Justice pour les déportés kimbanguistes

2037

La foi en Dieu est quelque chose d´inexplicable ; un vœu, un chemin, une prière qui met chaque être humain devant un absolu aux frontières entre la raison et la passion. Toutes deux se disputent la préséance sur le chef de la pensée et des actes humains, cependant que l´une comme l´autre ne sont que les arguments de la même médaille : l´existence.

Lorsque mon père me confia cette prophétie issue de la fameuse prière dite : lusanzu lua Kasombo, j´avais à peine 18 ans ; et je vous avoue que j´étais plus occupé par le questionnement singulier de l´ampleur et de la signification de ma vie, que pour croire à quelque prophétie qui prédisait l´avenir. J´avais été élevé très rationnellement ; ce genre de défi ou de visionnaire prétention me laissaient froid. Mais celle-ci était particulière : elle émanait d´un homme auquel la légende qui avait été tissée autour de lui, lui alléguait des forces surnaturelles et une aura que le commun des mortel qualifiait de déictique. Quasi au-delà des choses, du temps, des hommes.

Quelques années plus tard, en Belgique, à Anvers, mon Père me rappela, au cours d´une conversation posée ce qu´il tenait du précieux prisonnier de la Kasombo. Il semblait très impressionné, mais comme c´était un homme au caractère plus retenu qu´exubérant, je savais que ce dont il parlait était important et le tenait à coeur.

Pourquoi 2037 avais-je demandé. Parce que né en 1887, et ayant reçu 150 ans pour obtenir la justice qu´il avait réclamée pour ses adeptes déportés ( au nombre de 150.000 ; cela fait 1000 âmes par année), au plus tard en l´an 2037, l´hégémonie occidentale aurait cessé d´exister, et la Belgique serait devenue une république. Bien, quand on entend cela en l´an 1978 en pleine Belgique royale, cela sembla pour moi, encore une fois, comme un rêve libre de prisonnier amer.

Quelques années plus tard, se sachant mourant, mon père viendra en Suisse et dans les conversations téléphoniques que nous eûmes, il me rappela certaines des confidences qu´il avait eu avec Simon Kimbangu, et ce qu´il en pensait personnellement. Ce n est qu´à sa mort que je compris ce qu´il avait tenu à me dire. Et je suis allé sur la trace de cet homme qui 30 années durant avait été incarcéré à Lubumbashi. Ce que je découvris autant dans les lettres de mon père que dans les informations que je recueillis patiemment durant 10 ans me renversa.

Ce qui effraie quand on analyse toute la vie, les dires et les prophéties de Simon Kimbangu, c´est la véracité et la profondeur de ses prédictions. Simple hasard ? Comment cet homme pouvait-il savoir en 1947, alors que Patrice Lumumba n´avait que 22 ans et qu´il était inconnu que cet homme, et lui seul serait l´élu idéal pour le peuple congolais ? Et il prédit sa mort rapide et les années de trouble et de désorientation qui devaient suivre !

Ceux qui connaissent les prédictions de ce grand prophète le savent : il est incroyable que tout ce qu´il avait prévu se soit réalisé. Tout cela du simple hasard, ou les élucubrations d´un prisonnier en mal d´attention ou de compassion ? Je ne le crois pas beaucoup, chers lecteurs ; et ce n est pas parce que je suis un de ses adeptes passionné que je m´efforce à croire et à voir ce qui n´existe pas. Je n´ai pas cette prétention là de me tromper moi-même, ma raison et ma rationalité chèrement acquise pour verser dans somnambulisme passionnel de croyant illuminé.

Non, je dois le reconnaître ; cet homme m´a vraiment renversé. Et lorsqu´un jour, dans le rapport annuel de la World Trade Organisation de 2004 je lus que cette organisation tenait pour acquis qu´au plus tard en 2040, la Chine deviendrait la première puissance industrielle, économique, commerciale et militaire du monde, je me suis exclamé : Oh, mon Dieu ; les kimbanguistes auraient-ils enfin leur justice ? Et cette âme passionnée et brûlante, cette ombre immortelle qui avait prié 30 ans derrière les barreaux d´une sombre prison, avait-elle atteint son but : mettre sa prière entre les mains sacrée de Dieu ?

Cet humble élu qui disait à mon père : « La raison comme telle n´existe pas ; ce n´est que l´organisation logique et motivée de notre sensibilité » aurait-il enfin l´occasion de prouver qu´il était réellement l´élu noir incontesté de l´histoire humaine ? 

Je rends hommage et remercie mon père en cet instant précis, car il a su donner à son fils une foi dont la beauté est grande et merveilleuse, un sens perçant de la justice et de l´équité, et un amour de la liberté et des hommes qui fait de moi quelqu´un qui n´aime pas l´injustice et la fausseté. Et de cela je lui en serai toujours reconnaissant.

Je convie tous ceux qui sont kimbanguistes, lumumbistes ; à tous les noirs du monde entier, où qu´ils se trouvent et quels qu´ils soient à ne pas désespérer ou à se laisser aller ; ils doivent se préparer et se soumettre aux plus dures des épreuves de la vie, car ce à quoi nous aspirons en vaut la peine.

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu 

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