Un facteur industriel qui va bientôt mettre le feu aux poutres.

L´énergie : la clé de l´avenir, et celui de biens de convoitises

«The future belongs to those who prepare it today »

Malcolm X

                                                                  

Sans un chemin de fer, disait Henry Morton Stanley il y a plus d´un siècle pour le Congo, ce pays ne vaut pas un penny ; cette constatation est valable pour toute l´Afrique, et reste, hélas, aujourd´hui encore vraie. Ce qui me fait dire á raison que les africains n´ont pas pris l´un des facteurs parmi les plus important au sérieux. Ce qui explique entre autre le marasme économique ou le sous développement actuel de ce continent. Il faut attendre, dans bien de pays africains que les européens ou les chinois, selon leurs intérêts économiques, viennent accomplir pour eux leurs devoirs. Tous veulent s´armer, tous veulent rouler en Mercedes, voler en avion ou consommer occidental, mais le chemin de fer : ce transport vital et primordial à toute économie de commerce et de mobilité des biens et des personnes, il n´avait eu qu´une place méprisée dans les rares entreprises des sociétés africaines. Et à cet exemple, entre autre, on pouvait apprécier de la maturité et du sérieux des ambitions africaines au développement. Autant dire : dilettantes. Plus hasardeuses qu´efficaces. Et comme je le dis souvent : paraître plutôt qu´être, saisir le subsidiaire plutôt que s´atteler au principal. Et le monde, lui, ne s´arrêtait pas ; ni pour les fainéants et les inconscients, ni pour ceux dont la puissance et le développement nécessitait de jour en jour plus d´énergie, de matières premières, et même de marchés de dupes et d´exploités. Ceux qui avaient négligé leurs devoirs primordiaux se retrouvaient en situation désespérée : ils sont écrasés autant par leurs manquements que par leurs erreurs. Et cette situation est d´autant tragique s´ils n´ont pas les moyens de se remettre à jour économiquement. Oui, tragique est le mot exact ; on le voit au Congo de la RDC : une guerre civile autant inutile que superflue qui a coûté la vie à près de 5 millions de vies humaines en 7 ans ! Et malgré tout, le marasme était encore plus grand qu´avant, parce que ce n´est ni tuer ni violer, ni mépriser qui résolvait les problèmes. Après la paix, on se rend compte que rien n´a été fait de positif pendant ces hostilités sanglantes, et que tous restaient à entreprendre. Pire, il fallait recouvrer la confiance en l´avenir, et soigner des blessures physiques et morales qui risquaient d´entacher de gros nuages soupçonneux et méfiants les mains tendues dont on avait besoin pour reconstruire un meilleur avenir.

Parfois on se demande : à quoi pensent nos enfants africains ; à quoi rêvent-ils ? Rêvent-ils tous de misère et de mendicité, de manque et pauvreté comme seul exutoire existentiel ; ou rêvent-ils aussi de belles choses, de vœux, de dons qu´ils veulent faire éclore de leurs attentes, de leurs désirs les plus brûlants ? Ces rêves étaient-ils utopiques face à des adultes et des sociétés piégées, enfermées à des impasses matérielles et intellectuelles qui les empêchaient de voir les choses comme il faut, logiquement, efficacement afin de s´ouvrir une marche historique qui n´aboutisse pas toujours en catastrophe, les yeux injectés et désespérés, le ventre et l´esprit torturés par une faim canaille, insupportable ?

On a beau relever les erreurs, on a beau éveiller l´attention des classes politiques concernées sur les hérésies et les manquements de leurs gestions ou de leurs étroites visions de l´avenir, rien n´y fait ; on se croirait dans un dialogue de sourds et de muets où celui qui révélait certaines évidences, ou en appelait au bon sens et à la raison devait avoir mauvaise conscience, parce qu´il disait ou en appelait à ce que personne ne voulait ni entendre, ni prêter attention. On se croirait en face d´un enfant qu´on éloignait à grand cris du feu, mais qui, dans sa naïveté, y revenait aussitôt attiré par l´imminence du danger autant que par la curiosité déroutante de l´interdit. Et excédé, on se demandait s´il ne fallait pas se laisser se brûler, afin que l´expérience réelle de la douleur prenne son cours et fasse leçon.

Chez un individu, un enfant, des conclusions immédiates positives pourraient se déduire de cette expérience ; pour un peuple, pour les nations cela devenait compliqué et ardu, parce que tous ne réagissaient pas de la même manière face à la douleur ou à l´expérience négative. Certains avaient tendance à utiliser les symboles décriés sans les comprendre ni critiquer leurs contenus ; d´autres fermaient les yeux et ne croyaient qu´à l´expérience personnelle, individuelle. D´autres enfin vivaient dans une tour de verre sensible et intellectuelle dont il fallait les en sortir, pour éviter qu´ils ne soient l´objets d´abus, d´erreurs ou d´aveuglement…C´était à la société, d´imposer un bon sens commun, une logique d´expérience et d´historicité commune qui permettent d´éviter les désagrément et les iniquités passées afin de préserver ses citoyens contre des idées malsaines, des actes gratuits ou des erreurs qui mettraient en danger l´intégrité physique, morale ou intellectuelle de leurs bien êtres. Et ce devoir revient sans détour à la connaissance, à l´élite, à la culture sociale. Si elles fonctionnent dans un but idéal affirmé et conscient que le bonheur de leurs membres était aussi le leur.

Et malgré les manquements et les erreurs qui créent en ces moments en Afrique des situations et des réactions diverses, discordantes, plus restrictives et contraignantes qu´heureuses et paisibles ; ce n´est pas encore le pire des choses si la clarté des buts et l´organisation pouvait y mettre rapidement fin. Le danger actuel de l´Afrique résidait dans sa faiblesse face à des pays industrialisés et armés jusqu´aux dents qui dans leurs développements et leurs intentions avaient hélas la piteuse habitude d´employer les autres ou leurs richesses pour parvenir à leurs buts. Et dans ce cas, faire semblant que tout allait son chemin ou qu´il suffisait d´attendre Godo pour que les choses aillent mieux ou que les problèmes se dissolvent par eux-mêmes, c´était jouer à hara-kiri, se mettre la corde au cou, ou ne pas avoir fait sien ni de l´expérience historique du passé esclavagiste, colonialiste, du poids affligeant et méprisant de la francafrique. Et à mon sens, manquer de sens de jugement réaliste et raisonné de l´histoire.

L´énergie sous toutes ses formes est le prochain facteur déterminant des conflits ou des tribulations humaines, et surtout des pays industrialisés. La montée de la Chine et de l´Inde au firmament industriel va non seulement faire disparaître le pétrole, mais il va pousser à une ruée vers l´atome radioactif avec un empressement des plus impérieux. Gare à l´avenir aux accidents tels que ceux de Tchernobyl, de Seveso. L´Afrique, par manque ou retard de développement va se trouver, contrairement à l´Union Soviétique qui, elle, sait défendre valablement ses richesses, dans le feu embrasé des cupidités. On le voit déjà avec les empressements actuels des entreprises chinoises sur le continent ; elles se fraient partout dans le monde des accès facilités aux matières premières, face à la rapacité américaine et occidentale.

Selon toute évidence, l´Afrique verra de nouveau, comme toujours, ses richesses profiter aux autres qu´à elle-même. Se rend-t-elle compte de cette hérésie ? Croit-elle que les matières premières sont éternelles, ou lui manquait-il simplement de sens réel de jugement de ce que signifiait cet état des choses ? Ne risquait-elle pas, lorsqu´elle serait enfin au point de se développer (si les autres y consentent ; on a plutôt l´impression que tout est fait en sorte que ce continent reste indéfiniment sous développé !), ne lui manquera-t-il pas les minerais et les richesses qu´elle vendait aujourd´hui inconsciemment pour se procurer des babioles ?

Pour quelle société, pour quel avenir doivent se préparer nos enfants ? Avec quels moyens, quelle technologie vont-ils vaincre l´espace, la mobilité, produire les biens qui leur seraient nécessaires ? Certainement pas avec le pétrole qui aura bientôt disparu, et s´il fallait développer l´énergie solaire et la mettre en pratique, il faudrait peut-être déjà s´y mettre en éprouvant toutes ses possibilités. Dans quelques années, plus aucune voiture ne circulera aux dérivés du pétrole ; ne faudrait pas déjà apprendre à nos enfants de se poser des problèmes là-dessus ?

Ce qui me désole et m´effraie, c´est ce silence angélique et innocent qui règne sur l´Afrique. Elle souffre de tous les maux, de tous les manquements ; elle n´a vaincu ni la distance ni l´espace, ni même l´alimentation pour tous ou l´eau pure ! Et cependant, on a l´impression qu´aucun de ces problèmes ne font l´état de discussions ou de tentatives sociales de trouver des solutions. A croire que l´élite actuelle au pouvoir était à ce point dépassée ou incapable, qu´elle s´en remettait, sans le moindre effort intellectuel d´organisation de ces réflexes existentiels au sein de leurs sociétés parce qu´ils faisaient part de la légitimité existentielle en ce qu´elle se prépare et se donne les moyens de se réaliser. Faut-il vraiment croire que ces gens pensent à l´avenir de leurs peuples ? J´ai des doutes sincères et fondés. Et je m´avancerait même à dire que, décidément Georges Bush avait raison en disant à son retour d´Afrique sur CNN en novembre 2004 : « L´Afrique est gouvernée par des incapables ». Avant d´écrire cet article, je me suis donné la peine, dans l´Internet qui est la plus grande et la plus vivante bibliothèque de me faire une idée sur les titres et les sujets de mémoires et de doctorat en Afrique : absolument effrayant ; on dirait que tous ces sujets tournent en rond ou n´ont plus aucun lien avec la réalité actuelle. Dépassement, manque de réalisme flagrant ? Infantilisme ou incompétence ? Je me rappelle cependant qu´un chercheur mathématicien physicien congolais me disait il y a vingt-cinq ans qu´il était possible de faire marcher la voiture…à l´eau pure ! A l´époque je me suis dit qu´il était illuminé, qu´il déraillait ou qu´il tenait absolument à mériter sa présence à notre table. Depuis je sais que c´est lui qui avait raison. Où est donc resté cet esprit créatif et révolutionnaire ? Ou avait-il tout simplement quitté le pays ? Quand comprendrons-nous enfin que notre avenir dépend aussi de notre ouverture d´esprit, de notre créativité, des solutions que nous apportons à nos problèmes ?

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com