28 mai 2006
Pour une nouvelle réorientation de la société africaine
Sans cela, on fausse, on colmate, on tourne en rond
Et en définitive, on ne fête qu´égarement et dilettantisme
« L'autonomie, elle n'est ni individualisme, ni indépendance, ni indifférence, ni désordre, ni marginalité avec lesquelles elle est souvent confondue. Rappelons l'éthymologie : auto (soi) + nomos (loi) = gestion de soi, dans nos relations avec notre environnement et avec nous-mêmes ce qui suppose la capacité de gérer nos propres actions dans notre durée et dans notre espace ; de nous auto-positionner ; de nous auto-évaluer ; d'être responsable du sens que nous donnons au réel.»
Hélène Trocmé Fabre.
Oui, je dois l´avouer : ce blog n´a pour but que de promouvoir activement au changement qui doit s´opérer dans l´histoire de l´homme noir, si celui-ci veut sortir de sa morosité, vaincre ses faiblesses et se motiver efficacement à la réalisation de ses rêves, des ses attentes, de ses ambitions légitimes de plénitude. Finalité des buts et des moyens, mais aussi comme le dit si bien Hubert Reeves : « Pour créer, il faut un espace de liberté où hasard et nécessité se rencontrent et se fertilisent. »
Car si les facteurs et les éléments, comme c´est le cas actuellement en Afrique, et dans l´historicité de l´homme noir en général sont plutôt aliénés qu´autonomes, ancrés à la douteuse ou primitive tradition, ces conditions, aggravées par l´utilitarisme occidental opportuniste de l´esclavage, de la colonisation ou de la francafrique, ces conditions dévoient l´enrichissement et la motivation sociohistorique, individuelle de l´homme noir.
Je dois vous avouer que depuis que j´entretiens cette page, j´en sais plus qu´auparavant ; parce que beaucoup de gens m´écrivent et m´informent, ou tout simplement me poussent à m´informer ou échanger mes arguments avec eux. Dernièrement, et c´est actuel, puisque bientôt nous allons vivre le Mundial du football en Allemagne, un lecteur m´a fait parvenir une vidéo sur laquelle des joueurs d´équipes africaines étaient interviewés. Ce document m´a beaucoup plu, parce qu´il donnait, outre de fraîches images de l´Afrique sociale actuelle, des appréciations plus ou moins objectives des conditions dans lesquelles les joueurs africains vivaient. Selon le principe : qui sont donc ces africains qui vont disputer aux autres nations du monde la coupe tant prisée du ballon rond. On y relatait pas seulement de l´Afrique, mais aussi de l´Amérique latine, de l´Asie. Et comme on pouvait s´y attendre, les conditions sociales dans lesquelles s´étaient développés ces talents étaient, naturellement discutées. De l´œil d´un occidental, bien entendu. Mais ce n´était ni péjoratif, ni discriminant, mais bien relationnel.
L´interview qui a attiré mon attention fut celle de l´équipe du Ghana. Pourquoi ? Mais parce que je savais que 47% des élites de ce pays vivaient à l´étranger ; mais aussi parce que l´ami qui m´avait envoyé ce documentaire était ghanéen. Après avoir fait un tableau du milieu plutôt sobre d´entraînement et d´éclosion des talents, le grand buteur de l´équipe fut interviewé pendant qu´il mangeait avec ses mains dans le réfectoire du centre qui abritait la préparation de l´équipe nationale. Aussitôt celui-ci se plaignit qu´étant joueur de première division, et buteur incontesté, il gagnait à peine 400 € par mois, ce qui était déjà, par rapport à certains de ses collègue, bien élevé. Il déplorait qu´il n´avait ni voiture, ni maison ; bref, il n´était pas des plus satisfait. Et aussitôt me suis-je dit : typiquement la problématique de l´Afrique en ce moment. Ces joueurs, forts prisés en occident, touchaient des sommes folles aussitôt loin de chez eux ; pourquoi leur société ne leur donnaient pas les moyens, la reconnaissance qui les revenait ? N´était-ce pas provoquer volontairement l´exode et l´immigration vers l´étranger. Qui pouvait donc leur en vouloir de chercher à gagner plus ? Et tous ceux qui chantaient, chaque fois que je critiquais l´incapacité de ces élites bornées et égoïstes, la fausse le faux refrain de nationalisme ou m´accusaient aveuglément de traîtrise s´en trouvèrent déboutés. Et cependant, au-delà de cette rapide critique, croyez-moi, les choses sont plus compliquées que cela ; car l´homme voulait déjà dépenser son argent à se payer une voiture, c´est à dire á donner son argent aux étrangers. Cet argent disparaîtrait du cercle économique de son pays, et reviendrait un jour sous forme d´armes, de bibelots ou d´autres voitures…de cela, ce joueur n´e avait aucune notion. Et quoi que ce fut son droit de rouler en voiture (pourquoi pas ?), ce serait pourtant la ruine de l´économie de son pays. Peut-être me diriez-vous, est-ce sa faute si l´élite de son pays ne produisait pas de voitures ? Et vous auriez aussi raison. Et cependant, l´économie d´un pays, d´une nation est un être vivant, comme ses habitants. Si son sang, sa monnaie le quitte sans retour, il meurt irrémédiablement étouffé. C´est un peu cela le dilemme actuel de l´élite africaine : à force de manquer à ses devoirs créatifs d´épanouissement industriel, elle nouit par défaut à l´éclosion de la société africaine et de l´africain lui-même.
Et le comble, c´est que cette élite, elle, se réalise avec des moyens qui sont étrangers, si pas nocifs au développement de leurs propres peuples, de leurs propres nations. Ceci me fait penser que beaucoup ne savent pas pourquoi Thomas Sankara a été assassiné, par exemple. Ce n´est pas parce qu´il tenait un discours révolutionnaire, africaniste et aimait son peuple sincèrement ; ce n´est pas cela. ce qui l´a fait assassiner, c´est qu´il fit décommander les chères limousines commandées en Allemagne par ses prédécesseurs. Ce fut le même cas aussi pour Samora Machel : celui-ci, au lieu de commander de lourds véhicules de construction occidentales, en plein accord avec son fidèle entourage immédiat, on décida d´employer des éléphants dressés pour construire des ponts, faire des routes, parer au plus urgent. Pourquoi les a-t-on donc assassinés si ce n´était pour arrêter ce sage économisme qui ne rapporterait pas à l´occident, et risquerait de développer une pensée, une logique de rentabilité qui sortiraient ces pays plus rapidement du sous développement qu´elles ne serviraient à leur asservissement. Parce que, ne nous faisons aucune illusion : aussitôt les pays sous développés installés dans la spirale de l´achat technique des produits étrangers, ils dépensaient leurs finances pour alimenter un système qui les envahissait et les noyait pendant qu´eux, mus par des besoins sans cesse croissant, en devenaient dépendant. L´argent, on ne peut le dépenser qu´une fois et dès qu´il a quitté son lit légitime où il aurait pu s´investir en créant de nouveaux débouchés professionnels, de produits industriels, de biens d´investissement ; il joue contre ses anciens possesseurs qui n´ont pas eu la sagesse de respecter sa valeur reproductive bienfaisante.
C´est cela en fait le grand mal africain. Et arrivé à ce point, on fait de grands discours, on attend comme la prostituée au coin de la rue l´arrivée du client. Et si ce client ne venait pas ? On avait beau relever les jupes, vanter ses charmes et ses prouesses, tout cela n´était que du café froid. La faim et la misère restaient le seul destin de l´inconscient.
C´est vous dire qu´il faut que l´Afrique, pour comprendre et transcender ce problème élémentaire de l´économie, change de façon de penser. Et restaure et remette ses facteurs sur les vois déterminées de sa réalisation, plutôt que d´attendre le client occidental qui lui, mentait beaucoup, investissait plus en Chine qu´il n´avait investi en Afrique en 100 ans. Il se contentait de faire de grands concerts, beaucoup de bruit, à entretenir une politique d´aide fallacieuse qui noyait ses victimes avec ses excédents alimentaires gratuits, détruisant volontairement l´agriculture fragile africaine. Ceux qui ne voient pas ces évidences, ce sont des charlatans dangereux. Des inconscients criminels. Et ce ne sont pas seulement les africains, ce sont aussi tous les occidentaux qui entretiennent et défendent sournoisement ce système injurieux, et pour le moins raciste. Et hélas, l´un des plus grand pays utilisant ce machiavélisme économique est la France avec sa francafrique. Une honte nantie d´une bassesse des plus avilissante. Et vous connaissez mon avis : cocarder liberté, égalité, fraternité et être coupable de telle injure à la réalisation humaine ; il faut le faire !
Une autre remarque que je ferai à propos de cette vidéo, c´est l´éducation en Afrique. Elle est misérable et défaillante. Plutôt désorientée que motivée vers un but, un idéal social. Je ne parle pas du respect ou des mœurs, bien au contraire, elles sont saines ; je parle plutôt de choses comme manger avec les mains, soigner un logement et une culture meublée autant physiquement qu´intellectuellement. Apprendre à critiquer, à juger et à étayer la raison. Mais à ce qu´il paraît, l´élite africaine ne se donne pas beaucoup de peine : plus il y a des idiots, et plus il y a moins de révolte ou de contestation. Un cercle vicieux.
Maintenant, chers lecteurs, je ne vous demande pas de m´aimer ; moi il me suffit que ma femme et mes enfants m´aiment. Je vous demande seulement de réfléchir et peut-être, dans la mesure de vos dispositions personnelles, d´agréer ou de participer à changer les choses. Je sais, certains lecteurs m´ont dit qu´avec moi on ne cessait pas de réfléchir; et que la vie n´était pas seulement faite d´exercices des ménninges; cela me fais rire, parce qu´ils ont aussi raison. Mais ne croyez pas que j´attende de vous des merveilles ; ma grande satisfaction se résout par exemple à entendre un Michel Cohen reconnaître que j´ai raison, ou ce sentiment que j´ai que tous ces enfants que j´ai vu souffrir de faim et d´apathie savent que mon cœur a souffert en les voyant désespérer, et que je resterai toujours à leurs côtés. Aussi longtemps que je vivrai, et aussi longtemps que ces injustices perdureront. Ca, c´est ma vraie satisfaction. Elle est trop souvent désespérée, amère, en colère ; mais je crois qu´elle est légitime et saine. Chacun son destin. Celle-ci, c´est la mienne et son tourment. Quelle est la vôtre ?
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu