Un exemple type illustrant la mentalité historique occidentale

L´opium pour soumettre et asservir la Chine

«Le vrai dialogue, c’est quand on reconnaît à l’autre la même dignité. Il n’y a pas de dialogue possible entre un maître et son esclave. Le dialogue suppose l’égalité – ce qui est un point de vue relativement nouveau dans la culture européenne ! L’Europe occidentale a dominé et exploité le monde à partir de la conquête des Amériques, elle a pratiqué la traite des Noirs et l’esclavage, elle a exercé les dominations les plus longues et les plus dures de l’histoire. » 

                                                                                                Edgar Morin 

Contrebande, piraterie et opium

Depuis que Marco Polo, de retour de Chine en 1295, avait éveillé la fantaisie européenne sur les richesses de la Chine ; les européens essayèrent à plusieurs reprises vainement de prendre pied sur le territoire alléchant de l´Empire du Milieu. Ils furent à chaque fois repoussés par les chinois qui les considérèrent de barbares. Anglais et américains se rabattirent, en désespoir de cause à la contrebande qui, de 1820 à 1830, était florissante ; ils achetèrent le thé chinois et l´échangèrent contre l´opium au Bengale qu´ils introduisirent en contrebande en Chine, cette drogue étant strictement interdite.

Lorsqu´un jour, à Kanton, une importante réserve d´opium appartenant aux anglais fut saisie, la couronne britannique a enfin le prétexte tant attendu pour attaquer la Chine « pour défendre ses marchands ». Des navires de guerre britanniques bombardèrent les ports chinois et aussitôt les anglais s´empressèrent d´occuper HongKong. Dans le Traité de Nankin qu´ils imposèrent aux chinois, ceux-ci sont tenus de leur ouvrir 5 ports au commerce : Kanton, Futschou, Amoy, Ning-Po, Schangai. Par ailleurs, les chinois s´engagent à payer à la couronne anglaise 5,75 millions de Livres (environ 115 millions de dollars, à l´époque) à titre de réparations de guerre.

Fausseté et cupidité anglaise

Le gouvernement chinois qui pensait qu´avec ce traité tout était en ordre se trompait ; c´était sans compter avec la rapacité et la cupidité anglaise : les anglais demandèrent bientôt unilatéralement la révision de leurs propres conditions imposées à Nankin. Entre temps, représentés par le commodore Perry, les américains avaient forcé le Japon à ouvrir ses frontières.

Les anglais, eux, devinrent de plus en plus exigeant envers les chinois ; selon toute vraisemblance, ils n´étaient pas satisfaits par les avantages acquis à Nankin. Ils voulaient réviser le traité et l´étendre à tous les occidentaux, avoir accès tous les ports et autorisation aux missionnaires européens à parcourir librement le territoire Chinois. Par ailleurs, ils désiraient imposer la représentation commune des forces occidentales qui négocierait directement avec l´empereur. Exactement ce que le monarque chinois voulait à tout prix éviter. Les anglais cependant ne virent aucune autre solution que le recours aux armes pour imposer leurs conditions ; mais comment y arriver, sous quel prétexte ?

Un incident anodin leur sonna le prétexte et l´occasion tant attendus. Un petit commerçant maritime chinois exploitait, avec l´aide d´un capitaine anglais une licence maritime expirée ; le capitaine, malgré la péremption de son autorisation, continua cependant à voguer sur le territoire chinois. Il fut interpellé aux environs du Fort d´Haichu le 8 octobre 1856 sous le soupçon de contrebande et de piraterie. Ses douze matelots chinois sont arrêtés, le capitaine anglais, lui, en liberté, fit appel au Consul Parkes. Celui-ci exigea, en pays souverain, le relâchement immédiat des détenus. Deux jours plus tard, 9 des 12 matelots chinois furent relaxés et mis sous disposition anglaise, mais Parkes n´est pas satisfait ; il prétend que le drapeau britannique a été humilié. Et malgré que les autorités chinoises aient prouvé que la licence du petit voilier était périmée, fallacieusement acquise et qu´il s´agissait sans conteste d´un navire marchand de droit chinois, Parkes resta sourd et réclama des renforts militaires de Londres. Le gouvernement britannique, heureux de profiter de cet incident, demanda à la France de s´associer à la prochaine expédition militaire. Celle-ci exigea un incident qui lui donnerait droit de guerre ; et curieusement, les anglais rendirent public l´assassinat d´un prêtre français qui avait eu lieu en février 1856 !

Une guerre gratuite, fausse et sournoise

C´est la guerre. En janvier 1858, le port de Kanton et pris sous le feu des alliés européens. La ville tombe et le gouverneur général est mis aux arrêts. Dans une dépêche au gouvernement chinois, les coalitionnaires réclament de Pékin des réparations de guerre, la révision du Traité de Nankin, le droit d´asseoir en Chine des représentations européennes. Les chinois s´y refusent. Les forces militaires des envahisseurs franco-anglais ouvrent leur marche sur Pékin et emportent à Tiensin le Fort de Taku. L´empereur jette l´éponge. Le 26 juin 1858, il signe la capitulation avec l´Angleterre, le 27 avec la France. Capitulation sur toute la ligne : 9 autres ports sont ouverts au commerce occidental, les représentations commerciales peuvent s´installer à Pékin, les douanes chinoises sont mises sous contrôle européen, et ceux-ci jouissent désormais de droit de juridictions consulaires ; les taxes douanières sur les produits étrangers sont rabattues et une clause préférentielle est introduite. Les missionnaires européens peuvent se déplacer librement dans l´arrière pays chinois, et naturellement les réparations de guerre sont décrétées : la Grande Bretagne reçoit 4 millions de Taels (17,5 millions $, à l´époque, bien entendu), la France 2 millions de Taels (8,75 millions $). Mais le clou vient encore ; en novembre 1858, à Schangai, un traité complémentaire imposa aux chinois la légalisation du commerce d´opium sur leur territoire avec la mention : « Médicament étranger » !

Les dessous de la trop rapide capitulation chinoise

Pourquoi les chinois ont-ils si rapidement capitulé en 1858 ? Parce qu´à ce stade déjà, la meute des nations cupides et colonialistes se déferlaient sur elle. Le 18 mai les russes s´étaient assurés de la rive gauche de la Côte d´Amur et imposèrent leurs avantages. Cinq jours plus tard, le 23 mai, ce furent les américains les leurs.

La dynastie Mandchoue qui ne jouissait pas de grande sympathie au sein de sa propre population, craignit de perdre la face lorsque les traités seraient officiellement échangés à Pékin. Et ainsi, en désespoir de cause, il ne lui resta qu´à engager la 3ième guerre d´opium qui se soldat, comme toutes les précédentes, par la défaite. En octobre 1859, les forces occidentales se retrouvèrent devant les portes de Pékin qui se rendit sans coup férir : l´empereur s´était enfui à Jehol. Cette nouvelle défaite va de nouveau agrandir les avantages des alliés : ce ne fut plus 9 ports ouverts aux étrangers, mais 11.

La défaite et ses multiples humiliations

Quelques dates pour illustrer, au 19ième siècle, le degré d´humiliation de la Chine que même de petits Etats insignifiants s´empressèrent, sous le manteau occidental, à lui dicter leurs conditions :

- 1858 : Traité la Chine d´une part, et de l´autre : l´Angleterre, la France, l´Amérique,  la Russie.

- 1861 : Nouveau traité entre la Chine et la Russie

- 1862 : Traité entre la Chine, la Prusse et le Portugal 

- 1863 :    «                     «   ,  la Hollande et le Danemark

- 1864 :    «                     «     , et l´Espagne

- 1865 :    «                     «     , et la Belgique

- 1866 :    «                     «     , et l´Italie

- 1869 :    «                     «     , et l´Autriche

- 1874 :    «                     «     , et le Pérou

- 1876 : Nouveau traité (Tschéfou) avec la Grande Bretagne

- 1880 : Traité complémentaire avec les U.S.A

- 1881 : Traité entre la Chine et le Brésil.

Et pour envenimer les douleurs chinoises, le Japon suivit l´exemple des occidentaux et dans une courte guerre, en 1895, elle s´empara de la Corée.

En 1897 l´Allemagne exigea réparation pour l´assassinat de deux de ses missionnaires à Shantung. Après une parade démonstrative de sa flotte navale, l´Allemagne, en étroits pourparlers avec les puissances occidentales, imposa à la Chine la cession de souveraineté sur la baie de Kiautschou, ainsi qu´une bonne partie de ses terres intérieures pour 99 ans. Voilà ce que coûta la vie de deux missionnaires allemands à la Chine.

Ce coup de Kiautschou réveilla de nouveau la cupidité colonialiste des occidentaux, et bientôt ce fut la Russie qui s´empara de la baie du Kwangtschou, la Grande Bretagne de Weihaiwei. En 1898, le Japon imposa à la Chine l´assurance par laquelle la province Fu-Kien ne serait pas allouée à d´autres puissances.

La guerre des boxers : le réveil de la fierté chinoise

Toutes ces ignominies et humiliations sociales, administratives et politiques soulevèrent des révoltes et des rébellions populaires en 1895, 1896, 1897 ; et aboutirent en 1900 à la célèbre révolte contre les étrangers connue sous le nom de la révolte des boxers. Les occidentaux matèrent ces foyers de révolte avec une hargne et une violence sanguinaire. Sous le commandement du Comte de Waldersee, un Allemand, la flotte occidentale écumait les eaux chinoises. L´empereur allemand Wilhelm II, alors chef du branle bas du monde blanc, donna cet ordre à ses soldats en partance pour le front chinois : « Pas de pardon, pas de prisonniers ! Utilisez vos armes de telle manière que mille ans après notre intervention, aucun chinois ne s´ hasarde à lever les yeux sur un regard allemand ! ». Le Comte de Waldersee, lui se plaindra à propos des expéditions punitives contre les rebelles : « La seule chose qui donne du souci, c´est notre lâcheté envers les chinois ». Quant au général Chaffée, il dira, presque avec déception : « Pour tout véritable boxer qui a été tué depuis la prise de Pékin, seuls 15 pauvres coolies ou ouvriers agricoles ont été exécutés ainsi que des femmes et des enfants ».

Les exactions, les abus et les exécutions gratuites des occidentaux en Chine se prolongèrent jusqu´au-delà de la deuxième guerre mondiale ; jusqu´à la prise de pouvoir par les communistes de Mao Tsé Toung.

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Réflexions

Maintenant, chers lecteurs, permettez-moi de faire un commentaire critique ; le choix de ce rappel historique n´est pas du pur hasard. Dans cet article méticuleux vous pouvez apprécier des méthodes et autant de la solidarité de la meute occidentale, lorsqu´il s´agit de piller, d´avilir, afin de coloniser et de soumettre à leurs intérêts rapaces et cupides. Lorsqu´on bute, dans l´histoire actuelle française à la honteuse francafrique, aux massacres de la Côte d´Ivoire pour les français ; peut-on franchement se dire que les choses ont changé, ou n´a-t-on pas plutôt l´impression désagréable que seules la méthode et les techniques de soumission et d´exploitation ont changé, parce qu´elle sont devenues subtiles et quasi invisibles ? Quant aux américains, il suffit de se rappeler de l´invasion de l´Irak pour se rendre compte que ces nations soit disant civilisées qui les y accompagnèrent, non seulement n´ont pas évolué dans leurs mentalités existentielles, mais elles nous mènent bien en bateau avec de fausses allures qui ne cachent, lorsqu´on les gratte à nu, de grands primitifs de la liberté et de la démocratie tout court. Rappelez-vous de la mentalité allemande que cette nation mit à jour jusqu´à la fin de la deuxième guerre mondiale, celle qui écuma au Togo, au Cameroun, en Namibie avec la quasi extermination des hereros ; celle qui causa en deux guerres mondiales près de 100 millions de victimes dont 8 millions de juifs cruellement torturés, grillés ou gazés…cette mentalité ne s´était-elle pas révélée déjà en Chine ou auparavant dans la participation à l´extermination des indiens d´Amérique ? Aujourd´hui cette Société parle de «Leitkultur », de culture directrice, en somme pour inciter à l´intégration des étrangers dans son pays ; de quelle culture directrice s´agit-il ? Et sur quelles valeurs repose-t-elle ? Sur l´histoire criminelle allemande, ou sur des valeurs théoriques qui débouchaient sur le racisme, la discrimination ? S´agit-il, même pour les étrangers qui ont la nationalité française, hollandaise, Italienne, anglaise, allemande…etc, de parler la langue ou d´obtenir le passeport d´un pays pour accéder à d´indiscutables valeurs ou devait-on donner à ses gens, à ces nouveaux citoyens le droit de se garder de fausses valeurs occidentales du passé ? Car lorsqu´on prend la nationalité d´un peuple, on adopte aussi, qu´on le veuille ou non, son passé ; par quel processus peuvent-ils, ces nouveaux arrivants, se sentir sécurisés, s´ils n´avaient pas le droit de critiquer les valeurs qui vont être, qu´on le veuille ou non enseignées à leurs enfants ? Napoléon, c´est de notoriété publique, était un esclavagiste. Quant à Hitler, c´était un criminel historique. Les occidentaux ne feraient-il pas mieux de commencer, eux aussi à faire le ménage chez eux, plutôt que de jouer les vertueux et les faux pédagogues, dès lors que leurs symbolismes culturels, sociohistoriques et philosophique était encore entaché d´indécentes inconvenances à bien de nobles valeurs humaines ? Hélas, beaucoup de gens de bonne foi se laissent aujourd´hui encore tromper trop facilement, ou ils sous estiment l´importance de la justice, de l´équité, de la morale et du bien dans chaque société. Et c´est bien dommage, parce nous pourrions, en démasquant les faussaires, les tricheurs et les menteurs, les contraindre à respecter des valeurs plus franches, plus humaines et beaucoup plus paisibles ; ce qui nous garderait de leurs tractations sournoises et, en définitive injurieuses pour la coexistence humaine, l´éthique ou la morale. Nobody is perfect, et cependant, au moins possible nous nous éloignerions du bien, au mieux la coexistence et la paix sociale se porterait. Car les erreurs ne nous causent que des maux sociaux, individuels qui se répercutent parfois indéfiniment dans l´espace et le temps, et à la longue, elles deviennent irréparables. Or savoir que la justice, le droit, l´équité et le bien et le respect de valeurs saines et vertueuses nous entourent, nous rend plus sincères, aimables et créatifs. Et le monde ne s´en porterait que beaucoup mieux, parce que la confiance et le dialogue, comme le dit si bien Edgar Morin, serait respectueux et équitable de la valeur d´un chacun et de tous. Cela ne dépend que de nous, du respect que nous avons de nous-mêmes, et bien entendu de tout autre que nous.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com