05 août 2006
Sur le plan de renaissance du professeur Obenga
Avons-nous le désir, la volonté ou les moyens de nos intentions?
Si les temps sont mûrs, les hommes le sont-ils aussi?
Tout à fait d´accord sur la mise sur pied d´un mouvement de relèvement de l´Afrique. Et à mon sens, faire des décrets sur Internet qui est la bibliothèque la plus riche et la plus vivante que le monde aie jamais créé, ce n´est ni résoudre les problèmes, ni même les aborder adéquatement. L´Internet, comme le disait un commentateur qui m´interpellait personnellement, surtout les sites noirs réellement pensant et rationnel, ne sont pas aussi fréquenté par les intellectuels africains : la vieille maladie africaine. On préférait la musique, la danse et même le manifestisme public sans prendre la peine au préalable de savoir ni ce qu´on veut, ce qu´on est, contre qui on se bat, et bien sûr de chercher et d´aiguiser les meilleurs moyens pour lutter efficacement contre les maux dont on souffre. Enfin, consolons-nous : tout le monde n´est pas intellectuel ; il y a bien de gens qui se font passer comme tels et même des sites qui, tout en bâclant et en proposant à leur public des thèmes plus carnets historiques et souvenir du passé assermentés de discussions aussi superficiels que vides, que de prendre le taureau par les cornes en abordant franchement et directement le fond du problème de l´existentialisme noir. Encore faut-il savoir ou connaître le problème dans sa large et profonde crudité ; ce qui est déjà un trait intellectuel de grand talent.
Et si on arrive à proposer des solutions pratiques et efficaces, on devient, cela est certain, un génie. Regardez, à titre d´exemple, comment l´occident patauge brillamment devant la crise économique et le chômage. Et eux ont l´habitude de se vanter de leurs intellectuels, de leurs industrialisation, de leurs savoir faire économique, politique, social, intellectuel…On s´est endetté comme les derniers des manants pour garder les apparences (même l´Union européenne (des 15), en tant qu´institution dépendante de pays souverains, n´ayant ni souveraineté territoriale propre, ni homogénéité de pouvoir, est endetté à 64,7% ou 16.500 € par tête d´habitant ! Ajouté à cet endettement, par exemple pour les français les 1065 milliards € public du gouvernement français (65,6 du PIB) et les 1500 milliards € des départements et autres municipalités (eh oui, eux aussi on joué au poker menteur), on en arrive à un chiffre effrayant. Pour l´Allemagne, aux 1700 milliards € de dette publique fédérale, s´ajoutait 900 milliards des pays et communes. Mais sait-on, pour la petite information qui, par exemple en payait les frais ? L´Afrique, notamment. N´est-ce pas d´un sarcasme cruel ?
L´Europe, pour faire comme toujours la fuite en avant, s´est précipitamment agrandie, croyant ainsi échapper à l´étouffement. Après tout, étaler ses dettes sur une plus large population soulagerait tout le monde. Hélas, cet élargissement, loin de résoudre ses problèmes, lui en apporte d´autre, et notamment un accroissement du chômage et la fuite des entrepreneurs attirés par les bas salaire à l´Est. Que faire ? Bombarder les irakiens, casser et détruire leur pays quitte à le reconstruire en offrant de l´emploi et des bénéfices aux entrepreneurs occidentaux ? Après tout Israël faisait la même chose avec le Liban ! En Afrique, monsieur Louis Michel était dans ses oeuvres en R D Congo. La petite Belgique, étouffée par 95% d´endettement risquait bientôt de disparaître sous la concurrence rapace et sans merci de l´industrie internationale. Seul le Congo représentait, comme par le passé, l´espoir de survie et de bien être de la Belgique. Et cependant, en provoquant des guerres civiles qui ont coûté 5 millions de morts (!), la stratégie de Louis Michel risque de lui rester définitivement sur la gorge car il essaie d´avaler un morceau qui est trop grand pour son estomac. C´est le roi Léopold II qui l´avait dit : « Petit pays, petit esprit ».
Ce petit intermède est fait à l´intention du professeur Obenga pour lui dire qu´il ne s´agit pas toujours de faire des proclamations de bonnes intentions, mais aussi d´aller au fond du ou des problèmes. Et l´un ce ceux-là (si pas le plus urgent et déterminant) est la reprise de la souveraineté du pouvoir africain des mains de la francafrique (La francafrique, ne l´oublions, pas, n´est qu´un système occidental souterrain ayant pour but de miner et de saboter toute indépendance économique et financière de l´Afrique, à moins que ce soit en remplissant les poches et les comptes de ses banquiers et de ses industriels. Tous les occidentaux y sont activement à l´oeuvre, selon leurs intérêts géopolitiques et commerciaux, y compris les Etats-Unis). L´autre facteur est celui de l´instruction, de l´analphabétisme, de l´ignorance face à nos priorités et nos attentes. Et enfin, ces stratèges qui viendraient mettre au point l´échiquier résolu de la marche à suivre pour réaliser notre liberté réelle. En ce moment, sous le coup du cruel réveil de l´Afrique, n´importe qui dit n´importe quoi, sans pour autant prendre la peine ni d´analyser objectivement son problème (s´il en a les moyens intellectuels, les soi disant intellectuels formés en occident ne se sont avérés, jusqu´à ce jour et pour la plupart, que d´être de simples techniciens, alors que l´Afrique a un besoin urgent de stratège confirmés et visionnaires !), ni d´avoir le courage et l´amour d´aimer son pays au point de vouloir à tout prix le sortir de sa précarité. Voilà où nous en sommes.
Faire des déclarations, des pronostiques ou des plans de renouveau ; tout cela ne peut servir qu´à ceux qui cherchent la vérité ou la connaissent. Mais si cela doit, comme on le voit et on l´entend chez les africains qui, abrutis par l´aliénation, la chosification du maître, la négation de leurs identités intellectuelles et culturelles, passent à côté de leurs propres vérités sans les voir ou les entendre ; si cela doit servir à distraire ou à tuer le temps de gens qui ne comprennent rien à rien, sauf qu´ils veulent qu´on leur fasse la liberté et le bonheur pendant qu´eux ils dansent et se prélassent, quel que soit le beau ou intelligent discours qu´on fait sur Internet ou ailleurs, il sera vain et sans valeur. A moins que…ceux que nous attendons et qui ont la même soif de liberté et de réalisation que nous ne l´entendent. Alors, et alors seulement les choses vont changer. La liberté et son organisation réelle et imaginaire : la réalisation, est la forme d´amour de soi la plus grande qui existe ; il ne suffit pas seulement de l´aimer ou de lui faire des louanges, il faut aussi savoir essuyer ses larmes, panser ses blessures, réparer ses erreurs, chérir ses rêves et leur ouvrir un exutoire en fleurs vives et souriantes. Et comme à une belle femme dont on aimerait l´étreinte et la caresse tendre et affectueuse, il faut savoir aimer ses enfants et leur donner un avenir qui donne à cette amante fatale le nom doux et sécurisant de mère, de patrie.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Entre oppresseurs et opprimés
L´impasse de l´interdit, de l´incapacité face à la démesure et aux abus.
La culture : un terrain résolu de l´enjeu existentiel
On les entendait crier : culture, culture en écoutant musique, en lisant et en parsemant leurs discours de citations qui devaient leur apporter une autorité imposante. Ou encore, en allant au théâtre, en s´habillant « à la mode », ou avec goût, classe ; en parlant ou en s´exprimant dans une langue cultivée ou banale selon le cas, on discernait celui qui avait de la culture, du bon goût, de celui qui bradait le talent avec une insolence choquante. La culture, être cultivé ; au fait, qu´est-ce que c´est ? Chaque individu avait-il, comme c´était le cas pour son identité, la couleur de sa peau, sa religion, ses attentes, sa petite culture personnelle comme un jardin de cornichons haut perché sur la colline ? Certains comme Emile Henriot disaient : « La culture, c´est ce qui reste quand on a tout oublié ». Ce qui reste quand on a tout oublié ? Depuis quand la culture servait-elle ou était-elle efficace dans l´ignorance ou l´inconscience ? Donc si un étudiant, devant son examinateur, ne savait pas répondre à la question posée, il faisait preuve de culture ? On a beau dire : l´humanité est faite de plus de morts que de vivants, quand on était mort (évidement on avait tout oublié) ; de quelle culture est donc celle de cette froide rigidité ? D´autres comme André Malraux avançaient : « Car la culture ne s´hérite pas, elle se conquiert ».Tonnerre, on se croirait aux barricades de 1789 ou à la prise de la bastille ! L´écrivain Malraux et ex ministre de la culture du grand De Gaule n´avait-il pas par hasard oublié que c´était grâce à 1789 que sa génération avait hérité de certains droits humains ? Ah, oui ; il avait oublié. Cela ne l´avait pas empêché dans son « oubli » à soustraire illégalement deux statues Tevoda des temples d´Angkor, ce que Marchal, le conservateur français de ce temple, lui n´oublia pas ; il le poursuivit jusqu à l´aéroport pour reprendre ces bien volés. Malraux avait seulement oublié de les laisser où elles étaient. Ce genre de culture ou de preuve de culture était des plus indécent. C´est pourtant ce que firent les occidentaux partout où leurs rapacité et leurs cupidités les conduisirent. Pire, ils imposèrent partout leur langue, leurs intérêts, leurs hégémonie ; les peuples qu´il trouvèrent sur leurs propres territoires furent « découverts », massacrés, violentés, volés, asservis, s´ils n´étaient pas enchaînés et déportés vers de lointaines contrées étrangères. Culture ? Je dirai plutôt barbarie, refus et violentement de la liberté. Tous ces européens n´avaient pas oublié qu´ils étaient blancs et chrétiens ; ils avaient seulement oublié qu´ils n´étaient pas chez eux en massacrant les indiens d´Amérique et en leur volant leurs territoires qu´ils revendirent, comme ce fut le cas de la Louisiane, à leurs compères.
On le voit : selon qu´on est de bonne ou de mauvaise foi, qu´on se trouve d´un côté ou de l´autre d´un barrière sociale imaginaire ou réelle, l´entendement, la définition de la culture a de curieuses consonances. Celle-ci est toujours empreinte d´intentions, de motivations des plus subjectives et, à mon sens, par trop souvent fort peu respectueuses des droits des autres. Or la culture, comme la monnaie ou la réalisation individuelle est un bain à la fois social, historique, individuel qui n´est pas seulement un moyen d´expression, d´éclosion ou de jugement ; mais elle appartient aussi à l´autre, que nous le maltraitions ou le respections, ou que nous lui vendions nos bricoles ou dépendions de ses matières premières, parce qu´elle est aussi le miroir de notre savoir vivre. Ses eaux vives mouillent tout le monde qui y naît et s´en nourrit ; certains même s´y noient, parce qu´ils ne savent pas nager. Ou parce qu´ils en ont des crampes digestives. Mais personne ne peut dire qu´il doit, pour être civilisé, oublier de pratiquer les devoirs et les droits éthiques et moraux de la cité. Et il devient clair que ce qu´on appelle trop vulgairement culture est beaucoup plus profond, beaucoup plus large dans le temps et l´espace que bien d´esprit prétentieux et plutôt arrogant ne veulent le reconnaître. Pourquoi ? Mais parce qu´ainsi cela leur permet de voler, de piller ce qui ne leur appartenait pas. Ou encore, cela permettait à des groupes d´êtres humains, à des états d´exercer, au nom d´une quelconque culture dont ils avaient l´autorité, des sévices et des abus en tous genres sur les autres, ceux qu´ils considéraient comme en dehors du cercle des élus culturels.
Mais bien sûr héritons-nous de la culture de nos parents, du monde, autant réel qu´imaginaire. Et même génétiquement nous sommes le résultat d´une évolution physique, intellectuelle, morale, éthique. Croire que la culture se résout à la couleur de la peau, à la religion, au bien être matériel, à s´imposer abusivement ailleurs que chez soi, et n´exigerait pas le respect des droits et des identités des autres ainsi que de leurs réalisations ; c´est hélas, pour moi, manquer de culture. Et c´est aussi vrai pour l´autre côté de la barrière : celui des opprimés, des ignorants ou des pauvres ; ils doivent eux aussi apprendre que la culture n´est pas seulement un lieu de lamentation, de passivité ou de médiocrité, et se doivent de se battre pour exiger et imposer le droit qu´ils ont à être non seulement libre, mais aussi se réaliser comme tout être humain. Même Israël n´y croyait pas : au lieu de se contenter d´aller réciter passionnément des verset du Talmud devant le mur des lamentations, ils bombardaient d´abord et discutaient ensuite sur la paix. Et ce pays était armé jusqu´aux dents pour défendre sa culture, sa liberté, son existence. C´est donc une aberration d´exiger de quiconque, même s´il est iranien, de ne pas s´armer ou de se développer pour défendre lui-même sa liberté et sa sécurité.
Le contenu réel, imaginaire, existentiel de la culture répond, au-delà de son passé, de son présent, et surtout, de ses attentes et aspirations futures, au parfum insoumis de sa plus belle fleur : la liberté, laquelle, dans toute sa splendeur, réjouit le cœur de son unique et exigeant aspirant qui est la réalisation. Parler donc de culture et priver aux autres de leurs droits à la liberté ou à la souveraine réalisation comme le fait la francafrique et le monde occidental envers l´Afrique, c´est non seulement se tromper soi-même, mais c´est aussi faire preuve d´une inculture de la plus basse intention. Et tous ceux qui croyaient que c´était leur droit d´agir de la sorte parce qu´ils étaient dominant ou mieux armés ou encore plus filous, je me permets de leur rappeler la célèbre réflexion d´Edgar Morin : «Le vrai dialogue, c’est quand on reconnaît à l’autre la même dignité. Il n’y a pas de dialogue possible entre un maître et son esclave. Le dialogue suppose l’égalité – ce qui est un point de vue relativement nouveau dans la culture européenne ! L’Europe occidentale a dominé et exploité le monde à partir de la conquête des Amériques, elle a pratiqué la traite des Noirs et l’esclavage, elle a exercé les dominations les plus longues et les plus dures de l’histoire. ». Autrement dit : une culture qui a fait tous ces abus a, en tant que culture, manqué à sa propre fierté, à ses propres valeurs éthiques et morales. La morale, comme on l´entend souvent, ne nourrit pas son homme ; l´esclave, lui le peut, au prix de sa liberté. Opportunisme tragique et amoral car l´éthique et la morale sont des repères sociaux d´une valeur sociale incessible car elles sont le fondement de la justice sociale, du droit, de l´équité de tous les rapports sociaux. Combien de temps l´occident jouera-t-il le faux marchand de la liberté et de la démocratie sur ses territoires, pendant qu´elle entretenait l´inverse en Afrique et ailleurs ? Ne voyait-il pas que ces deux vases, quoique distincts appartenaient au même monde ? Ne voyait-on pas que cette fausseté, à la longue, détruisaient les valeurs sociales occidentales ? Ne voyait-on pas qu´à force de sexiser la société, les femmes se refusaient de plus en plus à faire des enfants, et que des homosexuels et des bisexuels abondaient ? A force de croire aveuglément (et plutôt abusivement) en la machine, elle renvoyait ses citoyens à l´inutilité et la nullité du chômage ?
L´Afrique devrait s´atteler sans délai à défendre sa culture autrement qu´en se larmoyant et en mendiant à longueur de siècle. On ne défend pas une culture en entretenant l´ignorance, l´analphabétisme et le suivisme décadent et peu ou pas créatif de liberté, de réalisation. Rester aligné à la chosification occidentale ou emmuré à ses intérêts, c´est à la longue perdre plus que son âme ou sa fierté : c´est perdre tout simplement la raison et le sens qui qualifient une culture. L´exemple de la guerre du Liban doit lui être d´une grande utilité : au lieu d´arrêter immédiatement la guerre ; la palabre avait haut conjoncture, ce qui proliférait les associations d´aide qui profitaient de ce désastre civil irresponsable pour prêcher leur importance en remplissant leurs comptes en banques. Ils déversent sur le Liban les excédents occidentaux qui, quoique apportant soulagement momentané, ne résolvent aucun problème ; bien au contraire : on aliénait sciemment l´économie et la production agricole de ce pays pour mieux l´assujettir. On autorise, par ce genre de méthode le crime de guerre de s´exercer librement, de détruire et de massacrer, pendant que le patient est tenu à la goutte de l´aide internationale. N´y avait-ils pas mieux ? La fin de guerre, ou pas de guerre du tout ? C´est cela le mensonge de notre civilisation sournoise et fausse actuelle : on autorisait Israël à bombarder, à malmener des femmes et des enfants innocents pendant qu´on les chassait de chez eux et qu´on leur offrait l´obole. Ceux qui acclamaient ce genre de politique et de malfaçons étaient de viles crapules, même si cela leur permettait de venir jouer les sauveurs ou les marchands de paix. Cette fausseté, elle valait bien un oscar ou des prix Nobel de…mystification.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu