Ira-t-on au fond des choses ou se limitera-t-on à une vide discussion sans issue

Sur un curieux débat de vérité ?

« Liberté signifie responsabilisation. C´est la cause pour laquelle, la plupart des gens la craigne. »      Georges Bernard Shaw

A propos de la conférence débat organisée le 15 avril 2006 (18h30) à Maison des Mines et Ponts et Chaussés, 270, rue St. Jacques à Paris 75005 sous le titre :

« Les africains ont-il vendu leurs frères antillais ? Anatomie d´un contentieux historique »

C´est à mon avis le genre de discussion où on veut perdre plus de salives que d´exercer la raison, et le plus important : s´atteler au principal. Parce que pour peu académique qu´elle soit, cette discussion n´aurait d´intérêt que si, sur la définition de la liberté et celle de la réalisation de l´homme noir, elle venait apporter des précisions, élaguer des doutes. Serait-ce le cas ? J´en doute fort, quoique le bon sens exige de ne pas condamner l´enfant avant d´avoir débattu des preuves. Et cependant, force m´est de constater que très rarement les africains et les descendants d´esclaves d´Afrique se donnent la peine de se poser la problématique de leur réalisation actuelle, ce qui poserait aussi l´épineuse question de la liberté de l´homme noir dans le monde occidental.

Tous se mettent à débattre sur des questions subsidiaires : une façon comme une autre de tourner bravement autour du pot, comme dans un poulailler fermé et appartenant à un maître intouchable ou inaccessible. On voit alors des historiens s´enfermer dans l´histoire égyptienne et en sortir avec de banales conclusions historiques qui ne définissent ni le fondement social de la culture noire, ni de sa philosophie existentielle, encore moins de sa vision sociohistorique de l´histoire. En vérité, devant un malaise grandissant de castration et d´utilitarisme occidental, comme tous leurs congénères noirs ou africains, ils aspirent à la recherche de la vérité. Mais voilà : tout le monde n´a pas l´intelligence conceptuelle et synthétique d´un Cheikh Anta Diop. Tandis que lui cherchait la vérité, savait l´analyser et faire des déductions utiles et irréfutables, les nouveaux amateurs instruits cafouillaient dans l´historique des données, leurs contenus et leurs portées sur la pensée historique de la première race humaine de l´histoire. Et cependant, ils se font fêter dans des cercles médiocres comme des génies affirmés, alors qu´ils n´ont fait que tourner en rond dans les pages de l´histoire de l´homme noir sans en saisir ce qui était important. On se croirait en géopolitique occidentale : de ceux qui assassinèrent Patrice Lumumba pour nous imposer un Mobutu à grande pompe.

Il suffit de voir avec quelle distance les occidentaux ont jusqu´aujourd´hui traité l´œuvre de Cheikh Anta Diop pour comprendre que cet œuvre les gène et les dérange profondément dans leurs faux complexes de supériorité. Et que Cheikh Anta Diop lui-même, malgré qu´il fut marié à une blanche, ne se laissa ni corrompre, ni dévoyer dans ses conclusions, cela les blessait encore plus. Parce que cela prouvait que malgré tout le mal qu´ils s´étaient donnés à détruire et à aliéner la race noire, ni son objectivité, ni sa fierté intellectuelle ne semblait à jamais détruite et soumise. Cheikh Anta Diop en était la preuve vivante et combien frondeuse !

Vouloir donc débattre aujourd´hui si oui ou non les africains ont participé, et cela est sporadiquement possible, à la traite des noirs en tant que porteurs, chefs coutumiers compatissants, est du domaine du possible. Pour bien comprendre tout cela, il faudrait aller dans les épopées islamiques en Afrique depuis le 7ième siècle pour apprendre que tous ceux qui se refusèrent à accepter la religion islamique ou à s´y opposer, furent vendus en esclaves, notamment aux occidentaux. Les plus grands marchés d´esclaves se trouvait à Gao, à Zanzibar, à Djenné, toutes tenues par des islamistes. Au Congo la très célèbre figure esclavagiste de Tipo Tip à l´est de la république, aux frontières de la Tanzanie est bien connue.  Toutes les nations noires islamistes aujourd´hui doivent leur survie à l´acceptation de cette immonde religion qui leur imposait notamment la l´excision des filles, et la considération de la femme comme un être vil, sans valeur. Comme un imam le disait dernièrement : « On ne donne pas la main à une femme, quand on le fait, on devient impur ». Impur de quoi ? Il faisait naturellement allusion aux menstruations de la femme, mais dans ce cas, lui qui en est issu, est de la pure impureté, et cela depuis sa naissance. Ou encore cette fatwa égyptienne recommandant aux musulmans de ne pas se déshabiller pour faire l´amour à leur femme, au risque de voir les organes sexuels de son partenaire ! On le voit, cette religion, au lieu de s´atteler au principal : construire des voitures, des avions, des appareils ménagers…de réaliser la liberté et la jouissance de l´existence, se rabattait à vouloir gérer un domaine privé avec des prétentions et des considérations des plus primitifs. Et je crois fort bien que c´est ce qui se passe chez les noirs dominés et castrés par la civilisation occidentale : au lieu de se libérer de l´aliénation qui les rongent et les ravale à la nullité ou à la chosification du maître blanc, ils se mettent à se disputer sur des futilités qui les écartent du principal, notamment le devoir de se définir par rapport à leurs attentes, leurs désirs, leur réalisation ; de définir leur liberté et de l´imposer où qu´ils soient, plutôt que de se laisser gérer et chahuter d´un emploi à un autre selon le bon vouloir du maître dominant blanc.

Débattre pour se débattre, cela ne mène à rien du tout ; le grand De gaule disait à ses ennemis : « Vous avez cherché le débat, j´étais prêt à me débattre ; maintenant que vous préférez la déroute, je vous la laisse. »

On le sent, les africains en France, et surtout tous ceux qui se sont octroyés la nationalité française sont embarrassés et se demandent maintenant : comment me débarrasser du passé scandaleux de l´histoire française en tant qu´africain ou dois-je me suicider culturellement, ou me déraciner complètement ; et en définitive, pour quelles valeurs existentielle ? Celles d´hier, impossible : elles sont ensanglantées et par trop inhumaines. Et à moins que la France change totalement d´idéologie politique, les africains apprendront que leur combat de reconnaissance et respect culturel, politique et économique est sans fin. Parce qu´assassiner les africains du continent noir avec une criminelle et honteuse francafrique, et jouer les saints à Paris ; cela ne peut qu´aveugler des idiots masochistes ou des traîtres invétérés sans conscience. Jusqu´à quand ? Jusqu´au jour où on les traitera de sales nègres devant leurs propres enfants, ou qu´ils seront ravalés au chômage parce que la couleur de leur peau n´est pas de l´idéal français avoué…ce jour-là, peut-être ils auront compris. Mais c´est partout le même malaise ; que ce soit aux Etats-Unis, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne ; les effets secondaires de la crise économique, certainement. Mais aussi ce relent de valeurs piégées, fausses que le monde occidental nous sert chaque jour comme un repas avarié de pendu qui sentait dangereusement le racisme, la discrimination, et rappelait des images, des scènes passées, presque ensevelies mais donc l´analogie ou la signification empirique semble tourner autour du même hégémonisme racial, du même mépris humain. Et aliéné ou pas, intégré ou pas, et même sans conscience, le mal, lui frappe aveuglément dans nos cœurs et celui de nos enfants innocents qui sont pourtant nés en occident. Faut pas être aveugle ou borné ; le problème se pose bien.

Je vous avoue que je me demande à quoi peut bien servir cette conférence ; à se chamailler, ou à l´étalage de quelques doctorants en mal de publication ? Quand on aura établi la vérité, qu´aura-t-on gagné ? Allait-on enfin apprendre que le Code Noir de 1685 avait été conçu et instauré par les français ? Que Napoléon avait, en 1804 réinstauré l´esclavage aux Antilles ? Que la France avait usurpé et vendu illégalement la Louisiane, ou que la francafrique était l´œuvre des africains ? Est-ce les indiens d´Amérique qui s´exterminèrent par eux-mêmes pour abandonner leurs territoires aux envahisseurs européens ?

Dehors, le maître blanc, lui, continuait à régner, à entretenir sa francafrique criminelle et à repousser sournoisement la réalisation et la liberté de l´homme noir. Et en Martinique, en Haïti, en Guadeloupe ou dans les ghettos américains, les banlieues de Kinshasa, d´Irak, au Soudan, en Côte d´Ivoire ; les choses auraient-elles changé ? C´est pourtant là que nos cœurs tendaient tous : à un changement pour un monde meilleur, libre indépendant et souverain sans discrimination et sans soumission.

La seule partie de cette conférence qui m´a plu, ou attire mon intérêt, c´est celle qui annonce la concertation sur une stratégie commune face au négativisme occidental. Enfin quelque chose de rationnel, de logique et de motivé vers un but concret. Mais cela n´empêche pas, à mon avis de poser la question : s´est-on déjà mis d´accord sur la définition de la liberté, sur la réalisation ? Parce que les blancs, eux savent toujours se mettre d´accord sur l´esclavage, comme sur les moyens de domination économique et financier à employer contre leurs victimes, ou même sur leurs buts géopolitiques hégémoniques ; dans leur lutte pour leur liberté, les noirs arriveront-ils à se mettre d´accord sur une stratégie socioculturelle commune ? Je le souhaite vivement. Parce qu´à la lueur de ce défi, beaucoup de noirs apprendront enfin bien de choses qu´ils ont toujours négligé, et parmi elles : la liberté et sa réalisation sociohistorique.

Mais qui sait, peut-être cette conférence permettra-t-elle d´éveiller chez beaucoup d´intéressés la volonté de lutter consciemment, et d´une façon organisée contre un monstre qui nous ronge l´âme depuis des siècles, et dont beaucoup d´entre nous entretiennent la luxure ou la cruauté qui opprime et assassine nos femmes et nos enfants, tout en croyant naïvement lutter rageusement contre ce fléau. Les gens simples aiment généralement qu´on les trompe, parce que la vérité pour eux, n´a qu´une valeur momentanée ; mais ceux qui connaissent les liens qui existent entre le passé, le présent et l´avenir, ceux-là n´aiment ni le mensonge, ni la traîtrise. Ce sera aussi l´occasion de condamner les suivistes et les aides à l´escroquerie de la liberté africaine qui, par dictatures ou par corruption dévoyantes, gouvernent abusivement et illégalement en Afrique pour satisfaire aux enjeux occidentaux, au grand désarroi et au détriment des leurs. Sonner l´heure de vérité et celui des fils vrais et fidèles à la Patrie noire. Et c´est à ceux-là auxquels l´Afrique, la race noire fait appel aujourd´hui pour lui rendre justice et rétablir ses vraies valeurs, afin qu´elle retrouve enfin le chemin qui l´amène à l´assouvissement  de ses cris de révolte, à l´arrêt de ses larmes, à la réalisation des rêves empêchés et étouffés de ses enfants dont elle veut enfin entendre le rire soulagé et le soupir tranquillisant de la liberté.   

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu 

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