Cessons donc de jouer les aveugles vaniteux !

Existence désordonnée, désaccordée, sans idéal affermi ou ambitieux de beauté ?

« La liberté est la forme la plus résolue et la plus nourrissante de la beauté, parce qu´elle n´est pas seulement subjective ou personnelle ; mais parce qu´au cœur passionné de son tourment, elle lutte contre l´obscurantisme, l´ignorance, la petitesse d´esprit, l´attentisme et l´aliénation pour aboutir à un don humain réel de vertus d´une exceptionnelle pureté car quel que soit l´angle sous lequel on le contemple ou le juge, son élégance immense, réalisante est sans le moindre ombre trompeuse de fausseté. »  Musengeshi Katata

A Mété.

Pour te donner une idée de ce qui se cache derrière mes réflexions, je vais te raconter une épisode personnelle. Je venais de perdre mon père en 1990 et me rendit donc au Congo depuis Bruxelles après plus de quinze années à l´étranger. Je pris l´Air zaïre et eut une désagréable épisode de ce que je peux appeler « le scandale choquant d´un mobutisme incapable et dévoyant » : une des hôtesse de l´air, drôlement forte des hanches, avait craqué son uniforme aux fesses ! Non, la doublure protégeait les passagers de détails inattendus ; mais Dieu, cette inconvenance ! Sans se gêner, et au vu et au su de ses collègues, elle servit et accomplit son service. Je dois t´avouer que j´étais stupéfait d´une telle grossièreté. Ce genre d´indélicatesses me blessent toujours, et c´est d´autant mieux qu´ayant beaucoup voyagé, j´avais eu l´occasion de rencontrer ces belles femmes hôtesses qu´on rencontre dans les aéroports internationaux. Ceux de la KLM, de la Suissair, de la Lufthansa, de la Sabena, de l´Air France…belles, fraîches et élégantes. Cette différence ! Par ailleurs, dans les années ´70, mon père avait été administrateur de l´Air Congo, et le standing, la présentation et le choix des services avaient jadis une valeur qui n´enviait en rien les autres sociétés d´aviation. Il est vrai que les hôtesses congolaises à l´époque étaient formées à l´image de normes belges. A la descente, je ne pus m´empêcher de m´enquérir de ce qui nous avait valu, aux voyageurs étrangers discrètement indignés et moi, ce manque criant d´élégance et de commodité que chaque compagnie aérienne mettait au service de ses passagers.

A la fin, un des agents de douane me dit tristement : « Que voulez-vous, c´est la fille ou la maîtresse du Général Molongia ». J´était sidéré : mêmes les exigences internationales les plus usuelles avaient été abandonnées pour faire place aux privilèges subjectifs et dévoyant d´un régime politique sans le moindre respect ou égard pour les usages et les convenances d´un service aérien ! Je fis la douloureuse remarque que les africains, par trop souvent ignorants ou incapables de répondre aux exigences des fonctions qu´ils voulaient à tout prix exercer, brillaient par une médiocrité bien grossière qui, faute d´être créative et orientée vers l´efficience, nuisaient et retardait l´avènement ou l´éclosion d´un idéal supérieur. La question était : savaient-ils au moins, tous ces opportunistes, ce que la société attendait d´eux ; du moins savaient-ils évaluer ou comprendre les exigences que leur imposaient leurs fonctions ? Apparemment pas. Mais alors, pourquoi voulaient-ils à tout prix faire subir aux autres leurs médiocrités et leurs incompétences ? Les impositions d´illuminés embusqués et incapables de voir la réalité pourtant simple au bout de leur nez ?

Plus tard, au court de mes nombreux voyages en Afrique, je fis la désagréable constatation que ce phénomène était largement partagé en Afrique. Dès qu´on avait quitté les capitales qui se débattaient avec leurs déchets, leurs égouts bouchés, leurs toilettes impropres et insalubres, leurs hôtels criblés de cancrelats ou de fourmis, un autre monde s´ouvrait à notre vue : celui de provinces délaissées où tout était pire et exaspérant. A partir de l´eau de boisson jusqu´à l´éducation, à l´instruction ; tout était d´un abandon et d´une précarité insultante pour des gens dont on entendait chaque jour affirmer qu´ils voulaient se développer ! Des enfants sans instruction couraient les rues, abandonnés à eux-mêmes ou sans occupation que celle de peupler les rues. L´école, au village, était une injure à toute idée qu´on mettait sous ce nom. Pas de médecin pour surveiller la santé des enfants, leurs dents, leurs yeux. La plupart d´adolescent villageois africains avaient des dents en grilles de jardin parce qu´ils ne connaissaient pas de dentiste ou de soins dentaires adéquat pendant l´enfance. L´instruction était sporadique, rudimentaire. Aucun rapport avec les exigences de l´avenir ou la culture d´une ambitieuse et consciente créativité. Qui donc viendrait exercer les métiers d´ouvriers qualifiés, si personne n´apprenait à ces jeunes les rudiments précis de leurs spécialisations ? Tout donnait en Afrique une étrange impression de bâclage, de manque évident d´assistance ou de participation à un idéal commun. A la ville, cependant, les officiels, tout en vendant les richesses minières ou agricoles nationale qui appartenaient aussi à ces villageois à la vitesse grand V, parlaient tous de développement et roulaient en voitures étrangères. Ils achetaient tous le progrès occidental au lieu de se donner la peine de souffrir de promouvoir et d´organiser l´avènement du leur. Et lorsque parfois j´entendais à Paris,  Bruxelles ou ailleurs, les africains parler de liberté ou la réclamer en dénonçant la mainmise cupide et rapace de la francafrique, je t´avoue que je me demandais souvent s´ils le faisaient en connaissance de cause. Avec conviction et ambition pour tous, ou si ce n´était, encore une fois, qu´un vieux disque qui faisait bien et qu´on employait pour cacher ses propres petites ambitions opportunistes et égoïstes. Ne soyons pas aveugles ou bornés ; l´africain est aussi l´ennemi de son propre développement. 

Vois-tu Mété, on ne peut pas acheter éternellement la beauté ou le progrès ; la seule vraie beauté qui compte, celle qui nous réalise pleinement, c´est celle dont nous souffrons l´effort de sa réalisation : celle qui porte la prière et la sueur de nos mains. Et si au départ nous ne sommes pas sévères, disciplinés ou exigeant avec nous-même afin d´éclore, d´épanouir le meilleur de nous-mêmes ; nous ne sommes que des animaux de la consommation des autres. A mon avis beaucoup d´africains sans talent et sans ambition réelle d´eux-mêmes font beaucoup de bruit sans savoir ni ce que c´est que la liberté, ni d´être prêts à en assumer conséquemment les obligations. S´aimer soi-même, c´est autre chose ; il ne faut pas seulement s´aimer pour ce qu´on est, mais aussi pour ce qu´on a envie de devenir pour satisfaire à cette fleur insatiable qui nous brûle les désirs et l´âme. A mon avis l´homme noir ne se donne pas assez de peine pour fabriquer ses propres chaussures ; il préfère par trop emprunter ceux des occidentaux qui ne correspondent pas nécessairement à ses pieds. On le voit, sa démarche est gauche et bancale. Avec toute ma sympathie,

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, bantu wa Muntu

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