Prendre le taureau européen par les cornes

Carré d´as pour Poutin et son gaz en Europe

« Dieu me garde de mes amis, mes ennemis je m´en charge »

Napoléon Bonaparte 

On se demandait toujours pourquoi Poutin avait-il fait appel à son ami Gerhard Schröder (ex chancelier allemand) au conseil d´administration de sa société étatique la plus puissante : Gazprom. Cette nomination qui souleva jadis un tollé général dans les milieux politiques allemands, a, aujourd´hui où malgré ses multiples avances et proposition de coopération économique, ou même de participation officielle à des projets en mal momentané de succès tels EADS et son A380 aux chiffres de production bâclés et généreusement arrondis. Mais à chacune de ses avances, le président russe a reçu un refus de non recevoir pour les entreprises et les projets classés stratégiques ou liés à la défense de l´Union Européenne. Un secret de polichinelle : l´Union Européenne, comme dans le monde entier et depuis des siècles, voulait avoir accès aux matières premières russes, mais se refusait visiblement à offrir un partenariat économique ouvert à la Russie. De sa part, ayant de justesse paré au coup bas occidental qui visait, sous Jeltzin, à mettre mains basses sur les matières premières russes dans une large solde des sociétés étatiques alors privatisées au prix du pain, Poutin s´est doté d´un char de combat de la plus haute précision de tir pour se frayer le passage en occident : le Gaz.

Et en refusant dernièrement encore en Finlande de signer le Traité européen de la Charte énergétique de 1994 pour offrir à l´Union Européenne les garanties contractuelles auxquelles elle aspirait depuis longtemps, Poutin rendait monnaie sonnante aux européens dont il avait fini par connaître les plans résolus. Tout en faisant semblant d´investir en Russie du bout des doigts, ils cherchaient à tout prix à s´emparer de ce secteur économique russe qui était pour eux, pour l´avenir de l´Europe d´une valeur stratégique sans égal. Aujourd´hui 25% du gaz Russe est consommé en Occident (tendance à la hausse), et lentement, avec la montée industrielle chinoise et indienne au firmament de la production mécanisée, la crainte d´être privé de chauffage en quelque hiver frileux comme ce fut le cas pour l´Ukraine, n´était pas la plus gaie des perspectives. Donnant-donnant, se disait le Tsar moderne russe : sans intégration inconditionnelle en occident, pas de garantie contractuelle. Garanties verbales, oui ; mais pas au delà. Il laissait tomber son masque de jeu, et les atouts qu´il avait sous la main étaient énormes : il n´avait pas seulement que le gaz, il était aussi le plus grand possesseur de réserves pétrolières du monde, et son territoire regorgeait de plus de 30% des richesses en matières premières du monde ! Et c´est avec cet atout en as qu´il allait à une table de jeu européenne où les occidentaux n´ont plus le temps de jouer à l´arnaqueur, parce que la Chine, elle, se trouvait de l´autre côté de la Russie. Pour ainsi dire à ses propres frontières.

Les russes ont toujours été d´excellents joueurs d´échec. Et Poutin semble bien avoir le talent le plus averti en politique de ce jeu royal. Il a mis toute les sociétés énergétiques russes en première ligne de son attaque - défense, et avec des gambits à double lames tranchantes, il ne cache pas son intention qui est de marcher au milieu de l´union européenne en mettant tous ses atouts au service des intérêts de la cause russe. Cela ne semble pas plaire au centralisme capitaliste européen habitué à piller, à escroquer, à corrompre en Afrique, en Australie, en Nouvelle Zélande ou à déjouer comme en Afrique du Sud où une minorité blanche les assurait de l´économie et des matières premières Sud africaines, pendant que la majorité noire trompée n´y voyait que dalle. Cette fois ces européens se trouvaient devant un véritable champion, car son jeu était incontournable. Et le temps jouait pour lui, et contre ses ennemis. Et ce qui rendait le jeu encore plus excitant, était qu´il savait défendre efficacement et énergiquement ses matières premières et ses frontières. Avec ou sans atome, au choix.

Se rappelle-t-on du voyage en Afrique du Tsar Poutin, notamment en Algérie et en Afrique du Sud ? Non seulement il est bon stratège, mais il est aussi visionnaire de l´ensemble de l´échiquier international. Dernièrement il vient d´entreprendre une mécanisation coûteuse de son agriculture ; ce qui la prédestine, dans 3 ans au plus tard, à envahir l´agriculture européenne moribonde et qui ne survivait que grâce à un lourd subventionnisme scandaleux. Penser que chaque vache européenne est subventionnée avec 2€ par jour ! Le sucre bat les records à ce point que tous les industriels véreux emploient le sucre dans leurs produits alimentaires pour profiter du joyeux subventionnisme de l´Union Européenne. Quel monde faux et truqué, n´est-ce pas ; se faire subventionner à domicile à pleine gorge pour aller ensuite avec des prix de dumping déverser ses denrées sur les marchés africains afin de les étouffer. Et pendant ce temps, on fermait ses frontières et élevait des barrières douanières pour empêcher à tout prix l´Afrique de vendre en occident ! Quand on les entendait parler de monde libre, d´économie de marché, de démocratie, de liberté…c´est à peine si on ne pouvait pas sangloter de rires nerveux sous les mensonges les plus sournois et cruels de la culture occidentale. Il n´y avait que les africains qui s´y laissaient tromper, mais pas un Poutin, n´est-ce pas ; lui il avait les moyens d´attendre son heure tout en fourbissant ses armes. L´heure viendra bien, aussi bien que le fromage attire le rat qui a faim.

Et pendant que certaines personnes pensent que le danger ne viendra que de la Chine, Poutin en présentait un qui lui était incontournable. Son grand problème actuel n´est que la moindre motivation de la classe industrielle russe de l´enjeu exact des prochains changements dans le monde. Mais ce n´est pas le talent qui manque à cette société de niveau de connaissance et de technologie de haute performance. A cet exemple on peut se poser la question : l´Afrique, ou un pays africain était-il capable de mener, de conduire ses intérêts en un combat serré et résolu comme le fait par exemple Poutin ? Il faudrait d´abord créer des universités et des écoles qui ne produisent pas seulement des endormis ou des cadres qui placeraient leur fierté à produire, à mettre leur connaissances au service de la société et de la résolution de ses problèmes, plutôt que de s´expatrier à la première occasion venue pour l´étranger. Mais il est vrai aussi qu´il faut les payer, leur donner les moyens de prouver ce qu´ ils savent et peuvent. Et les respecter, c´est aussi une autre façon de les aimer. Certainement.

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu

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