14 octobre 2006
La nouvelle loi française sur le génocide arménien
La Turquie s´emporte devant la pénalisation en France de tout déni de ce crime contre l´humanité.
La vérité, l´humanisme seraient-ils plus faciles à légiférer, à reconnaître que ses propres erreurs ou méfaits historiques ?
« Ce qui n´est pas clair n´est pas français » Rivarol
La loi sur la pénalisation du refus de la reconnaissance du génocide arménien qui vient de passer ce jeudi 12 octobre 2006 sa première barrière législative au parlement français soulève en Turquie une irritation ouverte, d´autant que le prix Nobel de littérature à été reconnu à l´écrivain turque Orhan Pamuk qui avait justement, dans ses écrits, entamé une large discussion sur ce génocide officiellement renié et étouffé par tous les gouvernements d´Ankara. Et cependant, au moment où l´Union Européenne, dans sa stratégie d´agrandissement, a reconnu et confirmé à la Turquie les promesses faites il y a quarante ans sur l´intégration de ce pays à l´Union.
Personne ne croit que cette intégration de la Turquie ne se fera sans des réserves des plus profondes, car ce pays islamique jouant ou affichant tous les aspects d´une démocratie apparentée à l´occidentale, n´en était pas moins un pays coranique se débattant ouvertement entre la modernité laïque et un conservatisme religieux islamique bien lourdaud. Et nul ne sait encore lequel des deux courants l´emporterait sur l´autre, dans 10 à quinze ans, comme le voulait la procédure imposée aux candidats, l´Union Européenne allait, en toute souveraineté de ses membres, et selon que ses conditions préalables ont été remplies, accepter ou non le nouveau pays candidat. Et c´était même la raison pour laquelle on souhaitait à cette loi française d´être définitivement entérinée, afin que la Turquie soit enfin contrainte à faire le mea culpa public et officiel qui honore toute ambition démocratique.
Rappelons que ce génocide eut lieu en 1915, pendant la première guerre mondiale, et que les trois quarts de la populations arménienne fut massacrée de la plus primitive façon. Et pour mettre un visage devant les faits, ceux qui connaissent la voix chaude et enflammée de Charles Aznavour le savent parce qu´il est arménien échappé de justesse à ce massacre.
Beaucoup d´européens, et pas seulement les allemands ou la droite et l´extrême droite européenne française, hollandaise, Autrichienne, italienne s´oppose véhémentement á l´entrée d´un pays islamique au sein de l´Union. Giscard D´Estaing disait que ce serait dénaturer l´Europe. D´autres forces minoritaires dont les verts et certains sociaux démocrates affirmaient que pour humaniser l´Union Européenne dans son rôle de puissance intégrative, la présence d´un pays islamique intégré en son sein, rejetterait toutes les allégations selon lesquelles l´Union Européenne ne serait rien d´autre qu´un clan économique et racial de race blanche.
Et pourtant, surtout en ce qui concerne les génocides passés, la Turquie serait enfin reconnue à la table de pairs. N´oublions pas que dans la traite esclavagiste, et bien avant le 15ième siècle, alors faisant partie de l´empire ottoman, la Turquie fut parmi les plus grands marchands d´esclaves africains au monde. Et selon des chiffres approximatifs, il s´agirait de 20 millions d´esclaves noirs !
On ne peut donc que dire : ce qui se ressemble s´assemble, la Turquie serait, au sein de l´Union Européenne, parmi les siens. Et si cette loi française pouvait rendre ce pays plus respectueux de ses propres crimes, il ne devait pourtant pas être pour les français une sorte de piédestal moral qui faisait soit oublier ses propres crimes envers l´Afrique, ou en Amérique, au Canada. Par ailleurs, clamer liberté égalité fraternité et n´avoir été capable de venir au secours ni de l´Irak, ni du Liban ; avoir trempé pendant 400 ans dans l´esclavage, 100 ans dans la colonisation criminelle et déculturante de ce continent, dans l´Apartheid, d´entretenir pendant quarante six ans une francafrique des plus corrompue et ruineuse pour l´avenir des africains, d´avoir, en 23 ans de guerre civile au Soudan causé et alimenté la guerre civile en y vendant des armes au point que Darfour aujourd´hui n´était rien d´autre que le résultat criminel de cette hérésie…et se mettre à faire le moraliste à la tour européenne des bonnes intentions tardives…c´est un peu cossu, et pour le moins bien oublieux de ses propres défauts !
Et après avoir tenté de se donner patte blanche avec la loi sur les bienfaits de la colonisation, après avoir insinué et encouragé l´enterrement de Savorgnan de Brazza au Congo Brazzaville, mettre les doigts dans les plaies ouvertes des autres, c´est jouer un jeu sournois. Il vaudrait peut-être mieux que certains criminels de l´histoire française tels que Napoléon, Michel Debré ou Montesquieu, par exemple, soient discrètement écartés de l´admiration éducative aveugle d´étudiants auxquels on ne dévoilait pas toujours le racisme ou la criminalité intentionnelle de ces beaux sires aux droits et aux valeurs humaines dignes d´éloges. A chacun son histoire, diraient les français excédés ; de quoi se mêle-t-il celui-là ! Et cependant, qui est allé en Afrique se mêler de la vie des africains, les prendre en esclavage, détruire leurs cultures, et imposer la sienne ? Sont-ce les africains ou est-ce la France ? En répondant à cette question franchement, on comprend enfin de quoi il s´agit : d´un état qui aime jouer les donneurs de leçon tout en se conduisant depuis des siècles comme le plus douteux des criminels de droit commun.
Nous saluons cette loi, et espérons qu´elle sera promulguée, malgré la mauvaise langue et les menaces du ministre président turque. Mais au delà de cette loi, nous ne sommes ni aveugles, ni oublieux, et nous continuerons à réclamer à la France de cesser de prendre les bas sentiers de la morale et de l´éthique humaine, surtout en ce qui concerne la francafrique dont nous réclamons sans délai l´abandon. Au nom de la dignité humaine, et peut-être pour honorer et respecter : Liberté, égalité, fraternité qui est une maxime historique française appartenant à un peuple qui, on l´oublie souvent, a été à la base de la déclaration universelle des droits des hommes.
Musengeshi Katata
Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu
"Pas de Nègres à Espirat" LE MONDE | 12.10.06 |
De la rhétorique de haine des Sarkozy, le Pen, Megret, de Villiers et leurs sinistres résultats
En France, les barbares sortent lentement de leurs tanières
Clément aura 13 ans le 19 octobre et il n’a plus de maison. Clément vit dans un bungalow, à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, et il frissonne de peur, chaque matin, quand ses parents partent travailler. Dans la nuit du 25 au 26 septembre, son père, François Philippe, l’a découvert prostré, sur son lit, tandis que de hautes flammes dévastaient le pavillon familial d’une superficie totale de 439 mètres carrés. Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de la bâtisse. Mais l’incendie a épargné les inscriptions qui se détachent, en grandes lettres noires, sur les façades avant et arrière : "SALE NÈGRE", "NEGRO TU VA CREUVE" et "BATAR". De temps à autre, des curieux s’aventurent à Espirat, petit village de 315 habitants, au coeur de la Limagne, et jettent un oeil avide sur la maison en ruine, dont l’entrée est barrée par un ruban jaune de la gendarmerie.
François Philippe, 43 ans, ne supporte plus les badauds, les questions pressantes, les regards lourds. Quand il marche dans les débris calcinés de ce qui fut sa maison, il baisse la tête. Ecarte du pied un vélo d’enfant. Effleure de ses mains noueuses un parpaing noirci. Il aimerait comprendre. François Philippe est métis, né d’un père malgache et d’une mère anglaise. Technicien dans un bureau d’études, il dit n’avoir jamais souffert du racisme. Jusqu’à ce dimanche de mai 2003, quand tout a commencé.
C’était le jour de la Fête de la pierre et du vin. Le vieux fort du village était paré de mille couleurs, et les gamins couraient dans les ruelles. Venu d’un village voisin, François Philippe construisait, seul, sa maison, depuis 2002. A mains nues, un peu à l’écart de la départementale qui traverse Espirat. Charpente, menuiserie, plomberie, électricité, il s’occupait de tout. C’était son rêve, son bonheur promis, pour héberger sa deuxième femme, Véronique, et Clément, né d’un premier mariage. Deux chambres avaient même été prévues à l’étage pour accueillir des enfants de la Ddass.
"Dans la matinée, se souvient François Philippe, j’ai découvert une feuille de papier, type A4, posée sur une truelle. Des lettres avaient été découpées dans un journal, puis collées sur la feuille. Ça disait : "PAS DE NÈGRE À ESPIRAT, PREMIER AVERTISSEMENT." Je n’ai pas compris, j’ai cru à une plaisanterie. Il n’y avait aucune raison de mal m’accueillir, ici. Mais je suis quand même allé à la gendarmerie, pour faire une main courante. Ils ont conservé le mot. Moi, je n’avais jamais eu de problèmes en France. A Espirat, je n’avais senti aucune animosité, j’étais venu ici pour la tranquillité."
L’affaire en reste là. Les gendarmes ne s’inquiètent pas outre mesure, pas plus que le maire, Daniel Rousselot. "Que pouvait-on faire de plus, dit aujourd’hui l’élu. Les gendarmes ont fait ce qu’ils ont pu, avec leurs moyens." Pendant trois ans, il ne se passe plus rien. François Philippe continue à bâtir son rêve, pierre après pierre, la maison sort de terre, le couple et l’enfant s’installent dans les chambres.
Chaque week-end, chaque soir, l’homme travaille sur le chantier. Il choisit les meilleurs matériaux. En guise de poutres, il achète de gros rondins à Saint-Flour, qu’il fait sécher pendant trois ans avant de les placer avec soin, dans le salon. "Je n’ai pas pris de vacances pendant trois ans, ni ma famille d’ailleurs. Cette année, seulement, on a réussi à partir une semaine, à Noirmoutier."
Un jour de février 2006, Véronique Philippe, Clément à ses côtés, ouvre la boîte aux lettres. François Philippe ne se rappelle plus vraiment la date. Il se souvient seulement que c’était la semaine où Youssouf Fofana, le chef autoproclamé du "gang des barbares de Bagneux", responsable du meurtre d’Ilan Halimi, s’était enfui en Côte d’Ivoire.
Dans une enveloppe, une feuille A4, à nouveau. Toujours ces lettres, découpées dans un journal. Et ce mot : "LES NÈGRES AU BÛCHER, DEUXIÈME AVERTISSEMENT." Désormais, la famille vit dans la peur. Une plainte est déposée. "Le petit était terrorisé, il pleurait tout le temps. Il y avait un tas de bois derrière la maison, je l’ai déplacé. "Les nègres au bûcher", on avait compris ce que ça voulait dire. Et chaque soir, je laissais mon tuyau d’arrosage prêt, au cas où. C’était dur à vivre, on ne parvenait pas à palper la chose qui nous voulait du mal."
La famille vit repliée sur elle-même. Le village ne sait rien de ce drame intime, ou feint de l’ignorer. Arrive mai 2006, la France fête la commémoration de l’abolition de l’esclavage.
Un matin, à 6 heures, en rentrant de son travail, Véronique Philippe regarde sa maison, écarquille les yeux, les bras ballants. Dans la nuit, les inscriptions racistes ont été dessinées sur la façade. A l’arrière, une croix a été peinte sur un mur, surmontée de trois points. Cette même croix est dessinée sur le pare-brise de la vieille 406 de François Philippe, à hauteur du conducteur. "J’ai tout de suite pensé au Ku Klux Klan, indique François Philippe, les trois points, c’était pour ma femme, mon fils et moi." Au boulot, ça va mal. La situation pèse sur son moral. "Je ne dormais plus, je multipliais les bêtises, j’ai même eu un blâme. Je me sentais responsable de tout ça. Et puis j’ai fini par en parler à mes collègues."
Les gendarmes pataugent. Pas facile de cerner l’adversaire invisible. Ils épluchent le passé de François Philippe, ne lui découvrent aucun ennemi. Auditionnent à tour de bras. Sans résultats. Le 11 septembre, trois carreaux de la maison sont brisés, deux à l’étage, un au rez-de-chaussée. Quinze jours plus tard, c’est le drame. "Vers 3 heures, le 26 septembre, j’ai été réveillé par une explosion. Je me suis levé, j’ai vu que le garage et le toit de la maison étaient en feu, ça sentait l’essence dans le salon. J’ai couru voir mon fils, il était assis sur son lit. On a couru dehors, j’ai eu le temps de prendre mon portefeuille, mes clés de voiture. Dire que le soir même, Clément m’avait dit : "Papa, il y a quelqu’un dehors." Il était en crise, il pleurait, je ne l’ai pas cru." De la maison du voisin, en pyjama et en claquettes, il voit sa vie s’envoler en fumées noirâtres. Son fils à ses côtés, en larmes, son jouet préféré arraché aux flammes dans les bras
Espirat vit maintenant à l’heure de la suspicion. Les assurances ont relogé la famille à l’écart, dans un petit bungalow en bois. Les Philippe ont pris un avocat, Me Gilles-Jean Portejoie. "Cette affaire est révélatrice d’un climat, pense celui-ci, la déshumanisation touche aussi le tissu rural, et le racisme pousse sur ce terreau." Le parquet de Clermont-Ferrand s’est décidé à ouvrir une information judiciaire le 2 octobre pour "destruction volontaire par incendie " aggravée par les circonstances que "les faits ont été commis en raison de l’appartenance à une race". "Les différents incidents et menaces dont cette famille a été victime sont de nature à faire penser que cet incendie, s’il est bien criminel, peut être lié à une démarche raciste ", explique, prudent, Michel Valet, le procureur de la République à Clermont-Ferrand, qui assure avoir débloqué des moyens pour l’enquête.
Mais les indices sont maigres. Le "corbeau" ne semble pas avoir laissé de traces d’ADN sur les lettres anonymes. Les gendarmes ont placé deux villageois en garde à vue, réalisé des expertises graphologiques. Ils ont aussi vérifié le contrat d’assurance de la famille Philippe, on ne sait jamais. Mais l’incendie ne leur est guère profitable.
"Je suis pacifique, je n’ai pas d’ennemis", dit François Philippe. Qui regrette l’attitude du maire d’Espirat. "Il n’a pas bougé, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous." Dans son bureau de la mairie, Daniel Rousselot laisse dire. "Tout ça ne vient pas du village, s’il y avait ici des gens racistes, ça se saurait." Au premier tour de l’élection présidentielle, en 2002, 25 habitants d’Espirat avaient voté pour le FN. 25 sur 169 suffrages exprimés, soit 14,8 % pour l’extrême droite. Une proportion "normale". "D’ailleurs, tenez, M. Martin n’a jamais eu de problème", poursuit l’élu. Cyril Martin, c’est l’autre "Noir" du village. Qui confirme : "Je n’ai jamais été confronté au racisme à Espirat." Et Daniel Rousselot d’ajouter : "Ce serait à refaire, je ferais la même chose." Il peste contre "la récupération par certains de ce drame".
Quelques villageois ont organisé une réunion à la salle des fêtes, dix jours après les faits. "On n’a pas réagi assez vite, explique Didier Croze, traducteur de profession, et proche de la famille Philippe. Nous sommes restés chacun dans notre coin, sans penser que cela irait aussi loin. Il faut aujourd’hui qu’on agisse." La création d’une association a été décidée, une pétition de soutien a recueilli 140 signatures. "Le racisme est partout, déclare Jean-François Veyrières, proviseur à la retraite à Espirat. Même ici, on ne se parle pas. S’il y avait eu une prise de conscience de la population, il n’y aurait pas eu ce drame." Et François Philippe n’en serait pas, aujourd’hui, à ressasser la couleur de sa peau. "Moi qui me suis toujours senti blanc", dit-il, les yeux baissés.
Auteur: contrib anti facsisme
Remerciements reconnaissants de Réalisance au Monde, à NICE Indymedia, et naturellement à l´auteur de cet article.
Forum Réalisance