04 mars 2006
Peaux décapées: l´aliénation sans retour ?
Sur peaux décapées : les nouveaux visages pâles noirs
Commentaire Réalisance sur afrikara le 04.03.2006
Il ne s´agit pas seulement de paraître noir
Cette hérésie du décapage est un complexe d´aliénation mentale que les blancs, dans leur jaloux mépris de la race noire et de sa domination avouée, ont imposé à la race noire pendant une castration historique de bientôt 600 ans. Et tous les commentateurs qui s´en effrayent ou s´en choquent jouent un jeu sournois, parce qu´ils semblent tous ignorer ce phénomène pourtant journalier et historique. Ce n´est en effet pas seulement de paraître comme un blanc, parler comme un blanc, consommer blanc ou d´emblée croire que ce que dit un blanc est la vérité toute faite, mais aussi douter de soi-même, se sentir complexé et ne pas lutter contre cet envahissement permanent du fait de la domination culturelle, économique et financière du monde blanc en Afrique. Celui qui a compris ce mal dérangeant qui lui dévore son identité, sa créativité singulière et son historicité ne lutte pas seulement contre ce mal, mais essaie de retrouver, en lisant, en analysant ou tout simplement en s´informant le chemin qui permette à son âme, sa créativité et sa sensibilité indépendante et libre, de s´exprimer, de se réaliser le plus loyalement que possible pour répondre à sa personnalité originelle pure. Ce n´est pas facile, et encore une fois, cela n´est pas dépendant uniquement de la couleur de la peau; certaines tribus, par exemple les lubas, au Congo, sont très clairs de peaux, ou les éthiopiens...etc. Ce qui importe, c´est d´agir, de penser et d´extrapoler en africain; et savoir qu´y a une différence diamétrale entre consommer à longueur de vie les produits, la pensée, les moyens de réalisation occidentale sans arriver à produire les siens, ceux qui correspondent à notre sensibilité et à nos buts et notre sens de l´histoire, quelle que soit la couleur de notre peau, ou nos déclarations africaines passionnelles, c´est tout de même être et rester un esclave perpétuel. Qu´on le veuille ou non; qu´on l´accepte ou pas. Et c´est d´autant vrai que c´est là en fait la problématique réelle de l´Afrique en ce moment: elle veut redevenir elle-même, mais elle lésine à créer les moyens de sa réhabilitation et continue à importer, et ce faisant, elle aliène les moyens financiers qui lui rendraient sa liberté et reste ainsi à l´impasse de la dépendance. C´est en image chasser le christianisme aliénant mais s´accrocher désespérément à la soutane du curé. Dramatique, et écoeurant. Parce que la liberté, elle n´est pas une pièce de théâtre qu´on joue sur le rôle ou la régie de l´étranger, mais bien celui de ses propres enfants car le langage, le discours ou le thème servi aux spectateurs ne reflètent rien d´autre que le tourment sensible et rationnel de l´en soi, pour soi. Pas pour un autre. Celui qui a très bien exprimé cette vérité est John Henrik Clarke (1915-1998) qui disait à raison:"Lorsque vous acceptez une image de Dieu donnée par une autre personne, vous devenez le prisonnier spirituel de cette personne."
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
La relève aux portes de l´histoire
Extrait des Cercles Vicieux II
La relève face à son historique combat
Dès le départ de l´aéroport, Maunga avait surpris en son mari un étrange silence figé, comme si quelque chose d´important venait de se passer : un évènement auquel il tardait à se faire.
Nsapu n´était pas plus avare de ses mots que d´habitude, loin de là ; ses yeux avaient pris une expression attristée, presque résignée. Elle le connaissait, tôt ou tard il lâcherait un mot sur ce qui le préoccupait. Ce n´était pas, malgré son métier d´avocat, le genre d´homme volatile et exubérant de ses mots, cela, il le réservait à ses clients et au barreau ; non, c´était plutôt le genre d´homme retenu, plutôt réfléchi que loquace. Maunga semblait savoir ce dont il s´agissait : Lou s´était marié, et s´écartait de la maison paternelle. Quand il reviendrait de sa grand-mère, il repartirait pour l´étranger. Une époque de la vie semblait inexorablement prendre fin, tandis que Lou devenait indépendant et prenait ses ailes. La relève empressée aux portes de l´indépendance et de la liberté, avait dit Nsapu un soir. C´est vrai, tout allait changer ; et c´était cela le problème de ses parents : s´habituer au changement.
Arrivé à la maison, Nsapu, comme à son habitude, se rendit aussitôt dans son bureau pour y préparer ses cours, lire ou revoir quelqu´ important jugement pendant que Maunga, elle, faisait le souper.
Il mangèrent de bon appétit et prirent le café sur la terrasse, comme toujours ; Maunga chercha en vain à dégeler son mari ; il était occupé à tapisser et à meubler ses pensées en solitaire. C´était comme si le vide les avait rattrapé, et lentement, à pas lents mais continus, il s´installait autour d´eux, en toile vétuste d´araignée. Pour tromper le silence, Maunga se plongea dans les premiers jours de leur rencontre ; les années avant, puis après la naissance de Lou…et du coup de grosses larmes de tendresse lui vinrent aux yeux. Elle se rappela de l´époque où elle nettoyait les bureaux le soir à Bruxelles pour assister leur petite bourse financière, tandis que les Week-ends, sur une station à essence, son mari nettoyait les voitures. Ah, quelle époque ! Ils n´avaient ni le luxe, ni l´abondance ; mais en amour et en affection, ils furent si chaleureux, si riche…
En lui servant le café, elle lui tendit affectueusement sa pipe et le regarda longuement s´atteler à la patiente cérémonie du nettoyage, du rembourrage et de la mise à feu. Maunga aimait ce cérémonial : il avait quelque chose de préséance organisée avant la dégustation qui lui plaisait, autant que le parfum du tabac noir trempé aux fruits tropicaux la charmait. Au bout d´une longue bouffée, le fumeur laissa choir sur un ton fatal :
- On ne peut pas changer le cours des choses,… pourvu qu´ils aient le courage et la force d´aller jusqu´au bout de leurs convictions. Chaque génération a ses devoirs…
Ce qui déroutait, et désolait le juriste, c´était l´échec qu´il pressentait sur la raison : il lui semblait bien que malgré l´instruction, l´accroissement de la reconnaissance de la connaissance comme moteur du progrès et du développement culturel et social, la rationalité objective, la réalisation réelle tardaient encore à porter leurs fruits dans la société : l´homme noir tardait par trop à se débarrasser de son sacré affectif irrationnel, à se soumettre à une raison historique, à des lois universelles qui acceptent mal, dans leurs applications et leurs conséquences, à côtoyer le grigri, la sorcellerie, la toute puissance du sacré… Eh, oui ; chassez le naturel, il revient bien vite au galop. Toute l´avalanche de croyances et de traditions instinctives que les marchands de miracles et d´affabulations avaient colportés dans son histoire, l´enfermant dans un tissu dévoyant de faux repères, de fausses prémisses, de fausses visions existentielles. Comment comprendre, chez l´africain, ce regain par trop aveugle à protéger ses traditions, les bris de ses cultures dévastées et tronquées par l´esclavage, par la colonisation ; sinon, que dans son subconscient historique réprimé par plus d´un millénaire de violence et de violations de l´arabe depuis le 8ième siècle, puis par l´occident depuis 1441, toutes ces répression et ces contraintes douloureuses avaient éveillé dans le fond historique de son âme un réflexe désespéré de protection de son précieux et original patrimoine existentiel culturel pour le protéger d´envahisseurs indélicats, intolérants, inhumains. Ce réflexe de conservation était devenu si fort et si impérieux qu´il repoussait la raison critique, par défi ; ce faisant, il versait, lui et sa belle culture, dans un sourd combat invisible et instinctif qui l´empêchait de sortir de la défensive, de se prêter au réalisme rationnel de la résistance. Toutes ses tentatives antérieures de libération ou de sauvegarde ayant échoués et mis à jour ses faiblesses ou la suprématie de ses ennemis, il ne lui restait plus qu´à subir, l´âme révoltée et ensanglantée, des religions qui n´étaient pas les siennes, des buts et des langues qui n´émanaient ni de sa culture, ni de sensibilité. Et c´était cela le drame intérieur qui, sans qu´il ne voulut l´avouer, le déchirait : l´empêchement douloureux d´être.
Mais ses vieilles traditions désuètes n´avaient-elles pas été responsables de l´ignorance, de l´absence de science, de stagnation…en somme, de faiblesse ?
Et en définitive, d´étroite conscience historique. L´être ainsi déjoué ne cherchait pas à se réaliser pour lui-même, il se réalisait par voie interposée, pour une grandeur qui elle-même ne rendait pas justice à son potentiel sensible et l´opprimait plus qu´elle ne le libérait. Il devenait la chose de l´histoire, plutôt que d´en être et d´en devenir son sujet.
Entreprendre la liberté, s´avoua Nsapu, c´est aussi la constance et la lucidité rationnelle ou affective avec laquelle nous nous attelons à vaincre, par delà notre tourment existentiel et notre réalisation sensible, les facteurs négatifs de la pesante et abrutissante tradition, le mal vicieux de l´ignorance : tout ce qui, sans nous offrir une issue riche et assagie de valeurs émancipatrices, nous aveugle ou nous empêche de cultiver les forces positives, belles et affranchissantes de notre épanouissement.
- Oui, bien de choses doivent être faites…ils n´ont pas la vie facile, lui répondit sa femme en l´embrassant affectivement sur la tempe.
Nsapu caressa du regard les yeux attentionnés de sa femme et se replongea dans ses pensées.
Oui, il le reconnaissait lui-même : cette génération avait beaucoup plus de devoirs que de loisirs ; pour la sienne, elle avait eu à réclamer l´indépendance sans y être minutieusement préparée. Mais peut-on se préparer à l´amour de la liberté ? La liberté, cette passion, il faut savoir la concevoir et l´exercer ; ce sont des droits et des devoirs qui émanent de l´existence elle-même, de sa légitimité, de ses ambitions. Nul ne peut l´y instruire un autre, chacun a le devoir de s´en reconnaître et d´y exercer ses propres tourments. Et chaque génération avait le devoir d´apporter sa pierre au pont suspendu et balançant de la liberté pour protéger ses attentes, ses rêves, son patrimoine culturel. Un idéal. Toute société a besoin d´un idéal ; au plus il est grand, beau et généreux, au mieux cette société se réalise-t-elle.
- Avons-nous su révéler à notre société, à nos enfants leur idéal ; ce précieux tissu de valeurs et de repères qui leur montrent la voie à suivre, celle qui souligne notre sens de l´histoire ?
Nsapu sembla avoir posé la question à un public invisible auquel il s´adressait humblement, paternellement, mais non moins énergiquement. Sa femme, Maunga, lui jeta un regard inquisiteur, puis se détourna, sentant que son mari se tourmentait plutôt qu´il ne lui demandait conseil.
Mais à la passation de devoirs ; à la remise reprise, pensa Nsapu, là était le tournant crucial, parce que les valeurs se discutaient, s´échangeaient, se critiquaient et se léguaient des vieux aux jeunes, d´une génération à une autre. Ce cérémonial invisible et pourtant réel portait toujours sur un jugement de continuité ou de conflit, ainsi qu´au solennel serment de parfaire ce qui avait été commencé, de corriger les erreurs du passé, et de veiller avec passion à protéger et défendre l´intégrité et la liberté de l´âme profonde de la Patrie culturelle et sensible. Et maintenant que ce moment crucial était arrivé, Nsapu se demandait sincèrement si sa propre génération avait pu répondre élégamment au défi des Temps Modernes. Ce jugement, il le faisait pour lui-même, par honnêteté intellectuelle, mais aussi par amour pour son fils qu´il estimait et respectait.
Oui, il était fier de ce bout d´homme qui avait grandi sous son toit et qui avait adopté, dans une large mesure, ses valeurs morales, éthiques et culturelles et semblait bien prêt à en exercer la responsabilité. Lou et sa troupe, à sa grande joie, avaient bien pris conscience de leurs obligations et de leurs devoirs. Et autant amers étaient leur jugement et leurs critiques ; mais qui leur en voudrait devant l´énorme différence qui existait entre leurs rêves, leurs attentes de jeunesse ambitieuse et ouverte du 21ième siècle, et le tableau plutôt étroit et réservé des possibilités que leur offrait leur société ? Un dilemme qui éveillait la colère et le désespoir plutôt que la joie et l´enthousiasme. Il ne faut pas être aveugle, pendant que leurs congénères européens, asiatiques ou américains voyageaient, vivaient dans l´opulence et exerçaient leur créativité sans l´angoisse pernicieuse de la misère et du manque, eux, logés à l´enseigne de la pauvreté devaient se contenter de bien peu, si pas de la vache enragée. N´est-ce pas déprimant ? Que s´était-il donc passé, l´enfant noir était-il réellement maudit, condamné aux sévices et à la dépravation du manque ? Les générations passées avaient-elles rempli leurs devoirs et exercé pleinement leurs responsabilités historiques ?
Ce qui attristait profondément Nsapu, c´était le résultat de ce jugement car il était bien maigre. Certes, les jeunes ne sont jamais satisfaits, et préfèrent, dans la logique bien connue de leur génération : d´abord recevoir avant de donner ; mais tout de même…celui qui ne sait pas reconnaître la vérité du mensonge, ne trompe que lui-même. Une culture où les parents ont toujours raison est une culture borgne ; sans le verdict bienfaisant de la critique objective ou de l´autocritique, elle est vouée à la stagnation. Cautionner ou prendre cette situation de manque et de pauvreté à la légère, n´est-ce pas dévaloriser l´avenir précieux de nos enfants et par là même, de cause à effet, de légitimer l´injustice, l´inégalité, le racisme, la discrimination, l´exploitation criminelle ? Car, quand ces enfants en guenilles rencontraient leurs pairs, les autres enfants nantis du monde industrialisé et développé, ne se sentaient-ils pas diminués, trompés ? Et chaque jour qui passait sans écourter le fossé qui les séparait de leurs congénères nantis du monde industriel continuellement en gestation, sans remplir leurs attentes d´espoir, de meilleurs moyens de s´imposer sur leur propre destin, les déprimait, rendant le mal insurmontable…presque désespéré. Et à ces enfants démunis, on leur demandait de supporter la corruption qui leur volait le prix de leurs maigres efforts, à avaler à pleine gorge l´air impur expulsé par les chaudières déchaînées des industries enragées du monde industriel ou de l´automobilisme galopant crachant dans les airs des particules cancéreuses que les vents, au gré de leurs cabrioles volages, leur détruisaient les poumons et leur immunité déjà affaiblies. Ou c´étaient, de par le monde, et dans une dangereuse envergure méprisante le surendettement insolent des pays industrialisés, dont le poids infâme leur était rejeté sournoisement sous forme de consommation obligée de surproduction ou plus insidieuse, sous forme d´inflation monétaire. La faiblesse du sous-développement serait-elle devenue la grande poubelle de l´occident, son souffre douleur, son ventile de soulagement économique, culturel, social, religieux…Ceux qui ne savaient pas se défendre, eh bien ; ils supportaient, comme des lépreux le mal des autres. La première loi de la primitive jungle existentielle du capitalisme intercontinental tout puissant.
En juriste qui aimait profondément son métier, Nsapu connaissait la valeur d´un procès, celle du verdict, le poids des preuves, la force et les limites de la loi. Beaucoup disent que ce n´est qu´une mise en scène, un rituel organisé que les êtres humains s´étaient dotés pour exercer la légitimité de justice inhérente à la paix sociale ; et cependant, toute l´existence n´était-elle pas une succession continue de rites, d´habitudes, d´actes usuels répétés répondant à un incessant processus existentiel de légitimation ? Même la critique objective ou le bris de tradition faisait partie inhérente de la réalisation humaine dans sa soif de vérité, de perfection et de plénitude.
Oui, que s´était-il passé, bon Dieu ; l´histoire d´une société, d´un peuple répondait-elle toujours à cette question ? Peut-être fallait-il plutôt poser la question autrement : qu´avons-nous fait pour nous garder, et préserver nos enfants de cette affreuse négation ? Ou, en désespoir de cause : que comptons-nous entreprendre pour retrouver souveraineté consciente et active, et liberté sans autre contrainte que celle de notre réalisation ?
Pour sa génération, pour tous ceux qui avaient, en premiers, eu à assumer l´indépendance, l´image de Patrice Lumumba à genou, molesté et avili par ses propres compatriotes, cette scène blessante les avaient cruellement meurtris, et pour certains, rien que le souvenir de cet instant douloureux, insupportable, réveillait, bien des années après ce crime, un dégoût insurmontable. La mort traîtresse du Tribun, mais aussi, et de cela, on ne peut le nier, de l´assassinat œdipien du Père pour jouir seul de la mère Patrie qui avait été organisée et entreprise par ceux qui croyaient que seuls les intérêts du Maître étranger symbolisaient la seule vraie définition de leur liberté, la seule indépendance du congolais ; qu´il suffisait seulement de devenir blanc, ou du moins de l´imiter et de suivre ses préceptes, pour être libre. Quelle honteuse aberration, quelle primitive erreur. La suite fut sans honneur : la facture de l´ignominie fut bien lourde en la personne du dictateur Mobutu…Mais au-delà de ce meurtre symbolique, la société avait-elle pu retrouver le chemin de la liberté, avait-elle appris à guérir ses blessures et ses manquements, et travailler efficacement à protéger ses enfants du fantôme déprimant du manque ou de ceux beaucoup plus dénigrant de la misère ? Ou aussitôt le fil du discours de liberté perdu, leur monde s´est-il écroulé, privé d´orientation ; vouant le pays au désordre, à la rébellion permanente, et aux hallucinations vides de quelques marchands de fausses identités politiques plus arrivistes que doués ?
Nsapu, à court d´argument et peut-être pour ne pas avoir à ruminer toute la soirée les mêmes pensées irritantes, se tourna vers sa femme et chercha dans ses yeux sa consolation. Celle-ci, avec un large sourire avenant lui dit en le consolant :
- Nsa, ils sauront bien se défendre…ce sont nos enfants…
Il se contenta de marmonner quelque inaudible juron, tira sur sa pipe et retomba, malgré tout, inlassablement, dans ses pensées : aujourd´hui encore, en Afrique, on se demandait ce qui était le plus important : l´indépendance ou la liberté. Et pourtant l´un et l´autre n´étaient que le souffle du même cri, à la fois synonyme, conséquence logique l´une de l´autre, et finalités juxtaposées. Ce sont des exigences existentielles fondamentales. On se perdait, par adresse ou par insuffisance d´esprit, dans de vides polémiques interminables et ruineuses étouffant l´esprit pratique ouvrant sur un déterminisme réalisant, ce qui faisait de ces prétentieux exercices dialectiques sans résultat, des exercices de styles gratuits pratiqués au détriment de l´avenir : la palabre, l´heure de nuages sans horizon lesquels n´avaient d´élégance et de contenu que celles de satisfaire à la témérité de quelques instruits retors enfermés dans leurs dilemmes et leurs complexes, plus soucieux de briller par le verbe que par des résultats pratiques : des applications palpables avec lesquelles l´existence se réalisait et se défendait. Quelle est la valeur de l´esprit sans l´épanouissement des moyens et le confort enrichissant la vie, son précieux corpus ? Pour célébrer l´esprit gratuitement, apprendrait-on aux gens à paraître plutôt qu´à être ; à suivre plutôt qu´à devenir, à imiter aveuglément plutôt qu´à faire montre de créativité, à vouloir plutôt qu´à pouvoir ? Avons-nous su mettre chacun à la place qui lui revient dans l´architecture consciente de la réalisation sociale, et éveiller en lui le sens solennel et impératif de son apport ? Pourquoi l´industrie de l´industrie, ce moteur fondamental de la production moderne tardait-il à sortir de l´organisation intellectuelle du manque ? Sans ce cœur de métal, ne faisait-on pas que produire sans assurance, sans continuité et innovation technique, plutôt disparate et dépendant que structuré et libre ?
On assistait ainsi à l´érection de villes fantômes, sans canalisation appropriées ou sans voirie organisée…ce qui, pour ces villes créait de nouveaux problèmes d´hygiène non moins importants. L´histoire bien connue d´un petit garçon demandant à son père devant « les baigneuses », une peinture congolaise réputée : papa, depuis un ans qu´elles se baignent, pourquoi ne quittent-t-elle pas la rivière ? Et le père embarrassé de répondre : je ne sais pas, mon fils ; peut-être parce qu´elles sont nues…Ah !?! Les yeux pré pubertaires du fils affichèrent une profonde déception : il aurait tant souhaité qu´elles quittèrent enfin la rivière afin qu´il put satisfaire à sa maligne curiosité. Avec l´Afrique, c´était la même chose : quand aura-t-elle enfin fini sa cure de fraîcheur ; quand se décidera-t-elle enfin à offrir à ses enfants les lignes envieuses de sa beauté pour que les plus doués de ceux-ci puissent l´habiller sur mesure, en respectant les lignes chaudes et parfaites de son élégant corps ? Pourquoi ce continent semblait-il tirer continuellement de la jambe ; était-ce par absence de motivation, une question d´idéologie ou plus douloureux, le manque végétatif d´idéal ? Mais que disait la nouvelle génération de cette situation ? Elle prétendait que sorti ou non de l´eau, il fallait confectionner une abondante garde robe à la mariée afin que ses noces avec l´histoire soient inoubliables. Et qu´elle put, selon les circonstances, changer de costume à loisir.
Ignorant ce noble but, des instincts et des motivations peu ou pas avertis, en ordres désemparés et souvent dangereux torturaient encore l´ignorant et l´analphabète ancré dans son obscurantisme hallucinant, le contraignant, par exemple à défendre son droit de s´alimenter, entre autre, de peaux d´animaux, de leurs intestins au lieu de les destiner à la fabrication de chaussures, de saucisses, et ainsi de s´étonner plus tard de marcher pieds nus ou de manquer de charcuteries. D´autres, déchirés par la violence intérieure du manque d´être qui les tourmentait, prenaient les armes généreusement offertes par l´étranger entremetteur et, par rébellions sanglantes et inutiles, assassinaient leurs propres confrères. Orgies sanglantes de la quête contredite du pouvoir. Quand à l´illusionné en cravate, lui, s´il n´adoptait pas aveuglément quelques fausses idéologies qui ne cachaient trop souvent que des enjeux sournois et séparatistes, il vendait, le front haut ses matières premières ou ses produits agricoles pour se payer son petit confort et sa petite infrastructure qui lui donnaient l´impression qu´il était sur la voie du progrès, mais qui lui ruinaient les finances au point qu´il ne savait pas transformer le cacao en chocolat pour récompenser ses enfants, ou ses minerais pour qu´ils servent à l´éclosion de sa propre société ; ainsi son or, ses diamants, ses précieux minerais, son bois quittaient son ciel à toute allure…pour financer, en Europe, en Amérique, à Hongkong, en Chine continentale, dans le monde libre, des intérêts qui n´étaient ni celui de ses enfants, ni celui de son développement tandis que ses propres enfants appauvris, dans leur prison ouverte et misérable, ne pouvaient se les offrir, ni jouir de leur utilité, et en guenilles, se mouraient de faim ou assistait aux cours sans bancs, sans livres et parfois, sans toits.
Quant aux étrangers, ces cupides égoïstes du profit aveugle et ruineux, ils envahissaient le marché mis sous tutelle de leurs produits et de leurs obligations que celui-ci, étouffé, succombait sous le poids des dettes à la consommation et perdait le financement de l´épanouissement de sa propre créativité. Et même lorsqu´ils produisaient sur place, ils se gardait bien de participer à l´éclosion de la société ; l´exemple de Good Year au Congo, au Ghana, est bien connu : à ce point qu´on disait au Ghana que la seule matière première du pays que cette noble société employait dans sa production était…l´air pur ghanéen. Tout était importé à tort et à travers, lorsque le Ghana, comme le Congo, étaient grands producteurs de caoutchouc. Les effets suicidaires de la dépendance et du manque de réalisation. L´impasse du non soi.
Et de l´autre côté de la barricade, dans le monde industrialisé, l´électronique, la mobilité individuelle ou collective, la mécanique industrielle ou expérimentale, et l´information permanente battaient leur plein et envahissait le monde de leurs résultats réels, et partant, de leurs implications culturelles mondiales.
Ceux qui s´attardaient ou s´excluaient au grand rendez-vous universel de la connaissance, de l´expérience sensible et de sa créativité débouchant sur une jouissance plus exigeante, plus riche, ne risquaient-ils pas de se retrouver, comme hier, esclaves, colonisés, exclus à la jouissance de l´excellence existentielle universelle ? Ou seraient ravalés au rôle limité du « acclame, chante, danse et tais-toi ! De toute façon, tu n´y comprends rien du tout ». Ou était-ce simplement : va à l´église et tais-toi ; le progrès, nous le ferons pour toi ?
Croire qu´on pouvait prétendre à la dignité humaine, et d´en exiger à grands cris les droits, sans offrir à ses propres enfants des toilettes respectables, de l´eau courante, les bienfaits sécurisant de la médecine et de l´instruction, des moyens adéquats de déplacements…des moyens rationnels, des instruments critiques qui leur permettraient d´épanouir et d´aiguiser leur créativité afin qu´ils s´adonnent efficacement à la conception, à la défense et à l´éclosion de leur propre liberté ; c´est faire preuve de l´obscurantisme le plus borné, de la gestion et de l´exercice le plus dangereux de la liberté. C´est être tout simplement criminel. De cela, Nsapu en était convaincu ; et la nouvelle génération, elle non plus ne se laissait pas leurrer ou mener en bateau. Là se trouvait l´état des choses. Passation difficile, jugement inconsolable.
Nsapu avait grandi, comme tout enfant congolais ou africain, dans une société ouverte où la tradition ainsi que le modernisme imposé par la colonisation se côtoyaient et se contredisaient constamment au gré des convictions, des tendances familiales et, bien sûr, aussi des changements de l´indépendance. Il avait eu la chance d´avoir un père artisan, c-à-d. instruit à la vocation pratique de la matière ; tandis que sa mère, elle, cuisinière de métier, prétendait qu´à toute bonne cuisine, il fallait non seulement savoir choisir les ingrédient et connaître leurs effets, mais aussi avoir le talent de trouver l´assaisonnement qui aboutissait au meilleur résultat. Très tôt son père s´aperçut du talent rationnel de son fils, et, quoique déçu, il l´encouragea généreusement à faire son chemin non sans insister sur une qualité majeure pour lui : l´art d´aimer le travail bien fait, ce qui impliquait le talent, la critique objective et la recherche de la meilleure expression réelle.
Nsapu choisit de faire le Droit parce qu´on y a l´occasion d´y défendre un idéal humain incontestable : la justice. Elle prenait, et il ne le savait que trop bien, plusieurs visages, plusieurs rôles ; mais ce qui la distinguait de toutes les valeurs humaines, c´étaient ses sous vêtements propres tressés à l´intégrité et cousu d´équité ; et malgré qu´on ne les vit jamais, elles procuraient au frais corps un étonnant bien-être fait de propreté, d´hygiène et d´assurance invisibles qui venaient auréoler l´élégance extérieure du corps, la personnalité de l´Etat d´un bienfait résolu. Mais la justice était aussi un lieu de franchise sociale et culturelle : quand les sous-vêtements au corps étaient sales ou vice-versa, on avait beau prétendre qu´on était propre, la sensation de malaise, elle, persistait. Ainsi ce fin juriste se demandait-il si sa génération avait, dans sa lutte contre la toute puissance du sacré des traditions primitives, celles des habitudes et des croyances passéistes, de tous ces maux visibles et invisibles qui, dans l´arrière pays, là ou l´instruction et la science faisaient défaut, convaincu ou du moins contraint le demeuré stagnant à s´ouvrir à la connaissance et à l´autocritique existentielle ?
- Chercher le meilleur des choses, des facteurs et des éléments et les mettre conséquemment au service du souffle rationnel réalisant de la vie…là est la vraie existence, là réside le vrai tourment de la liberté, lança-t-il à sa femme qui venait de lui verser du café.
- Mais là est aussi le drame de toute société, Nsa ; ce ne sont pas toujours les meilleurs qui gouvernent ou prennent des décisions importantes pour la société…et la norme…l´esprit, les critères de la norme sociale, qui en définit ses priorités, son contenu et ses buts ?
Nsapu acquiesça du chef sans un mot. Cette célèbre pensée de Martin Luther King lui vint instinctivement à l´esprit : « Je ne crains pas les méchants ; ceux que je crains, ce sont ceux qui laissent faire »
Sa femme avait bien raison. Et du coup son malaise revint, insaisissable. Il ferma les yeux et s´abandonna au silence solitaire qui l´entourait.
Pas à pas, la nuit avait envahi de ses ombres insolites et insaisissables la flore alanguie bercée pudiquement par un petit vent insolent et malicieux qui, dans la pénombre complice, chuchotait dans les feuilles et les fleurs du jardin fraîchement arrosé, emportant au loin le frais parfum de leurs étreintes. Tout semblait avoir retrouvé un calme solidaire et jaloux ; même les oiseaux de nuit, d´habitude, si vivants s´étaient retirés, abandonnant dans un ciel couvert et dense une scène sourde, consignée au silence. Seul le vent, lui, par brises intermittentes caressait aveuglément le temps.
- Allons, bon…il est temps, reconnut Maunga.
Il acquiesça sans un mot et d´un geste balayant, invita sa femme avec un triste sourire à lever le camp. Ensemble ils débarrassèrent la table, éteignirent les lumières et s´en furent au lit.
Plus tard, au milieu de la nuit, Nsapu fut réveillé par les sourds sanglots de sa femme ; il resta longtemps dans le noir choqué et meurtri. Par pudeur il attendit qu´elle se tourna vers lui, qu´elle lui fit part de son tourment ; il lui prit tendrement la main pour lui faire savoir qu´il ne dormait pas. Elle vint dans ses bras, et à bout de souffle lâcha sur un ton lourd d´appréhension :
- Et si…et si ils ne revenait pas ? Mon Dieu ; c´est mon seul fils…né solitaire comme la dent précieuse de la bouche …et elle fut de nouveau secouée de sanglots sur la poitrine de son mari.
Nsapu consola sa femme en la serrant dans ses bras.
- Allons, bon ; au besoin nous les visiterons…Il reviendra, il aime trop sa mère et son pays…ce n´est pas un déserteur, mon fils.
Un lourd silence parcourut la chambre à petits pas contrits, puis la voix frondeuse de Maunga retentit de nouveau :
- Je veux pouvoir le serrer dans mes bras…lui dire que je l´aime…Je veux pouvoir embrasser mes petits enfants…Pourvu qu´il nous revienne, mon Dieu !
Nsapu se taisait ; il se contenta de serrer bien fort sa femme sur sa poitrine. Lui aussi était ému ; oui pourvu qu´il revienne, cette crinière de lion comme le disait si bien la tradition : « Muana wa baluma, n´tshijimba tsha ntambwa ». Pourvu qu´il ne nous revienne pas blasé par la consommation ou le dépaysement culturel. Non, ce ne sera vraisemblablement pas le cas, il avait du caractère et il aimait trop la liberté et son pays. Non, le pire c´était qu´il revint assombri, dévoyé de ses ambitions, de son idéal ; ce serait le pire.
Le père soupira d´impuissance. Et cependant il n´était pas pessimiste, loin de là : le fait que son fils avait préféré passer ses noces chez sa grand-mère le tranquillisait. C´était la preuve que ce petit bout d´homme chérissait ses racines. Il ferma les yeux : sa mère, lui aussi devrait penser à la revoir le plus vite que possible…une femme qui l´avait beaucoup marqué par ses incessants sermons, son regain à l´ordre, à la discipline…à l´intégrité. Il ferma les yeux et sourit : à sa dernière visite, il lui avait reproché d´user de l´écouteur de téléphone pour retenir sa fenêtre ouverte, ce qui mettait sa ligne en dérangement permanent ; elle s´était contenté de lui rire au nez en prétendant que cet appareil ne la satisfaisait pas quand elle voulait le voir, bien au contraire. Après tout, il devait bien servir à quelque chose…tout ce tralala à distance, c´était de la foutaise. Une bonne visite, avec un bon repas au coin du feu avec ceux qui vous aiment, ça c´était plus important. Elle l´avait pris dans ses bras en lui disant : « Quand tu étais petit, je t´ai pris dans mes bras quand tu pleurais, je n´ai pas joué avec le téléphone ! » Attendri par ce souvenir, Nsapu releva délicatement le visage de sa femme et lui donna un baiser sur le front. Un aveu de solidarité plutôt qu´une ferme consolation. Quelques instants plus tard, le sommeil les gagna tour à tour.
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Extrait des Cercles Vicieux Auteur Musengeshi Katata Droits réservés
La poudrière RDC
Sur : La RDC est assise sur une poudrière
Commentaire du 02.03.2006 sur Grioo.com
Je l´ai bien trop souvent dit: s´atteler au principal et y exceller plutôt que de s´accrocher au subsidiaire et se proclamer génie. Si Kabila est lumumbiste ou patriote, moi je suis le pape Bénédicte; ce que cet illuminé a coûté, lui et son père en vies humaines au Congo, c´est incroyable et phénoménal. Ce pays devrait s´atteler rapidement à la production de moyens de développement plutôt que de guerroyer comme des coqs au poulailler. On voit bien que, comme toujours, les arrivistes ne savent pas ou est leur devoir et quelles sont les priorités exigées par le bien être et l´avenir de la Nation. Pour ce qui est de Paul Nsapu, son analyse n´est pas mauvaise, pas autant que la médiocrité qui gouverne le Congo en ce moment. Ce qu´on peut lui reprocher, c´est qu´il est à ce point naïf de croire que la démocratie, on peut l´importer ou la définir ou l´asseoir à partir de prémisses étrangères. C´est oublier ou méconnaître que les occidentaux qui chantent la démocratie aux oreilles des africains ne l´ont importée ni de Chine, ni des Amériques où ils se sont d´abord livrés aux massacres, aux viols de libertés et à l´esclavage le plus scandaleux pour s´enrichir avant de revenir aujourd´hui chanter les louanges d´une démocratie qui n´aurait, en réalité l´avantage que de leurs donner préséance en Afrique et de leur permettre de soumettre et de recoloniser mentalement leur nègre. La démocratie est un processus sociohistorique inhérents aux intérêts, à la structure et aux aspirations d´un peuple; ce n´est ni un objet d´importation ou d´exportation, et ni du prêt à porter ou à consommer. Faut pas se laisser berner ; ça frise l´infantilisme sociohistorique. Nos ancêtres africains étaient plus démocrates qu´on ne le pense; et ce n´est pas parce qu´ils n´ont pas fait l´esclavage à la chaîne et imposé à quiconque leurs vues, leurs religions et leurs usages qu´ils ont toujours eu tord. Celui qui, en tant qu´africain n´est pas encore arrivé à cette évidence a encore beaucoup à apprendre. Et il ferait mieux de se taire. Trop de bêtises et de manque de jugement assombrissent depuis trop longtemps le beau ciel africain éternel.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.
Le model Sud Africain tiendra-t-il ?
Sur la question : Existe-t-il un modèle sud-africain ?
par Achille Mbembe
Commentaire Réalisance du 04.03.2006
Réalisation ou mystification?
Cher monsieur Mbembe, je suis plus sceptique que vous; pour une véritable réconciliation, les blancs auraient dû venir à la commission de réconciliation de Desmond Tutu. Ils ne seraient ni arrêtés, ni traînés en justice; tout ce qu´on leur demandait, était de participer à un acte moral de réconciliation. Il s´en sont abstenus. Autre chose: le fait qu´ils gouvernent les finances et l´économie de ce pays est un malus de la plus criminelle dichotomie qui fait de ce pays une poudrière à mèche brûlante. Et le développement actuel de la petite classe salariée ou les enviables 6% de croissance ne cachent pas la raison de se poser la question: et si, comme en Europe cette croissance se ralentissait ou restait absente, que seraient les réactions des partenaires sociaux inégaux et artificiellement solidaires?
Regardez donc l´Europe ou les Etats-Unis, les étrangers ne sont-ils pas, à chaque fois qu´il y a crise, les boucs émissaires? N´assiste-t-on pas à une recrudescence du racisme en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne et même en Russie? Ce qu´il faut et ce qui manquera en Afrique du Sud tôt ou tard, c´est un consensus de coexistence fondamental pour tous et à tous. Et cet effort, il a toujours été fait par les noirs, pas par les blancs qui se sont toujours par la violence et les crimes adjugé de la plus belle part du gâteau quitte à faire des projets sociaux plus tard, et parler liberté et démocratie. L´appel de la liberté, l´amour de sa propre histoire sont des mouvement irréversibles qui sont directement liés à notre identité et à notre existence en tant qu´être humain; tôt ou tard, ils se font douloureux et inconsolables, et demandent leurs tributs. L´homme noir est comme tout être humain: ce n´est pas un animal à qui on peut donner nourriture, confort et l´ordre de se taire; il lui faut, à lui aussi, le droit d´aimer et de chérir son passé et son sens de l´histoire. Et j´ai bien peur que ce jour là ils sauront qui leur a fait souffrir et privé d´un sens originel de leur propre sens de l´histoire. Et ceci, s´il vous plait, sur leur propre pays. Ce n´est pas comme en Amérique, c´est sous le soleil africain du continent éternel. Ou l´homme noir n´est autorisé par le pouvoir blanc d´être et de devenir maître de sa propre destinée, seulement si il accepte
la domination occidentale ? Un peu fort, n´est-ce pas! Tout le monde n´est pas Kofi Annan.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Chômage: la peste de la démocratie.
Mal négligé ou mal sous estimé
La peste démocratique du chômage occidental
« Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu´il faut l´appeler par son nom)
Capable d´enrichir en un jour l´achéron
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n´en voyait point d´occupés
A chercher le soutien d´une mourante vie ;
Nul met n´excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n´épiaient
La douce et l´innocente proie.
Les tourterelles se fuyaient :
Plus d´amour, partant plus de joie. »
…
Jean de la Fontaine
Avant propos
Lorsque nous jugeons l´homme blanc, de son sens de l´histoire, de sa philosophie existentielle, il est vrai que nous sommes sévères…et plutôt déçus ; parce que cette race qui s´en vint dans nos fiers comtés africains piller, violer, voler et s´investir à coup de fausses idéologies et de faux principes toutes basées sur la violence et la négation de notre identité, et même de sa destruction avouée ; cette horde de barbares et de prétentieux ne nous offrit que la soumission et l´esclavage, plutôt que de nous associer à la genèse d´une liberté qui respectait et entretenait notre réalisation, selon toute vraisemblance, cafouillait on ne peut brillamment.
Ils nous firent tant de mal et de violences, que lorsqu´on les voyait aujourd´hui surproduisant rageusement, armés jusqu´aux dents et maîtres de l´instruction et de la science…mais noyant, naufragés et démentis dans un chômage honteux et déshumanisant. Et alors grand homme blanc, quoi de neuf ?
Et amèrement nous pensons à nos beaux enfants, à nos belles femmes massacrées, violées, torturées, voués à la misère de bidonville sales et mélancoliques pour servir cet idéal primitif et bas qui pour s´imposer et servir son hégémonie ne se gêna pas à fausser les règles élémentaires de la coexistence pacifique, à vendre des déchets, des médicaments, des articles avariés, faussés, infectieux ; à soutenir une Apartheid scandaleuse et raciste, entretenir des dictateurs belligérants, sanguinaires et aliénés, ou à promouvoir et imposer un système économique, monétaire et financier qui détroussait le pauvre sans vergogne et enrichissait le riche opulent occidental…tout en érigeant des barrières douanières protectionnistes pour empêcher l´Afrique de vendre ses produits ou l´étouffant avec des prix de subventionnement agricole de dumping. Vive le progrès et l´empire occidental ! Si la honte et la sournoiserie pouvaient tuer…
Quand on les entendait aujourd´hui parler de civilisation, de culture ; qu´on les voyait restaurer leurs églises et parler d´un Dieu pour ou sous la croix et la bible duquel ils commirent tous les crimes possibles et imaginables, on se demande si cette race qui, au summum de ses possibilités, n´avait pas oublié quelque chose, le principal, en fait de toute culture, de toute civilisation humaine digne et louable : le sens profond de la liberté. Car celle-ci n´est ni un cocard, ni un slogan vide, et encore moins un acte unilatéral ou exclusif. C´est un consensus sociohistorique qui met en équilibre l´histoire, l´existence, les moyens de productions pour leur faire respecter le droit légitime de chaque être à s´épanouir librement et pleinement dans l´intérêt individuel autant que celle des autres et de la société humaine entière. Etre passé à côté de ces élémentaires vérité ne témoigne ni de la haute intelligence, ni de grande sagesse humaine. Et si moutonnant, et plutôt crachant le sang sous le chômage, il ne savait plus ce qu´il lui arrivait, on ne pouvait que se tenir la tête et de demander : est-ce croyable !?!
Simoni Kimbangu avait donc raison en prédisant à l´endroit de l´envahisseur blanc : « Ils ne vont pas trouver ce qu´ils sont venus chercher ». J´ajouterai : parce qu´il ne respectent pas le bien, l´éthique et la morale ; et parce qu´ils pêchent par cupidité, par prétention et abus de valeurs illusoires de la possession bornée au lieu de reconnaître que chacun, pour se réaliser, devait apporter sa pierre à la culture, l´épanouissement et la jouissance de sa réalisation sensible. Nul ne peut se prétendre réaliser un autre sans lui reconnaître le droit à l´exercice sensible. Même Dieu ne s´est pas permis cet orgueil : il nous laisse nous-même débattre et épanouir des moyens et des instruments de notre destin. Il est pourtant Dieu.
Et on se demande si quelqu´un qui ne reconnaît pas la liberté à tout autre que lui, y a droit. Pourquoi les autres devraient-ils lui reconnaître ce qu´il ne leur accorde ?
Dans l´article Banlieues, chômage et communauté du 11.01.2006 sur le site de l`Observatoire du communautarisme Daniel Cohen écrit : « Le taux de chômage français est de 10 %, celui des jeunes de 20 %, celui des jeunes des cités de 40 %. A la recherche de causes "culturelles" à la crise des banlieues, il est facile d'oublier l'importance du chômage. Une étude des émeutes urbaines américaines, dont le champ d'analyse couvre trois décennies, montre que le chômage, et non la pauvreté, est l'un des facteurs majeurs qui expliquent les soulèvements urbains. Ce n'est pas parce qu'on est pauvre qu'on se révolte, mais parce qu'on n'a pas de travail, qu'on se sent étranger au monde où l'on veut vivre. »
Ce brillant professeur de L´ENS : l´Ecole Normale Supérieure fait un aperçu éloquent sur les maux sociaux de ce mal que certains ont gratuitement tendance à convaincre leurs victimes, et surtout la jeunesse, qu´elle est un mal nécessaire. Il faut le faire ! Cela rappelle à s´y méprendre les massacres et les tortures coloniales qu´on vendait en Europe honteusement, et pour le moins sournoisement d´actes humanitaires de haute morale. Et pas d´un professeur d´université, journaliste, politicien en chanta les louanges et la nécessité. Torturer et assassiner les autres, si cela s´appelle civilisation, qu´est la civilisation, en fait ?
Pour ce qui est du chômage qui est de :
10% en France,
12% en Allemagne
8,2% en Italie,
5,4% aux USA (avec réserve)
5% en Angleterre (à prendre avec réserve, tant il leur arrive de « retrouver 500.000 chômeurs perdus !)Pour ne citer que ces exemples, représente plus de 20 millions de chômeurs en Europe, soit deux fois la population de la Belgique !
Cette gangrène sociale, pour peu banalisée ou sous estimée qu´elle soit est un des crimes invisibles qui rongent les personnes touchées dans leur fierté sociale, leurs désirs et leurs besoins de réalisation, et leur laisse un mal à être qui les réduit à na nullité sociale, à ne pas être responsable de son avenir ; et le pire : ne pas être capable de changer les chose. On votait, on écoutait les élus politiques cafouiller sur le sujet et plutôt mentir qu´apporter des solutions concrètes ; et le lendemain, le mal, lui, inéluctable, grandissait et devenait insupportable. Et faute de résoudre le principal, les politiciens véreux cherchaient ou tentaient de désigner le bouc émissaire social : et c´est vite trouvé avec un bas sentiment tel que le racisme ou la bête noire sur laquelle on a toujours eu à exercer ses vices. Si ce n´est pas Dieudonné, qui est-ce donc ? 1/3 des français se déclaraient bénévolement racistes. A peine croyable. La Banlieue française brûlait à l´occasion d´un malheureux incident : une bourde policière qui fit déborder un vase de 30 ans d´exclusion et de confinement à la nullité et tous ses corollaires dégradants. Le Ministre de l´intérieur Sarkozy, au lieu de rassembler et calmer, perd sa contenance et déclare : « Ce sont des canailles qu´il faut nettoyer au Kärcher » ou encore, pour répondre au stéréotype social banal introverti : « les Noirs sont plus brutaux que les arabes ». Nous y voilà ! Et ce chômage, quand entreprendra-t-on de le vaincre ? La semaine des quatre jeudis ?
Pour la jeunesse européenne, ce mal excluant et méprisant les détruisait intérieurement de la plus injurieuse façon : alors qu´ils étaient tenus, par les valeurs sociales de la société de travailler à son enrichissement et à l´entretien de ses principes d´accumulation et de bien être, ils y sont interdits. C´est à se demander : ces valeurs, que ce soit en Allemagne, en France, en Italie, en Angleterre et même aux Etats-Unis, à qui donc appartenaient-elles, si la société négligeait ses propres enfants ?
Oskar Lafontaine, ex ministre allemand des finances et ex président du parti socialiste allemand aujourd´hui coprésident de la nouvelle extrême gauche allemande ; parti qui, après plus de 40 ans revint en place politique avec éclat et 8,6% des suffrages, disait à propos de la mécanisation industrielle effrénée que l´Allemagne avait entreprise pendant et après sa réunification bâclée : « Une machine n´achète pas une auto, elle n´élève pas des enfants qui viendront dans l´avenir écrire des poèmes, jouer des pièces de théâtre, chanter l´amour d´un peuple, et défendre ses valeur et son sens de l´histoire »
Ce brillant dialecticien avait cette particularité qu´il avait démissionné de ses fonctions, comme par ailleurs Karl Otto Pohl qui fut le président de la Bundesbank, parce qu´ils étaient tous deux d´avis que la réunification, comme elle fut entreprise jadis, conduirait à la catastrophe économique. Et l´histoire leur donné raison. L´Est de l´Allemagne accuse des régions dévastées de jeunes et croulant parfois sous un chômage de 40% ! Et l´endettement allemand croît et croît encore, tandis que l´emploi qui, comme partout en Europe devait permettre aux jeunes en payant l´impôt de renflouer les caisses de l´Etat par leurs consommation et l´imposition faite sur leurs salaires, ces nouveaux emplois faisaient cruellement défaut. Et ce n´était pas tout : les caisses de pension et d´assurances sociales avaient été, pour financer la réunification, détroussée ; et avec la crise et le sous emploi, ces dettes pèsent lourdement, surtout si la société est devenue irréversiblement grisonnante.
La politique, n´ayant actuellement plus d´engagement que de solution, s´était réfugiée sous la grande coalition socialo conservative sous Angela Merckel qui aimait plutôt voyager à l´étranger que d´en découdre avec la faible l´opposition pour ne leur offrir que ses beau yeux comme solution.
Un des facteurs qui déprime cette situation et la rend ardue pour les petites gens et surtout les générations futures, est sans conteste l´endettement dangereux de ces Etat occidentaux. Et si les africains croient qu´il s´agissait d´un cadeau, le fait de relâcher leurs obligations ; ils se trompent : ils doivent ce geste à la honte qu´ éprouvent ces pays industrialisés face à leur propre mauvaise conscience. En effet : appauvrir les gens sciemment, leur demander de livrer inconditionnellement leurs matières premières, les empêcher sciemment de sortir de leurs pauvretés, et s´endetter comme le plus sournois manant de Rome, pour ne pas rendre justice aux lois du marché et fausser la concurrence…comment peut-on qualifier cela ?
Mais pour vous donner une idée de l´ampleur du mal, voici quelques chiffres :
le Japon ( 164% du PIB), suivi de la Grèce (110,5 %), l´Italie (105%), la Belgique (95,5%), l´Allemagne ( 66%), la France (65,6%), l´Autriche (65,2%), l´Europe des 15 (64,7% ), les USA (63,8%), la Hollande (55,7%), la Suède (51,2%), l´Espagne (48,9%), la Grande Bretagne (41,6%), la Tchétchène (37,4%), l´Irlande (29,9%).
Comprend-t-on maintenant ce qui vient, ce qui va noircir le ciel de l´avenir ?
Si le chômage n´est pas résorbé rapidement, comment et qui va payer toutes ces dettes ? Le tiers-monde ? Mais on l´avait honteusement appauvri jusqu´à l´os…
Et les gouvernements ont tendance à s´endetter encore plus pour payer les échéances épuisées. On connaît le cercle infernal ; si on ne fait pas attention, on n´en sort plus. Le crime sera encore plus visible, et pour ainsi dire plus palpable lorsque les générations consignées au chômage arriveront à l´âge de pension : pas d´argent, ou assez pour fêter joyeusement de la misère en vieillesse.
Et pour ceux qui travailleront dans des homes de vieillesse pour soigner ceux qui avaient profité de la dette ou ceux qui n´avaient pas assez lutté pour offrir à la jeunesse de véritables chances de réalisation, je me demande si ce sera de tout cœur qu´on les mènera au petit coin, qu´on les lavera et qu´on leur aidera à vaincre leurs tremblotements en marchant ou en mangeant. Mais eux, attendraient-ils que ces jeunes les remercient et les traitent comme la prunelle de leurs yeux ?
Ce qui meurt actuellement, en Europe, dans le monde blanc soit disant riche et développé, ce n´est pas seulement la natalité ; c´est aussi le mariage qui débouche par trop souvent sur le divorce, surtout si le chômage est en cause, ou est-ce ces enfants mal aimés ou disputés de la séparation. C´est cette jeunesse désoeuvrée, perdue au sein d´une société qui ne semble plus les aimer ou leur offrir un havre de réalisation. Toute la paix sociale est lentement vidée de ses contenus de valeurs pour les remplacer par un monstre individuel de réactions, de comportements agressifs, révoltés, sans logique sociale positive. Mais le pire, c´est l´érosion de la démocratie, ou du moins ce qu´on pensait qu´elle était. Parce que quoiqu´on dise, chacun des chômeurs est une voix, une valeur démocratique qui, pour se réaliser et rester valable dans son contexte, doit en défendre les fondements et croire en ces valeurs. Mais il faut que cette démocratie entretienne ses rêves, protège ses attentes et lui ouvre la voie sur l´espoir et le sentiment d´œuvrer pour des valeurs qui en définitives sont les siennes, et peut-être celles de ses enfants. Et si tout cela n´était que cauchemar d´exclusion de négation et de chômage…La démocratie, aussi mauvaise qu´elle soit, doit apprendre à défendre des valeurs d´espoir, de beauté, de créativité, de réalisation sincère et vraie. Elle doit aimer et chérir le rêve de ses enfants à n´importe quel prix, parce que dans ces rêves, il y a le cœur vivant de sa raison d´être et le sourire et la joie de ceux qui chanterons ses chansons, écriront ses poèmes et fêteront sa culture. Celui qui ne l´a pas encore compris est bien pauvre.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu