Lettre ouverte à Mme Catherine Guéguen

Présidente de l´association R.I.A

http://ria22.free.fr/ 

Pour le respect et l´amour de nos enfants

« Pas d´impunité pour les ennemis jurés de l´enfance innocente

et de la liberté. » Musengeshi Katata

Chère Madame Guéguen,

Vos remerciements m´on fait un énorme plaisir, et je dois vous l´avouer aussi, ils ont flatté mon sens éthique et moral. De nos jours, beaucoup de gens n´y attachent plus d´importance ; moi cependant, j´ai reçu une éducation qui s´est donné un grand mal à souligner les valeurs de justice et d´équité de l´existence, ainsi que de leur profonde et sincère discussion.

Le mal contre lequel vous luttez, madame, est un mal aux multiples facettes tout aussi dégoûtantes les unes que les autres, mais toutes ont ceci de commun : ils n´ont ni le respect de l´intégrité des autres, ni de leurs libertés, ni de leurs droits.

Et l´inceste est la pire de toutes parce que non seulement elle rompt la barrière morale familiale de la sexualité, mais par une violence vile et honteuse, elle s´exerce sur un enfant faible et innocent dont on est sensé protéger l´enfance de toute injustice. Et c´est bien cela qui aggrave le jugement que nous devons apporter à tous ceux qui, bassement, se sont exercés aussi vilement.

Je vous avoue mon indignation à l´égard d´une justice ou d´une société qui veut offrir à ce genre de brigands l´impunité. Dans la nature injurieuse et oppressive de l´inceste, il y a trop de violence, trop de mépris de la faiblesse, et trop d´immoralité pour que tout citoyen de bonne foi veuille la pardonner ou lui offrir prescription aussi facilement. Qu´en était-il des victimes brisées, inconsolables, moralement et psychiquement détruites dont la plupart ne recouvreraient plus la quiétude, la confiance, l´oubli ; quand penserait-on enfin à elles ? Je vous avoue, madame que quelque fois je ne comprends pas toujours la société et ses trop rapides choix de lois et de dispositions quand celles-ci, au lieu de protéger les victimes et veiller aux réparations, s´adressaient plutôt aux bourreaux et aux criminels auxquels elle promettait prescription et trop généreuse réinsertion sociale. Je n´ai rien contre la paix sociale, bien au contraire ; mais je pense qu´une paix sociale doit aussi tenir compte des victimes, de la réparation morale et psychique auquel ils ont droit.

Surtout ne croyez pas que je parle à la légère : dans mes moments libres, et cela depuis près de 20 ans, je m´occupe d´enfants déshérités, difficiles, rejetés, abandonnés dans des homes surpeuplés ou sans autre affection que la solitude et la violence de camarades désoeuvrés, souffrant la plupart du temps tous de manque d´affection chronique. J´y ai appris des histoires à vous fendre l´âme de dégoût, de rage, et bien souvent aussi de désespoir impuissant. Et si les gens connaissaient réellement combien la nature humaine pouvait être méchante à l´égard des enfants, bien de gens changeraient leur avis tolérant ou passif face aux vilenies auxquelles ces petits être sont injustement confrontés. Cela m´a fait beaucoup réfléchir autant sur la nature humaine elle-même que sur la projection organisée de notre société. Et bien de questions sont devenues importantes, mais la plus importante restera toujours : quand comprendrons-nous que la violence, sous toutes ses formes, est l´ennemi le plus dangereux de nos plus belles valeurs sociales ? Les tolérer, ces violences ou leur offrir l´impunité, n´était-ce pas abandonner, mettre à disposition le fondement le plus précieux de la paix sociale, de l´intégrité individuelle ? Car les maux, les exactions, on le voit dans toutes les statistiques de violence européenne, se multiplient dangereusement. La violence a atteint nos écoles, nos parcs de jeux, nos familles, nos stades, nos rues. Ne sous estimerions-nous pas l´éducation, les valeurs que nous devons prodiguer à nos enfants, celles que nous devons protéger et défendre clairement, ouvertement dans la société ?

J´ai trois charmantes filles que j´aime comme la prunelle de mes yeux, et nous nous sommes donnés la peine, ma femme et moi, à établir des rapports que je qualifierai d´attentionnés, ouverts, sincères mais clairement définies par des priorités liées au meilleur épanouissement de leur avenir. Elever, éduquer des enfants n´est pas une chose facile de nos jours, et cependant, je pense qu´avec amour et surtout un bonne dose de lucidité sur le contenu des valeurs qu´on veut léguer à ses enfants, on peut arriver à aider l´enfance à découvrir et cultiver un sens existentiel qui leur offre les moyens de s´épanouir le plus librement et le plus pleinement que possible. Je le souhaite à tout parent, mais aussi à tout enfant.

Derrière l´inceste, Madame Guéguen, il y a un tel mépris, un tel violentement de la vie, de la liberté, de l´intégrité de l´enfant, que cela revient souvent à une mort psychique ou à une blessure morale qui ne guérit que trop lentement. Si ça cicatrice ne nous déchire pas la confiance toute la vie durant. Le barbare qui s´y abaisse, on le retrouve non seulement en famille, mais aussi dans l´esclavage, la colonisation du fouet, du massacre civil et celle de l´étouffement culturel. Dans tous ces cas, la violence, le viol, le vol et le meurtre physique ou psychique est l´expression d´une phallocratie abusive et immorale, car elle s´exerce exclusivement, sans tenir compte ni des droits des autres, ni de leurs libertés. C´est pourquoi, et en connaissance de cause, je vous remercie vivement pour m´avoir donné l´occasion d´en faire part à mes lecteurs auxquelles je conseille vivement de vous encourager dans votre démarche. Car défendre le droit à l´enfance innocente et protégée, c´est défendre une valeur sociale dont la portée et l´importance dépassent les limites du simple délit familial ou sexuel.

Croyez, très chère madame Guéguen, que je vous resterai obligé, parce que  j´estime que le combat que vous menez a droit à toutes les attentions et l´assistance que requiert une grande ambition sociale. Je formule le humble mais sincère souhait que vous arriviez, chez tous ceux dont vous approcherez le sort douloureux, à leur apporter l´amitié et le secours moral qui soulage. Et d´ici, je me permets de relayer votre cri afin que la société entière, tous les gens de bonne foi qui nous écoutent ou nous lisent de vous tendre la main, afin que nous vainquions ce fléau bas et dangereux. Avec toute ma sympathie,

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com