08 mai 2006
Lettre ouverte au Pape Bénédicte XV
Sur la honteuse bénédiction de l´esclavage par l´église du Christ.
Saint Père, nous réclamons justice !
Très cher Saint Père,
Sur les chemins tortueux de notre histoire africaine, nous avons découvert que votre Eglise : l´Eglise catholique, avait, le 8 janvier 1454 par un aggiornamento du Pape Tommaso Parentuccelli dit Nickolas V, accordé au roi portugais Alphonse V le droit de s´emparer des terres en Afrique et d´y réduire les païens en esclavage.
Cette honteuse et criminelle considération de la liberté, des droits humains, et une interprétation fallacieuse et méprisante de la Bible, Ô très cher Saint Père, nous a valu 400 ans de pénibles et sanglants mal traitements auxquels, activement, de nombreux représentants de l´Eglise participèrent, la Bible à la main aux côtés de marchands, de vendeurs et de détenteurs d´esclaves autant aux Antilles, qu´aux amériques.
Devant le silence inexplicable du Saint Siège sur ces actes et ces manquements graves à l´Ethique et à la Morale de la foi chrétienne et de sa Bible, au nom de toute l´Afrique et de tous les expatriés qui a souffert l´enfer de ces injustes traitements, et au nom de la liberté et des droits humains dont se réclame l´Eglise catholique dont vous êtes aujourd´hui l´autorité pontificale, nous demandons par cette lettre, et formellement, des excuses pour ces actes abominables.
Les temps sont passés, très cher Saint Père, mais nos douleurs, nos blessures et nos cicatrices n´ont pas guéri. Nos âmes ensanglantées et violentées errent encore dans les âges, tandis que les maux sociaux, la désorientation historique causée par cet immonde mépris nous poursuit inlassablement.
Ne trouvez-vous pas, Ô Saint Père, qu´il serait temps pour un mot, une prière de réconciliation ? L´Afrique toute entière, ainsi que les descendants des esclaves déportés vous en seront grandement reconnaissants. Et peut-être retrouveront-ils dans leurs prières solitaires, la force d´encenser leur foi chancelante.
Votre très humble,
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
L´esprit de notre „Pont“
Né de l´échec évident entre
Un néocolonialisme rapace et sournois et une élite africaine déjouée, en mal d´efficience ou de concept adéquat
Pour répondre aux nombreuses lettres qui me sont parvenues, j´ai cru bon de rédiger cette mise au point, et par cette occasion, de répondre à la plupart des questions qui m´ont été posées.
Généralement, et c´est mon expérience personnelle, la plupart des gens, surtout ceux qui ne saisissent pas encore l´enjeu d´un appel, attendent de voir ce qui se passe pour s´engager. D´autres, s´engagent à l´aveuglette, selon le principe : agir est toujours mieux que subir. D´autres encore ne participent pas du tout : ils attendent, par attentisme ou simple résignation que les autres leur tirent les marrons du feu. Avec tous ces gens et ceux qui ont des idées, des intérêts mêmes divergents une association d´intérêt communautaire doit parvenir à les mettre ensemble, les articuler autour d´intérêts communs et organiser leurs efforts et leur engagement afin que non seulement le but communautaire y gagne, mais que ce but permette à chacun et surtout à ceux qui catalysent les autres par leurs idées et leurs engagements créatifs de trouver leurs comptes.
En proposant de muer Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu en une association, je faisais autant un appel que je répondait aux exigences critiques de la politique de développement actuel de l´Afrique, ou de pays tels Haïti, Guadeloupe, Jamaïque, …etc. Et je n´ai pas mâché les mots pour analyser les maux et pour dévoiler le sentiment révoltant que ces faits et méfaits éveillaient en moi, et selon toute vraisemblance, dans beaucoup d´autres que moi qui connaissaient l´ampleur et la turpitude dans laquelle nous sombrions. Plusieurs intellectuels et techniciens ont répondu à cet appel, et je leur remercie vivement de leur spontanéité, et j´espère que bien d´autres encore suivrons ce pas, afin que nous organisions un rassemblement d´intentions, de motivations et d´engagements qui nous permette de réparer les erreurs insolentes dont nous subissons nous et les nôtres, des effets sociaux néfastes et discriminant.
Une chose est de vouloir, autre chose est de pouvoir dit l´adage populaire. Et pourtant tout est question de volonté, de profonde conviction de vouloir changer notre situation actuelle en lui donnant une orientation nouvelle, celle qui tient compte aussi de notre façon de voir les choses, et surtout, s´attache à élargir les champs de connaissances, de participation aux revenus et aux richesses de la société plutôt qu´à les rétrécir, comme c´est en ce moment le cas. Et je le dis franchement que nous allons côtoyer d´une part une francafrique têtue et sournoise, et de l´autre une élite au abois et sans succès évident. Au-delà des différences de point de vue qui nous opposent de ces deux camps, nous devons mettre en évidence les droits légitimes du petit peuple, du petit fonctionnaire, de la valeur incessible de l´instituteur et de l´ouvrier agricole, industriel ou technique qualifié, autant qu´il en est de même pour ceux qui font la publication et l´exercice critique de la pensée sociale ou de la science. Parce que ces gens sont des maillons importants de l´organisation sociale moderne, et responsables à un haut niveau du bien être et de l´efficacité de toute société.
Nous allons donc créer un pont de rapprochement qui rallie au peuple, à tous les intérêts, en faisant valoir que tous y gagneraient si le peuple exerçait mieux ses devoirs envers lui-même et envers sa société. Ce qui serait le cas si on l´aidait à se défaire de ses erreurs et de ses fausses prémisses héritées de traditions primitives, de l´ignorance, des erreurs accumulées et non discutées ou critiquées. L´élite y gagnerait en ayant un partenaire émancipé, objectif et hautement qualifié et motivé, et l´occident, pour peu qu´elle ouvre les yeux et accepte un partenariat respectable et conscient, marchera aux côtés d´un instrument qui place l´efficacité et l´épanouissement du rendement du peuple avant tout autre considération.
Et ici un mot personnel sur ma conviction en ce qui concerne l´avenir de l´Europe : à plusieurs reprises, j´ai évoqué la situation occidentale ; certes, parfois sous le poids de la colère, mes mots étaient plus accusatifs que posés. Mais cela n´enlève rien à la vérité et aux méfaits que je décriais. Je suis persuadé que l´Europe, avant 10 ans et á partir de l´année prochaine, va entamer une descente aux enfers mémorable dans son histoire. La Chine, l´Inde, l´Asie du Sud Est et bien d´autres pays vont lui rendre la vie difficile sur les marchés industriels des bien internationaux. On a beau jouer et gagner aux bourses occidentales des sommes fabuleuses, et être le centre financier le plus puissant de la terre, lorsqu´on ne sait plus vendre pour payer sa facture énergétique croissante ou résorber son chômage ou ses dettes publiques, on s´enferme dans un cercle vicieux qui ne mène pas à la prospérité, mais à la catastrophe. C´est donc qu´à mon avis, il faut reconsidérer la politique économique envers l´Afrique et l´assister efficacement à retrouver pied et à se développer pour devenir, elle aussi, un marché de biens respectables et avancé. La politique de la francafrique est dépassée, ses résultats, moins que modestes le prouvent. C´est donc plus que jamais le moment d´entreprendre, de donner vie à une autre conception de la convivialité internationale : une qui respecte mêmement, au même titre que toute autre légitimité existentielle, le droit du continent africain à offrir à ses enfants autre chose que la misère et la désolation. Certains diront que c´est une question de choix ; je suis cependant convaincu que l´Europe, dans quelques années, n´aura plus de choix. Pourquoi ne pas commencer aujourd´hui, et avec de meilleures intentions qu´hier ? C´est ma conviction. Ceux qui la partage sont les bienvenus, les autres peuvent s´abstenir, car ce dont nous avons besoin, ce sont de gens conscients, déterminés, avisés. Des gens qui ne vont pas au front pour mourir bêtement, mais pour sauver les leurs et grandir en eux-mêmes.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Le pétrole et le subconscient noir
Sur la création d´un fond régulateur africain du prix du pétrole en 2005
Après le bois noir, l´or noir
« Si nous sommes tous capitalistes, il n´y a pas de raison à ce que ce soient les mêmes qui mènent nos enfants à l´esclavage, nous oppriment et consomment nos matières premières à gorge déployée l´histoire durant. Nous aussi nous avons un droit légitime à notre réalisation pleine et souveraine. » Musengeshi K.
Commentaire du 13 Septembre 2005 13H29 sur Afrikara
Cela étonne-t-il quelqu´un que la mise sur pied d´un simple fond régulateur réveille dans le subconscient du lecteur africain l´esclavage et le manque de défense d´idéal culturel de ses intérêts qui, depuis 600 ans le torture? Chez moi, pas du tout; bien au contraire, ceci ne prouve que d´autant mieux que l´homme noir a commencé à comprendre que derrière l´or noir, il y a des intérêts occultes qui ne sont pas liés à son épanouissement, mais bien à l´utilitarisme avoué du maître occidental. Et ce que celui qui a écrit cet article n´a pas vu, c´est que pour satisfaire à la norme du maître, de l´ordre international, l´homme noir fait des fonds d´équilibre pour ne pas perdre pied, mais lorsqu´il s´agit de lui-même, de son idéal bafoué, de ses attentes, de son droit de réalisation et de liberté, personne ne semble prêt à faire quoi que ce soit. Et si les femmes ici crient pour exprimer leur désespoir, ce n´est que légitime car elles sont les plus touchées par toutes les crises et toutes les pauvreté et les misères qui ont frappé depuis des décennies l´Afrique ; malgré l´or, le pétrole, le cuivre, les diamants, le fer, le bois. Hier c´était le bois noir (les esclaves), aujourd´hui, c´est l´or noir ; quand les biens de ce continent serviraient-ils à leurs propres enfants, à leurs propres sociétés ?
Il serait grand temps pour ceux qui croient qu´il suffit, pour se réaliser en tant que noir, de nier l´esclavage et la colonisation et de répéter le discours du maître comme seul chance de salut, qu´ils se trompent grandement. Et que la vente effrénée de ces matières premières qui sont la dernière chemise de nos enfants doit nous apporter le soleil, pas la misère et l´abrutissement. Si c´est le cas, il faut se préparer à arrêter cette vente inutile et dangereuse, parce que le jour où ces matières premières seront épuisées, de quoi vivra-t-on?
L´homme noir, et je me réjouis de ces cris de femmes qui montrent qu´elles se refusent à rester l´esclave d´un système économique qui accule leurs sociétés foncièrement dans la nullité, sans tenir compte le moins du monde de ses droits à la libre réalisation, à ses attentes, à son avenir. Mais que fait donc notre élite ; dort-elle ou croit-elle que l´exercice du pouvoir ne comporte que de villégiatures et de jouissances, et non de devoirs liés à l´organisation, la défense, la promotion de leurs peuples ?
A la femme noire, un mot de tendresse et d´humilité: au nom de bien de sévices, de biens d´humiliations qu´elle a dû subir, et en place de tout homme noir, je vous demande à toutes pardon et encore une fois pardon...nous avons compris. Bien tard, mais mieux vaut tard que jamais. Que cette femme ne désespère pas; l´histoire que nous avons derrière nous, surtout celle de ces six derniers siècles nous déchire encore l´âme, mais dans la galerie de nos preux immortels, nous pouvons rappeler à nous Patrice Lumumba, Shaka, Thomas Sankara, Malcolm X, Martin Luther King, Marcus Mosiah Garvey, Steve Biko, Kwame Nkrumah Osangiefo, Amilcar Cabral et tant d´autres...Ah, femmes ce furent donc vos enfants! Nous allons nous y mettre, et ensemble, nous allons changer les choses. Mais ce dont nous ne pouvons pas nous passer, c´est de votre aide, de votre conseil, de votre amour. Et maintenant, plus que jamais, nous en avons amplement besoin. Ne sommes-nous pas né de la même race, du même soleil de la même âme? N´avons-nous pas les mêmes blessures morales, physiques et le même destin culturel et historique ? N´avons-nous pas ce même feu de réalisance, de liberté qui nous saigne la mémoire et nous embrase le désir ?
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu