, et ceci depuis bien longtemps. Malgré l´abolition de l´esclavage, malgré la fin de la colonisation, de l´apartheid…depuis cinq longs siècles ! Et aujourd´hui encore…Mon Dieu, comment faut-il parler pour que l´homme blanc comprenne tout le mal qu´il nous a fait, des conséquences qui aujourd´hui encore nous déchirent l´âme ?

Un lourd silence étreignit la pièce, comme si une ombre invisible avait soudain pris possession de la distance qui séparait les deux jeunes gens.

Caroline toussa quelque peu pour s´éclairer la voix et se donner contenance.

-          …Pour la première fois de ma vie, commença Susanne, en te rencontrant, j´ai eu le sentiment de percevoir, d´approcher quelque chose qui réveillait en moi la femme cachée, la femme profonde…et même des désirs de maternité que je ne connaissais pas. Je ne peux pas me vanter d´avoir connu plusieurs hommes, ce serait mentir ; les études et la profession que j´ai choisis ne me laissent pas beaucoup de loisirs, de temps libre. Mais aucune de mes connaissances n´a su me dévoiler à ce point.

Et soudain, la jeune femme se mit à rire aux éclats puis continua :

-          Moi qui croyais que j´était frigide, je me mets à rêver d´une famille, d´avoir des enfants. Aimes-tu les enfants, Lou, demanda-t-elle.

-          Bien sûr, j´aime les enfants ; et j´aimerai bien en avoir, un jour. Mais pour faire des enfants il faut avoir un partenaire qu´on aime, et auquel on fait confiance.

Etrangement, le visage de la jeune femme s´éclaira, comme envahie par une lumière intérieure

réchauffante. Puis, avec une expression que Lou n´avait pas encore connu chez elle, elle lui dit en lui tenant la main :

-          Ce que j´essaie de te dire, c´est que je suis tombée amoureuse de toi, curieux, n´est-ce pas ; hier encore je repoussais Holger qui rampait à mes pieds, aujourd´hui, je suis moi-même la victime. N´est-ce pas le sommet de l´ironie ?

Et cachant son visage dans ses mains, la jeune femme soudain sanglota. Lou, touché, fut  parcouru de frissons ; la prit tendrement dans ses bras ; il était lui-même au bord des larmes. Mais pour d´autres raisons que sa jeune compagne.

-          Allons, lui dit-il en la consolant, ce n´est pas une raison pour être triste.

Il alla sur la commode et lui tendit un mouchoir en papier.

-          Merci. Sais-tu qu´en Allemagne, étrangement, dans ce pays comme tu dis raciste, un nombre incroyable de métis sont nés ? Crois-tu qu´ils se laisseront faire ? Qu´ils se laisseront traiter comme les allemands l´ont toujours fait avec ceux qui leur étaient différents ?

-          Non, bien sûr ; mais connais-tu les blessures que portent leurs cœurs ? Combien de métis nés d´afro américains et d´allemandes ont été livrés à des homes d´orphelins parce que, après le départ des soldats américains, les mères, pour se remarier ou tout simplement pour ne pas avoir à souffrir du racisme acerbe de leurs entourages, les abandonnèrent tout simplement à l´assistance publique. De ces mères qu´on appelait les couchettes de l´OTAN. Ou les putains des nègres…Mais, peut-être me répondras-tu qu´aux Etats-Unis, ce pays de la liberté et de la démocratie, n´a-t-on pas lynché des noirs parce qu´il avaient levé les yeux sur des blanches…pendant que les hommes blancs, eux violaient et violentaient à loisir ?

Susanne baissa les mains en signe d´impuissance.   

-          Mais ils se seront battus, et je suis sûre qu´ils seront vainqueurs, reprit la jeune femme avec une étonnante assurance.

-          Tu ne m´a pas tout à fait compris, lâcha Lou ; ce qui me déplait dans cette histoire, c´est qu´au nom de la soi-disant morale de l´homme blanc et c´est tout aussi valable pour son église, tout en se comportant lui-même contrairement à ses propres règles, il se donne le droit d´imposer une norme qui criminalise les autres, et vraisemblablement l´autorise à tous les abus.

-          …Ces enfants, ce sont des enfants comme tous les autres…avoua singulièrement Susanne.

-          Le prix, dit Lou, tout est dans le prix. Et le droit. Certains d´entre eux, désespérés, vont arriver à haïr leurs parents qui les ont volontairement mis dans cette situation. D´autres, détruits, vont sombrer dans la criminalité et la haine d´eux-mêmes ; quand à ceux qui parviendront à s´établir dans la société, à aimer et à se faire aimer, demandes-leur s´il ferait à loisir encore une fois cette expérience.

-          Certes, mais ce sentiment inhumain et primitif ne mérite-t-il pas qu´on le combatte avec les meilleures armes de l´existence ? Et cela sans le moindre doute !

Susanne, quoique choquée et révulsée, se retrouva cependant à bout d´arguments ; elle exprima son amertume en frappant des deux pieds sur le sol.

-          C´est aussi l´art de décider qui va souffrir et qui en sera épargné…dit laconiquement Lou. Et il se tut. Il ne savait pas ce qu´il devait penser ; il lui semblait bien qu´avec Susanne, il se trouvait de nouveau au point de départ : cette femme semblait bien lui suggérer qu´au nom de l´amour, on devait se prêter à toutes les souffrances. Mais pourquoi avait-il cette vague impression que cette injonction s´adressât plus à un noir, à un métis innocent qu´à un blanc ? Parce que de toutes les autres races, il ne venait pas à l´idée de discréditer un blanc pour la couleur de sa peau. Mais le blanc, lui, tout au long de l´histoire humaine, ne s´est jamais gêné pour le faire

-          Réveilles-toi, dit soudain Susanne, les temps ont changé.

-          Mais oui, Susanne…je sais que les temps ont changé, et tu seras surprise, c´est ce qui me révolte…au nom de l´amour, hein ? Et quoi encore ? 

-          Mais pourquoi, je ne comprends pas…

-          Mais parce qu´encore une fois j´ai l´impression que l´homme blanc a de nouveau décidé qu´il était temps de changer de norme de considération. Il veut rester le maître de la norme.

-          Oh là là…tu es difficile…c´est impensable ; que veux-tu en fait ?

-          Je crois que tu ne peux pas le comprendre…j´ai toujours été un être humain : avant, pendant, après l´esclavage…pendant toutes les exactions que j´ai subies. Que l´homme blanc le reconnut ou pas, ça n´a rien changé à ma nature. Maintenant que l´homme blanc le crie à tous les toits, ça me laisse complètement froid. Je suis tout seul à porter le poids de mes peines et celles de mes souffrances…Je n´ai plus confiance en son jugement…il n´a que trop longtemps été par trop injuste.

-          Ne crois-tu pas à la force de l´amour… ? Demanda Susanne

Ce genre de réflexions, cet art d´argumenter, c´était plutôt son fort ; que quelqu´un employa cette fine dague pour le convaincre, c´était bien nouveau. C´était contre toute attente que ce fut une femme qui mit le doigt dans sa plaie, sous le prétexte de l´amour. Susanne ne lui était pas insignifiante, loin de là. Mais de là à se jeter à l´eau, il y avait un monde.

-          L´amour…l´amour, Susanne…c´est un sentiment tellement beau, tellement noble et pur que je me demande si des gens qui ont massacré des innocents, fait l´esclavage en volant les enfants des autres et en les soumettant à des sévices inhumains…aux plus vils des mépris ; je me demande si ce genre de gens puissent savoir ce que c´est que l´amour… ? Aimer un homme ou une femme, c´est aussi aller à la recherche d´une harmonie spirituelle, morale, éthique ; c´est l´assister dans ses combats, dans ses valeurs, le consoler dans ses défaites …l´encourager dans ses convictions. Et lui offrir le meilleur de soi-même. Es-tu certaine que ta société, sans le moindre erreur, me réserve toutes mes attentes ?

Susanne était inconsolable ; nerveuse, elle nouait et dénouait ses mains en signe visible de

déchirement intérieur. Elle arriva à articuler :

-          Le temps ont changé…nous aussi nous devions nous dessaisir de nos complexes…

-          …Oui, je n´en doute pas…le temps que ça dure…Ce qui choque, c´est que ce sont les autres qui devaient en souffrir, et les juifs ou les noirs, particulièrement. Mais qui répare donc les conséquences douloureuses de cet apprentissage d´humanité ? Sais-tu que les inégalités qui en sont issues ou les blessures psychiques ou culturelles sont restées irréparables ?            

-          …Oui, …oui, je m´en rend compte ; mais encore une fois : je n´en suis ni fière, ni responsable…pourquoi ne pouvons-nous pas recommencer dès le début ; prouver que nous sommes capable de croire et de faire un meilleur monde…demanda la jeune allemande.

Un long moment, Lou se tut, comme s´il pesait les dires de son amie ; puis il murmura :

-          Recommencer…faire disparaître l´histoire à la gomme, comme une erreur d´écriture :

ce serait bien beau…et peut-être souhaitable ; et cependant, j´ai bien peur que tout être humain ne tienne à son passé quel qu´il soit. Parce que le passé est une partie importante de son présent. Et même si toi et moi nous décidions de refaire le monde ; il faudrait aussi convaincre ceux qui nous entourent qu´ils doivent employer le même chemin que nous…et j´ai bien peur que pour la plus grande partie de toute société, les ombres, les symboles et les actes du passé soient justement un des facteur important de leur vie.

Marchant soudain le long en large, la jeune femme, sans un mot tentait de réfléchir ou de chercher une solution à son problème. Excédée, elle s´écria :

-          Mais je t´aime !

-          …Heu…je…

Il bredouilla, abasourdi.

Elle chercha refuge dans les bras de son ami ; celui-ci sembla troublé par la violence de cet aveux. Il la consola :       

-          Susanne, tu ne m´es pas égale ; il est peut-être trop tôt pour que je me déclare sur mes sentiments à ton égard. Je dois reconnaître que tu m´as surpris, je ne me suis pas encore posé la question en ce qui concerne la nature exacte des sentiments que j´éprouve pour toi. Je vais y penser, mettre de la clarté dans mon cœur, cette histoire avec Mito me pèse encore sur l´estomac…

-          As-tu peur de te battre pour nous, pour l´amour, et peut-être pour… nos enfants ? Je t´aime vraiment.

-          Susanne, à moins que tu ne me connaisse pas, mais ma vie, toute mon existence de noir est couverte de blessures, de champs de batailles, de guerres sans merci ; mon âme, si je pouvais te l´ouvrir, est une plaie béante dont la douleur, chaque jour me réveille en sursaut. Non, ce n´est pas la lutte qui me répugne, elle est ma seconde nature. Ce qui m´effraie le plus, c´est de perdre mon âme, en quittant ma source émotionnelle : ce merveilleux continent où mes pères et mères ont enterré leurs prières, versé leurs larmes, chéri leurs enfants, et souvent lorsque le désespoir me visite en me rongeant les os, je ferme les yeux et tout à coup, sur les rives tourmentées de ma mémoire, j´entends frapper le tambour de mes ancêtres rythmant sur ma conscience une danse solennelle qui me ramène peu à peu mon sourire éteint…à la communion de mon âme ensanglantée. Ma soif d´être est sans mesure…elle a besoin d´une source désaltérante infiniment généreuse. Cette terre est pour moi une prière…une chaude et ineffaçable prière ; c´est la plus belle partie de mon âme, et celle de mon histoire. Sans elle je ne suis qu´une ombre sans racine. Moi aussi, je suis un produit de l´histoire ; moi aussi j´ai besoin de me soigner de mes faiblesses…je ne suis, après tout, qu´un être humain. Mais je ne suis plus disposé à être le souffre douleur de qui que soit…je veux une liberté pleine et entière.   

Pendant ce monologue, Lou, pour cacher son émotion, s´était rapproché de la large porte-fenêtre qui ouvrait sur un petit balcon solitaire ; d´un geste énergique, il repoussa les lourd rideaux qui la maquillait, ouvrit la porte malgré le conditionnement d´air et huma l´air pur du petit matin naissant de toute la force de ses poumons et lentement, les yeux fermés, il expira l´air dans un long soupir. Lorsqu´il se retourna, Susanne, sur le seuil du balcon, la main tendue sans pour autant le toucher, le visage triste et embrouillé, lui demanda :

-          Qu´est-ce que je peux faire pour te mériter ?

Sans répondre, Lou la ramena dans la chambre en la recouvrant, et ferma la porte du balcon. après avoir tiré les rideaux, il dit sur un ton las :

-          Ce n´est pas une question de mérite, Susanne, nous ne sommes pas aux jeux olympiques. Bon, si tu y tiens encore, je viens te prendre à 12 heures 15 au plus tard pour le dîner.

-          Bien sûr, répondit Susanne surprise par le changement de ton.

-          Eh bien, dans ce cas, bonne nuit…

Et sans se retourner, il sortit en fermant la porte derrière lui, et à grands pas, s´éloigna de l´hôtel. Arrivé sur la rue, il ne put s´empêcher, au moment de monter dans la voiture, de s´avouer intérieurement qu´il s´était sauvé devant une impasse. Il ne doutait pas des sentiments de la jeune femme, loin de là ; ce qu´il craignait, c´était son propre doute à lui. Quand on aime un être humain, on n´aime pas seulement sa présence, son amour ; on rencontre aussi son histoire, ses origines, ses attentes et ses rêves…aimer, c´est plus qu´une simple illusion physique, sociale ou même émotionnelle ; c´est bien plus profond et plus obligeant que cela ; ce sentiment précieux et fort qui était au fondement de toute existence humaine était  exigeant de don de soi-même, d´abnégation, de foi en l´espérance, de compréhension, de tolérance, de communion, et il ne se nourrit que du meilleur de nous-mêmes. Et parce que ce sentiment ne se nourrissait que de vertus et d´équilibre, il cherchait continuellement le choix d´harmonie entre la dualité sexuelle de la féminité et celle de la masculinité, tous deux échange et partage dont il était issu. L´amour… 

Ce n´est pas un nid d´oiseaux où deux êtres pouvaient se retirer du monde et vivre en solitaire ; c´est une valeur à vocation sociale et comme telle, il puisait ses sources de la généalogie du romantisme de l´histoire d´une société, d´une nation et de son passé,  de la créativité passionnelle individuelle. Que de générations n´ont pleuré sur les vers de Ronsard, ont admiré la statue de la liberté à New York, la tour penchée de Pisée, la voix engageante d´un Martin Luther King, ou les dernières lettres d´un Patrice Lumumba à ses enfants…chaque peuple, chaque nation a ses symboles et ses idoles. Et ceux-ci influent sur la pensée, sur les perceptions de leurs membres. Même la religion transforme les vies de ses adeptes. Sommes-nous tous les prisonniers de notre passé, de notre histoire, de nos attentes, de notre éducation, de nos ambitions ?   

Qu´en serait-il des moments difficiles de conflit ou d´échec, de quels symboles chaque être se saisit-il pour réparer ou rétablir sa paix perdue ; ne puise-t-il pas instinctivement dans son subconscient, dans son  passé, dans le legs social ou culturel qu´il a  reçu des parents, de la société ? L´amour, un irrésistible défi ?

Lou haussa les épaules, déçu ; lui aussi était enfermé dans sa peau, dans son histoire, de ses attentes, de ses rêves…décidément, rien n´était facile parce que l´amour était partie prenante dans la réalisation de tout individu. L´amour…oui, l´amour : certainement le joyau méconnu de la race humaine ; un vœu, somme toute, inaccessible ?

Le jeune homme secoua la tête en signe de résignation : en d´autres circonstances, il aurait certainement fermé les yeux et laissé parler son cœur ; et peut-être celui-ci l´aurait conduit dans les bras de Susanne qui était, il en était persuadé, un être capable d´aimer, de répondre à l´appel exigeant de ce noble sentiment. Mais voilà, il y avait aussi ce mais…oui, vraiment la vie n´était pas aussi facile qu´on le croyait.

Avant de monter dans la voiture et de s´en aller, ses pensées butèrent inconsciemment sur Mito ; et tout à coup, tout ne fut plus qu´amertume, regret.

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Extrait des Cercles Vicieux    Auteur Musengeshi Katata    Droits réservés

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Réflexions sur le vif

Commentaires sur le vif

Ne pas oublier la défense et la promotion du présent. 

 

( 22 Février 2006 20H03 )

J´aime bien le passé, mais j´adore encore plus le présent et l´avenir. Et j´ai bien peur que trop souvent ces reconnaissances internationales culturelles ne cachent que le secret désir de nous renvoyer dans le passé. De nous apprendre à perdre notre temps sur ce qui a été et qu´aucun de ces messieurs islamistes ou chrétiens n´a respecté, pendant qu´on nous dévalisent de nos matières premières et qu´on nous étouffe par la francafrique ou le système monétaire international. Le passé, c´est très joli, mais le présent et l´avenir, c´est encore mieux. Et le combat qui s´ouvre devant nous n´est pas seulement un combat externe contre nos prédateurs occidentaux (ne mâchons pas les mots), mais aussi un combat de renouveau et de modernisation culturelle interne: d´instruction et de critique rationnelle autant sur la connaissance et sa fonction que celui qui nous oppose aux traditions primitives et dépassées. Et c´est sortir nos enfants raffermis de ce tunnel qui doit nous occuper intensément. Le passé, croyez-moi, il ne s´enfuit pas; il nous appartient pleinement. Mais l´avenir, si nous commettons les mêmes erreurs de naïveté qu´hier, ou nous négligeons de soigner ses paramètres directeurs, il nous échappera. Et comme pendant 600 ans d´esclavage et de colonisation, nous serons servis à toutes les sauces ingrates et amères. Ce n´est pas cet avenir là qu´attendent nos femmes et nos enfants, n´est-ce pas? MK

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu  

Ce mal infamant et progressif 

 

( 20 Décembre 2005 18H49 )

Beaucoup de gens ne comprennent pas notre méfiance et nos ressentiments face au monde blanc, et pourtant, il ne faut pas être aveugle ou idiot pour se rendre compte que d´une part notre histoire nous poursuit non seulement par les larmes, les crimes et la violence qui nous a été infligée, mais aussi ce sort ingrat qui nous prive, par la soumission et l´empêchement, à la propriété des moyens de production, au défaut de la connaissance ou de l´instruction, et à la discrimination proportionnelle à l´exercice du pouvoir social. Nous sommes donc défavorisés, et plutôt livrés au Pouvoir Blanc qu´indépendant ou partenaire. Le capital, la connaissance ou sa qualification ne se donnent pas, ils se méritent; ce sont de longs processus d´effort, d´épargne, de créativité libres et déterminées. Comment réparer cette disparité pour déboucher sur la liberté consciente et partagée? Quasi impossible. Et c´est là que croît notre révolte, parce que nous avons bien l´impression, que la race blanche se cache derrière de belles paroles tout en sachant qu´il ne s´agit que d´endormir les noirs pour, comme aux Etats-Unis, mieux les abattre. Parce qu´en réalité, l´oeuvre ou la bonne intention, si elle était franche, est plutôt ardue, si pas impossible. Et autant dire: l´homme noir restera toujours le perdant.

Et c´est là le drame. Dans le monde d´aujourd´hui où tout est rapide et imposant, celui qui a commencé à courir, à épargner ou à accumuler ne peut pas être rattrapé par celui qui était enchaîné et interdit au libre exercice social. Celui qui veut le faire croire aux noirs dans une société, ment perfidement, parce que si cela arrivait, toutes les structures d´épargnes et d´entreprises sociales s´écrouleraient et la société elle-même en définitive. Que faire donc? Voilà le dilemme entre l´homme noir et son négrier et bourreau d´hier. Comment pardonner ces crimes si leurs effets se répercutent inéluctablement, selon une arithmétique trigonométrique dans les temps à venir?

Ceci crée entre nous un fossé qui, à force de grandir et de l´élargir, devient amers et insupportable. Et il ne s´agit plus de tromper ou de mentir, ou encore de couvrir de promesses les noirs attérés dont on sait pertinemment bien qu´elles sont impossibles à tenir; il s´agit pourtant de rendre justice sociale et historique à l´homme noir afin de lui permettre d´être lui-même plutôt que de lui revêtir d´un masque injuriant et dépersonnalisant qui n´avait pour but que de le ravaler à une chosification castrée de conscience et de réalisation et vouée à l´utilitarisme obligé du maître blanc. Sortir de cette négation d´être, se libérer de l´aliénation, se produire et se projeter dans la quête réalisationnelle, n´est pas aussi facile qu´on le pense. Et ce processus ne se fait pas par déclanchement d´un bouton social de liberté. Hourrah, nous pouvons de nouveau nous réaliser! Où sont les moyens? Où sont les idéaux; sont-ils détenus par les mêmes qu´hier? Qu´en est-il de l´expérience sensible dérobée et étouffée pendant 5 siècles? Voilà où nous en sommes. Et j´ai peur que le monde blanc ne veuille, comme toujours, s´offrir facilement des lauriers de libérateur et de civilisateurs tout en voulant en réalité cacher ses responsabilités. Ce qui ne voudrait dire qu´une chose: tout cela ne serait-il que blabla, voudrait-on refaire le coup du lapin ? Et c´est ça qui nous met en rage, parce que le problème est plus imposant, plus profond que les criminels d´hier ne veulent le reconnaître.

MK

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu. 

  Sur la portée et le contenu de l´histoire

  ( 30 Octobre 2005 17H57 )

Je doute fort que le Brésil, à lui tout seul soit capable d´enseigner aux brésiliens noirs l´histoire de l´Afrique sans pour cela avoir fait une analyse de césure avec l´esclavage et la colonisation. C´est à dire en fait avoir la grandeur culturelle de condamner ces actes criminelles et d´ouvrir la pensée philosophique sociale à un modis vivendi existentiel qui s´écarte du racisme, de la discrimination (et pas seulement théoriquement, avec de gros slogans vides) et établit une société consciente dont il s´agit, dans sa démarche historique, aussi de conseiller à réparer les dommages progressifs incessants causés par les effets néfastes de ces crimes sociohistoriques désavoués. Alors et alors seulement cette prise de conscience de l´apport historique afrobrésilien sera fructueux et positif pour l´avenir de ce pays. Il vaut mieux aujourd´hui prévenir et libérer de l´aliénation, renaître la pleine et équitable confiance, que lutter demain contre les fantômes insaisissables de la criminalité et de la haine dans des ghetto désespérés et inhumains. L´exemple des Etats-Unis n´est que des plus instructif. Nous espérons vivement que le Brésil prendra cette voie courageuse et juste, et qu´un jour son unité et son histoire seront tellement confondues avec la justice et l´équité que ce serait une joie, une qualité humaine de fierté que de se prétendre être brésilien. Le pas qu´il a entrepris en nommant le jour de la mort de Zumbi comme le jour de la conscience de l´apport afrobrésilien à sa culture est un pas élogieux. est un excellent début.

MK