Un nouveau chèque en blanc pour une vendetta sans droits

Timide protestation, et cependant encourager les abus ?

« Nous faisons semblant de ne pas comprendre le lien entre notre confortable niveau de vie et les dictatures que nous imposons et protégeons par une présence militaire internationale. »    Jerry Fresia

A la fin, on se demande ce que veux ou ce que peux le peuple américain représenté par son Sénat et sa chambre des représentants face au bourbier qu´occasionne son président Georges Bush dans sa lutte contre les sorcières du terrorisme islamique. Et même si personne ne s´attendait à un revirement réitérant le respect et l´intégrité de la loi américaine, ainsi qu´une bonne dose de remise en place pour un activisme gouvernemental qui semblait faire des siennes en tapant dans les libertés civiles américaines, en fustigeant la convention de Genève par des interprétations individualistes, et en brusquant les partenaires européens avec des méthodes d´investigation dignes de l´ère la plus hors la loi de Chicago. Certes, on comprend que devant une armée invisible qui employait des méthodes des plus sournoises, mais il faut savoir si on est en guerre ou pas, et où commence le front. En Afghanistan ou à Washington ? Et si on est en guerre, il faut respecter les règles de la guerre, et ceux-ci disposent aussi du traitement de prisonniers ennemis.

Actuellement, on a plutôt l´impression que le gouvernement Bush veut se donner tous les moyens légaux et illégaux pour couper l´herbe à ses ennemis, en réclamant de jour en jour plus de fonds et de patience à son pays, mais sans reconnaître aux ennemis le statut de contractant à la guerre. Et c´est bien là que se trouve la fausseté ou la subtilité politique actuelle de Georges Bush. D´un autre côté, ses critiques se disent qu´il vaudrait mieux donner à ce texan enragé ce qu´il veut, afin que s´il y a échec, il ne puisse pas dire : « On m´a refusé les moyens de ma politique, si je les avais j´aurai fait mon travail efficacement ». Hem, ce raisonnement était logique, et fondé face à cette horde barbare d´islamistes. Et cependant, malgré tout ce danger de parallélisme militaire, la constitution américaine, elle ne laissait aucun doute sur son impérieuse autorité, et ce que beaucoup ignore, elle est la seule mesure des choses et valable aussi pour les étrangers ! Ce qui a poussé le gouvernement Bush à faire requête des amendements opportuns pour empêcher ses locataires obligés de Guantanamo de jouir de quelques droits que ce soit, excepté ceux d´être livrés à la vendetta enragée du vengeur Georges Bush.

Un des aspects oubliés de cette épopée militaire contre des ennemis invisibles était le coût journalier de cette expédition qui engloutissait 6 milliards $ par jour ! Et on se demandait déjà où étaient, à ce prix, les résultats ? Sinon près de 3000 soldats américains morts au combat, et 200.000 victimes irakiennes n´ayant, comme on le sait aujourd´hui avec assurance,  rien à voir avec la chasse aux sorcières. Combien de temps l´Amérique soutiendra-t-elle un tel déploiement militaire, une telle destruction financière ? Georges Bush avait beau prétendre : « L´Amérique est plus sûre maintenant qu´avant notre campagne » ; où en étaient les preuves ? En Irak les assassinats aux bombes humaines avaient redoublé d´atrocité, ainsi qu´en Afghanistan où les talibans semblaient redevenus plus téméraires et causaient de nouveau des pertes isolées mais sensibles aux troupes anglaises, hollandaises lesquelles réclamaient déjà des renforts allemands. Tout cela ne semblait pas, pour le moment du moins, témoigner d´une victorieuse et courte campagne. L´Amérique aurait-elle enlisé ses partenaires, ses soldats et ses finances dans un gouffre sans fin ?

Adoptée par le Congrès américain, jeudi 28 septembre, la loi sur la détention et le jugement des prisonniers de la guerre "antiterroriste" prévoit les dispositions suivantes :

Détentions parallèles. La loi permet la poursuite du programme de détentions parallèles de la CIA. Pour le président Bush, ce programme "s'est révélé comme l'un des outils les plus puissants dans la guerre contre le terrorisme".

"Ennemis combattants". Sont passibles des commissions militaires les étrangers "ennemis combattants illégaux". Ceux-ci sont des individus soupçonnés d'avoir violé le droit de la guerre, commis un acte hostile contre les Etats-Unis ou "soutenu volontairement et matériellement des terroristes engagés dans une action hostile contre les Etats-Unis".

Torture. La loi établit une liste de neuf crimes pour lesquels les forces américaines peuvent être passibles de poursuites selon la législation sur les crimes de guerre (incluant la torture, le viol, le meurtre et tout acte qui inflige une souffrance mentale et physique "sévère").

Les comportements interdits doivent constituer de "graves" violations de l'article 3 commun des conventions de Genève. Le sénateur McCain a assuré que "les conventions de Genève sont intactes".

Président. Il a "l'autorité d'interpréter le sens et l'application des conventions de Genève" (section 8).

Commissions militaires. Elles sont formées de juges militaires. L'accusé est défendu par un avocat militaire. Il a le droit de prendre connaissance des preuves retenues contre lui, mais le ministre de la défense et l'attorney général ont le droit de demander des "exceptions".

Preuves. La loi autorise l'utilisation des confessions obtenues par la force si celles-ci ont été obtenues avant la loi du 30 décembre 2005 sur le traitement des détenus ou si le juge militaire l'estime utile. Le sénateur Russ Feingold a demandé pourquoi le texte prévoyait cette disposition alors que la torture est interdite.

Appel. Les détenus n'ont pas le droit de contester leur incarcération. Après leur condamnation, ils ont le droit de faire appel devant le tribunal fédéral de Washington.

En fait ce débat a surtout tourné autour de l´Habeas corpus."Nous allons être traités de tous les noms, de "défaitocrates", de gens qui se préoccupent plus des droits des terroristes que de la protection des Américains", a plaidé Barak Obama, l'une des figures du Parti démocrate. Mais "au lieu d'éliminer l'habeas corpus, un droit vieux de sept siècles, nous aurions pu donner à l'accusé une chance, une seule, de demander au gouvernement pourquoi il est détenu et ce dont on l'accuse", a-t-il ajouté.

La démocrate Hillary Clinton est intervenue pour tenter de faire passer une clause obligeant à revoir la loi dans cinq ans. "Maltraiter les prisonniers encourage la radicalisation", a-t-elle averti. John Rockefeller a réclamé un contrôle plus strict du programme de détentions secrètes de la CIA, qui peut désormais se poursuivre désormais sous contrôle légal. Tous les amendements ont été rejetés.

Si la base militante critique a été déçue de voir le Parti démocrate "capituler", l'état-major du parti a manifestement fait le calcul que la Cour suprême aurait probablement de nouveau à arbitrer, comme elle l'a fait en juin. Car selon la Constitution américaine en cours, le recours en habeas corpus ne peut être suspendu qu'en cas de rébellion ou d'invasion. Le républicain Arlen Specter a déposé un amendement pour le rétablir. Un autre républicain, le sénateur Gordon Smith, de l'Oregon, a eu les mots les plus durs. "La détention permanente d'étrangers nuit à notre intégrité morale. Le pouvoir de détenir des gens sans avoir à produire de cause est un outil de despotisme", a-t-il affirmé.

L´Amérique, sa démocratie, sa constitution et son président : nous en apprendrons d´autres les jours qui suivent, parce que ce débat crucial est aussi la réponse à la question : quelles sont les valeurs qui sont prédominantes et directrices en Amérique ? Même devant un ennemi insaisissable en termes de définition constitutionnelle. Et la réponse qui y sera apportée témoignera de la maturité et du contenu de valeurs américaines réelles face à la méthodique de son pouvoir, mais face aussi à un monde qui a toujours eu confiance en la constitution américaine, parce qu´elle exprimait et affirmait un vœu démocratique des plus louable pour le monde entier. Mais tout le monde le sait : entre la pratique et la théorie ; ce qu´on veut et ce qu´on peut…

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu

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