Commentaire sur afrikara

Le seuil étroit de la liberté de l´homme noir.

 

« Quiconque n´est assez fort pour imposer à l´existence ses conditions de vie, doit accepter celles que celle-ci lui assigne»      Thomas Stearns Eliot.

(13 Avril 2006 19H13)

En principe, tous les noirs appartiennent à l´univers culturel de l´homme noir, de sa culture, de sa civilisation. En principe seulement, parce qu´il y a d´énormes différences: en ce qui concerne Senghor, ce n´est pas étonnant que les officiels le fêtent, comme tous les aliénés et ignorants culturels parce que non seulement il vint mourir à Paris sous la Tour Eifel, mais sa phrase selon laquelle "la raison est Hellène comme la sensibilité est nègre" a démontré que ce poète et président, pour peu qu´il fut noir et africain, plaçait la race blanche sur le socle de la raison, tandis que les noirs, eux n´étaient rien d´autre que des sensibleries. Dans l´interview qu´il donna à Jeune Afrique en 1977, il déclarait, alors qu´il était depuis près de 18 ans ou pouvoir dans son pays :"On ment au peuple qu´on est indépendant, alors qu´on n´est pas libre", reconnaissant par là humblement l´échec de ses fonctions. Car il était de son devoir d´organiser et de luter pour la liberté de ses compatriote. Ou du moins, à cette époque, il aurait dû avoir la franchise de dire au peuple ce qu´il en était exactement, et au besoin comment on devait s´en délivrer. C´était son devoir. Non, il a préféré recevoir la reconnaissance du maître, entrer à l´académie française et être enterré au Panthéon. Le nègre aliéné prototype: mort au service du maître, nanti de sa pension et des lauriers de sa reconnaissance. Et pourtant, nous africains, nous sommes généreux et conciliant et le comptons parmi les nôtres. Mais il ne faut pas nous prendre pour des idiots ou des demeurés; nous savons très bien qu´il représente un symbolisme contentieux. Et malgré que la France essaie de s´approprier sa plus belle pensée du monde: "Qui logera nos rêves aux paupières des étoiles?", elle est sans conteste aucun du patrimoine africain. Pour ce qui est d´Aimé Césaire, il est plus conscient et plus déchiré que Senghor face à la problématique de la liberté de l´homme noir. Mais comme on le sait, il n´est épargné ni par sa peau noire, ni par son passé de descendant d´esclaves, ni par sa nationalité française; de ceux-là mêmes qui firent l´esclavage des siens pendant 400 ans, les torturèrent et célébrèrent le Code Noir, et aujourd´hui encore, par la francafrique, le racisme et la discrimination raciale, ne semblaient pas avoir compris le moins du monde ni de ce qu´était une vraie liberté, ni du drame psychologique douloureux qu´ils impliquaient à tous les ressortissants noirs de leur pays. Ceux qui n´ont pas saisi ce dilemme peuvent parler la langue française autant qu´il veulent, et même se réclamer bêtement de la culture française, mais ce ne seront que des fantômes, des ombres sans identité, sans fierté individuelle...la chosification du maître, comme le définit si bien Aimé Césaire. Nous devons avoir la grandeur et la fierté de défendre le tourment de ces deux personnages historiques et de les réintégrer dans le coeur chaud de notre culture qui en a vu d´autres. Certes nous critiquerons et peut-être que beaucoup d´entre nous se révolteront à l´idée des insolubles contradictions que l´histoire, surtout notre douloureuse rencontre avec la race blanche, nous a légué. Mais je suis persuadé que ceux qui ont réellement compris ce que c´est que la liberté de l´homme noir, et surtout de ses devoirs et de ses impératifs, ceux-là savent ou sauront reconnaître à chacun de ces célébrités, à chacun des noirs de la grande Patrie africaine où qu´ils soient la place vraie et réelle place qui leur revient, ainsi que leur contribution personnelle, créative à l´enrichissement d´une culture qui appartienne à tous les hommes de bonne volonté, à tous les efforts, à toutes nos victoires, nos défaites, mais aussi à la force que nous avons de nous reconnaître d´elle. Car c´est cela en réalité notre plus grande victoire: être et rester noir, de ce peuple et cette race violentée, déportée, pillée, avilie...et cependant invincible, car nous pouvons dire à haute et intelligible voix pour nos ennemis: "Nous sommes encore là, et de jour en jour plus fort que jamais!"

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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