A Tootsy

Le verre brisé

« Qui logera nos rêves aux paupières des étoiles ? »

Léopold Sédar Senghor

Quand on analyse tout ce qui a trait à l´histoire de la culture africaine de l´homme noir, surtout celle des 600 dernières années, on en arrive à l´image d´un enfant du monde qui, devant la source rafraîchissante de son propre destin, de sa propre réalisation, se trouve au bord d´un gouffre dans lequel il tente hargneusement d´en sortir pour déguster la libre lumière du jour et célébrer de vive voix la chanson passionnée qui lui brûle les lèvres et l´âme. De la soif déchirante qui le tenaille, de cette faim meurtrissante qui grouille ses entrailles et lui fait souvent  perdre l´entendement, et désespérer en de longs regrets solitaires, Il a tellement souffert qu´il en vient parfois à se demander si un jour la victoire de sa foi, le courage de son cœur et la grandeur de sa témérité lui rendront justice.

Il gratte, il grimpe, il s´accroche, désespéré, aux parois rugueuses et glissantes de son repaire d´infortune, et ne comprend pas pourquoi ses efforts ne portent pas de fruits. Il  se croit damné et voué à la perdition, et paraît, devant la source fraîche et alléchante de la vie, avoir perdu ou cassé le verre transparent dans lequel il devait de désaltérer. Il utilise ses mains jointes en une prière brûlante mais le nectar frais arrive à peine à ses lèvres. Désappointé, il fond en larmes et perd contenance.

Ce qu´il ne voit pas dans sa colère et son désespoir, c´est que ce verre qui constitue l´âme profonde de son histoire, on peut en recoller les bris et retrouver de haut en bas de sa culture le tam-tam inassouvi de ses rêves répétés et repris par la cadence inaltérable des pas de ses ancêtres sur le sol chaud et bouillant de leurs attentes : les cris, les rires, les pleurs, la complainte inachevée et chaleureuse de l´amour y sentait encore l´étreinte fraîche et passionnée ; tout cet héritage riche et savoureux qui sur sa langue envahie le faisait mourir de joies et de plaisirs semblait chercher dans sa bouche asséchée la goutte humide qui en libère la savoureuse splendeur.

Patrie, patrie de liberté et d´amour ; je ne suis qu´un enfant de la nuit des temps. Si ma prière est trop chaude pour assouvir ta soif, je la refroidira et la couvrirai de miel afin que les tendres sens éveillés de ta vertu se nourrissent de sa splendeur. Mais laisses-moi quérir à tes pieds la victoire affolée de ton soupir.

Je ne suis qu´un enfant tremblant et faible qui a besoin de ton sourire, de ton amour et de ta liberté pour grandir et aimer la sublime beauté de ton corps.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu        

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