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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

07 mars 2006

L´amour est toujours fertile

Les Cercles Vicieux III

L´amour est toujours fertile

Trois semaines avant la fin des vacances scolaires, Sumita demanda tout à coup à rendre visite à Holger au Soudan. Lou et Malaïka y consentirent avec joie, d´autant que Sumita, tout au long de son séjour chez eux, leur avait avoué avoir une aversion envers l´Afrique, envers tous ceux qui ne l´avaient pas défendue, et l´avaient livré à son sort ingrat. Ce furent tout autant ses parents que tous ceux qui, sous le prétexte de l´emmener en Europe, vers l´eldorado, l´avaient, en réalité voué à l´humiliante prostitution.

Lou emmena la jeune fille à l´aéroport et la vit trembler d´émotion avant de passer l´immigration. Et devant la dernière barrière visible, il l´avait vue pleurer et hésiter avant de lui envoyer un baiser et de disparaître dans les coulisses de l´aéroport.

Lorsqu´elle revint de son voyage quelques semaines plus tard, Lou alla, avec Kal la prendre à l´aéroport et fut surpris de sa détente, autant que de son soudain regain en assurance. Elle parla de tout et de rien tout au long du trajet de retour, et on sentit que dans ses rapports avec Holger, une chaude admiration y avait élu domicile ; ce qui ne déplut pas à Lou. Et lorsque Sumita parla de ses épopées matinales ou nocturnes aux côtés de Holger pour soigner les malades en paysages tristes et désabusés, Lou comprit que ce voyage avait rapproché la jeune fille de valeurs humaines solidaires et attentionnées, et selon toute évidence, cela avait fait du bien à la jeune fille, à son moral et à son engagement social. Tout est bien qui finit bien, pensèrent Kal et Lou en se regardant. Aussi Lou ne fut-il surpris lorsque la jeune fille lui rendit visite au bureau, au siège des entreprises Legrand, quelques jours après la rentrée scolaire. Au fait, cette visite le remplit de joie, parce que c´était l´occasion de féliciter Sumita : contre toute attente, le conseil professoral de son école l´avait autorisée à s´inscrire en deuxième année, parce qu´il estimait qu´elle était capable de répondre positivement au rythme et aux exigences de la deuxième année d´apprentissage, si elle persévérait dans son travail et dans son assiduité. Lou en avait, autant que tout le monde à la maison, été très flatté pour elle. Tout semblait bien aller pour le mieux. Lorsqu´il voulut lui offrir, comme à Fatma, des boucles d´oreilles enchâssées d´un petit diamant, il fut déçu de voir les deux filles préférer des perles. Il demanda, en quittant le joaillier, pourquoi et fut drôlement surpris par la réponse : elles connaissaient la chanson de Kanye West, un rappeur américain dont la chanson « les diamants de Sierra Leone » les avait dégoûté. Lou demanda à Kal de lui procurer le texte sur l´Internet et en fut stupéfait : ce texte parlait d´enfants sierra léonais qu´on envoyait sous contrainte dans les mines obscures et basses de diamants de société anglaises et qui, à la longue, n´en sortait qu´aveugles…diamonds for ever…aux prix de la cécité d´enfants innocents. Ce jour-là, Lou se sentit fier de cette nouvelle génération, mais aussi de Kanye West qui, contrairement à ses congénères américains noirs qui aimaient à étaler leurs chaînes et leurs croix démesurées, comme s´ils avaient difficile à se soustraire de chaînes invisibles de l´esclavage, ou à exhiber leurs montres et leurs bijoux garnis de diamants pour symboliser la richesse et le succès. Et pourtant, ce tapageur et démonstratif étalage de bijoux ne dénonçait que d´autant mieux le parvenu en fuite confondue de pauvreté, d´éducation, de culture, du manque rongeur de la misère mentale : une accusation en fait qui ne soulignait que bien qu´en réalité, le mal dissident en eux n´avait pas été vaincu. C´est à se demander si  involontairement ces pauvres diables n´étaient pas de ceux qui encourageaient ces sociétés diamantaires à perpétuer indéfiniment leurs méfaits, afin que d´incurables parvenus puissent se pavaner avec ces richesses au cou, à la main, aux oreilles, et même sur les dents. N´était-ce pas sournois,  si pas cruel d´exiger que d´autres souffrent l´enfer afin que certains puissent se guérir de leur médiocrité en exhibant les résultats de ces exploitations criminelles ?

Les vrais riches comme Bill Gates, Jacqueline Mars, ou madame de Bettencourt ne couraient pas les rues armés jusqu´aux dents de leur fortunes ; ils étaient plutôt créatifs et discrets, ce qui ne les amoindrissait en aucun cas, bien au contraire.

-          Eh bien, ma belle ; qu´est-ce qui me fait l´honneur de ta visite ? Demanda Lou agréablement surpris de voir Sumita à son bureau. S´était-il passé quelque chose, se demanda-t-il par lui-même.

-          Oh, je voulais seulement te voir…j´étais en ville…est-ce inconvenant ?

-          Pas du tout, ma perle ; attends, allons faire un tour en ville, comme de vieux amoureux…qu´en penses-tu ?

Elle sourit, amusée et charmée :

-          Bonne idée, sur une bonne glace ?

-          C´est comme tu veux…tu es la reine.

Lou donna quelques dernières instructions et sortit aux bras de la jeune fille. Sumita se dirigea directement vers sa vespa.

-          Ah, non ; tu n´as pas le toupet de me proposer de monter là-dessus ?

-          Pourquoi pas ? Allons ne fais pas le frileux…

Elle avait déjà revêtu son casque et attendait en riant devant la mine effrayée de Lou.

-          Tu es un danger public, commença-t-il…est-ce sûr…à deux sur ce machin ?

-          Mais certainement, bon allez, montes…

Elle lui tendit un casque. Il le prit bon gré mal gré et s´en coiffa, puis il s´installa derrière elle.

-          Et maintenant, dit-elle ; enserre ma taille et surtout, ne pas relâcher l´étreinte, conseilla-t-elle.

Lou ferma les yeux et lorsqu´il les rouvrit, il fut surpris de constater que Sumita, contrairement à ses appréhensions, conduisait très sûrement. Quelques fois le cœur lui resta sur la gorge, tant la jeune fille montrait beaucoup d´impatience et d´imagination, mais il dut avouer qu´elle était plutôt avisée et agile dans la circulation. A l´arrivée, il dut reconnaître qu´il y avait un avantage évident avec une vespa : on parque presque partout, et retrouva sa bonne humeur : l´air frais et cette expérience sur la route l´avait dégourdi. Il parcourut, avec une Sumita plutôt gaie et riante les devantures de magasins jusqu´au café glacier. Devant l´entrée, Lou acheta des roses pour Malaïka et en offrit une à Sumita en disant : -          Une suffit, sinon elle va se croire irrésistible…mon Dieu, me traîner sur le macadam comme un vulgaire sac postal ; un vrai scandale ! Oui, une suffit amplement…

-          Merci quand même, c´est trop d´honneur…répondit-elle en riant.

Les glaces furent servies rapidement. La journée, qui touchait lentement à sa fin, avait été ensoleillée et belle, ce qui avait attiré plusieurs familles et promeneurs dans les rues et chez les marchands de glaces. Partout, c était un va et viens de visages tantôt détendus, tantôt empressés.

Lou se demandait ce qui lui avait valu cette visite et attendait. Vraisemblablement, Sumita cherchait son entrée en propos.

-          A propos, où est ton amie Fatma ? Demanda Lou tout à coup en dégustant sa glace.

-          Oh, je crois qu´elle devait rencontrer Pierre André à la bibliothèque…

-          Celui-la grinça Lou, faudra que je garde l´œil sur lui…

-          Pourquoi, je croyais qu´il t´était sympathique…du moins, pas antipathique demanda Sumita soudain attentive.

-          Sympathique…sympathique ; je l´ai surpris à faire les beaux yeux à ma femme, et maintenant il fait les doux yeux à ma tendre Fatma…il risque sa vie, te dis-je !

Sumita éclata de rire, et Lou, impulsivement, se joignit à elle. Tout cela était enfantin, il le savait, mais il cherchait à détendre Sumita. Après tout, il n´était pas du tout mécontent que Pierre André et Fatma se côtoient, bien au contraire. Sumita devait prendre les choses plutôt à l´amusement. Il eut soudain un trait d´esprit :

-          A propos, commença Lou à tout hasard, tu ne m´a pas encore parlé de tes amours avec Holger…

Le visage de la jeune fille s´assombrit tout à coup ; elle redevint plus sérieuse, préoccupée.

-          Amour, amour…c´est peut-être ça mon drame…je ne sais pas où j´en suis, avoua-t-elle sur un ton confident, mais étrangement teinté d´incertitude.

Touchdown, se dit Lou intérieurement ; nous y voilà.

-          Allons, racontes-moi tout ; je veux tout savoir…S´est-il conduit… ?

-          Oh, pas du tout ; c´est un vrai gentleman. Un vrai ami, et je crois que je suis tombé amoureux de lui…

-          Ah…mais dans ce cas, où est le problème ? Demanda Lou attentif.

-          C´est que…je ne sais pratiquement pas ce que c´est…ce qui se passe en moi est si bouleversant, difficile à éclairer que je m´en effraie parce que je ne suis plus moi-même…je n´arrive pas à me contrôler…voilà, ça m´énerve. Elle n´osa pas lui dire que ce sentiment réveillait en elle le désir qu´elle associait encore à une amère dégradation du respect de sa propre personne, de son identité en tant qu´être indépendant, libre et capable de décider elle-même de sa destinée. La confiance : elle avait appris à ne l´accorder à personne et à cacher ses désirs et ses sentiments, parce qu´ils devenaient par trop rapidement des instruments d´abus. Et depuis qu´elle se sentait de nouveau capable de couver et d´émettre ses sentiments librement, une peur suivie d´une colère intérieure sans borne l´emportait parce qu´elle avait hélas fait l´expérience qu´elle se trouvait en terrain miné, inconnu. Et cependant, elle était comme subjuguée : contrainte à traverser seule la zone jadis parsemée d´un fonctionnalisme utilitariste répugnant sexuel qui la ravalait à l´objet, à la chose du plaisir. Et maintenant, que trouverait-elle à l´autre bout du sentier ? Elle avait peur de souffrir encore une fois…

L´amour de l´ « autre », cet inconnu vers lequel elle se sentait irrémédiablement attirée serait-il la redécouverte, le ralliement  au fond pays inaltérable de sa passion d´aimer, celle qui irait effacer les images affreuses enfermées dans son subconscient et libérer la joie de se livrer à l´autre, de mettre sa jouissance, sa confiance et son amitié entre ses mains, comme elle espérait qu´il fit de même ?

Sumita essuya en reniflant les larmes qui avaient perlé sur sa joue. Lou quitta son siège et alla s´asseoir sur le banc à côté d´elle le long du mur. Elle se blottit dans ses bras, et suppliante, elle demanda :

-          Que puis-je faire ?

-          Laisse parler ton cœur…lui conseilla Lou, l´amour, continua-t-il, est le plus beau sentiment qui existe. Le vrai amour, est fort, nourrissant, protecteur…il n´est ni destructeur, ni négligent. C´est le havre le plus beau du destin humain : par lui nous naissons, en lui nous découvrons le sens complexe de la vie, et pour lui nous nous battons. C´est tellement beau l´amour que chaque être qui en connaît la joie profonde s´en ennoblit.

En riant, la jeune fille avoua par-dessus ses larmes :

-          Bien douloureux, en ce moment l´amour, pour moi ; es-tu sûr que nous parlons du même sentiment ?

Une grimace sceptique parcourut son visage avant de se transformer en un fade sourire.

-          Oh oui,  la douleur d´aimer : ça fait partie de sa force passionnelle. Pour aimer, l´être humain doit aller au-delà de lui-même, se départir de sa médiocrité, de son égoïsme, et s´ouvrir à une grandeur faite de générosité, de don partagé de soi-même, de…

-          Arrête, arrête…en ce moment je suis plutôt tourmentée…je n´arrive même pas à me concentrer ; comment diable deviendrai-je être capable de don de moi-même ?

Lou se tut et se contenta de la serrer dans ses bras. Tout ce qu´un autre peut nous raconter sur l´amour, ne vaut jamais les conclusions de notre propre expérience, parce que ce sentiment nous mettait devant un absolu tellement complexe et tellement grand qu´il était difficile d´en saisir la portée uniquement en s´en laissant conter de la beauté, de la profondeur ou en lisant les belles histoires et les poèmes brûlants que l´existence humaine avait engendré. Chacun dans son existence se trouvait devant sa propre porte qu´il devait frapper avec son cœur, son âme, sa sensibilité individuelle, sa foi.

Et souvent, ce sont ceux qui avaient frappé désespérément ou ceux qui n´avaient pas du tout trouvé cette porte qui savaient décrire ce que l´amour signifiait, en vérité, pour l´être humain. Parce que ceux-là avaient, devant le gouffre amer de son manque, éprouvé le vide d´aimer non seulement comme une incapacité à ouvrir cette fameuse porte affective, mais aussi, de manquer d´être invité, en ouvrant cette porte, à la rencontre empressée et attentionnée de l´autre, celui qui nous invitait à partager avec lui un met sensible équitable et riche en expériences sensibles, en complicité, assistance et en don assidu de soi.

Lou comprenait ce qui se passait dans la jeune fille, surtout quand on connaissait son passé : elle avait été abusée, trompée et vouée à se mépriser elle-même tout en servant à satisfaire le désir de quelques « clients » qui l´amoindrissaient plutôt qu´aucun d´eux ne prit la peine de la comprendre ou de la consoler dans son désarroi. Quant à parler d´aimer…

Etait-ce ce mal, cette souffrance morale, psychique qui cherchait, devant la beauté, l´élégance et la grandeur que l´amour entrevoyait, comme un ouragan sur des vagues impétueuses et écumeuses, à se débarrasser d´une peau de chagrin rance et désavouée pour s´ouvrir à la joie, à la fête sensible d´un consécration sans égale : le vrai et noble amour ?

Cette douleur qu´elle ressentait et qui la troublait, ce ne serait autre qu´un processus répondant aux exigences sévères de ce grand sentiment, qui demandait à l´élue à s´épurer et à libérer son âme de tous les impuretés, de toutes les faussetés qui y avaient, au gré de douteuses expériences, trouvé domicile.

Lou s´en réjouit intérieurement pour Sumita, parce que cela prouvait qu´elle se trouvait réellement devant un grand sentiment, parce qu´il exigeait d´elle qu´elle se débarrassât de l´horreur du passé avant de lui ouvrir ses bras. Et elle semblait sincèrement s´y adonner. Cette souffrance, c´était le prix de l´amour.

Profitant de ce qu´une femme, assise quelques tables éloignées d´eux allaitait son bébé, Lou souriant, la montra à la jeune fille :

-          Ca, ma belle, c´est l´amour…

Elle lui sourit, tout aussi attendrie que lui, et observa longuement l´étrangère qui ne cessait d´échanger des mots tendres avec son enfant. Puis la jeune fille se tourna vers Lou.

-          C´est attendrissant et joli ; mais es-tu sûr que tu ne confonds pas le fruit réel de l´amour et l´amour lui-même ?

-          Il n´existe pas d´amour sans fruit, réel ou abstrait, releva Lou. L´amour est toujours fertile, à la rigueur, pour l´âme et l´équilibre individuel.

Voyant la fille réfléchir et s´abandonner à quelques pensées, il reprit :

-          Tu as vraisemblablement raison ; dans mon euphorie, j´en arrive à confondre l´acte, l´esprit ou la portée de cet acte, et ses buts ou ses résultats réels. Mais je suis persuadé que tu m´as compris n´est-ce pas, lorsque je parle d´amour ?

-          Mais bien sûr, répondit Sumita en lui souriant avec complicité ; il n´y a aucun doute la dessus !

Le ton de sa réponse accusait l´ironie excédée devant une évidence avec laquelle elle avait quelque mal à se définir.

Lou la regarda en souriant ; lui aussi avait saisi sa subtilité. Au bout d´un moment flottant, il relança :

-          Vois-tu, reprit Lou, beaucoup de gens se trompent royalement sur le contenu ou la portée de l´amour ; mais prend donc l´exemple de la mère en face de nous : elle a dû, sous des vaines douloureuses, mettre au monde après neuf longs mois de couvée, puis elle doit s´occuper de l´enfant, l´allaiter, le soigner, veiller sur ses petits désirs, sur sa propreté, sur son sommeil. Faire en sorte qu´il apprenne à parler, l´aider à marcher, lui apprendre à lire et à écrire…et un jour ses parents vont se réjouir de le voir indépendant, créatif, responsable. Mais tout le temps qu´il était faible et fragile, ils lui ont offert protection et assistance. Un jour ils se réjouiront encore mieux de voir que leur amour, que tous leurs efforts n´étaient pas en vain : le jour où grand et fort, il se mettra au service de la société et saura lui-même aimer et défendre l´amour. Ca, c´est l´amour. Le vrai amour.

-          Oui…accepta Sumita, tu as sûrement raison ; c´est beau l´amour, malgré que cela me fasse mal en ce moment, ajouta-t-elle en riant. Et si nous y allions ?

Lou la regarda tendrement avec sympathie ; il voulait bien l´aider, mais dans les choses sentimentales, il savait qu´il était dérangeant et plutôt arrogant d´y intervenir. Lui-même se laissa gagner par un afflux émotionnel de souvenirs et de sentiments qui lui rappelèrent sa mère, Mito, Malaïka et son fils : un mélange qui séduisait autant, pour le cas de Mito, qu´il lui fit mal. Il s´empressa à s´accrocher à l´image de son fils tétant fébrilement au sein de sa mère.

Il aimait observer cette scène et parfois il était sorti de sa secrète contemplation pour s´approcher de la mère et de son enfant, avait tenté de le distraire ; Kalumeh s´y était défendu à grands cris, et plus tard, lorsqu´il découvrit son jeu, il en rit, mais sans lâcher le sein qu´il triturait jalousement de ses deux mains dodues. Même petit, chacun défendait son droit.Sortant de sa rêverie, Lou décréta :   

-          Assez d´amour. J´en ai déjà la tête qui me tourne ; il ne faut pas abuser de bonnes choses, avoua Lou en faisant signe au garçon. 

Indolents, ils se promenèrent quelques temps à lécher les vitrines, parlèrent des choses et d´autres, puis rentrèrent le soir ensemble à la maison.

Le soir, au lit, Lou parla de sa conversation avec Sumita à Malaïka ; celle-ci fort intéressée, l´écouta patiemment. Puis, au moment où il croyait qu´elle s´était endormie, elle se tourna vers lui et lui souffla :

-          Connais-tu la nouvelle ? Je suis sûr que tu ne devineras pas. Bon, Zola m´a écrit…

-          Ah, comment va notre rasta man ?

-          Très bien, il compte venir prochainement à Bordeaux.

-          Excellente idée, il commençait à me manquer, celui-là.

-          Mais sais-tu ce qui le tourmente…il veut entretenir une amitié avec Sumita…

-          Oh, là là ; elle semble avoir tourmenté bien de cœurs en Afrique ! Il va y avoir foule devant notre porte. Et qu´en dit-elle, elle-même ?

-          Je ne lui en ai pas encore parlé…surprenant, n´est-ce pas ? Elle qui croyait que personne ne l´aimait…

-          Et maintenant, elle n´a que l´embarras du choix ; n´est-ce pas fantastique ! Je vais exiger que les candidats se livrent un duel au couteau ou à la hache…

-          Mon Dieu, Lou quelle idée, serais-tu par hasard sanguinaire ?

-          Oh, oui ; que le meilleur gagne. Nous enterrerons le perdant au jardin…dit Lou en grinçant. Comme le veut la tradition coloniale française des crimes impunis.

Ils en rirent tous les deux de cet humour plutôt noir. Puis après un court silence, la voix de Malaïka retentit de nouveau : -          Qu´en penses-tu, ai-je aussi droit à l´amour ?

Surpris, Lou répondit en riant :

-          Mais bien sûr… !

-          Et bien, conclut-elle, il serait grand temps parce que je brûle, en feux et flammes !

-          Oh là là, s´écria Lou en riant où sont donc ces sacrés pompiers ? Au feu !

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Extrait des Cercles Vicieux    Auteur Musengeshi Katata    Droits réservés

munkodinkonko@aol.com

Posté par Musengeshi Kat à 21:04 - Roman existentiel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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