A Kevin et à ses amis, en toute amitié

La guerre des symboles est-elle inévitable ?

« L´homme n´est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l´ange fait la bête. »      Blaise Pascal

Nous avons connu l´esclavage, la colonisation, les guerres religieuses, exterminatrice, les assassinats politiques, religieux, idéologique…etc. Tous ces états conflictuels de la coexistence avaient tous ceci de commun : l´intolérance, le manque de respect de l´intégrité de l´« autre » et bien sûr la rapacité matérielle, culturelle, idéologique. Qu´une religion se donna le droit de tuer, de conquérir par la violence et l´abus des territoires et des biens d´autrui était déjà une telle aberration qu´on se demandait, comme pour l´esclavage ou tout acte de violence sociale autorisée ou encouragée par elle, à quel genre de Dieu elle pouvait bien se référer. Musclé et crachant fer et feu, drôle de Dieu !

En y regardant de près, cependant, dès qu´on avait quitté la fumée que les gens, les congrégations et mêmes les Etats élèvent aux yeux de leurs publics pour les tromper et les dévoyer sur les raisons réelles de ces actes de violence, on se rendait compte qu´il s´agissait toujours principalement de refus de reconnaissance existentielle ou simplement confessionnelle, de refus de droits, de prétextes pour exercer sa rapacité ou ses intérêts qu´on estimait indiscutables ou primordiaux. En fait tout simplement un manque évident et flagrant de l´art bien humain et civilisé du respect de l´intégrité, des droits et de la liberté des autres.

On avait connu l´esclavage, et ici, si vous le voulez bien une patiente parenthèse de toute importance : il y a esclavage et esclavage ; je sais certaines personnes vont s´écrier, comme toujours, et pourtant, la différence existe. L´esclavage qui se faisait à Rome ou dans presque toutes les sociétés primitives, suite à l´insolvabilité, aux guerres ou à quelque condamnation de parjure social et qui, aussitôt la peine purgée, rendait son homme à la liberté et au plein exercice de ses droits au sein de la société, était tout à fait différente de celle qui, contenant le racisme, la discrimination ou la mort socioculturelle impliquait, même après libération, du mépris et de la discrimination sociale, raciale ou infligeant à la victime des conditions de vie de parias en marge de la société. L´un était momentané et limité dans l´espace et le temps, l´autre, lui ; celui qui a été exercé sur la race noire, était un esclavage de réclusion sociale, d´exclusion plutôt que d´intégration. Ses effets, longtemps après la fin de l´esclavage, perduraient parce que portés par des sentiments, des jugements primitifs tel que la haine raciale, le complexe gratuit de supériorité, le déni d´humanité.

Même au niveau de l´utilisation et du traitement de l´esclave, il y avait d´énormes différences : certaines lois romaines interdisaient le mal traitement de son esclave sous peine de levée ou de la perte de droit de maître.  Dans l´esclavage racial et discriminatoire par contre, le maître exerçait un pouvoir absolu sur l´esclave et avait droit de vie et de mort sur lui. En vérité, ce n´était plus un être humain, c´était moins qu´une chose. Ce fut le cas pour l´esclavage de noirs africains. Les soixante articles du Code noir donnaient un réel aperçu des rapports maîtres-esclaves. Dans le monde musulmans arabe, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Mauritanie, là où persistent encore les séquelles visibles de ces méfaits, les esclaves furent castrés pour servir dans les harems, et connurent une vie d´impurs et de marginaux qui leur a refusé toute intégration dans le temps, les repoussant aux bidonvilles et aux quartiers délaissés. Leur intégration, aujourd´hui, est encore ardue.

Aux Etats-Unis, comme dans les Antilles françaises, par exemple, l´inégalité du mépris et de la discrimination a perduré, comme une gangrène infamante s´héritant de génération en génération par l´exclusion à l´instruction, à la capitalisation, au sentiment de fierté humaine d´être une valeur respectable pour soi. Les choses, certes ont changé et changent continuellement dans le bon sens de la liberté et la reconnaissance des droits, et cependant, les jeunes ou les nouvelles générations sont surprises en France, par exemple de se buter au racisme ou à la discrimination qui, elles, ne sont que des séquelles, des rebus de l´esclavage. Ils ont beau ne pas comprendre d´être refoulés, exclus, discriminés ; reconnaissons-le sincèrement, pas par un sentiment officiel et autorisé, mais bien faisant partie de sociétés qui ne savent que difficilement se départir de leurs manquements collectifs du passé.

D´autre part, et malgré la fin de l´esclavage, les pays esclavagistes continuent par une politique postcoloniale des plus scandaleuse comme la francafrique (notez qu´on la nomme francafrique parce ce sont les français qui sont les maîtres du projet ; mais en réalité, c´est toute l´Europe qui avalise et entretient ce monstre, pour se laisser une porte de secours des matières premières et ne pas être dépendant de l´Union russe. Car elle, elle sait se défendre et connaît bien les douteuses tribulations hégémoniques occidentales. Etre dépendant de l´Union russe, cela équivaudrait à mieux se tenir et faire preuve de diligence, de doigté et de clarté d´intentions, plutôt qu´en Afrique où la France se comportait en pays conquis, corrompait, entremettait et avilissait à loisir).

Ce qui désarçonne, dans le monde symbolique actuel, c´est l´escroquerie pernicieuse faite aux contenus et aux valeurs morales et éthiques des intentions, des signes et des symboles socioculturels de réalisation sociale : qui aurait en effet pensé qu´une Amérique qui se réclamait de la liberté et de la démocratie soit capable de faire assassiner Allende, de soutenir Pinochet, d´armer Al Qaida et Bin Laden, d´envahir l´Irak malgré le refus de la communauté internationale, d´ouvrir et d´entretenir Guantanomo et Abu Ghraib, et comme on le sait maintenant, d´avoir aidé le 9/11 avec ses propres Tomahawk à devenir un prétexte pour envahir l´irak et s´accaparer de son pétrole ? Tous ces actes ne défiaient-ils pas le bon sens, la liberté et la démocratie plutôt qu´elles ne les encensaient ?

Ce que la France, depuis 46 longues et douloureuses années faisait subir à l´Afrique pour déjouer l´indépendance de ses Etats, leur développement et leurs émancipations économiques, financières était, avec toute la tolérance du monde, absolument scandaleux et diamétralement opposé à ce qu´elle prédisait et organisait en France ; même par rapport à toute définition restrictive de liberté – égalité - fraternité. La politique, disait Pagnol, c´est l´art d´empêcher les gens de s´occuper de ce qui les regarde. Mais dans ce cas, on devrait plutôt dire dévoyer.

Mais pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi mentait-on et cachait-on des actes d´intentions criminelles pour les habiller de fausses dentelles ? Parce que qu´on voulait faire gain de criminalité tout en se faisant passer pour le sage de Bagdad ou la vierge fraîche et pure aux portes de l´église ?

On comprend maintenant qu´en réalité, la civilisation, l´organisation des droits sociaux et humains dont on s´était paré pour jouer le jeu vertueux de culture développée, consciente et responsable du respect de la nature humaine, tout cela dérange le primitif bouillonnant qui se révolte dans certaines cultures, certaines intentions douteuses. Et pour satisfaire à la bête invisible et cependant garder les apparences innocentes, on met tout simplement les valeurs sur la tête : l´inversion trompeuse. Et la propagande télévisée ou les images contrôlées et insidieuses font le reste ; après tout à quoi sert l´information si elle ne forme pas ? La question était à quels idéaux, à quelles vérités ?

Et c´est le grand dilemme aujourd´hui : une jeunesse innocente qui se débat avec des valeurs dont elle ne comprend pas les sources marginales, racistes, discriminantes, parce qu´elle ne sont ni actuelles, ni justes. Quand aux sociologues et aux marchands de réparation et de conseil social, Ils ont beau avoir de gros mots, de belles lunettes savantes ou sortir d´universités renommées, ils luttent contre des fantômes retors et coriaces devant lesquels leurs solutions ne sont pas efficaces s´ils ne font pas une honnête analyse des profondes raisons historiques de leurs origines. Parce que ces maux, en tant de crise ou d´intérêts égoïstes et rapaces, ils resurgissent bien vite de leurs cachettes ; chez l´ignorant comme le lettré. Et malgré de bons conseils, si personne n´a compris contre qui il se bat, l´enfermement ou la rééducation ne fait rien d´autre que de la cosmétique, et livre des batailles contre des forces invisibles et têtues qui, elles, semblent immortelles.

Cela explique ces cultures marginales de la jeunesse, ces groupements, ces gangs révoltés ou dangereusement criminels : au moins dans ces mini mondes on est reconnu, on se sent plus à l´aise et les règles sont valables pour tous. Mais envers les autres, hélas, on n´a pas fait un grand pas ; on est toujours aussi agressif et repoussant.

Si tous ces gens étaient sincères, ils reconnaîtraient tous : mieux vaut encenser le bien que de se battre vainement à réparer un mal fuyant, insaisissable. Il aurait mieux valu ne pas avoir fait tel ou tel violence, l´esclavage, tout crime, ou toute exclusion qui rend les bidonvilles si tristes, ou pousse les gens à fausser leur symboles, à les vider ou à les truquer plutôt qu´à les faire comprendre aux autres pour communiquer, créer une culture de compréhension, de tolérance, de communication et de solidaire et paisible réalisation.

Rien n´est facile dans la vie, et cependant, je crois qu´il faut aussi vouloir et aimer le bien. Pour la société autant que pour l´individu, car l´un n´est que le visage de l´autre. Qu´on le veuille ou non, des valeurs propres, sincères qui se nourrissent du bien, du juste moral et éthique, celles qui aident à repousser et vaincre le mal, sont importantes pour toute société qui se respecte et respecte les autres.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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