Commentaire sur l´article du Pr. Achille Mbembe sur Africultures

Cartes viciées, cartes truquées : l´impasse du faux

Je recommande à mes lecteur de lire cet excellent article sur africultures : Lutte pour la succession en Afrique du Sud :

Le syndrome de Nongqawuse. http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_article&no=4449 

J´ai été saisi par ce psychogramme Xhosa de 1856/1857, parce qu´il relève curieusement bien de la réalité actuelle de l´Afrique du Sud. Et malgré que j´admire l´analyse du Professeur Achille Mbembe qui est absolument correcte, je n´arrive hélas pas à la même conclusion que lui. Tout est vraisemblablement question de point de vue. Toujours est-il qu´à mon avis, les peuples sud africains en crise réelle d´orientation sociopolitique et culturelle ne se retrouvent pas dans leur élite qui elle est subjuguée, ou neutralisée par une fausse réconciliation qui a fait perdre à la société l´occasion d´épurer moralement le dilemme déchirant de l´Apartheid. Les Blancs, non seulement ils se sont donnés, après toutes leurs exactions criminelles durant cette méprisante et inhumaine période historique de la Nation Sud africaine, le luxe arrogant de bouder la commission de vérité et de réconciliation de Desmond Tutu par laquelle, rappelons-le, il leur avait été, au départ, garanti de l´aspect purement réconciliant de cette commission. Il étaient donc assurés qu´ils ne seraient pas jugés, mais que cette procédure avait pour but de guérir la conscience blessée de la Nation et de rapprocher noirs et blancs en permettant aux victimes de savoir où étaient enterrés leurs disparus assassinés, et peut-être, dans la mesure où on pouvait retrouver les corps et les distinguer dans les nombreuses fosses communes organisées par l´ancien régime criminel de Pretoria, de leur donner une sépulture respectable et humble. Pourquoi les blancs ne se donnèrent pas la peine de rendre justice à une âme nationale commune ? Parce qu´ils détenaient les finances et l´économie ? Ou parce qu´en réalité ils ne voulaient pas partager leur âme sociohistorique avec des noirs ?

Desmond Tutu commit à mon avis une erreur psychologique monumentale en accordant, par contumace aux anciens criminels l´absolution et le pardon des noirs. Parce qu´ainsi, dans la représentation psychologique de la communauté noire, ces actes impunis détruisaient l´éthique et la morale de la société, suggérant aux criminels l´impunité et aux victimes l´indignité et l´injustice de la crucifixion éternelle. Cela devenait encore plus révoltant si ces blancs arrogants et criminels détenaient les moyens économiques de la société, et vivaient en toute pompe et largesse pendant que leurs victimes, elles, devaient, comme par le passé, faire la file et attendre le bon vouloir de leurs injustes et arrogants seigneurs. Qu´est-ce qui avait bien changé ? Rien. Les noirs avaient visiblement le pouvoir, mais c´était le blanc qui était resté le maître. Et dans le subconscient blessé et encore saignant de l´homme noir, mais aussi dans le repaire moral et éthique de valeur sociale, il se sent violenté et trompé encore une fois. Ca déprime et révolte. A raison. Dernièrement, sur grioo.com, Desmond Tutu se plaignait de l´indifférence des blancs devant la misère qui montait irréversiblement des townships. Bien tard. Les blancs se sont bien tirés d´affaire devant la naïveté et, on doit le dire sincèrement : l´incapacité de l´élite noire sud africaine à percevoir les dessous réels de l´enjeu et de l´incidence sociopolitique de cette dualité noire/blanc, et surtout de leur portée psychologiques sur le corps divisé de la Nation.

J´ai déploré dans cet article l´absence d´un élément important : celui de la méthode et des moyens utilisés par les boers de l´Afrique du Sud de l´Apartheid contre les africains noirs légitimes habitants de l´Afrique du sud. Assassinats, tortures, infections criminelles au sida, empoisonnement à l´anthrax génétiquement orienté, emprisonnements, exactions et répressions physiques, psychologiques dévoilant un haut mépris et une criminalité bien perverse. Tout avait été employé pour briser ce peuple et l´asservir en lui infligeant, avec la complicité de l´occident intéressé par les richesses minières de ce pays, un traitement des plus inhumain. Et si rien n´a changé aujourd´hui à part les violences raciales gratuites ou si la victime, malgré que les noirs aient les rênes du pouvoir politique, n´arrive pas à réaliser ses rêves, ses désirs empêchés, ses attentes brimées et réprimées pendant des décennies entières interminables, si pas des siècles ; parce que, ne nous faisons aucune illusion : ce dont il s´agit, en Afrique du Sud, c´est de réalisation existentielle. Ou de commune réalisation existentielle. Mais hélas, par trop souvent on l´oublie ; ce qui suggère à tous faussement que la vie d´un noir, son existence ne vaut pas celle d´un blanc. Et c´est une erreur que la domination culturelle occidentale qui s´est imposée sur le monde depuis 600 ans doit se guérir le plus rapidement que possible. Aujourd´hui encore, elle a trop tendance à justifier ou à tolérer que les blancs détiennent les moyens de production au détriment des noirs, et que ce dernier devait se débattre ou mieux, se soumettre ou s´aligner à la culture occidentale, parce que c´est sa seule façon de survivre ou de réussir. Paternalisme borné que tout cela ; l´homme noir est un partenaire tout au moins. Sa vie, son existence et sa réalisation ne dépendent que de lui-même. C´est donc que le priver sciemment de moyens de réalisation réelle ou imaginaire, c´est enfreindre sa liberté, porter atteinte à sa souveraine légitimité existentielle. On est bien surpris que ces esclavagistes, colonialistes et ségrégationnistes d´hier parlent de liberté, de démocratie, d´humanité alors que des siècles durant, toutes leurs actions historiques déniaient ces allégations et organisaient systématiquement la domination et la soumission des autres peuples et notamment de l´homme noir.

L´élite sud africaine au pouvoir actuel doit le comprendre et cesser de jouer le sous fifre déjoué en versant un vin pur à son peuple. Dans cette affaire, il ne s´agit pas seulement de l´existence de noirs, mais aussi de celle des blancs. Il s´agit d´entamer efficacement de rapprocher deux races dont la cohabitation a été gérée par un des antagonismes les plus cruels et méprisant de l´histoire humaine, et dont les blessures saignent encore abondamment. Il y a donc lieu d´accélérer et de multiplier les actes et les initiatives qui guérissent ces plaies sans leur laisser de longues cicatrices ou de d´inguérissables névroses que les individus vont porter indéfiniment dans la société au risque de les transmettre à leurs enfants comme on le voit en Allemagne avec les nazis, et qui empoisonneraient à la longue toute harmonisation réelle de la société. Toute nation est un être vivant qui a une âme, des attentes, des rêves, des désirs qu´il faut réaliser ensemble si on veut appartenir à son corps. Il est (encore) grand temps que les blancs quittent leurs refuges arriéré et primitif, et accepte de marcher côte à côte avec ceux qui sont prêts à leur pardonner bien de méchancetés. Il est encore temps. Le noir est une race comme tout autre, sa patience n´est pas éternelle. Et il est criminel et méprisant de croire que contrairement à tout être humain il n´aime pas sa liberté ou sa réalisation. C´est une grossière et malveillante erreur. 

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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