Un amour dont on se débarrasse difficilement

Symboles, contenus, portée et idéal.

                                           « On nous avait appris à chanter les louanges de Dieu pour nous faire oublier

                                           que nous étions des hommes. »              Jean-Paul Sartre

Cette vue des choses qui se traduit de père en fils, de mère en fille; qui s´échangent entre générations s´identifiant aux même valeurs, aux mêmes intérêts, aux mêmes attentes, est l´un des concepts des plus négligé de l´homme noir. Pourquoi ? J´attribue cette négligence à la castration historique européenne et à son christianisme. Ceux-ci ont défait et détruit les sociétés africaines dans leurs symboles, leurs langues, leurs religions de sorte que l´être ainsi déraciné, privé d´un idéal noir et même de la légitimation de vivre et d´être lui-même, s´est trouvé empêché à lui-même, à cultiver ses valeurs et à les parfaire, se livrant ainsi pieds et poings liés à la soumission d´une culture qui ne lui réservait, dès le départ, qu´un rôle d´esclave, de bien, d´être toléré si besoin était utile. Et dans la religion, Dieu qui est la représentation symbolique déictique de notre spiritualité, c´est à dire de nos valeurs idéalisées dans la perfection, ce Dieu est une projection de nous-mêmes: il est noir lorsque celui qui y aspire est noir, et blanc si celui-ci l´est...etc. Faire croire à l´homme noir que son Dieu est blanc est, spirituellement, du plus grand crime, parce que cela crée un complexe à la Michael Jackson: le complexe du nègre blanc. Une névrose, en fait qui détruit, déstabilise le moi inconscient et l´empêche de retrouver son unité idéale. (Freud)

Beaucoup de gens parlent d´union africaine, sans tenir compte de cet élément psychique primordial, celui de la quiétude individuelle, c´est une grosse erreur qui ne prouve qu´une chose: ils ne savent pas de quoi ils parlent, du moins, ils ne voient le problème que bien étroitement. En effet, pur faire une unité, il ne suffit pas seulement de se reconnaître du même ennemi, il faut aussi accepter de se rapprocher autrement que par des mots.  Croire qu´il suffit d´avoir la peau noire pour avoir le droit de chanter l´union éternelle, non plus ; et l´histoire avortée de la signature de la constitution européenne en est la preuve flagrante : ces messieurs de Bruxelles voulaient cacher leurs crise et ses multiples incongruités derrière une technique éprouvée depuis des siècles : quand tu es acculé, caches-toi dans l´agrandissement. L´espace et la distance dissipent les erreurs et éparpillent la critique. Comme Shakespeare l´avait si bien dit : « la foret empêche souvent de voir l´arbre ».

Cette fuite en avant avait valu à l´Afrique notamment l´esclavage, la colonisation, la consommation des invendus et des surproductions occidentales. En fait, l´incapacité pour cette culture de produire et de consommer par elle-même ce qu´elle conçoit. Incroyable n´est-ce pas qu´une culture qui se prétend civilisée, indépendante et respectueuse de la liberté, soit à ce point cupide et sournois pour croire que les autres, ou ils devaient lui servir de paillasson, ou ils devaient bouffer ses produits jusqu´à en mourir…faut-il primitif ou borné pour être à ce point demeuré de la valeur existentielle ou état-ce vraiment un tare : un incroyable bouchon logique et philosophique ? Le pire c´est que ces gens ne se rendaient plus compte quand ils assassinaient leurs propres futurs clients, tant ils sont occupés à les charcuter !  

L´idéal d´une société, d´un groupe d´individus, d´une Nation est un ensemble de valeurs, de symboles, de convictions qui le réalise dans le plus profond de ses attentes, autant rationnelles, imaginaires, qu´instinctives; si chaque fois que l´être cherche refuge ou veut s´appuyer sur ses valeurs, ses ancêtres ou son Dieu, il se trouve devant un interdit, un faux réglementé ou imposé ou sa propre négation, commence pour lui une sorte de névrose d´identification qui le déroute et le rend incapable à résoudre ses problèmes, et même à s´aimer lui-même.

Les société africaines devraient lutter avec plus d´énergie, bien mieux aujourd´hui qu´hier devant un crime psychologique des plus infamant: celui des effets de la colonisation, de l´esclavage et surtout les effets dévalorisant de ces actes inhumains. Et surtout d´accentuer la prédominance de l´émergence d´un idéal noir ainsi que ses liens rationnels impliqués à la vie moderne.  Pour les sociétés homogènes, ce sera facile d´atteindre rapidement des résultats, aussitôt conscients du problème ; mais pour les sociétés enclavée comme les américains noirs, il faudra passer par un artifice philosophique. Mais encore une fois qui détient le pouvoir, qui instaure ou impose l´idéal de la nation, et celui-ci est-il de tous et accessible à tous indistinctement ? Sont-ce toujours les blancs qui en désignent les paramètres et les signes ? Alors le problème va subsister à moins que chacun vive en soi pour soi; et dans cette condition peut-on parler de nation?

Pour l´homme noir et surtout ceux qui, sous l´injurieux étranglement économique occidental et sa discrimination financière séculaire à l´endroit de ce continent, croire qu´il s´agit seulement pour survivre de pouvoir, comme pendant ces 600 ans dernières années prouver qu´on était à même de s´assimiler, d´apprendre une autre langue, d´autres symboles et signes culturels ne suffit plus, car ceux-ci, comme on le sait, ne sont que de l´ordre de la survie, de l´existence banale. Un jour, malgré sa belle métamorphose ou son assimilation aussi parfaite soit-elle, vient le jour où un mot, une injure, une déception affective ou tout simplement un remue-ménage intérieur qui provoque un séisme douloureux et quasi déroutant, et le masque tombe pour déboucher sur un mal d´être, un manque à être des plus névrotique. Boire, manger, travailler et dormir : ce n´est donc pas toute la quête existentielle humaine ; il faut à l´âme ses repères et sa nourriture culturelle. Et ce jour là, c´est aussi difficile de rentrer en arrière, de retrouver les racines oubliées ou perdues, que de rester sur place et continuer à se laisser emporter par des signes qui ne correspondaient pas instinctivement à un appel intérieur inconnu. L´immigré était-il devenu un fantôme ou est-ce le monde autour de lui qui était devenu fuyant ? Qui le sait. Le mal invisible, lui, avait ouvert grand ses portes. Et c´est le genre de douleur que seul l´amour éperdu de soi et celui de sa culture sait guérir. On peut difficilement se débarrasser de la couleur de sa peau, de la langue de celle qui vous a donné le sain, protégé vos premiers pas dans la vie, soigné nos premières blessures.

On a beau le crier aux Etats-Unis : l´unité de la nation et son intégration ; le racisme et la discrimination raciale n´ont pas disparu : parce que ce mal s´étend dans l´espace et le temps, et de par ses tentacules multiples, à la fois de l´instruction, du revenu, du milieu, de la subjectivité sociale dominante, elle devient quasi un défit sans issue. Il suffisait de voir ceux qui souffraient le plus de la misère, du mauvais logement, du taux élevé d´ignorance ou d´inculture pour se rendre compte que c´était encore et toujours les noirs. 600 ans après des violences et des crimes journaliers incroyables, une émission télévisée : Black-White essaie de jouer le jeu de l´inversion, et a grand succès. Les familles qui se font maquiller et transformer font une dure expérience qui détrompe tous les faux optimistes par une amère vérité : le racisme existe bel et bien. Et il est tenace.

Que l´homme blanc le veuille ou non obnubilé par lui-même comme il l´est, en voulant imposer son image de Dieu, ses valeurs en Afrique, il porte un préjudice incroyablement grandissant à ce continent en le détruisant sournoisement dans son esprit libre, créatif et imaginaire. Ceci doit être dit et combattu avec le plus ferme engagement; il en va non seulement de notre liberté, mais aussi de valeurs par lesquelles notre culture, notre sensibilité s´exprime et se motive. Il en va en effet de l´âme idéelle et originelle de l´homme noir dont la sensibilité exceptionnelle ne se réalise pleinement que pour des valeurs et un idéal qui correspond à sa nature, à ses désirs et à ses attentes. Croire donc que l´homme noir peut devenir blanc ou que la culture occidentale répond à toutes les aspirations de la race noire est une bien belle illusion, parce qu´est non seulement fausse, mais aussi d´un mépris tout criminel.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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