L Allemagne, un exemple type ?

La Banqueroute allemande

Qui oserait croire que ce grand pays européen le plus industrialisé du continent et sa première puissance économique est en banqueroute ? C´est pourtant le cas. Un journaliste allemand ricanait : « Si l´Etat Allemand n était pas une institution absolue du droit public, un huissier aurait scellé ses bureaux et saisi ses derniers biens pour les vendre aux enchères ». Qu´arriverait-il dans ce cas ? Le peuple allemand serait-il délogé de son territoire, celui-ci vendu comme la Louisiane au plus offrant ? Non, ce n´est pas le sort réservé aux allemands inconsolables en ce moment car tous leurs indicateurs économiques et sociaux étaient au rouge. Dieu merci que rien ne semblait dénoncer cet état scandaleux des finances allemandes : les bus circulaient, les voitures aussi, les maisons étaient chauffées et personne ne devait mourir de faim. Et cependant, les chiffres ne trompaient pas : ce géant industriel de 1990 milliards $ de PIB, soit près de une fois et demi celui de la France, accuse depuis la réunification qui a fait exploser sa dette publique aujourd´hui de 1465 milliards € (en France 1065), ce qui occasionne par an des intérêts négatifs d´emprunt de 40 milliards € (en France 47 milliards), soit 20% des recettes de l´Etat. Et ce n´est pas tout ; sous la joyeuse fièvre à l´endettement, les pays fédéraux ainsi que les communes se sont largement dépassés, pour jouer de concert. Leurs dettes s´élèvent à 700 milliards €. La ville de Berlin, par exemple, est endettée au niveau de 69 milliards, le Nordrhein Westfalen avec 110 milliards.

Et depuis bientôt 4 ans, ce pays ne sait pas remplir les critères de Maastricht qu´elle avait elle-même imposé, celui-ci enjoignant les membres de l´Union Européenne à respecter un plafond de 3% d´endettement sur leur PIB respectifs. Et la commission européenne se fait lentement impatiente, et menace d´entamer la procédure de pénalisation aboutissant au paiement une amende de 8milliards.

Non seulement la croissance économique stagne aux environs de 1,2% (2,2% en France) en ce moment, c´est à dire qu´elle est trop faible pour résorber son chômage qui soit dit en passant est de 12%, mais son système d´assurance sociale s´est écroulé sous le retrait de 2000 milliards de DM (jadis, soit 1000 milliards € actuels) affectés au financement de la réunification. Et la réforme qui devait la remettre sur pied se bute à une autre impasse : la décroissance démographique et le vieillissement irréversible de la population active, ce qui alourdit les obligations de la caisse des pension qui, pour la première fois, en 2005 accusait un déficit de 900 millions $.

La courbe démographique n´est plus réparable, si aujourd´hui l´Allemagne compte 20 millions de retraités, en 2030, ce sera 60% de la population qui sera grisonnante. L´Allemagne accuse trop peu de naissance pour relever son déficit démographique (en 2005, ce pays n´accusait que 650 milles naissances pour une population de 82,5 millions d´habitants !). Ce qui pose un imminent problème pour la caisse de pension qui ne saura pas à la longue remplir ses croissantes obligations.

On le voit, le torchon brûle dans la société allemande. Non seulement la réunification a été bâclée et ses conséquences économiques sous estimées, mais le chômage, la décroissance démographique, l´endettement public galopant est venue envenimer le contexte socioéconomique de ce grand pays européen enfermé dans un dilemme crucial.

L´actuel accroissement de l´adversité sur le marché international avec la montée de la Chine et de l´Inde au firmament industriel ne semble pas arranger les choses, car si ces pays, en début d´industrialisation s´approvisionnent en machines et en licences de production, le boomerang est programmé lorsqu´ils auront maîtrisé la production. On l´a vu avec VW pour les véhicules tout terrain, avec le Transrapid allemand imité par les chinois, pour les locomotives de Bombardier etc.

Malgré que l´Allemagne soit le premier exportateur de bien mondial (avant le Japon, et avant l´USA, il faut le faire puisque le Japon est 2ième puissance économique mondiale avec 3995 milliards $, et Les USA, 1ière avec 10400 milliards $.), ses exportations ne semblent pas améliorer sa situation économique actuelle ; bien au contraire, les problèmes persistent et s´enveniment. Et la campagne actuelle menée par le gouvernement fédéral pour pousser les femmes à avoir plus d´enfants arrive bien tard ; peut-être trop tard pour changer quoi que ce soit à l´érosion du facteur humain en Allemagne. Mais autre chose est de vouloir des enfants, autre chose est de les aimer, et donner à leurs mères une reconnaissance sociale, des salaires et une infrastructure sociale qui leur permette d´être mère avec joie, mais aussi de revenir dans leur profession avec encore plus de joie. Sur ce point de vue, l`Allemagne est en retard par rapport à la plupart de pays européens. On se demande si elle n´est pas sortie des KKK ( Kinder – Küche – Kirche) réservés aux femmes jusqu´à la deuxième guerre mondiale. 

Et beaucoup pensent déjà à ces guerres inutiles qui engloutirent des générations innocentes de citoyens qui auraient aujourd´hui fait des enfants. Le pays du Poète et du Penseur…comme le disent eux-mêmes les allemands était devenu le pays des médecins sous payés, du chômage pesant, des dettes publiques galopantes. Et d´une criminalité infantile étonnante. Pour donner une idée de ce que ces dettes publiques exorbitantes des pays industrialisés signifie, un économiste allemand a dit : si nous payions 10 milliards $ chaque ans sans nous endetter de nouveau, il faudrait 140 ans pour épurer la dette principale.

Le mal est bien plus grand que les pays industrialisés ne veuillent l´avouer : la preuve que leur système économique est en fait remis en cause, et ne correspond plus aux exigences des temps. Car ce sera difficile, comme on le voit en France et partout en occident où on a continué à vivre sur l´espoir de la croissance et de la surproduction, de soutenir une idéologie dépassée et caduque : les grèves se multiplient, la jeunesse se révolte parce que selon toute vraisemblance, on veut les avoir à bas prix, tout en leur exigeant de se doter d´une pension privée, pendant qu´on les endette à cœur joie et qu´on dilapide leur pension ; quant aux coûts de santé, personne ne sait s´ils ne seront pas privatisés comme le faisait l´Etat industriel avec ses communications ou ses autoroutes pour se donner de l´oxygène dans ses finances. Et pourtant, cette escroquerie au bien public qu´on vendait « aux copains payants » ne doit pas devenir la règle de l´avenir ; un jour ces services de table feraient défaut, et alors ? Faire payer tout le monde les autoroutes et les privatiser un jour sans rendre aux anciens propriétaires les gains de cette transaction, d´autant que l´objet privatisé devient payant pour tous, c´est de l´escroquerie, pas autre chose ; car le petit peuple paie deux fois pour le même service indéfiniment. Perverse logique.

L´Allemagne en tout cas est une société en pleine ébullition, en plein changement ; mais changer quoi, pour aller où, pour quel système ? Et cette globalisation qui venait à grand pas…un programmeur allemand (ou européen) coûtait 500 mille € jusqu´à 18 ans ; l´indien, lui n´en coûtait que 15 mille € et il était meilleur que son collègue allemand ou français.

Peut-être devrait-on penser aux africains qu´on a rejeté et enfoncé dans la misère et la pauvreté ; s´ils s´étaient confortés économiquement, ils seraient aujourd´hui des partenaires commerciaux non négligeables. La cupidité, la rapacité et le racisme, peuvent eux aussi tuer, à petit feu. Mais combien douloureusement. Pourvu qu´ils n´aillent pas en Afrique jouer les grands savants du progrès et les donneurs de leçon de savoir faire.

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu

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