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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

14 mars 2006

Sumita, la jeune africaine de Paris

Extrait des Cercles Vicieux

Une rencontre inattendue

De bonne humeur et presque euphorique, Lou et Kalala se séparèrent de Raymond et d´Eugénie. Portés par la fructueuse réussite à Bangkok et par leur prochain mariage, les hôtes furent particulièrement joyeux et généreux dans l´atmosphère qu´ils réservèrent à leurs invités : on dîna dans un des meilleurs restaurant des Champs Elisée et on se retrouva le soir chez Raymond et Eugénie dans une ambiance des plus aimable. Et au rythme abondant de coupes de champagne, la soirée alla bon train. Et cependant, il fallut se quitter. Lou fit venir un taxi et lui et Kalala, plus éméchés que sobres, prirent la route de Paris centre où se trouvait leur hôtel. De bonne humeur, Lou lança au chauffeur :

-          Faites-nous donc un peu voir cette ville de son meilleur côté, mon ami ; nous avons le temps…

Le chauffeur sourit, complice :

-          Vous voulez dire vers la rue Saint Denis, monsieur ?

-          Eh bien, va pour la rue Saint Denis, n´est-ce pas Kal ?

Kalala sursauta non seulement sur ce diminutif, mais aussi sur les frivoles intentions de Lou ; il ne savait même pas si Lou savait ce qu´il disait ou voulait ce qu´il pensait.

Après autant de verres de champagne, Lou savait-il encore ce qu´il disait ? Kalala ne le croyait pas ; lui-même avait difficile à garder la tête froide. Il laissa faire, persuadé que ce n´était qu´une sorte de curiosité, de folie de l´aventure.

Lorsqu´ils eurent atteint le quartier que Kalala, contrairement à Lou, ne connaissait que trop bien pour avoir fait ses études en sciences économiques à Paris II, le chauffeur ralentit dans la rue peuplée de nombreux va et viens d´hommes et de femmes étrangement peu couvertes pour ces froides températures de début hivernal. A chaque passant masculin, les manteaux s´ouvraient sur des appâts qui ne laissaient aucun doute sur la nature du commerce qui se pratiquait visiblement sur toute la rue. Lou n´en revenait pas ; il était encore en train de réaliser ce qui se passait autour de lui que deux jeunes femmes se précipitèrent vers le taxi et firent aux passagers signe de baisser les glaces. Le chauffeur, lui, sans le moindre gêne activa de sa place le rabais des vitres à mi parcourt. Tout ce que les femmes alors proposèrent le fit grincer d´aise. Lou par contre fut saisi de dégoût et ordonna au chauffeur de quitter les lieux.

Celui-ci s´exécuta non sans grognements :

-          …j´pensais que vous vouliez chercher la mom´ pour faite quinquette… ? Ah, faut s´voir c´qu´on veut, punaise !

Il avait à peine quitté les lieux et roulait dans la rue voisine que la même scène se répéta ; à croire que les rues environnantes ne furent bondées que de prostituées en mal de clients. Mais au tournant d´une rue peu fréquentée, Lou ordonna soudain au chauffeur l´ordre de s´arrêter…

Et dès que la voiture se fut arrêtée, Lou se précipita au dehors et vomit sur le trottoir.

Le chauffeur, bon enfant, y donna son sel en s´adressant à Kalala avant qu´il ne se précipita à l´aide de son ami :

-          M´a plutôt l´air d´une mémère, vo´t copain…

Kalala aida tant bien que mal Lou à reprendre sa place dans la voiture ; le chauffeur, lui, émit un nouveau grognement désintéressé.

-          A l´Inter, lança Kalala

Un fois encore le chauffeur dut s´arrêter pour permettre à Lou de se soulager ; le vin, le chauffage de la voiture, tout semblait lui remonter l´estomac. Et de nouveau, le chauffeur jeta à Kalala :

-          Quand on ne sait supporter ni le vin, ni la femme…un peu mou, hein ?

Quand Lou remonta dans la voiture, il demanda au chauffeur de ne pas démarrer. Il lui avait semblé entendre des cris.

-          L´alcool peut être bien cruel…lança ironiquement le chauffeur

-          Silence… ! Coupa Lou

Quelques minutes passèrent, puis, au coin de la rue, une forme insolite apparut, titubantes, puis elle s´effondra. Lou demanda aussitôt au chauffeur de rouler jusqu´à l´endroit de chute.

-          Ah, non, hein ; nous sommes dans un quartier douteux ; j´veux pas racoler du plomb. C´est dangereux, l´coin. J´bouge pas. Allez-y à pied si c´la vous chante…

Lou fit signe à Kalala et débarqua de la voiture.

-          Avez-vous au moins une lampe de poche ? Demanda Kalala au chauffeur.

Celui-ci, la mine renfrognée, chercha sous son siège et lui tendit une lampe. Lou marchait déjà vers la forme écroulée sur la voie. C´était une femme, plutôt nue qu´habillée ; elle était couverte d´hématomes et saignait du visage, des mains et des jambes. Lou la releva quelque peu de la chaussée, pendant que Kalala soupçonneux scrutait de sa lampe les alentours.

-          Rien, personne ; assura-t-il…plutôt mal en point, n´est-ce pas…

-          Oui, avoua Lou en enlevant son manteau et en recouvrant la jeune fille. Fais signe au chauffeur, Kal ; nous l´emportons…

Kalala hésita, puis il lui sembla que la femme étendue sur la rue grognait de douleur ; il se releva et fit des signaux de lumière au chauffeur. Celui-ci avança la voiture et s´écria aussitôt sa quitter l´auto en marche :

-          Ah, non ! Ma voiture n´est pas un corbillard…elle va me bousiller le confort…rien à faire. Appelez une ambulance de secours…j´vais pas me faire c´la !

-          Avez-vous déjà entendu parler de non assistance à personne en danger, demanda Lou ; et il ajouta : pour le sang sur vos sièges, je m´en charge…

-          Bien, dans ce cas…quelle cochonnerie ; pourvu qu´elle ne crève pas dans ma voiture, hein…pressez-vous, si son mec racole, ça va craquer…

Lou et Kalala portèrent la jeune fille sur le siège arrière ; Lou prit sa tête sur ses jambes.

-          Et maintenant, dit Lou, à toute vitesse à l´hôpital le plus proche.

-          Prenez les meilleurs raccourcis, invita Kalala.

Voyant que le chauffeur ne semblait pas comprendre l´urgence de la situation, Lou lui lança :

-          Cent Euro de prime, mon ami ; pressons, elle perd trop de sang…

A l´hôpital, aux service des urgences, Lou et Kalala attendirent jusqu´au petit matin, lorsque le médecin de garde vint leur dire :

-          Etes-vous parents ou amis ?

-          Amis, avança Lou ; comment va-t-elle, docteur ?

-          Plutôt mal…elle avait une épaule déboîtée, une clavicule fracturée, ainsi que l´avant bras gauche…hématomes divers…ah, oui, et un cadeau désagréable : une fraîche gonorrhée…voilà ; qui paie les frais médicaux ?

Lou s´avança :

-          Moi.

-          Dans ce cas, par ici, s´il vous plait…

Pendant qu´il remplissait les formalités et payait la facture des soins avec sa carte de crédit, Lou demanda tout à coup :

-          Dites-moi docteur, pouvons-nous la prendre avec nous ?

Le médecin jeta à Lou et à Kalala un regard circonspect, puis il haussa les épaules et lâcha :

-          Je ne vous le conseille pas ; elle est en plâtre sur toute la poitrine, et cette…désagréable surprise au bas ventre doit être suivie.

-          J´ai…nous avons un médecin familial, il va s´occuper de cela.

Le médecin parut hésiter, puis il céda : 

-          A condition que vous me donniez votre parole qu´elle sera suivie…

-          Vous avez notre parole avoua Kalala. Où est-elle ?

-          Chambre 202 ; voulez-vous vraiment la prendre avec vous ; elle va nécessiter des soins journaliers…invoqua le médecin.

Lou acquiesça pendant que Kalala, lui, partait déjà à la recherche de la jeune fille.

Pendant que le médecin remplissait les papiers de relâchement, Lou lui demanda soudain :

-          Docteur…comment puis-je l´amener à …Bordeaux ?

-          Oh là là ; ça va être une entreprise…je ne vous le conseille pas ; à moins bien entendu que vous ne preniez la voie des airs…mais ce n´est pas le cas, n´est-ce pas ?

-          Si. Je ne vois pas d´autre solutions, avoua Lou

-          Mais monsieur, vous ne vous rendez pas compte de ce que cette fille a subi…il lui faudrait un transport médical. Et ça, ça coûte un os ; est-ce une fantaisie ?

-          Combien coûterait ce transport, demanda Lou

Le médecin le regarda, surpris, puis il prit un catalogue et le feuilleta longuement :

-          Ah, voyons…Paris-Bordeaux…hem, c´est pas peu ; en hélicoptère… en deux heures 30 minutes : 5 milles Euros tout compris. Vous ne plaisantez pas ?

-          Pas du tout ; quand ? Demanda Lou le plus sérieusement du monde.

-          Dans, disons quarante minutes…vous êtes sûr… ?

-          Avertissez, s´il vous plait, le pilote ; nous prenons ses services en compte dans une heure.

-          C´est comme vous le voulez, monsieur, je vais prévenir les urgences aériennes.

Lou prit les documents médicaux de la jeune étrangère et suivit Kalala vers les chambres isolées des urgences. Il le trouva assis devant le lit de la malade. A l´entrée de Lou, elle émit un grognement de douleur et tourna son regard vers lui. Ses yeux enflés lui permettaient à peine de voir.

-          Surtout ne vous en faites pas…essayez de vous reposer…vous n´êtes plus en danger.

Il attira Kalala à l´extérieur de la chambre, le pria d´aller à l´hôtel et de faire les bagages.

Une heure plus tard, sanglés dans un hélicoptère médical, ils volaient en direction de Bordeaux.   

Musengeshi Katata    munkodinkonko@aol.com

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Posté par Musengeshi Kat à 11:02 - Roman existentiel - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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