Des moulins à vents ?

Le Don Guichote européen contre le racisme

« Or le pari absurde était de vouloir coûte que coûte faire exister quelques valeurs alors que le non-droit, l'inégalité, le meurtre multi-quotidien de l'homme étaient érigés en principes législatifs. »   

                                                Franz Fanon

                                                Extrait de : lettre au ministre résident (1956)

Dans toute l´Europe, une honorable campagne est menée à tambour battant contre le racisme : pieuse et louable entreprise, et cependant, il saute aux yeux que parallèlement, les grèves et les effets négatifs de la crise économique se font lentement mais cruellement sentir. En France la jeunesse allait sur la rue, en Belgique, en Allemagne c´était les médecins réduits à des salaires de cordonnier ; il n´y avait aucun doute, l´été rouge de la protestation et de la contestation a commencé. Et il sera bien long, car les déficits occasionnés dans les assurances sociales dans ces pays ne vont pas disparaître, bien au contraire, ces pays se sont tous arrangés pour faire subir un radical changement de solidarité à leurs mutuelles et à leurs caisses de pensions : désormais on paie, mais dans une caisse sans fond ; c´est à dire qu´aucune garantie n´est donnée quant aux futurs paiements qui pourraient bien être des poignées de mains chaudes ou peut-être un sac plein d´arachides avec lequel on avoisine l´aide sociale. Après 40 à 45 ans de paiement de cotisations, la belle surprise ! Où est donc restée la solidarité ; que sont devenus mes cotisations ? Pfuit, envolés ; parti sans laisser d´adresse. La crise, le chômage, les rentes négatives de l´endettement public…ont rongé l´avenir ou la santé de la pension, la réduisant ainsi à une obole. Fini l´ère du pensionnaire heureux et voyageant de par le monde sans souci ; le mot magique actuel est : assurances privée. Et si on ne gagne pas bien, comme on veut l´imposer aux aspirants à la profession, ou comme les patrons ont tendance à vouloir l´imposer dans l´Etat actuel de faibles syndicats et de pouvoirs publics endettés ? On est trompé deux fois, cela va de soi : une fois parce qu´on doit accepter de bas salaires, ce qui restreint l´épargne qu´on ferait pour sa pension privée, et l´autre fois parce qu´à la fin de 40 ans de durs et loyaux services, la pension étant calculée sur la base des salaires mensuels, en moyenne il ne sera pas une fortune. Et avec le prix croissant de l´énergie, du coût de la vie ; c´est à peine si on saura en vivre.

Lorsqu´on analyse les pays scandinaves, on se rend compte que dans les pays centristes : Allemagne, France, Belgique, Italie, Espagne…les riches et les représentants du peuple ne paient rien dans la caisse de solidarité sociale, mais en retirent des avantages faramineux. A peine croyable, n´est-ce pas ? Ce sont eux qui jouissent de pensions les plus riches, et ce sont eux qui ne paient rien dans celle-ci. Ceux qui ont organisé et imposé ce système devaient avoir un sens d´équité très particulier, il faut le dire ! Dans les pays scandinaves par contre, tout le monde est régis à la même enseigne : tout le monde paie à la même solidarité, ce qui la rend plus stabile et plus équitable. Car ceux qui gagne mieux et plus, cotisent en rapport à leurs revenus. Et les malades, les invalides et ceux qui paient moins sont épaulés par ceux qui ont meilleure fortune. C´est bien autre chose qu´une solidarité du bout des lèvres.

On a facile aujourd´hui à tromper la jeunesse ou à l´entraîner dans des dilemmes financiers largement saupoudrés de lois ténébreuses, habilement conçues pour maquiller et cacher la vérité que de verser un vin pur et sain à ses citoyens, surtout les jeunes qui s´occupent plutôt de vivre et de s´épanouir que de planifier d´organiser leur vieillesse. Et on a facile à les distraire, à les pousser à l´aveugle consommation avec un sexisme exagéré, une campagne industrielle de grosse bouffe qui engendre bien d´obésités, de malades de la consommation, du gadgetisme ou de la collections d´achats. Mais au plus tard lorsqu´ils sont touchés par le chômage qui frappe actuellement les jeunes cruellement, ils reviennent sur terre. Pourvu qu´ils ne sachent pas réfléchir et faire deux et deux font quatre, parce qu´ils se rendront compte qu´on les mène en bateau. La banlieue française en est une preuve flagrante : 30 ans de délaissement et de mépris déboucha sur une révolte mémorable. Mais entre temps qu´est-ce qui a changé ? Les dettes de l´Etat se sont-ils évaporés, non ; le chômage a-t-il été endigué, non. Et la pension ?

C´est dire, pour cette rageuse campagne contre le racisme que je soutiens, soit dit en passant, vivement ; que c´est malheureusement de la pure cosmétique qui vient mettre trop de teint sur des rides encroûtées d´une Europe qui aujourd´hui, comme un faux jardinier, s´attaque aux mauvaises herbes en les coupant à la tondeuse à gazon. Et les racines ?

Pendant des siècles elle a, par des actes honteux et criminels qui vont de l´esclavage en hordes organisées en passant par la colonisation massacrante et torturante à loisir, entrepris de réaliser son bien être. Sans le moindre retenue moral ou éthique, bien au contraire ; tout fut mis en œuvre pour justifier ces crimes et les légitimer. On apprit donc à ses enfants des faussetés, des méchancetés, des injures et des qualificatifs racistes et discriminatoires qu´on leur demandait d´employer à l´égard de noirs ou nègres. Et maintenant, en pleine crise économique et devant les erreurs volontairement commis et entretenus dans la société, et surtout devant la flagrante dénonciation de ces faits, on essaie aujourd´hui de faire marche arrière, et de réparer les bris d´une philosophie humaine de la plus basse vertu.

Mais ce qu´on oublie, c´est que les raisons qui ont poussés à ces excès et surtout leurs conséquences perdurant dans le temps et l´espace, eux, n´ont pas été résolus ou réparés. Et en période de crise économique, où tout le monde sait que les gens les plus touchés, en désespoir de cause, mais aussi dans leur désarroi, sont plus facilement amers, frustrés et méchants que retenus et réfléchis ; leur demander de vaincre la bête sauvage qui leur a été inculquée par l´éducation, la société et l´usage courant, c´est taper dans l´eau. Pourquoi ne pas l´avoir fait lorsque la société n´avait pas de problèmes de chômage et de croissance économique ? Et comment fait-on pour effacer des phrases méprisantes telles que celles d´Henri Spaak à l´égard de Patrice Lumumba : « Je suis blanc : ce qui veut dire que je possède la beauté et la vertu, qui n´ont jamais été noires. Je suis la couleur de la lueur du jour » des livres d´histoire, et surtout de la mémoire des colonisés ? Comment diable effacer la participation évidente de la Belgique, de tout l occident complice à l´assassinat d´Osungu Odimba, Patrice Emery, Lumumba ? Et ces mains innocentes coupées aux femmes et aux enfants du fameux caoutchouc rouge ? Et les esclaves, et les meurtres, et le mépris à Thiaroye, à Madagascar, la révolte des Maya Maya, l´Apartheid et sa complicité occidentale sournoise, les villages ensanglantés d´Algérie, les assassinat de Thomas Sankara, de Toussaint Louverture, d´Amilcar Cabral, de Malcolm X, de Martin Luther King, de Steve Biko…

Il semble bien que ce sera une entreprise bien difficile, surtout s´il faut guérir aussi l´âme et la mémoire historique de la victime, parce que lui auquel on refusait l´esprit, l´intelligence ou l´âme pour mieux le confondre à l´animal et ainsi lui faire subir des tortures et des sévices sans nom la bible à la main, il prouve qu´il a non seulement une excellente mémoire, mais que tous ses crimes et ces exactions l´ont fait terriblement souffrir. 400 ans d´esclavage complice, et plus de cent ans de colonisation criminelle et malfaisante…puis toute l´histoire détaillée du transport, de la vente, de 18 heures de travail sous le Code noir de 1685, la Jim Crow , …

Comment diable ces européens d´origine ou camouflés sous le drapeau américain allaient-ils faire disparaître ou réparer les massacres des indiens d´Amérique, ceux des îles du pacifique… ?

Je suis de nature un optimiste (surtout ne pas le prendre pour de la naïveté) comme tous les africains, et cela vient du fait qu´aucun peuple dans l´histoire humaine n´a été aussi avili, vilipendé, réduit à la nullité la plus méprisée des siècles durant, tour à tour par les hordes des deux plus grandes confessions religieuses du monde : l´islam et la chrétienté. Mais je sais, et peut-être mieux que ceux dont la race n´a pas connu cet enfer ou qu´ils étaient de ceux qui tuaient, massacraient et torturaient les autres, reconnaître la bonne foi. Parce qu´elle est une valeur qui a permis à ma race, en la cultivant, de préserver un coin de justice, de paix dans nos cœurs meurtris et inconsolables. Mais il est aussi vrai que j´ai appris à reconnaître le faux et le mensonge, et de me méfier de la sournoiserie occidentale ; car celle-ci est non seulement basse et primitive, mais elle n´a ni morale, ni éthique. Si donc l´occident continue à entretenir son joug sur l´Afrique, à étouffer ce continent avec son système monétaire international ; si elle continue à défendre sa francafrique et ses barrières douanières qui nous affame et nous empêchent de vendre nos produits agricoles, pendant qu´elle consomme à vitesse grand V nos matières premières et celles des générations futures ; ce qu´elle fait actuellement en campagne antiraciste n´est rien d´autre que de la cosmétique et affabulation. Bien, il faut tout de même lui rendre justice et attester un début de changement. Mais pour elle, pour tout le mal que cette race nous a fait, pour les larmes de nos femmes et de nos enfants, pour tous ces morts sans sépultures qui nous séparent ; il faut bien plus, beaucoup plus qu´une déclaration d´intentions. Ces temps-là sont révolus. Du concret et de la substance, plutôt que de belles paroles, parce que nos âmes ont une soif intarissable de justice.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu 

munkodinkonko@aol.com