De la valeur et du contenu de la liberté

Sur l´acte de Réalisance

                        Ni maîtres, ni esclaves; mais libres, souverains, indépendants et solidaires.

Beaucoup de gens, pour s´embrouiller eux-mêmes ou pour tromper les autres, posent la bête question : qu´est-ce qui fut initial, l´œuf ou la poule ? Et bien d´esprit étroits de s´échauffer ou de se laisser enfermer dans un dilemme qui n´en est pas un ; un faux débat, en somme. Car si l´un était le premier, il renfermait l´autre. Et c´est dire que tous deux était présents et qu´il n´y a en fait pas de préséance.

Pour ce qui est de l´être humain, certains croient qu´ils sont tombés du ciel ; encore heureux qu´ils soient encore en vie, car s´ils ne portent pas des ailes, cela a dû faire bien mal. D´autres croient qu´ils ont le sang bleu ; on s´étonne cependant qu´ils soient encore en vie, parce que la vie est caractérisée par un sang rouge d´hémoglobine, et pas quelque fantaisie têtue et perverse de couleur. On pouvait tromper et abrutir les gens au Moyen-Âge, mais depuis longtemps il est de notoriété publique que tout ces fausses allégations n´avaient pour but que de tromper les faibles d´esprit pour s´ouvrir des privilèges et des droits qu´on ne savait pas justifier autrement que par ces balivernes.

Non, nous sommes tous né de la mère, fruits de l´amour entre un homme et une femme, et nus. Tous nous sommes dépendants de l´attention et de l´aide que nous prodigue  la famille, la société pour nous épanouir et prendre en main notre destinée. Et tous nous sommes tenus de réaliser nos rêves, nos attentes, de répondre aux exigences multiples et complexes qu´exige notre vie, son entretien, sa promotion et sa jouissance, parce que s´il y a une définition certaine et vraie de la vie ; c´est qu´elle se termine par la mort.

Nous sommes de deux éléments : l´élément matériel corporel anima et l´élément immatériel abstrait, invisible, l´animus. Tout deux représentant l´unité de la vie. Beaucoup de gens parlent de la toute puissance de l´esprit ; une antinomie du corps qui n´existe pas parce que logiquement puisque l´esprit comme tel est un corps invisible mais perceptible et bien réel puisqu´il sait s´exprimer, créer, se réaliser. Pensez à un poème, à la communication du langage, aux mathématiques et leur utilité, à la pensée spéculative, organisationnelle ou simplement de saisie de relations et de rapports rationnelles.

Bien de penseurs estiment, ou firent avaler à leur monde que Dieu vivrait quelque part dans le ciel, dans le néant inconnu de l´univers : une vue comme une autre, et cependant la Réalisance, elle, part du principe que c´est la vie elle-même qui est l´acte de déification dans sa nature objective, subjective et sa réalisation accomplie et harmonieuse qui est la symbiose réalisée entre la raison et son moyen : le corps ou la matière. Et lorsque la vie s´éteint, tout revient au zéro, à l´infini de l´invisible.

Nous ne croyons pas, comme certains pouvaient l´affirmer à des concepts tels que matérialisme dialectique, par exemple parce que la matière elle-même n´a qu´une valeur utilitaire, et sous entendre que tous nous ayons le même esprit, c´est d´une part méconnaître un point fondamental : la différence sensible, et plus important encore le moment différentiel de réalisation. On peut parler de matérialisme dialectique social, parce que la société, de par sa multitude différentielle, se contredit, se critique, s´associe ; mais parler de matérialisme dialectique tout court, c´est élaguer la réalisation de son à priori critique et discursif pour l´abandonner à une phénoménologie rigide et inévitable qui conduirait d´une part à suggérer que la vie ne serait pas en elle-même duale et complexe, mais uniquement représentable comme un élément statique, d´un bout à l´autre quantifiable. Ou encore, ce qui fausse sa valeur réelle inestimable, que la vie comme telle pourrait être, dans sa projection absolue, l´objet d´une équation à grandeurs fixes ou déterminées.

Si Dieu est la vie elle-même, qu´en est-il de la théorie de l´évolution de Darwin ;  Dieu se aurait-il lui aussi « évolué » ? C´est pourtant le cas. En dehors de notre perception sensible, de notre foi ou de notre croyance en Dieu, il n´existe pas. C´est de notre longue évolution sensible que nous appréhendons Dieu ou pas. Il est donc, d´année en année, de siècle en siècle une saisie évolutive de notre sensibilité. Et si la vie disparaissait, Dieu disparaîtrait-il lui aussi ? Mais bien sûr, quitte à se conforter un jour dans une autre constellation, un nouveau choix de probabilités. Les dinosaures, les pierres ou les arbres ne nous ont pas laissé de messages ou de prières à Dieu, n´est-ce pas ?

Sur la compréhension et la saisie de Dieu, j´accorde à chacun le droit d´employer le chemin qui lui est le plus adéquat pour saisir cette grandeur qui est à la fois primitive et extrêmement complexe à comprendre. Mais ce qui me dérange et met la liberté sensible et le droit légitime à l´identité sensible en danger d´absolutude, ce sont ceux qui prétendent connaître Dieu et essaient de l´inculquer, de l´apprendre à aux autres. Et les plus dangereux des êtres humains, ce sont ceux qui courent le monde prétendre que leur Dieu, qui n´est somme toute que la saisie subjective de leur représentation déictique ou spirituelle, est la seule, la grande ou celle qui prévaut. Une telle aberration est du plus grand obscurantisme sensible. C´est une injure à la différence et à la multitude de la perception sensible. Un meurtre réel à la liberté.

Car si leur Dieu était le meilleur, le plus beau, le plus grand, le vrai en somme : comme le prétendent la religion chrétienne ou la religion islamique ; pourquoi existe-t-il donc d´autres races que les leurs ? Pourquoi existe-t-il d´autres pays que les leurs ? Pourquoi existe-t-il d´autres saisies ou approches de Dieu que les leurs ?

Ce Dieu, tout puissant et universel, pourquoi n´a-t-il pas fait en sorte que tout le monde soit de la même race, de la même langue, de la même croyance ?

Cela prouve à bon escient qu´un absolu déictique n´existe pas et quiconque défend ce point de vue primitif est un dangereux primate qui veut restreindre la liberté spirituelle à ses propres vues, ce qui ne cache qu´un secret désir de contrôler la pensée des autres. Pour les dominer. Pour les manipuler. A quels buts ? A des buts d´exploitation peut-être ? Sûrement. John Henrik Clarke (1915-1998), un historien, activiste et panafricaniste noir américain disait à raison : « Lorsque vous acceptez une image de Dieu donnée par une autre personne, vous devenez le prisonnier spirituel de cette personne ». Ce qui veut aussi dire : « Si quelqu´un veut à tout prix que vous adoptiez son Dieu ou sa croyance, il ne fait aucun cas de votre liberté et vous considère comme son esclave existentiel. »

Cette criminalité de la foi est trop souvent ignorée, parce qu´invisible, et cependant, est une des plus perverse qui soit, parce que loin d´un diagnostique réel, elle ronge   les liens sensibles de l´identité créative sur sa libre voie de réalisation pour lui inculquer un masque de valeurs, des repères de projection et d´extrapolation qui éloignaient l´aliéné de sa propre réalisation et le transformait en zombie, en copie du maître qui pouvait en faire ce qu´il veut, et notamment son esclave économique, culturel, social. Tout le mal et la lutte identitaire qui se livre dans l´aliéné pour retrouver le sentier perdu, débouche, s´il n´a pas appris à se libérer mentalement de la pieuvre immonde qui le dévore intérieurement, à de grotesques soubresauts désordonnés et informes par lesquels, assis entre un déchirement insoluble,  le pauvre aliéné ne reproduit ni ses désirs, ni ceux du maîtres ; mais un mélange inconscient et dénaturé qui frise la clown sensible sans talent : la prison sans barreaux s´est refermée sur lui. Le grand chanteur et passionné de l´identité historique noire ainsi que de sa liberté, Bob Marley ne chantait-il pas dans Redemptation Song :

“Emancipate yourselves
from mental slavery
None but ourselves can free our mind
Wo! Have no fear for atomic energy
'Cause
none of them-a can-a stop-a the time
How long shall they kill our prophets
While we stand aside
and look
Yes, some say it's just a part of it
We've got to fulfil de book..”
   

La liberté et son corollaire de projection réelle : la réalisation sont donc imbus de souveraineté et d´indépendance parce que ce sont ses voies et instruments de réalisance. Ils gouvernent sa monnaie comme lieu d´évaluation de l´échange, de la quantification des valeurs, de l´accumulation ; et dictent et organisent les priorités par lesquelles passent ses besoins. Croire donc qu´on peut s´accommoder de subterfuges ou de fausses indépendances ou souveraineté est un désastre de la plus belle illusion. Celui qui entretient cette hérésie est loin de respecter la liberté et l´avènement légitime de sa victime, parce que c´en est une.

La meilleure façon d´appréhender la définition pratique d´une monnaie de liberté, c´est de partir du principe de légitimité existentielle : chaque être humain devant se réaliser et possédant une part légale entière et légitime de la souveraineté nationale, doit avoir sa part pour s´exercer sur le marché réalisationnel civil ; sa réalisabilité étant liée à sa participation réelle (imaginaire ou manuelle) à la production de biens de réalisation, il doit recevoir en valeur monétaire réelle (monnaie, paie), l´équivalent de sa prestation. Et avec celle-ci il va entretenir ses besoins, épargner ou investir sur la place civile de biens de réalisation, c´est à dire être un acteur, prendre part à l´économie nationale. Il est donc clair que si, par une raison ou par une autre, il est exclu du circuit de monétaire de réalisation ou simplement restreint ou empêché, sa réalisation est en danger, celle de la nation, de l´Etat aussi.

Nous nous arrêterons là, car nous pensons que le lecteur a compris autant de l´importance de la circularité de la monnaie que de celle de la production de biens réels (imaginaires ou matériels) de réalisation. Il est cependant un rapport important qu´il ne faut pas perdre de vue : le rapport entre la représentation quantifiée de la prestation de bien (monnaie, argent) et sa valeur utile réelle ; ce rapport doit être le plus fidèle que possible au respect de la réalisation des acteurs sociaux autant en valeur relative qu´en valeur absolue, sinon on parle de monnaie vide, sans pouvoir d´achat, de monnaie de singe, d´inflation…etc. Tous des situations inconvenantes et plutôt destructives de valeur que productives.

Ce petit aperçu pour rappeler à tous ceux qui aiment à croire que l´argent est plus important que le résultat réel matériel de la créativité, que la monnaie quelle qu´elle soit n´est, dans sa pleine valeur, qu´une abstraction représentant le niveau de créativité et de réalisation d´un peuple, d´une nation, d´une communauté. En vérité, ce n´est qu´un bout de papier imprimé avec soin, certes, mais un vulgaire bout de papier tout de même. On voit cela le plus clairement lorsqu´il y a inflation : dans l´Allemagne inflationniste de l´après guerre, ou aujourd´hui encore dans certains pays de développement, la détérioration de la monnaie pousse les gens à convoyer des kilos de papier monnaie pour acheter un vulgaire pain. En Allemagne on employa des brouettes pour aller, avec des billets de 1 million, 10 ou 100 millions de DM pour acheter le beurre, les œufs ou le pain. Ce qui est important alors, ce n´est pas la monnaie, mais le produit qui s´est raréfié.

L´une des erreurs monumentale faite par les pays sous développés, est de croire qu´avec l´aide ou l´endettement, ils vont sortir de leurs misères. Seul la production de biens de réalisation fait sortir un pays du manque ; qu´on ne se fasse aucune illusion.

Dans l´excellent ouvrage de Joseph Tchundjang Pouémi : Monnaie, Servitude et Liberté, ce brillant économiste parle de monnaie vide et monnaie pleine. Lorsque vous empruntez de l´argent, un financement à votre banque, pour vous c´est de l´argent vide, et pour le banquier, c´est de l´argent plein. L´aide au développement, c´est de l´argent vide, mais les recettes saisies en garantie de monnaie par la France, par exemple pour le CFA, c´est de l´argent plein. L´astuce, ou la sournoiserie consiste à se saisir de l´argent plein africain, et de le leur substituer avec l´argent vide de l´aide ou de l´endettement. Extrapolez sur la liberté, vous découvrirez que la liberté peut être vide ou pleine, une démocratie vide ou pleine selon que les citoyens qui y vivent se réalisent librement en exerçant leurs droits et leurs devoirs le plus souverainement que possible.

Et ici je réponds à des questions qui m´ont été posées par de nombreux lecteurs intéressés. La raison, comme on a l´habitude de la présenter, n´existe pas ; ce n´est qu´une organisation motivée de notre sensibilité habilitée à discerner et résoudre les problèmes situationnel de notre existence. Mais la société accepte comme acquis un legs sociohistorique de schémas, de logiques reconnues objectivement ou ayant fait leur preuve comme repère et signe de la raison. C´est donc qu´on ne peut pas apprendre la raison, on ne peut qu´apprendre à raisonner. Blaise Pascal avait dit : « la raison raisonnante se moque de la raison ; la vraie morale se moque de la morale », et autant dire que la meilleure raison, la meilleure morale ; celles qui répondent le mieux et idéalement à une situation, un cas, un problème doit s´imposer. Ou être le choix de l´être raisonné ; ce qui reviendrait en fait à être capable non seulement de choisir ou d´imiter, mais aussi de reconnaître et créer la raison et les syllogismes qui ouvrent à notre épanouissement le plus libre et le plus plein.

L´harmonie, l´équilibre de perfection est un lieu de réalisation absolu, car à cet endroit sensible, tous les rapports internes et externes s´annulent pour exiger la jouissance la plus pleine qui répondrait aux devoirs du point d´harmonie, d´équilibre le plus élevé.

La liberté, puisqu´elle est le corollaire de la réalisation, de la plénitude humaine ; est une des valeurs les plus chères et des plus profondes de l´existence humaine. Beaucoup la comprennent comme un attribut du besoin, des attentes et des désirs existentiels ; d´autres comme une appellation ou un concept dans lequel ils peuvent projeter ou comprendre la vision, le concept directeur de leurs organisations et pensées d´existence et de réalisation. C´est certes tout cela et même aussi le droit d´humer l´air frais de la colline ou d´aller se baigner dans la mer. Mais c´est bien plus profond que cela parce que cette valeur issue de l´amour d´être, de devenir et de se réaliser, de part sa portée sociale, humaine, universelle, prend corps dans la vie et devient la valeur la plus chère, la plus belle, mais aussi la plus exigeante de l´existence humaine. Sa saisie est non seulement individuelle, collective, universelle, mais pour mieux la comprendre, elle demande à l´être humain d´équilibrer ses droits, ses exigences avec celle d´un rapport absolu qui ne porte préjudice ni à la nature, ni aux autres êtres humains. Elle nous accorde l´absolu sensible, tout en nous rappelant que l´absolu n´existe pas, ou du moins qu´il fait cas d´un ordre existentiel et réalisationnel qui respecte l´harmonie et l´équilibre des facteurs réels et imaginaires qui entretiennent ou reproduisent, eh oui : la liberté.

C´est à dire que n´est un acte de liberté qu´un acte qui, de sa genèse à sa finalité, étalé dans l´espace ou le temps, et dans l´absolu de tous les rapports inévitables de la vie humaine, reproduit distinctement et sans le moindre doute la liberté.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com