Coltrane : prendre le A train, pour quelle destinée ?

Des notes pleines, chaudes, éperdues, révoltées…à la recherche passionnée du sein aimé perdu.

« Qui logera nos rêves aux paupières des étoiles ? »  Senghor

Hommage admiratif à un enfant noir incomparablement doué : John Coltrane. John Coltrane, comme tous ceux qui ont excellé dans le jazz, a célébré un art mythique profond du cri de la révolte émanant du déchirement profond de l´esclavage qui les avait arraché et séparé des leurs. Et dans ce monde interdit et inhumainement contraignant, les notes furent un lieu de résistance psychique, morale, existentielle. Beaucoup d´africain n´ont pas accès au Jazz; c´est une erreur monumentale, parce que ce sont les cris disharmoniques avec lesquels l´esclave américain noir tentait ou qu´il employait pour vaincre ses douleurs, soulager ses peines, protéger le soleil assombri de son âme blessée afin de rester, malgré le mal qui lui avait été fait, positif. Cette musique, mieux que tout autre nous rapproche de nos frères perdus dans leurs larmes, leurs frustrations, leurs souffrances. Et c´est d´autant paradoxal que des blancs, comme toujours, se mettent à jouer le Jazz; de quelle souffrance essayait-ils donc de se guérir? De celle d´avoir fait du mal aux autres, ou de celle d´avoir ou d´être immoral, sans éthique, inhumain ? En lingala, faire le Jazz ou aller au Jazz signifie montrer le meilleur de soi, sortir en beauté. Et c´est vrai que lorsqu´on ferme les yeux, qu´on va en dedans de cette harmonie parfois désaccordée dans sa continuité, on découvre une quête incroyablement puissante de la beauté dans la multitude, ainsi que l´impossible accord entre l´âme, la cacophonie animée de l´existence et la recherche ouverte d´un destin d´une belle et transparente beauté : la liberté. Espérons vivement que les africains du continent chercheront à étendre un pont pour aimer et réhabiliter cette main tendue de la négritude, au lieu de perdre dans un européanisme aliénant, chosifiant et destructif, des notes qui leur étaient chères, à eux et à leur culture. Hommage donc réitéré et ému au grand et irremplaçable COLTRANE.

Musengeshi Katata.

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu.

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