28 février 2006
Les Cercles Vicieux: voie de salut ?
Extrait des Cercles Vicieux III
Freud, évidence et réalité africaine; le salut?
A peine Lou et Malaïka avaient-ils ouvert la porte que Fatma vint à leur rencontre en pleurs.
- Eh bien, ma jolie, demanda Lou ; qu´y a-t-il donc ?
Fatma, sans un mot, se blottit dans les bras de Lou et pleura à gros sanglots.
- Eh bien… ! S´exclama Malaïka ; qu´est-ce qui se passe ici ?
Kal vint, de la salle de séjour, vers le groupe formé par Lou, Malaïka et Fatma ; derrière lui sautillait Kalumeh qui se précipita dans les bras de sa mère.
- Elle s´est prise de bec avec Sumita…expliqua Kal à l´endroit de Lou.
- Hem…supputa Lou, allez, bon viens et expliques-moi cette histoire…
Au salon, Lou fit asseoir la jeune fille en face de lui et relança :
- Eh bien. Raconte…
Fatma raconta ce qui était arrivé : elle était revenue du voyage scolaire et avait voulu montrer ses photos à Sumita ; celle-ci, au début, fut intéressée. Mais un moment plus tard, elle se mit à déchirer les épreuves et à les éparpiller dans la chambre.
Fatma était toute retournée.
- Est-ce tout, demanda Lou en prenant Kalumeh sur les bras et que celui-ci, ravi, s´attaquait à la cravate de son père.
Fatma jeta un regard à Kal, visiblement gênée, puis, baissant les yeux, elle avoua :
- Nous nous sommes jetés de vilains mots…
- Tiens, tiens. Nous y voilà…et quel sont ces mots ? Demanda Lou circonspect.
- …J´ose pas, avoua Fatma rougissante.
- Je t´écoute…Kalumeh aussi. Eh, bien ?
- C´est elle qui a commencé ; elle m´a traité de fille gâtée, de petite prétentieuse…de petite tendresse effrontée. Elle a dit que mes amis étaient de petits morveux faux et trompeurs ; qu´en réalité c´était tous des salauds, avoua Fatma.
- Ah…et toi ?
- Hem…je …je lui ai dit que c´était elle la salope…et que…
- Oui, je t´écoute…
Fatma sembla se faire beaucoup de mal à dire la suite, mais devant la distraite insistance de Lou suivie d´un ton ferme de sa voix, elle désista et lâcha :
- Je lui ai dit que c´était elle la salope si elle écartait ses jambes à n´importe qui…
Malaïka qui venait d´entrer dans la pièce avait sursauté, et s´était aussitôt écriée :
- Mon Dieu quel vocabulaire…indécent !
- Je m´excuse, tante Malaïka…je ne voulais pas…elle m´a tellement mise en colère ; je ne savais pas ce que je disais. J´ai voulu m´excuser…mais elle n´a plus rien voulu entendre. Elle m´a giflé et s´est précipité dans sa chambre.
Les trois adultes dans la pièce se regardèrent en silence, puis Lou lança à Fatma :
- Que je ne t´y prenne plus à user de tels mots…incroyable ! Et maintenant disparais…
La jeune fille jeta un regard perdu autour d´elle, puis elle se leva en pleurant et monta les escaliers en courant ; on l´entendit s´enfermer dans sa chambre.
- Hem…Bon, dit Lou lorsque Fatma disparut ; que fait Sumita en ce moment ?
- Elle s´est casernée dans sa chambre ; elle ne veut ouvrir à personne, j´ai déjà essayé, lâcha Kal calmement.
- J´ai bien peur, reconnut Malaïka, qu´elle ne soit en train de piquer une de ses colères. Les meubles vont de nouveau y croire…
- C´est déjà fait, avoua Kal ; je me demande s´il y a encore de meubles intacts dans la chambre…il y a eu des bruits de casse.
- Bon, dit Lou en se levant, je vais voir ce qu´il en est…j´ai faim ; quand mangeons-nous aujourd´hui ?
- Tout de suite, mon chéri, s´écria Malaïka en s´éloignant. Kal, veux-tu m´aider à dresser la table…
Devant la porte fermée de la chambre de Sumita, Lou prit son souffle et frappa :
- Sumi...c´est moi Lou, ouvre s´il te plait…Et comme personne ne répondait, il insista : ouvres-moi s´il te plait ; Fatma s´excuse de ce qu´elle a dit…toi aussi tu dois apprendre à pardonner…allons, ouvres-moi qu´on en parle…
Après un court instant Lou entendit des pas derrière la porte et celle-ci s´ouvrit. Dans la pièce, il régnait un désordre indescriptible. La jeune fille s´était retirée sur son lit dévasté et nu jusqu´au matelas.
- Eh bien…terrible, hein, ces ouragans clandestins ! Ecoute, dit-il en s´asseyant au coin du lit : tout cela est un malentendu, Fatma s´est excusé…il est temps d´enterrer la hache de guerre. Personne ici n´a le droit d´injurier ou de frapper qui que ce soit. Toi aussi tu dois apprendre à pardonner les erreurs des autres…ça fait partie de l´existence…sans ça, on tourne en rond, car la violence ou la vengeance, ça ne crée qu´un cercle vicieux sans issue.
La jeune fille l´avait écouté en silence, la tête posée sur ses genoux relevé sans regarder son interlocuteur, puis elle se mit soudain à sangloter.
Lou quitta sa place et s´assit à côté d´elle en la prenant tendrement dans ses bras :
- Allons, bon…tu sais que tu es ici chez toi, personne ne te veut du mal.
Elle pleura un court instant, puis elle releva son visage mouillé de larmes vers Lou et lui avoua de ses yeux rougis :
- J´ai besoin d´aimer…
Il la serra plus fort sur sa poitrine, lui essuya les yeux de sa main et lui dit en souriant :
- Mais nous t´aimons tous, Sumi…nous t´aimons vraiment, même quand tu nous casses tous les meubles, nous t´aimons encore mieux…
La jeune fille éclata soudain de rire : un rire franc et frais, ce qui fit rayonner son beau visage et donna à ses beau yeux en amende une expression infinie de tendre innocence.
- Ah, oui, ajouta Lou ; tes petites colères, elles savent casser, mais savent-elle aussi pardonner ? Oui…?
Sumita acquiesça pudiquement de la tête et donna un bruyant baiser sur la joue de Lou.
- Eh bien, considérons que, pour cette fois, nous en resterons là. Allez, viens manger ; j´ai horreur de manger seul…viens.
Ils quittèrent la chambre main dans la main et entrèrent au salon où tout le monde avait déjà pris place à table. Lorsque Sumi se dirigea vers sa place habituelle aux côtés de Malaïka, Lou l´intervint :
- Non, cette fois tu t´assois ici, à côté de moi ; aujourd´hui, j´ai besoin de tendresse et je veux voir tes yeux me la donner, cette sacrée tendresse…n´est-ce pas !
- Je m´excuse encore une fois…commença Fatma à l´endroit de Sumita.
Lou l´arrêta d´un geste balayant de la main :
- Nous voulons oublier tout cela, même les vilains mots. Ce dont j´ai besoin en ce moment c´est de tendresse ; personne ne m´aime ?
A la table tout le monde rit et se mit joyeusement à manger. Seule Malaïka qui aidait Kalumeh à manger sans se barbouiller le visage de son repas, se sourit à elle-même intérieurement. En des moments comme celui-ci, elle redécouvrait l´homme qu´elle avait épousé et l´aimait encore plus, parce qu´elle admirait son fin sens affectif ; oui elle aimait cet homme de jour en jour plus profondément. C´était plus fort qu´elle, mais il faut le dire, cela la réjouissait généreusement dans son for intérieur. Et sans savoir ce qu´elle disait à haute voix ce qu´elle pensait, elle s´exclama :
- Et si nous faisions un autre enfant, je voudrais bien avoir un deuxième enfant…
Lou surpris la regarda avec étonnement, puis il s´exclama :
- Oh, mon Dieu ; moi qui voulais préserver mon dos cet hiver…
Fatma et Sumi ne purent se retenir longtemps ; elles pouffèrent de rire.
- Qu´est-ce que j´ai encore dit comme bêtise…s´exclama Lou faussement innocent sans relever ses yeux de son plat pour ne pas rencontrer le regard vraisemblablement réprobateur de sa femme, et il continua, cette fois en regardant les filles amusées : mais quoi, l´amour ; c´est somme toute quelque chose de normal. N´est-ce pas Kalumeh ?
Celui-ci, à l´appel de son nom, leva sa cuillère et se barbouilla le visage de joie.
- Un vrai artiste, mon fils ; tout ce que l´amour sait produire…je ne m´en plains pas.
Il jeta un regard attendri à sa femme et lui cligna l´œil d´un air entendu.
- Ou t´en plains-tu Malaïka ?
- Louuuu, veux-tu changer de propos ?
- Bon, bon ; je me tais…
Il se remit à manger, non sans jeter un regard de connivence aux filles :
- Ah, non…pour vous deux, il faudra d´abord que les candidats viennent couper l´herbe du jardin, réparer la toiture…après, on verra. Kal, notre voiture est encore sale ?
- Je pense bien…répondit Kal complice.
- Eh bien, rien à faire, il lui faudra aussi nettoyer la voiture. Et pas question de me brouter les légumes au jardin, hein !
Malaïka et les filles ne se retenaient plus. On mangea de très bon appétit. A la fin du dîner, les deux filles vinrent embrasser Lou :
- Nous promettons que cela ne se répètera pas.
Il les prit dans ses bras :
- C´est, avoua-t-il satisfait, ça ma famille…des gens qui peuvent se chamailler, mais qui savent aussi s´aimer. Et maintenant, disparaissez avant que je ne me mette à chialer de joie.
Sur les pas de la porte, Sumi revint et embrassa Lou bruyamment.
- Tu es un vrai ami, reconnut-elle.
- Tant mieux, accepta Lou ; tes baisers…ils ne sont pas contagieux, au moins ? Je pourrais m´y habituer…je suis si sensible ! Je pourrai ne plus savoir me passer de toi…que deviendrons-nous ?
La jeune fille pouffa de rire et s´enfuit, visiblement flattée.
Kal qui avait suivi la scène fut saisi d´affection pour cet homme pour lequel il ressentait, depuis qu´il avait appris à le connaître, bien plus que la simple amitié. Il aimait son tact, son intelligence sociale et cette simple mais contagieuse autorité qui émanait de lui. Kal se réjouissait du choix de Mbo, son maître à penser : Lou c´était un candidat des plus doué, parce que naturel et pas du tout imbu de lui-même. Il avait eu pour devoir de l´aider à s´ouvrir aussi pleinement que possible aux dimensions de l´avenir, plus précisément au lourd combat de l´homme noir. Et Kal devait se l´avouer à lui-même : il s´était trouvé devant lui une personnalité étonnante dans sa vitalité, dans ses jugements, dans sa vision des choses. Tout le protocole organisé et conçu par Mbo avait pris un tout autre aspect, une tout autre tournure des choses. Sans perdre de vue ses buts initiaux ; les choses étaient devenues, pour Kal, plus familière, moins formelles, plus spontanées. Et son devoir de jour en jour plus agréable, moins contraignant. Et cependant il devait veiller au grain, veiller à ce que cet homme soit le plus prévenu, le mieux préparé que possible pour remplir un destin difficile, mais pas impossible. Maintenant qu´il connaissait progressivement Lou ; il était même persuadé que sa tâche sera accomplie avec doigté, aisance, et qu´il ne manquerait ni d´élégance ni d´amour à accomplir la tache que le peuple lui aurait confié. De cela, il en était de jour en jour convaincu. La question qui tourmentait Kal maintenant était : Lou le voudrait-il ? Voudrait-il s´adonner à une carrière politique, à un théâtre sur lequel trop de faux acteurs plus sournois que doués aimaient à se profiler dans des pièces médiocres et vulgaires qui n´aboutissaient qu´à irriter le grand public connaisseur et à choquer la raison et les valeurs exigeantes de la profession. Quant au peuple qui, bon gré mal gré, se nourrissait de ces fables de mauvais goût,
on le voyait vomir à tous les coins de rue : appauvri, hagard, désillusionné. Et ses mains tremblantes de famine et de privation tenaient encore chaudement les pièces détachées de rêves, de désirs, d´attentes chaudes et avides qu´il n´arrivait plus, faute d´assurance, à joindre les bouts afin que sa réalisation devienne enfin réelle. Dieu du ciel, à quoi servait donc l´existence à mourir de faim, de soif, d´interdiction à l´accomplissement sensible?
Kal se rappelait de leurs promenades solitaires, de leurs tours de vélo ou simplement des marches insolites sur le terrain de la propriété, marches qui se terminaient souvent par un repos contemplatif à l´étang, assis sur un banc de bois esseulé, une pipe fumante et le regard
vague, plus absent que présent, fixé sur la surface refroidie et plate de l´étang glacé par l´hiver avancé. Et au cours d´une de ces promenades où Kal avait pressenti de son hôte et ami quelque tourment intérieur, celui-ci lui avait soudain posé la question :
- Kal, peut-il y avoir liberté sans perfection ? Je veux dire, sans la recherche effrénée et passionnée de la perfection, peut-on espérer prétendre à la liberté ?
Pris de court, Kal lui avait répondu, tout en tentant à toute vitesse de cerner la question dans son véritable contexte :
- Je ne le pense pas…le perfectionnement est un processus d´élimination des erreurs, d´abandon de fausses prémisses, de redécouverte de l´objectivité afin de mieux jouir de la jouissance la plus pleine, la plus réalisante…de la subjectivité la plus épanouie, la plus riche ; la liberté prend le même chemin, fait partie du même processus d´habilitation ou de réhabilitation et cependant…
- Oui, je t´écoute dit Lou en prenant place sur son banc favori à l´étang, en nettoyant sa pipe avec soin et en l´allumant de nouveau.
- Eh bien ? Demanda-t-il encore, en souriant, cette fois. Sans sujet connaissant, sans science et contrôle permanent de l´émancipation rationnelle, de la raison élémentaire singulière, de l´enjeu et de la multitude rationnelle possible dans ses rapports individuels, collectifs à la recherche de l´harmonie, de la perfection, y a-t-il liberté ?
Kal ne voyait pas où Lou voulait en venir ; il se contenta de répondre à la question le plus logiquement que possible :
- Vraisemblablement pas. La liberté est une forme de perfection : un but qui témoigne du plein exercice de nos devoirs, de nos droits, de nos responsabilités envers nous-mêmes, envers ceux avec lesquels nous vivons, envers l´existence comme étant un complexe
naturel, créatif et conceptuel dans lequel nous devons chercher à découvrir et à épanouir l´équilibre d´harmonie.
- Très bien, Kal ; équilibre d´harmonie…très bien. C´est donc que ceux qui se gargarisaient de pratiquer la dialectique, de décrire le matérialise dialectique tout en faisant l´esclavage, tout en détruisant les cultures, les identités psychiques culturelles des autres ; peut-on dire que ces gens parlaient sérieusement de science au sens universel du terme ? En d´autres mots, vouloir parler de perfection tout en contraignant la méthodologie à partir d´à priori subjectifs et discriminants, peut-on espérer atteindre la science, la perfection, la liberté ?
Peut-on parler de sujet en voie de connaissance ou ne faudrait-il pas mieux parler de sujet dévoyé de la connaissance, du moins sous sa forme la plus objective : celle qui tend à la perfection.
- La science, commença Kal, n´est pas une optique subjective, un point de vue, un prédicat. C´est une somme de raisons ouvertes au sens absolu, raisons qui s´identifient, se discutent, s´éliminent, et se contrôlent au but de répondre à la vérité qui elle est perfection de la saisie et de la réalité de l´ordre rationnel. Si elle part d´un vice de forme ou un vice de fond, elle n´aboutira qu´à un aperçu, une vision étroite des chose ; elle sera peut-être connaissance, mais science, elle ne sera pas.
Lou acquiesça, apparemment satisfait, puis au bout de quelques minutes, il se leva et marcha autour de l´étang, comme un ours devant un piège, dont l´appât attirait, mais dont la conscience du danger était tout aussi présent.
- Si Dieu est perfection ; il est aussi science, il est aussi liberté, il est aussi réalisation harmonieuse et équilibre d´harmonie…mais dis-moi alors pourquoi appartient-il aux uns et non aux autres ; en d´autres termes, pourquoi est-il blanc plutôt que noir…pourquoi est-il musulman plutôt que chrétien et vice versa, ou bouddhiste, ou kimbanguiste…?
Cette fois Kal avait souri, maintenant, il comprenait où Lou voulait en venir. Et intérieurement, il se retenait à peine à acclamer. Oui, il admirait ce long chemin logique, mais c´était celui de l´homme simple, celui qui clarifiait la démarche par sa simplicité. Et sans scientisme pédant ou hautain, il arrivait à bon port : à la vérité. Avec plaisir, il lui répondit :
- Perceptions subjectives, que tout cela ; si toutes ces divinités sont vraies, elles ne perçoivent qu´une étroite partie de la vérité…L´être humain n´est somme toute qu´un être à la fois subjectif qu´objectif ; il ne peut que tendre à la perfection, il ne peut jamais incarner la perfection elle-même. Pour cela il lui manque l´objectivité parfaite.
- Ah, nous y voilà, s´écria Lou sans s´arrêter de marcher ; c´est donc que pratiquer, exercer la tolérance est un devoir de la liberté, parce qu´ainsi, l´être accepte non seulement la multitude de la connaissance, la diversité de la réalité subjective existentielle, mais aussi l´humilité de sa nature, somme toute, imparfaite. Seules la connaissance, le regain rationnel et la libre émancipation sont des valeur existentielles débouchant sur la liberté, sur la raison de perfection, sur la promesse de science, sur Dieu.
- Exact, accepta Kal avec un sourire entendu.
- Maintenant, toute cette histoire d´esclavage, de colonisation, de domination économique, culturelle ou autre…tout cela : de l´étroitesse d´esprit, de la pure hérésie. Rien d´autre que cela. Quand je pense que Descartes prétendait que la lumière était blanche ou mieux encore : que la couleur blanche était la somme de toutes les couleurs , plus pour offrir au christianisme l´argument selon lequel seule la race blanche était la race élue de Dieu…il a fallu l´objectivité d´un Newton pour le confondre, au risque de perdre son oeil. Et aujourd´hui encore, la civilisation occidentale se prétend du cartésianisme…ne vois-tu pas l´analogie sournoise qui ne cache que le complexe de supériorité ? Mais si dieu les considérait comme la
race élue, pourquoi n´ont-ils été les premiers sur terre ? Je pense, donc je suis…ou plus exactement : « Je ne suis donc, précisément parlant, qu'une chose qui pense ;
C'est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne
Veut pas, qui imagine aussi et qui sent » Mais sais-tu ce qui me dérange, Kal, c´est que cet esprit éclairé ne s´est pas crû obligé de passer du rapport de l´état existentiel à celui du rapport déterminant de la liberté, et mieux le rapport entre cet existence et celle des autres. Il a cependant vécu à l´époque où l´esclavage battait son plein, de 1596 à 1650…je pense, donc je suis…et qu´est-il de ma réalisation ; n´importe qui peut, assis sur sa toilette et dire : je pense donc je suis ; ce n´est qu´un constat ; la réalisation elle, est une finalité qui implique la considération de « l´autre », celui qui nous livre le pain, le lait, les matières premières. N´est-il pas lui aussi un sujet cartésien ? Où était donc la concordance avec cet autre, le lieu d´équilibre ou d´harmonie ? Ce lieu qui tout en nous constatant « étant », le considère lui aussi comme « étant » ? N´y a-t-il pas là un vide cognitif représentatif flagrant ? A part cela Dieu était blanc…
Kal se contenta de rire et au bout d´un moment, il ajouta :
- Et ces matières premières qui leur font tant défaut, pourquoi ne les a-t-il pas jonché à leurs pieds ? Terrible pauvreté ; envoyé dans le désert sans eau ? Mon Dieu, ce ne peut être qu´une grosse erreur !
- Ca n´a pas empêché Albert Einstein, ce grand physicien doué et plein d´esprit de vouloir, dans une formule, définir la création. Mon Dieu, qu´est-ce que cela aurait pu être…
passe encore de formuler la lumière, l´air…Mais l´arbre, les animaux, les êtres humains…surtout ne pas oublier leurs pensées, leurs désirs, leurs attentes…Pourquoi ce brillant physicien s´est-il abaissé à vouloir se ridiculiser à ce point, parce qu´il était blanc ou a-t-il un moment pensé qu´il était devenu Dieu ? Ceux qui essaient toujours de se placer au dessus des autres, ne souffrent-ils pas d´un grand complexe d´infériorité ? Est-il si difficile d´être simplement un être humain ? Sais-tu, Kal combien d´opérations fait un œil pour nous permettre de voir ?
- …
- Plus de deux milles opérations en une fraction de seconde…Si on n´est pas fier d´être de la race qui a cette performance, que veut-on ? Quand on pense que certains ferment les yeux sur la vérité, pour épargner leurs yeux, certainement…et il ne faut pas oublier que l´image qu´elle réalise est inversée…c´est le cerveau qui la remet à l´endroit. Le cerveau, hein…encore une infernale machinerie…trop peu usent, hélas de ses innombrables capacités ; n´est-ce pas tourner à vide ? Demanda Lou en regardant son ami fixement dans les yeux. Celui-ci se contenta de dire :
- Voilà pour tout ceux qui tuent, qui méprisent ou qui empêchent cet être humain à se réaliser librement…un crime sans nom. C´est autant vrai pour ceux qui se contentent de vivoter, sans se donner l´effort d´aimer la perfection qui se trouve pourtant à leurs pieds…
- Tu l´as dit, Kal ; tu l´as dit…personne ne saura assez apprécier de la valeur de la vie humaine.
Ils marchaient vers la maison ; c´était le meilleur moment de la promenade pour Kal : il avait été torturé de questions, obligé à répondre rapidement comme un collégien aux examens oraux. Mais cet examen était des pires ; ne pas répondre ou répondre à côté et on s´attirait la colère d´un Lou qui avait l´impression alors qu´on le prenait sur les bras ou que le moment venu on était pas, en tant que noir, en mesure de relever le défi de l´esprit : le signe le plus déterminant de l´existence : un véritable scandale, pour lui. Et c´était l’occasion de sa tirade favorite : Ne comprends-tu pas ce que nous devons faire ? Nous devons proposer au Pouvoir Blanc une meilleure alternative philosophique que ses crimes sociaux envers les indiens d´Amérique, et ceux envers nous pendant 400 ans d´esclavage, 100 ans de colonisation destructrices de culture, de milieu social et de personnalité historique ; une meilleure alternative, sans le moindre doute. Et pour ce faire, il ne nous faut que d´interroger notre histoire, notre philosophie injustement méprisée. Est-ce si compliqué ?
Nous ne pouvons pas éliminer l´homme blanc comme il l´a toujours fait avec ses adversaires : piller, voler, violer pour s´accaparer des enfants des autres, de biens qui ne lui appartenaient pas. Autant que nous ne pouvons, par un bâton magique, faire disparaître ses méfaits…et lui-même pour être définitivement tranquille ; nous devons donc proposer à cet égoïste et cupide invétéré la possibilité de revenir sur le droit chemin, de revenir sur un comportement et des agissements responsables et solidaires d´un véritable esprit de liberté, de pleine réalisation collective et individuelle. A la recherche du chemin de la jouissance parfaite, de la perfection de l´harmonie, de l´équilibre parfait. Même si ce n´est qu´un rêve ; ce rêve-là, il vaut la peine d´être défendu.
- Mais enfin, Lou, s´était écrié Kal ; qu´est-ce qui te dit qu´il acceptera ; lui qui ne connaît que le jusqu´auboutisme enragé de ses intérêts? Qu´est-ce qui te fait croire que ce prédateur était revenu de sa cécité, qu´il était maintenant disposé à reconnaître aux autres liberté, réalisation, originalité culturelle, indépendance ? Surtout si ce système lui profite bien ; après tout, c´est lui qui a les rênes du Pouvoir monétaire, le capital dont il représente les intérêts et l´organisation économique internationale, ce qui lui permet d´asseoir ses intentions, ses privilèges et son hégémonie…Vaudra-t-il librement abandonner tous ces avantages de domination ? Le pouvoir corrompt et corrompt absolument…le capital aussi.
- Il n´aura pas d´autre choix…assura calmement Lou. Nul n´est insensible à la beauté, à Dieu, à la vérité qui ouvre sur la sauvegarde de la liberté…pour tous. Kal, pourquoi doutes-tu-tu, mon fils ? Dieu est aussi noir…
Kal, par un réflexe à la foi nerveux et moqueur, d´un sarcasme au bord de l´hystérie agressive,
tout le corps comme piqué par un désespoir révolté, avait fermé les yeux et revu la tragédie de l´extermination des indiens d´Amérique pendant la dernière bataille à Wounded Knee ; les derniers 300 indiens Tetons Sioux et ce qui fut leur sort…Il revit dans des voiliers surchargés où les pauvres esclaves, comme des sardines, étaient entassés à même la coque froide et rugueuse, sale et humide…les chaudières des crématoires des camps de concentrations fumant le juif brûlé…Patrice Lumumba à genou, malmené par ses futurs assassins ; Luther King ou Malcolm X gisant dans leur sang…où était donc resté le bon sens ? Tout cela n´était-il pas absurde, gratuit ?
Lou continua, comme s´il pressentait les soubresauts involontaires de la résistance chez son interlocuteur :
- Sais-tu, Kal, rappelles-toi de l´histoire de Copernic et Galilée…ou celle de la peste européenne qui causa plus de 50 millions de victimes au début du 13ième siècle et qu´on attribua fautivement aux juifs ; on la soigna avec un mélange d´excréments humains séchés, d´huile végétale et de cendre ; à quoi ressemblerait donc la médecine d´aujourd´hui si elle usait encore de telles charlataneries ? Elle vient de loin, n´est-ce pas, notre médecine moderne !?!
Ces exemples détendirent Kal et le firent sourire : C´était bien vrai ; Lou savait user de ses arguments, et ils étaient de taille.
Il avait peut-être raison, Lou ; peut-être fallait-il montrer à l´homme blanc qu´il y avait réellement une autre façon de voir et de faire les choses : en respectant la vie et la liberté de chacun. Ce qui cependant révoltait, c´est que personne n´a jamais voulu exterminer la race blanche, mais elle, par contre, n´a jamais hésité pour laisser libre court à sa haine. Comme Kal le savait, ce n´était pas ceux qui savaient avoir fait des erreurs qui étaient les plus dangereux ; ceux-là savaient s´excuser, voir la chose la plus urgente et faire le choix conséquent, s´ils le voulaient. Non, dans ces cas-là ; les salauds, ceux qui préféraient la descente en enfer plutôt que le retour à la paix, à la raison et à la sagesse, ce serait ceux qui vivaient du vice : les consortiums militaires et leurs facilités, et ceux, rampants comme des serpents sans morale et sans éthique : ceux qui avaient tant chargé leurs âmes de crimes et de vilenies qu´ils ne voulaient plus renter en arrière et devoir supporter les regards méfiants et réprobateur de leurs amis, surtout si le vice les avait enrichi... Lou prétendait que sans alternative, les salauds pouvaient toujours invoquer qu´il n´y avait pas d´autre alternative que lupus est homo homini ; mais s´il y en avait une, tout devenait naturellement différent. Ou les vicieux, les criminels et les sanguinaires se refuseraient à l´honnêteté ? Martin Luther King ne disait-il pas : « ce n´est pas les mauvais que je crains ; ceux que je crains, ce sont ceux qui laissent faire et se détournent des cris des victimes».
A quoi servaient donc toutes ces prisons et ces complexes de rééducation si la société ne changeait pas ? Si à la sortie de prison, celui qui voulait repartir à zéro et qui avait payé sa part de justice, si ce reconverti ne retrouvait dehors que le vieux monde cruel et injuste qui avait fait de lui ce qu´il était avant sa rédemption ? La prostitution de ses sœurs qui l´écoeurait, l´alcoolisme de ses parents ; le chômage et la drogue pour distraire son âme blessée et larmoyante…Ou encore, ce qui était pervers : si en prison, dans ce haut lieu de régénération sociale moral et éthique, il apprenait à devenir plus criminel qu´il ne l´avait été.
Oui, Kal était d´accord : il fallait, pour qu´une nouvelle donne soit valable, qu´elle comporte une chance pleine et des conditions non dévoyantes. Ce n´était que fair-play. Et sincère. Cela permettrait aux faux, aux traîtres et aux suiveurs sans morale et sans éthique, de ceux qui avaient, par bassesse ou par opportunisme, vendu les leurs, pillé, volé, trahi la société, de se racheter, de retrouver la foi en un monde plus généreux, moins faux que celui dans lequel ils avaient exercés leur turpitudes.
Les deux promeneurs revinrent en marchant sur la pelouse refroidie, couverte d´un humus humide de mousse de neige à plusieurs endroits éclaircie, et à chaque pas crissant. L´air était frais et froid et pourtant, le ciel ouvert et tranquille semblait tapisser le jour sans le moindre humeur. Et de temps en temps, un soleil agité, vacillant, ni chaud ni froid émergeait pour disparaître aussitôt derrière les nuages ; comme un enfant apeuré qui se cachait derrière les paupières puériles d´un jour fade.
Kal têtu et résolu, ne quitta pas ses pensées : ceux qui avaient toujours crû à un monde juste, respectueux des uns et des autres, et solidaires à l´esprit du bien, ce serait le moment de leur demander d´aider, de tendre la main aux égarés, aux hésitants meurtris et déroutés par la déception, aux faibles et à tout ceux qui ne comprenaient pas encore de la richesse inouïe du changement. Ce ne serait pas l´heure de vengeance, mais celui généreux de la réconciliation. L´être humain en était-il capable ; était-il à même de grandir sur lui-même afin d´entamer cette franche et paisible voie de salut ? Car là où fut ça, je serai. (Freud)
Cette pensée ramena Kal à une autre, beaucoup plus exhaustive de Freud, et combien descriptive de l´âme noire et de sa culture mise à mal depuis des siècles sans qu´il ne puisse se défendre adéquatement : « Ainsi poussé par le ça, entravé par le surmoi, rejeté par la réalité, le moi lutte pour venir à bout de sa tâche économique, qui consiste à établir l´harmonie parmi les forces et les influences qui agissent en lui et sur lui, et nous comprenons pourquoi nous ne pouvons très souvent réprimer l´exclamation : « La vie n´est pas facile ! ». Lorsque le moi est contraint de reconnaître sa faiblesse, il éclate en angoisse névrotique devant la force des passions logées dans le ça. » (Freud)
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Extrait des Cercles Vicieux Auteur Musengeshi Katata Droits réservés
27 février 2006
L´affaire Ilan: islamisation de la politique française ?
Editorial d´actualité
L´affaire Ilan : islamisation de la politique française ? Qui ne gueule pas la vérité dans un langage brutal quand il la connait se fait complice des menteurs et des faussaires. (Charles Péguy) Une affaire scandaleuse que celle de l´enlèvement et la torture jusqu´a la mort de ce jeune juif dont on espérait une rançon ; hélas, sa famille n´était pas aussi fortunée que le supposait ses bourreaux. Le chef du groupe criminel Youssouf Fofana appréhendé dans sa fuite en Côte d´Ivoire a déclaré que cette scandaleuse histoire n´avait pas un but raciste mais bien financier. En cette place notre profond soutien à la famille éprouvée, et ceux qui se sont levés pour participer à la marche publique de protestation contre cet acte barbare et inhumain. Ce qui dérange dans toute cette pénible histoire, c´est la visible tentative gouvernementale française à transformer cette affaire en crime raciste ou antisioniste. Personne ne sait d´où elle tient ses conclusions. Et déjà le président français se penche par trop vite largement à la fenêtre pour déclarer : « s’en prendre à un juif c’est s’attaquer à la république ». Tiens donc, penserait Dieudonné Mbala Mbala ou Christiane Taubira ; et s´en prendre à un noir, à qui s´attaque-t-on donc ? Mais bien sûr, à la civilisation. Mais comme celle-ci a toujours été spoliée, vilipendée, traînée dans la boue pendant des siècles durant par les maîtres auto déclarés des droits des hommes et de la liberté, en vieille femme pudique et retenue, elle cache sous ses rides des péripéties honteuses qui ont marqué ses pas historiques, et se contente de sourire discrètement aux hommes de bonne foi : une grandeur d´âme qui ne salit en rien ses vertus et son immense désir de justice, d´équité, de valeurs morales et éthiques pures et nobles. Un Serge Reggiani, devant le sort déchiré de cette femme fatale, aurait dit comme dans le prélude de Sarah : «Si vous la rencontrez bizarrement parée, Traînant dans le ruisseau un talon déchaussé, Et la tête et l´œil bas comme un pigeon blessé, Monsieur ; ne crachez pas de juron ni d´orgueil Au visage fardé de cette pauvre impure Que Déesse famine a par un soir d´hiver, Contraint à relever ses jupons en plein air. Cette bohème là, c´est mon bien, ma perle Mon bijou, ma reine, ma duchesse. » Certes le peuple français, les amis, et mêmes les malheureux délinquants qui s´étaient permis cet acte ignoble et vicieux, doivent protester contre ce genre de barbarisme civil ; mais si l´Etat français s´en mêle et fait des déclarations qui vont au-delà la portée réelle de ce malheureux et regrettable assassinat, elle instrumentalise cette situation pour se défouler d´un subconscient troublé. Et dans ce cas, indécent et tendancieux. Parce qu´il semble bien que le fait que la bande de jeunes criminels était exclusivement ou en majorité noire africaine, et de surplus dirigé par un musulman, réveille la bête noire de la Banlieue associée à la haine d´un islamisme terroriste et fondamentaliste. Et même si cette pénible affaire n´en avait en aucun cas les contours, les déclarations tapageuses de Jacques Chirac, ou plus ancien mais encore bien frais à la mémoire publique : ceux de son ministre de l´intérieur Sarkozy qui disait que cette racaille, il fallait s´en débarrasser au Kärcher ou encore : les africains seraient plus brutaux que les arabes. Tout cela réveille un subconscient public à point, au moment où prise en flagrant délit de non assistance à personnes sociales défavorisées, par deux reprises consécutives : dans les fameux incendies de Paris qui coûtèrent la vie à 48 africains et la révolte des jeunes sans culotte de la Banlieue qui mit pendant plusieurs semaines la France en flammes, mettant à nu des plaies sociales âgées de 30 ans, et par cette contestation aux traditions françaises bien connues des barricades, criait bien haut l´injustice et l´exclusion vicieuse dont elle avait été l´objet. Et devant une crise économique infamante qu´accompagnaient douloureusement un haut chômage dérangeant de plus de 9%, un endettement public galopant de 1065 milliards € lesquels entraînaient 47 milliards d´intérêts négatifs par an, une assurance sociale en banqueroute et des caisses de pensions déficitaires : un tableau horrible et effrayant qui mettait à mal les budgets de l´Etat et restreignait sa marge d´intervention sociale. La démocratie française, à la longue, serait acculée à l´impasse, et peut-être perdrait-elle, en face des capitaines d´industries mécanisant à loisir et investissant à l´étranger pour lutter contre l´adversité chinoise, indienne, taiwanaise accrue, le dernier mot. Le mot pesant qui défendait au mieux les intérêts du peuple, et les finances de l´Etat. Mais tout cela justifiait-il un comportement qui, au lieu de s´atteler au principal, cherchait plutôt à trouver le bouc émissaire pour brouiller les cartes et donner au peuple des sujets bien trouvés de dispersion d´attentions ? La révolte africaine, elle, était bien audible depuis que les africains retrouvaient les bris de leur mémoire historique, et apprenaient à leur étonnement combien la politique française de la francafrique, les assassinats volontaires de leurs élites, la mainmise sur leurs matières premières que l´occident engorgeait avidement en veillant sournoisement à contrôler leurs monnaies et à ce qu´ils ne sortent en rien du sous développement. Tout cela semblait bien incompatible avec liberté, égalité, fraternité ou même avec la constitution française qui disait dans son préambule du 7 octobre 1946 : « Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s´administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ; écartant tout système de colonisation fondé sur l´arbitraire, elle garantit à tous l´égal accès aux fonctions publiques et l´exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus. » A quel esprit devait-on alors les massacres d´Algérie, ceux de Madagascar, de Thiaroye, de Brazzaville, le massacre des Bamilékés, le support à l´Apartheid, l´assassinat de Thomas Sankara, par exemple ou la justification de l´entretien d´une francafrique fomentant trouble et corrompant ? Car bien avant, cette même constitution disait : « La république française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n´entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n´emploiera jamais ses forces contre la liberté d´aucun peuple. Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l´organisation et à la défense de la paix » Et ça sautait aux yeux que la politique française en Afrique était diamétralement opposée à sa propre constitution. Comment cela était-il possible ? A quoi servait donc une constitution ? C´est le malaise actuel de l´homme noir, mais aussi de l´irakien qu´on a bombardé à la démocratie et nanti à corps défendant d´une constitution. Si les occidentaux eux-mêmes ne respectaient pas les leurs, pourquoi tenaient-ils absolument à en nantir tous les Etats dont ils étaient, de par les matières premières, dépendant ? A moins que ce soit comme à Paris, à Washington, à Berlin ou ailleurs où cette importante convention du peuple indépendant et souverain était contournée, interprétée, et au besoin ignorée quitte à s´excuser plus tard après coup. Mais alors pourquoi voulait-on à tout prix structurer la périphérie à ce point ? Mais oui, enfumer les gens ; et comme avec la bible, leur apprendre à respecter, à tenir à des règles qu´on n´était pas, soi-même, décidé à respecter. Tout est relatif entendrait-on alors, pendant qu´en Côte d´Ivoire la France abusait ouvertement de sa constitution. Ou en Irak où l´Amérique, devant les yeux du monde entier, brutalisait sa propre constitution et le droit des gens. « Apprenez-leur à croire, pas à réfléchir », disait Léopold II à ses missionnaires se rendant au Congo pour y exercer leur curieuse mission. Car disait encore ce monarque faux et sournois : «Bons chrétiens, bons crétins » Les africains ont cependant compris que cette démocratie dont il fallait porter la cravate sans produire, sans véritable indépendance économique et financière ; sans réel développement sociohistorique ; ce n´était rien d´autre qu´un vide aliénant et abrutissant. Un mirage en somme qui terrorisait et normait gratuitement à des buts hégémoniques de domination plutôt qu´il ne réalisait et apaisait le lourd tourment existentiel de leurs peuples, de leurs femmes et de leurs enfants. Il s´agit bien de fables étrangères qui avaient ceci de particulier : on retombait dans une nuit peuplées de fantasmes et de cauchemars douloureux et dépersonnalisants. Et pour en revenir à l´affaire Ilan, on se demande si la France, comme les mullahs islamiques n´utilisaient pas ce bouclier providentiel pour cacher son malaise social actuel. Et si pour les islamistes ils s´agissaient de vouloir torpédier ou restreindre à distance la liberté d´expression de non croyants dans leurs propres pays respectifs (Quel toupet, mes aïeux !) ; en France, on essayait de faire taire l´Afrique impatiente et inconsolable, ainsi que la périphérie des Dom Tom qui avaient eux aussi compris, lors du vote de la loi sur la discrimination positive qui avait, soit dit en passant été adoptée par les français à 61%, qu´on les menait en bateau, et se demandaient à raison : «Sommes-nous des français à part entière, ou des français entièrement à part ?». Nous regrettons profondément cet acte bestial barbare exercé sur Ilan et formulons le vœu que la punition des coupables donnera, même sous une forme symbolique, à la famille éprouvée, ses amis et au peuple français une consolation maigre certes, mais nécessaire au respect des droit et de la liberté en France. Musengeshi Katata Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
26 février 2006
L´homme noir et l´amour
Sur l´insinuation selon laquelle l´homme noir ne s´aime pas.
L´homme noir et l´amour
Avant de débattre de cette question qui a réveillé chez moi, comme je le disais à notre ami Gaasch, un intérêt accru parce que ce sentiment trop souvent sous estimé ou ravalé injustement à la sexualité ou à quelques flambées d´hormones en vadrouille, est, sans conteste, le fondement de toute race, de toute société humaine.
Mais surtout ne croyez pas que tout être humain approche ou appréhende l´importance et la valeur de ce nectar existentiel dont beaucoup se réclament, plus d´un en souffrent, d´autres s´abreuvent à tort et à travers sans parfois arriver à étancher leur soif ou même à en saisir la réelle richesse. Et les plus malheureux, ce sont, naturellement ceux qui, au grand jour et à yeux ouverts, sont passés sous la caresse de ces doux yeux sans ni la voir, ni avoir mérité ses soupirs.
Pour pouvoir discuter si l´homme noir, ou si vous voulez la culture noire sait aimer ou s´aime, peut-être faut-il cerner au préalable ce que c´est que l´amour de soi, ou l´amour tout court. Cette question, pour peu banale qu´elle soit, ne l´est pas du tout ; même pas sous la forme dans laquelle notre ami Gaasch l´a posée ou plutôt insinuée, car selon lui l´homme noir ne s´aimerait pas, d´où son manque d´organisation.
Dans ma réponse, je ne l´ai pas convié à lire Cheikh Anta Diop ou d´aller dans l´histoire de l´Afrique pour se rendre compte que les sociétés africaines traditionnelles ou antiques possédaient bien des systèmes sociaux organisés et hiérarchisés. Et sur un point de vue individuel, nul ne doute de l´amour, par exemple d´un Patrice Lumumba pour son pays, pour les siens, pour la liberté. Il vous suffirait de lire ses nombreux discours pour vous en convaincre. Rappelez-vous de Martin Luther King : « La force d´aimer… », de Zumbi le chef de la rébellion des esclaves du Brésil, des 27 ans d´emprisonnement de Nelson Mandela qui témoignaient d´un amour profond de la justice, de la liberté et de la réalisation de son peuple. Non, personne ne peut arriver à convaincre qui que ce soit que l´homme noir ne sait pas aimer. Parce que ce serait faux. Ceux qui colportent ce genre d´allégation ne sont que des gens qui veulent se cacher derrière des faux culturels pour justifier leur traîtrise à eux-mêmes ou tout simplement leur incapacité individuelle à défendre leur race, leurs intérêts ou leur amour dont ils ne savent plus de quoi il est fait suite aux insinuations occidentales selon lesquelles les noirs ne sauraient pas aimer.
Faut-il réellement croire que ceux qui, dans leur histoire, ont exterminé les indiens d´Amérique avec une bestialité hors de la raison, qui ont fait l´esclavage des africains pendant 400 ans avec une cruauté sans pareille, ceux qui ont assassiné et brûlé 6 à 8 millions de juifs pendant la deuxième guerre mondiale ; et je passe sur le Code Noir, la Jim Crow, le colonialisme massacrant et fouettant, la francafrique…que ces gens savaient mieux aimer que leurs victimes ? Et qu´aujourd´hui ils pourraient prendre leurs bâtons de pèlerin et aller enseigner l´amour de soi, de l´être humain à qui que ce soit ? Non, n´est-ce pas ?
D´un autre aspect de l´amour : de celui de Dieu ; faut-il vraiment croire que des gens comme les islamistes qui firent l´esclavage en Afrique pendant près de 1000 ans, détruisirent nos structures sociales en nous imposant les leurs ainsi que la honteuse circoncision des filles et leur religion, que ces gens, comme les chrétiens qui, malgré leur bible et ses dix commandements, pillèrent, violèrent et violentèrent nos arrières parents ; qu´ils pouvaient nous apprendre à aimer et à connaître Dieu ? S´ils essaient de le suggérer, ne sont-ils pas des faussaires et des menteurs ?
Le prophète noir Simoni Kimbangu a été l´un des premier à relever cette aberration, et à prouver par ses 30 ans d´emprisonnement jusqu´à sa mort en 1951, que l´homme noir, malgré tous les sévices, malgré toutes les souffrances lui imposées par l´homme blanc et sa chrétienté, qu´il restait fidèle à son Dieu et au combat de sa race pour sa liberté, son indépendance et sa souveraineté ? Combien de preuves d´amour faut-il donc à l´homme noir pour que la simple vérité lui saute aux yeux ? Que l´occident, dans son sournois dessein d´avilir et de vilipender la race noire pour mieux l´asservir et la piller entretenait de tels mensonges, passe encore ; mais que certains noirs y croient, ça c´est pour le moins étonnant.
L´amour, telle que nous le comprenons, et je ne me réfère ici qu´au grand Simoni Kimbangu, est un sentiment supérieur, et l´essence supérieure si pas unique de la race humaine. Elle est la source de la vie, de la raison et de la sensibilité. Et Dieu, contrairement aux prétentions chrétiennes ou même islamique est l´émanation spirituelle qui consacre la dualité, les deux éléments fondamentaux de l´univers : la matière et l´esprit. Faire croire aux croyant, comme l´église catholique l´a entretenu depuis toujours que l´acte physique de l´amour était un pêcher tout en vivant et en dépendant des fruits de cet acte, est de la pure mystification. Et on le voit, cela n´a pour but que de donner au clergé et à ses fonctionnaires auto déclarés et faussement suffisants et éclairés des privilèges de préséances qui devaient leur permettre de vivre aux dépends du peuple et d´exercer sur lui des pouvoirs douteux et injustifiés.
Et ce n´est pas du grand hasard que cette religion chrétienne se mit à la tête d´expéditions militaires criminelles et barbares toute son histoire durant contre des états ou des populations civiles pour tuer et massacrer soi disant au nom de Dieu au lieu d´entretenir la conciliation et l´entente, et accompagna le capitalisme blanc pillant et massacrant dans ses épopées contre l´Afrique. C´est tout comme sa consoeur l´islam est devenue, pour le terrorisme arabe, le refuge douteux de fondamentalistes bornés et criminels à loisir. De quel Dieu peuvent donc se réclamer aujourd´hui ces voyous et barbares ?
Pour comprendre l´amour, comme pour la liberté que tout être humain reçoit à sa naissance indistinctement de sa race, de la couleur de sa peau, de sa langue, de son lieu de naissance ; il faut non seulement s´instruire que ces essences fondamentales de la vie sont parfaitement organisées et exigeantes dans leurs contenus, leurs valeurs morales et éthiques, mais aussi dans leurs réalisations qui n´a de limite et de règle que celui du bien, de la justice et de l´équité. Ce qui différencie les êtres humains, et que certains à tort, ou par manque d´ouverture d´esprit ou d´intelligence placent et instaurent en règle de discrimination ou d´exercice de leurs bas instincts, n´est pas le principal, mais bien le subsidiaire sans valeur. Et il est tout à fait parjure que ce soit ces mêmes esprits sournois et tordus qui se réclament de Dieu pour justifier ou expliquer leurs méfaits. Une honte ! Et il devient clair que de deux choses l´une : ou ils ne connaissent pas Dieu, ou il ne s´agit pas de Dieu, mais de médiocres et criminelles intentions qui n´ont rien à voir avec une quelconque spiritualité.
Dieu, ce n´est pas seulement l´absolu de la spiritualité humaine, de l´ordre naturel, mais contrairement à ce que beaucoup pensent sa plus belle, sa plus pure, sa plus vertueuse, mais aussi sa plus exigeante grandeur. Et sa compréhension ne se limite ni à la prière, ni à l´appartenance à quelque église ou à la simple déclaration de la foi. C´est un vœu qui renie autant toute médiocrité et vilenie qu´il dépasse la raison et l´entendement pour représenter l´absolu de l´amour, de la bonté et de la jouissance réelle dans ce qu´elle est de parfait, de réalisant et de plénitude et d´harmonie. Le comprendre fait de nous des êtres supérieurs, ne pas le reconnaître, hélas ne nous ravale qu´au niveau de cancres et de prétentieux criminels et bas.
Et en ce qui me concerne, je me réjouis d´être du kimbanguisme, parce que cette religion, de par son grand prophète Simoni Kimbangu, célèbre la beauté, l´amour et le droit à la liberté et à la réalisation humaine avec une passion toute empressée par la vertu, la morale et l´éthique du respect de la valeur humaine.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
L´homme noir s´aime-t-il
En correspondance dominicale
La liberté
"La liberté ne se confère pas aux faibles et aux timorés."
C'est à dire la liberté se gagne en se battant et non en criant, c'est le plus grand problème des Africains que nous sommes. Nous n'y arriverons jamais si nous ne nous aimons pas. Je pense d'ailleurs que la discipline et l'amour de soi nous sont inconnus, hélas.
Posté par Gaasch, 26 février 2006 à 11:27
La liberté et la réalisation sensible sont des droits légitimes.
La liberté est un droit légitime à tout être humain, à toute vie; elle ne se confère ni se mérite, mais elle se conçoit, s´organise, et se partage dans le respect des valeurs et de l´intégrité des être humains. Ne me dites pas que vous n´avez pas été aimés par la mère qui vous a donné le jour; je ne le pense pas, et vous non plus. Mais nous parlons certainement de l´amour existentiel. Et ce sentiment là se doit d´une plus grande organisation rationnelle. Depuis 600 ans l´occident a tenté de détruire en nous par son utilitarisme injurieux l´amour que nous avions de nous-mêmes, de notre sensibilité, de notre réalisation sensible. Et selon toute évidence, ce meurtre organisé de la conscience sensible a échoué. Il est temps maintenant de redonner à ce noble et grand sentiment qui habite nos coeurs la couleur brûlante de son sang. Il n´est jamais trop tard pour aimer, jamais trop tard pour chérir sa propre réalisation, de l´organiser et de la défendre efficacement. Vous êtes d´une race exceptionnelle, et je doute que vous ne compreniez pas ce dont je vous parle. C´est à vous de choisir: errer comme un mouton sans âme et sans port ou prouver que l´amour que vous avez reçu de votre mère, de votre histoire et le respect que vous éprouvez personnellement de votre propre personne est de toute beauté, et qu´il vous a légué la force et le courage de vous aimer vous mêmes et d´aimer la lumière que votre intelligence et votre nature revendique. Et à ce titre prendrez-vous la peine de vous défendre et de vous organiser afin que cet amour ne soit pas mis en danger. Cela ne dépend que de vous, et pas d´un autre que vous. Fraternellement, MK
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.
Posté par Musengeshi Kat, 26 février 2006 à 11:55
Commentaire après lecture
Voyez-vous, cher ami ; vous adoptez là un avis purement individualiste. La société, elle a un tout autre esprit. Le progrès comme vous le voyez et comme beaucoup d´africains peuvent en profiter à l´étranger mieux que chez eux, est non seulement le fruit de l´esclavage, de la colonisation, de la francafrique, de l´exploitation économique partiale et scandaleuse de l´occident envers l´Afrique, mais c´est aussi la conviction que la société est comme une mère, qu´elle protège ses enfants les plus faibles en mettant à leur portée des moyens qui leur permette aussi de se réaliser, de ne pas souffrir inégalement de leur état de faible et de timoré, comme vous dites. C´est donc que la preuve de culture et de civilisation est de protéger les faibles et les malades. C´est à eux que profite qualitativement et pour ma part de façon importante le progrès. Quiconque se refuse à respecter cette règle ignore qu´il a été enfant (faible), qu´il sera un jour malade (nécessiteux), et qu´un jour de vieillesse, il sera dépendant voué à l´aide, à l´amour et le respect humain des siens. Pensez-y. Amicalement. MK
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
25 février 2006
Monnaie, Servitude et Liberté.
Sur ce brillant ouvrage de Joseph Tchundjang Pouémi.
Rapport absolu entre la souveraineté et la monnaie
« Il n´y a pas de moyens plus subtils, plus sûrs de miner les bases existantes de la société que de vicier sa monnaie. Le procédé engage toutes les forces cachées des lois économiques dans le sens de la destruction, et il le fait d´une manière qu´aucun homme sur un million ne peut déceler » Lénine
Le rapport qui existe entre la monnaie d´un pays et son pouvoir est un rapport de réalisation et d´équivalence dynamique ; il reflète, dans sa portée et ses intentions autant la logique que la philosophie structurelle de ses fondements politiques. Beaucoup d´économistes éclairés le savent et l´enseignent à leurs étudiants, mais parce que cette science humaine se veut quantitative, analytique et symptomatique, elle passe souvent à côté du principal : de l´esprit organisé de ses intentions ; de la politique économique, et la politique tout court.
Dans Monnaie, Servitude et Liberté, Joseph Tchundjang Pouémi analysait et critiquait l´implacable répression monétaire exercée sur l´Afrique. Cette répression qui était de deux genres : interne et externe. Et si les nationaux (répression interne) commettent des bévues ou des erreurs d´estimation ou de « politique adéquate » pour mettre efficacement en œuvre leurs buts, la main étrangère (répression externe), elle, tout en ayant aucun droit à intervenir ou à s´engager sur la souveraineté d´un pays, intervient cependant insidieusement (et c´est le cas flagrant pour les anciennes métropoles colonialiste) sur l´espace économique souverain des pays en voie de développement. Leurs interventions sont d´autant facilitées que les structures des jeunes pays n´étaient rien d´autre que une projection hybride de leurs intentions de mainmise et de domination. Un des exemple éloquent, et plutôt caractéristique de l´interventionnisme suggestif français, par exemple est donné par l´auteur dans cette occasion : l´Organisation commune africaine et malgache décide de créer un centre de formation des cadres à Abidjan, précisément pour former des entrepreneurs africains. L´étude de « faisabilité » est confiée à l´Institut des hautes Etudes commerciales à Paris. Les conclusions de son représentant au conseil au conseil d´administration du centre sont formelles : « Le but de cette importante institution sera de déterminer la psychologie du consommateur africain ! » Troublant, n´est-ce pas que des entrepreneurs africains ne se voient prescrire que le rôle passif secondaire de rapporteurs de comportements. Le vœu caché et insolent du colonisateur, de l´hegémoniste résolu. Mais d´un autre côté, pourquoi les africains éprouvaient-ils toujours l´obligation de faire examiner leurs projets par les étrangers, leurs anciens colonisateurs ? N´est-ce pas là la preuve réelle que les uns étaient ancrés dans leurs complexes de domination et que vraisemblablement les autres n´arrivaient pas à se libérer de l´aliénation mentale ?
Sur une autre fausse allégation selon laquelle les africains ne savaient ou ne pouvaient pas épargner, parce que les sciences économiques enseignent que lorsque les revenus d´un pays sont bas, l´épargne est quasi inexistante, l´auteur prouve avec les chiffres indiscutables du FMI que le taux d´épargne du ghanéen est supérieur à celui du britannique et que celui de l´ivoirien est supérieur à celui du français. Faire une telle allégation revient de la pure affabulation. Mais la question qui reste posée est : pourquoi l´épargne britannique ou française sont-elles plus efficaces, tandis que celles des ghanéen et des ivoiriens reste stérile ?
Et c´est là qu´intervient la fourbe intervention politique des banques de financement commercial. Celles-ci, en effets, sont toujours détenues par les intérêts coloniaux centralisés, et au lieu de financer des projets ayant incidence et rapport économique lié au développement social du pays dans lequel elles opèrent, elles défendent plutôt les intérêts de leurs propriétaires qui sont tous en Afrique, aujourd´hui encore : pour la Belgique (Banque Bruxelles Lambert, Société générale), la France (le Crédit Lyonnais, La Banque de Paris, la Société générale).
Ces banques minent et torpédient le développement agricole et industriel de dynamisme réel et indépendant de l´Afrique noire, pour le substituer par la consommation de produits finis ou le financement d´entreprises ou de projets représentant les intérêts immédiats de leurs clients occidentaux qui eux sont liés à l´achat de produits commerciaux occidentaux. Elle ne sont ni liées, ni intéressées à l´avenir de l´Afrique ; elles ne défendent que les tantièmes et les intérêts de leurs maîtres qui eux sont ancrés et engagés dans la stratégie et les intérêts occidentaux. Il faudrait donc, pour aller de l´avant et se libérer de ce joug économique et financier occidental aliénant, se doter de banques commerciales impliquées et irrémédiablement liées aux intérêts immédiats de l´épanouissement social et au développement économique du pays dans lequel ils exercent leurs licences. Et le mieux seraient qu´elle soient contrôlées par des intérêts africains déterminés.
Sur le système monétaire international, l´auteur dit à raison : « La logique du système monétaire international veut que les pauvres prêtent aux riches, que dis-je, donnent aux riches. »
Voilà le machiavélisme scandaleux du système dans lequel nous évoluons. Et lorsque je vois que les économistes, les intellectuels, les hommes politiques qu´ils soient de l´occident ou de l´Afrique, avalisent et défendent cette douloureuse hérésie pour le monde noir, force m´est de me dire que décidément le monde occidental peut être faux et criminel. Et que l´aveugle et l´aliéné africain ne l´est pas moins.
Et je pense à ces enfants mourant de faim et d´apathie qu´on étalait dans des spots publicitaires pour éveiller la pitié et la fausse générosité occidentale, de ceux dont on étalait les blessures et les faiblesses pour mieux les avilir, briser leur personnalité et enterrer leurs droits légitimes, pendant qu´on leur volait leur dernière chemise. Ma colère atteint un niveau de dégoût qui avoisine la haine. Si ces enfants savaient que c´était avec leurs efforts, leurs derniers sous que l´occident se pavanait devant eux…et leur faisait des concerts soit disant pour les aider !
Cet ouvrage est un des meilleurs que j´aie lu pour élucider les mécanismes de répressions économiques et financiers sur l´Afrique noire, et je précise l´Afrique noire, puisque les autres, eux subissent une autre formule plus « arabisée ». Ceci met en lueur, encore une fois, le racisme latent de l´humanisme occidental.
Je remer