13 mars 2006
La periphérie se rebiffe
Contre un campagne orchestrée:
La Périphérie se rebiffe
“Time is on the side of the oppressed today, it´s against the oppressor.
Truth is on the side of the oppressed today, it´s against the oppressor.
You don´t need anything else.” Malcolm X.
Face aux accusations des sociétés « humanistes américaines », la Chine et le Venezuela se rebiffent et contre attaquent : du Venezuela on fait dire que l´Amérique n´a aucun droit de faire remontrance à quelque pays que ce soit parce qu´elle était à la base de la misère et de la corruption à la périphérie. La chine, elle, était plus virulente : elle accusait ouvertement le pays de l´oncle Tom de mystifier le monde et de jouer le cruel jeu des riches.
Au-delà de cette petite guerre verbale, il y a bien plus qu´une escarmouche dialectique ; il y a, de la part des associations américaines patentées de la défense des droits de l´homme, la tentative de criminaliser ces deux pays, comme tous ceux qui, devant la politique américaine d´hégémonie et de centralisme économique et financier pour les rabattre dans leurs petites chaussures. On pourrait en d´autres termes dire : on n´attaque ou on ne contredit pas le monstre blanc du sacré. Les temps ont pourtant changé : depuis que la Chine a relevé l´Italie de la 4ième place économique pour se loger dans la champions ligue économique, qu´en Bolivie un indien nommé Evo Morales a été élu président de la république et venait s´aligner aux côtés de Luiz Inacio Lula da Silva du Brésil et de Hugo Chavez du Venezuela ; l´Amérique latine, celle que les américains dans leur histoire n´avaient considéré que comme poulailler économique et financier où leurs investissements, leurs tribulations politiques devaient rapporter des gains effarants, élisait ses meilleurs généraux pour lutter contre l´exploitation partiale américaine. Les temps sont devenus raides et critiques envers ceux qui avaient la réputation de ne considérer les autres peuples que comme leurs pondeuses d´œufs en or qu´ils étalaient, eux et leurs enfants tous les dimanches sur leur pain au déjeuner, pendant qu´à l´autre côté de leur enclos, des mains tremblantes de misère et de privations s´élevaient pour mendier. La liberté aurait-on alors compris, c´est quand l´Amérique et l´occident s´en mettent plein le ventre et que les autres mendient et meurent de faim devant leurs frontières.
Ces temps là semblent révolus, du moins en ce qui concerne l´acceptation de cette logique de centralisme économico-financier entretenu par l´occident depuis 600 ans, et dont les lois et les préceptes renvoyaient tous ceux qui n´étaient pas blanc à l´utilitarisme infamant ou à la soumission misérable.
Et même si cette chasse aux sorcières du terrorisme avait permis de faire quelques belles sournoiseries sur des Innocents, des démonstrations d´armes et de techniques militaires plutôt destructives qu´efficaces, le tout garni de parades d´uniformes et de bottes cirées ; tout cela écrasait la liberté et la souillait plutôt qu´elle ne la respectait et l´entretenait. Droit de suite et de représailles entendait-on dire ; et si tous les esclaves, toutes les victimes de la colonisation faisaient la même chose ? Ceux de guerres faussée du Vietnam, de l´Holocauste… ?
On le voyait en Afghanistan : après le déluge militaire qui avait balayé les talibans et leur fondamentalisme borné et primitif, personne ne semble remarquer que ce pays, sans une orientation de réalisation fondée sur la liberté respectant celle des autres et se réalisant pacifiquement, errerait dans l´insécurité et l´anarchie, et pourrait bien, sous la présence injurieuse et inopportune des étrangers, devenir un essaim d´abeilles révoltées et déçues par une occupation qui, à la longue deviendrait étouffantes et hargneuse, parce qu´elle n´apportait pas la réalisation économique escomptée. Bombarder et se défaire de criminels, tout cela est bien joli ; mais l´avenir devait aussi être entretenu et conforté par des victoires sociales, culturelles, économiques successives qui ouvriraient sur l´engagement et la participation de tous autour d´une société qui aurait le courage et la volonté de se mouler dans un autre idéal plus émancipé, plus libre, plus responsable et tolérant non seulement devant ses citoyens, mais aussi à l´égard des autres. Une des femmes les plus brillantes de l´esprit démocratique allemand : rosa Luxembourg disait : « Die Freiheit ist immer auch die Freiheit des anders Denkenden » (Entendez : la liberté est toujours aussi celle de celui qui pense différemment de nous.)
Et si l´actuel président de l´Afghanistan s´écriait en Allemagne lors l´une de ses innombrables visites pour inviter les investisseurs étrangers à investir dans son pays : « Les afghans aiment les produits allemands ! » ; un cri de détresse plutôt qu´une preuve de bon sens, car ce dont rêvait un afghan, ce n´était sûrement pas de produits qui ne répondaient pas à sa sensibilité, et par surcroît pas lorsqu´ils étaient produits par un autre, mais sûrement de ses propres produits répondant à ses désirs et à son imagination. C´est toute la différence entre l´aliénation, la soumission et la libre réalisation. Mais peut-être fallait-il comprendre cette phrase comme ceci : « Vous nous avez libéré d´un grand abcès sociohistorique, mais investissez donc chez nous pour nous permettre de nous relever, d´encenser la réussite réelle d´une nouvelle société.»
Le temps, lui, était aux bottes militaires et au ratissage des récalcitrants ; et pour dire vrai, personne ne voulait se substituer aux afghans ou investir chez eux pour les développer malgré eux. Il s´agissait seulement de liquider des criminels. Mais si cette société ne savait pas sortir de son impasse totalitariste islamique, elle aurait bien difficile à se défaire de cette plèbe barbue et aveuglément coranisante qui reviendrait, faute de réussite objective sociale fondée sur des valeurs plus émancipant de l´absolutisme religieux, reviendrait à l´assaut en force. Chassez le naturel, on le sait, il revient bien vite au galop.
Pour ce qui est de cette rebuffade périphérique qui n´est pas du genre luxe de salons d´intellectuels désabusés comme on en a vu en occident ; du genre qui parlait changement et chantait socialisme tout en vivant de la richesse de papa qui, lui, s´était sali les mains avec l´esclavage, la colonisation, la francafrique et les escroqueries politiques, économiques aux matières premières et à la gestion monétaire obligée des pauvres africains. De cette race d´énergumènes incapables et faux qu´on retrouvait après quelques années de fausse rêverie dans l´entreprise de papa, à piller à loisir le tiers monde avec bien plus de sournoiserie encore, avec un ricanement indécent : « C´est la vie ; moi d´abord, les autres on verra ! ». Le retour sur les genoux de valeurs patriarcales après avoir trompé son monde et fait plus de vent que d´esprit.
Il faut en effet avoir le toupet de manger aux fruits viciés du racisme, de la xénophobie et de l´exploitation criminelle, causer liberté et croire à la vertu par dilettantisme, pour cacher qu´en réalité on était soi-même tout aussi mauvais, si pas sans la moindre idée ni de ce que signifiait réellement la liberté, ni comment un meilleur idéal la concevait et pouvait l´organiser.
Par contre, cette conscience qui avait grandi et mûri à la périphérie était non seulement historiquement fondée, mais aussi de grandes enjambées philosophiques, car ce que l´occident par son habituel égoïsme aveugle et borné n´arrivait pas à comprendre ou à percevoir, malgré l´évidence et la clarté irréfragable de la légitimité, il fallait bien qu´on le lui apprenne, même avec de petits dessins, car vraisemblablement elle n´était pas capable d´aller au-delà de son ombre. Et pourtant tout était si simple : le droit qu´elle s´ouvrait et se réservait par tous les moyens légaux et illégaux, il était aussi celui des autres : vivre et se réaliser pleinement sa vie durant. Et léguer à ses enfants, aux siens une culture qui chérissait leurs valeurs, pas celles de France, d´Amérique, d´Allemagne ou de Mussolini.
Mais devant la surdité et les méthodes des plus criminelles employées par l´occident depuis des siècles pour asseoir ses intérêts, son hégémonie et ses excès, il fallait tout de même lui rappeler à bon escient qu´elle n´était pas seule au monde et que tous les autres peuples de la terre, que tous les hommes, femmes et enfants aspiraient à la même jouissance sensible, à la légitime réalisation. Question de méthodes ou d´immoralités ? Les salauds et les bandits, ceux qui s´imposaient par la violence et le vice auraient-ils meilleur sort que ceux qui croyaient à la morale et à l´éthique ? C´est le contenu de ce grand débat moral et éthique qui a embrasé la périphérie en lui donnant un caractère de croisade humaine irrésistible, car chacun avait compris que ces mots, ces protestation, ces idées portaient l´espoir de tous, pas seulement celui des riches ou celui des pauvres, mais l´appel éloquent à un partage équitable des moyens et des responsabilités existentielles. Car s´accaparer de tous les moyens financiers et économiques comme l´a fait jusqu´à ce jour les occidentaux et tous ceux qui les avaient imités, c´est priver les uns de travail par un chômage indécent et dénigrant, pendant que les machines ou ceux qui travaillaient se consolaient individuellement, cependant que la banqueroute des assurances sociales, les dettes publiques de l´état, leur volaient leurs pensions futures.
Celui qui aujourd´hui encore acclamait ce tableau et entretenait ce système était-il encore réaliste ?
Croire que le monde entier n´achèterait, toute son histoire durant que les produits occidentaux n´était-il pas illusoire et borné ? Autre chose : avoir éconduit et avili l´Afrique en détruisant tous ses efforts de développement ne privait-il pas l´occident de futurs clients et partenaires économiques et financiers ? L´absurdité du racisme et de la discrimination occidentale : il ne s´agissait plus d´avoir des amis ou des partenaires, il était plus question d´étouffer de potentiels concurrents. Et à force de s´y concentrer, on en oublie qu´on surproduit et que ces produits ont besoin de débouchés. Peut-on vraiment parler d´intelligence ou s´agit-il, hélas, d´un aveuglement des plus idiot !
Consommer les matières premières du monde entier à gorge déployée, et ne pas être capable de se rendre compte qu´à la longue cette appauvrissement de la périphérie ne servait à personne et qu´il était d´un culot injurieux ; ne pas voir plus loin que son nez…il faut être occidental pour parler alors de cartésianisme.
Pour l´Afrique, il s´agit de ne pas se taire; bien au contraire. C´est l´occasion de chercher et entretenir les voies et les moyens sociohistoriques qui conduisent à sa propre réalisation et à ses intérêts. Tous ceux qui, comme ces dictateurs et ces aliénés gouvernants élevés à force de coups d´Etat ou de corruption qui croyaient que le système occidental hégémonique et partial était un bon exemple à suivre ou à imiter, qu´il fallait livrer les matières premières de leur peuple à Bwana quitte à mourir courageusement dans la misère et la pauvreté, il fallait leur dire d´ouvrir les yeux et de laisser parler leurs cœurs, s´ils en ont. Ces femmes et ces enfants qui meurent et désespèrent devant leurs yeux, ce sont des leurs ; ce ne sont pas des étrangers. Et même dans ce cas, le bon sens et la bonté exige qu´on les préserve du sort ignominieux que leur réservait l´aristocratie autocratique occident dans son égoïsme et son aveugle cupidité.
Il s´agit non seulement de dire à ces gens que notre patience a des limites, mais aussi que nous aussi nous avons droit à la liberté et à la pleine réalisation ; il faut avoir le courage d´aimer et de chérir les siens autrement qu´en les offrant aux loups du système monétaire international et leurs adeptes bombardant et asservissant. La liberté et son corollaire : la réalisation, est un bien légitime et humain qui revient à quiconque fait partie de ce monde, car il y a droit. Et une race qui s´adjuge le privilège de régner sur le monde entier, de consommer toutes ses richesses, d´avilir, de torturer et de tuer quiconque ne pense pas comme elle, n´est en rien l´exemple ni de liberté, ni de tolérance.
Il est grand temps que nos enfants, nos femmes, comme toutes les femmes et les enfants du monde épanouissent librement leur sensibilité et s´en nourrissent au lieu d´être ou de devenir des mendiants auxquels on jetait des miettes rances et dures à avaler.
Dans cet enfant noir vêtu de lambeaux, esseulé sous le soleil merveilleux de l´Afrique, il y couvait un rêve chaleureux et franc que ses mains refermées sur sa brûlante prière quotidienne serrent de toutes ses forces sur son cœur. Donnez-lui la chance de s´épanouir, d´offrir au monde la beauté et la profondeur de son talent et celui-ci ne s´en réjouira que d´autant mieux, parce qu´il aura retrouvé le visage tendre et bienfaisant de la liberté.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu