28 juillet 2006
En RDCongo, rien ne va plus !
Show down pour le pouvoir
Le Congo : un cœur qui saigne
« Si le Congo meurt, c´est toute l´Afrique qui bascule dans la défaite et la recolonisation » P.E.Lumumba
L´ambiance est tendue et presqu´insoutenable à la veille des élections congolaises, les premières libres depuis 46 ans ! Et depuis la mort du père de l´indépendance de ce pays : Patrice Emery Lumumba, tous les bas n´ont pas été épargnés à ce continent au cœur de l´Afrique. Ni la cupidité dernière de ses pays voisins attisés par des pays étrangers intrigants, ni le tribalisme illuminé et séparatiste, ni les guerres de politiciens véreux, maladroits ou simplement ignorants de leurs devoirs, ni l´analphabétisme, le populisme abruti et borné…rien n´a épargné ce peuple depuis. Et à la veille de cette échéance cruciale, on se demande si tous les acteurs sont conscients de la valeur symbolique réelle de ces votes ?
Ne nous faisons aucune illusion, ce n´est pas voter qui construit les école, fait l´agriculture, soigne les malades et protège la paix sociales ou nos frontières ; mais bien les hommes que nous élisons et qui veillent à ce que cet état soit valablement organisé et remplisse ses devoirs envers son peuple et sa destinée au sein du monde. C´est donc à cette élite que s´adresse nos espoirs et nos questions : saura-t-elle remettre le train congolais sur la bonne voie, nous l´espérons vivement. Car jusqu´aujourd´hui, 46 ans après l´indépendance antagoniste, plutôt sournoise que réelle du 30 juin 1960, la classe politique congolaise ne s´est pas couverte de lauriers de réussite, bien au contraire : elle a plutôt nagé et tourné en rond qu´elle n´a exercé ses devoirs avec talent. Est-ce une question d´hommes, de capacité, de vision de l´exercice du pouvoir et de sa dure et lucide appréciation ; ou est-ce le manque d´idéal, de l´art de conjuguer l´espoir historique du peuple avec ses devoirs envers ses désirs, ses rêves, ses attentes ? Ou n´était-ce, comme nous ne le savons que trop bien, la pression géopolitique occidentale qui entraînait cruellement ce pays dans une stagnation intentionnelle, pour faire plus aisément main basse de ses richesses ? Apparemment tous ces facteurs ont joué un rôle dans le marasme actuel de ce beau pays.
C´est pourquoi, encore une fois les congolais se demandent si cette fois le mal congolais prendra fin, que le choix que le peuple fera cette foi-ci le sortira des ténèbres des guerres civiles, de la corruption et de l´aliénation mentale donnant à chacun de ses enfants une chance réelle de travail, de participation active et assidue à la réalisation de ses propres rêves et ceux de tous les siens. Sortir de la misère, de la mendicité et de la dépendance étrangère pour vivre et mériter la fierté de sa propre créativité. Y avait-il de fierté ou d´honneur plus cher ?
Certes, la danse des sorciers et des prédicateurs marchands du vent et du mensonge a commencé, plus vertigineuse que jamais. Et cependant, devant ce vote qui à mon avis représente pour tous les acteurs nationaux et internationaux de la paix congolaise, une véritable chance de stabilité, j´espère vivement que le peuple saisira cette occasion solennelle pour imposer sa volonté saine et souveraine. Sinon, elle devra de nouveau en subir les conséquences qui n´ont été, pendant trop longtemps, que bien douloureuses. C´est donc l´occasion de faire et de dire le droit de la volonté populaire. Et après ce choix, exiger de la part de ses élus de mettre tous leurs effort et leur engagement à réaliser les nobles idéaux de la nation. Avec ambition et élégance, parce qu´ils sont la véritable source de la grandeur historique et de l´avenir d´un peuple.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Confiant versus Bilé
Duel verbal d´identité sous le joug du maître blanc ?
Sous l´auberge du faux, de la frustration, du rêve brûlant
Le torchon brûle, et à couteaux tirés autour des caprices des apparences réelles et les aspirations profondes et brûlantes de la belle Martinique. Le journaliste Serges Bilé a reçu, sur son article « fierté noire » du 03.07.2006 sur la finale du Mundial vu des rues de la Martinique, une violente diatribe que je qualifierai personnellement d´excessive, plutôt déplacée que posée. Pour ceux de mes lecteurs qui s´attachent au détail, dans le nouvel observateur du 21.07.2006, ils auront le loisir de lire le reportage de Serges Bilé et la rétorque de Raphaël Confiant intitulée : « Trop, c´est trop. »
En réalité, il s´agit dans cette confrontation qui a pris sous la violence de la réaction de Raphaël Confiant, une tournure agressive et plutôt méprisante, d´un conflit typique de symboles introvertis dont l´étalement volontaire ou pas par Serges Bilé a provoqué la violente négation de la part de Raphaël Confiant. Apparemment, Serges Bilé est allé fouiller dans des blessures vives de l´identité martiniquaise. Et son tribun chaleureux : Raphaël Confiant l´a traité de tous les noms. Si vous voulez mon avis, aucun des deux n´a tort ; pour ce qui est du style de Confiant, il dénote tout simplement que ni le contentieux africain de l´esclavage, ni l´aveuglement parvenu de bien d´africains nouveaux immigrés en France qui, ignorant parfois le douloureux passé des rapports blancs – esclaves des Antilles françaises. Ces nouveaux arrivants s´accommodaient par trop facilement à agréer au système dominant de la Grande Nation Française où cependant les anciens esclaves aspiraient déjà à une identité propre, à une indépendance culturelle, linguistique et économique qui leur rendrait leurs propres valeurs perdues, réprimées ou galvaudées par 400 ans de pire des traitements sociaux.
N´était-ce pas curieux que ce soit justement un peuple français qui fit la révolution française de 1789, légua au monde la charte des droits des hommes qui tardait sournoisement à le comprendre ? Serges Bilé a dévoilé dans son article les comportements antagonistes des martiniquais faces à leurs propres aspirations de libération du joug historique blanc. Que des martiniquais acclament, affichent le drapeau français ou chantent la marseillaise pendant que leurs propres fils jouaient pour la France dont ils faisaient, jusqu´à preuve du contraire, bien partie ; qu´est-ce que cela avait de blessant ou d´offensant ? Apparemment rien, sauf si la description de cette situation, et surtout par un français d´origine africaine (Côte d´Ivoire) comme l´était Bilé, ne fit, dans un nationaliste comme Confiant, déborder un vase séculaire dont le poids, à la longue, était devenu de plus en plus amer, insupportable.
Etrange situation de confrontation par symbolisme frustrés, dévoilés, faux auxquels les attentes, les rêves ou les aspirations brûlantes, et certainement séculaires des peuples des Antilles blessés dans leurs amours propres, leurs avides quêtes identitaires, ne révoltait que d´autant mieux lorsque quelqu´un (et surtout un africain, semblait-il) venait à leur en rappeler les douloureuses cicatrices.
Dans cette affaire, à ce qu´il me semble, (et on le voit dans la lettre de soutien à Confiant adressée par un collectif à la presse) qu´on attribue d´autorité à Serges Bilé le voie de fait ou l´intention volontaire de blesser ou d´offenser la fierté martiniquaise. Je ne le pense pas, ou du moins, je ne lui attribue pas cette méchante ironie. Il serait donc encore temps d´enterrer une hache de guerre qui, tout en voulant abattre un ennemi qui n´en était pas, prenait ou cherchait des prétextes qui éloignaient de la vérité, du but réel encouru. S´agissait-il de se défouler ou s´agissait-il d´exercer sa violence sur le premier venu qui disait un mot de trop ou de travers ? Ce n´est pas Serges Bilé qui a fait l´esclavage, et ce n´est pas lui qui en est responsable, ou le geôlier sournois cachant sous sa verve la clé de la liberté martiniquaise. Si les martiniquais aspirent à se libérer de la France, ou à exiger de celle-ci qu´elle respecta plus étroitement leur identité, leur culture, leur langues ; ne soyons pas mesquin, Serges Bilé leur a rendu un service irremplaçable en leur disant justement ce qui était faux. Car de nos jours, bien de symboles dont faussés et inversés. Rouler dans des voitures françaises, être dépendant de son industrie, de sa littérature ou de sa créativité,…de son bon vouloir, et rêver de liberté sans organiser la reprise et la défense efficace de celle-ci, l´Afrique ne le savait que trop bien ; cela ne menait nulle part, sinon au mensonge, au faux à l´illusion la plus douloureuse.
Et pour avoir vécu des siècles sous « liberté, égalité, fraternité », tous les peuples des Antilles victimes de l´esclavage et des valeurs judéo chrétiennes françaises devaient en chanter une chaude chanson. Mêmes les américains noirs en avaient éprouvé, de la part leurs maîtres blancs, d´un étalage de mépris et de traitements avilissants du plus impressionnant catalogue. Heureux ceux des peuples qui savaient oublier, et cependant, selon toute vraisemblance, même pas l´Afrique ne le sait. Car faire l´histoire, c´est aussi avoir une mémoire, des idéaux, des valeurs éthiques et morales, …et l´art particulier d´aimer et de chérir sa culture, ses désirs, son avenir. Il y a cependant 600 ans que des blessures faites à notre histoire n´arrivent à guérir autrement qu´en nous torturant. Il serait grand temps de leur rendre leur dû : la liberté. Et nous apprenons déjà que de frères que nous étions jadis, l´esclavage nous a divisé, rendu étrangers l´un à l´autre. Autre vérité : tous nous aimons une France qui n´existe pas, ou qui tarde à se réaliser ; la France à laquelle nous aspirons, celle qui nous rendra justice à tous et guérira autant nos blessures qu´elle permettra à nos âmes ensanglantées de recouvrer leurs fiertés, elle n´existe pas encore. Et il est bien possible qu´elle ne verra jamais jour, parce qu´elle n´est qu´un rêve irrésistible certes, et cependant insaisissable si ceux avec lesquels nous devons la partager et la réaliser ont une toute autre vision de sa beauté, de sa justice sociale, de sa grandeur d´âme que nous. Et il serait peut-être sage que chacun chez soi apprenne à cultiver et à chérir ses fleurs les plus précieuses. Mais est-ce la peine, pour se faire, de renier des valeurs qui nous sont tous chères ? Car si elles ne savent pas nous rendre notre passé perdu, celles-là au moins nous rapprochent.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu