Attendre, attendre ; mais attendre qui et attendre quoi ?

Le froid des promesses vides face à l´impatience grondante de l´impasse appauvrissante et méprisante de la crise socioéconomique en banlieue française

Les nouvelles escarmouches en banlieue française remettent à jour des revendications légitimes qui avaient été mis en frigo par les responsables politiques communaux et municipaux, si pas en la personne du ministre de l´intérieur : le très honoré Sarkozy. Et si à l´époque celui-ci se penchait trop à la fenêtre pour dire : « Trop de liberté nuit à la liberté », on se demandait, avec beaucoup de compréhension, si ce genre de gratuités verbales n´étaient pas entachées d´hongroiserie : de ce relent d´immigré irascible qui, à force de cultiver un jusqu´auboutisme d´identification à l´esprit de la Nation Française, en oubliait, dans un conformisme cannibale d´intégration aveugle, à offrir à cette grande nation la projection idéale répondant le mieux à ses prétentions de Nation précurseur des droits des hommes. Depuis quand y a-t-il excès de liberté dans l´exercice de la liberté existentielle ? A qui devait-on reprocher le chômage et ses suites de pauvreté et d´exclusion sociale, sinon à ceux qui se prétendaient diriger la société ou l´organiser ?

Mais, ne soyons ni aveugle objectif, ni injustement accusateur ; ce n´est pas Sarkozy qui a fait la misère en banlieue, loin de là. Celle-ci est le résultat de quarante années de manquements et pauvreté de conception et d´organisation sociales dues à une idéologie nationale décadente et passéiste, parce qu´au lieu d´intégrer rapidement et d´harmoniser le plus sévèrement que possible les enfants de la Banlieue, et c´est dire de la classe ouvrière en grande partie immigrée, on se contenta cahin caha de s´en remettre aux forces sélectives et régulatrices de la production. Et celles-ci rationalisaient et se débarrassaient depuis plus de 30 ans du poids coûteux du personnel humain, pour la machine qui ne tombait pas malade, produisait sans arrêt, et ne souffrait (pas encore) de frais d´allocations sociales. Et le plus curieux dans cette affaire, ou plutôt le plus cocasse, c´est que ce sont les ouvriers eux-mêmes et leur ambitieux enfants doués devenus ingénieurs et constructeurs de machines qui ont œuvré et participé sans en connaître les inconvénients, à la construction et la conception de la machinerie qui aujourd´hui les écrasait avec l´exclusion du chômage. Suicide volontaire ? Certainement pas, parce qu´ils n´avaient pas eu de choix ; tous avaient participé de bonne foi au progrès, et si le patronat employait aujourd´hui ce progrès comme une arme, plus attiré par l´effet multiplicateur du profit par la mécanisation que sur l´avenir de ses prochains clients, il n´était que question de responsabilité ou d´idéologie sociale des propriétaires des moyens de production.

A Sarkozy, donc, on ne pouvait pas rejeter la responsabilité de la crise économique actuelle, et c´est dire aussi à la politique qui, malgré son pouvoir de gestion, de correction sociale et de direction sociale, sans l´industrie créatrice d´emplois, il n´a pas réellement les moyens décisifs de changement. Parce qu´il est lié aux moyens de son revenu qui sont, avec le lourd endettement public, et le chômage, bien réservés. Et cependant, d´un autre aspect de l´organisation sociale, se faisant élire à la responsabilité des intérêts collectifs du bien commun idéel et réel de la Nation, à la protection des droits et l´exercice des devoirs individuels, ce pouvoir ou ses représentants ne peuvent pas se dérober à une part réelle sensible de leurs devoirs envers l´avenir du développement du bien être de la nation, et partant de ses citoyens. Questions de principes ? Ou est-ce tout simplement question de doigté et d´ambition politique ? Et l´un et l´autre, à un dosage effectif et conséquent. Tout est toujours question de répondre a l´enjeu : quelle décision, quelle orientation politique pour quel genre de république et de société ? Pour quelle liberté contenant quelles valeurs ?

Depuis plus de 20 ans, une réforme du capitalisme occidental est non seulement souhaitable, mais aujourd´hui, avec la concurrence accrue sur les marchés internationaux, le prochain avènement de la Chine et de l´Inde dans le cercle de prétendants décidés à l´industrialisation, l´ancien formalisme de l´organisation sociale de la production, de la gestion et de la promotion de l´ordre social en pays capitaliste industrialisé recommandait à satisfaire au plein emploi qui était, lui, le meilleur point de réalisation de la société et d´un chacun. Vœux ardus, si pas impossibles, car désaccordées par des intérêts divergents, les forces sociales cherchaient vainement à retrouver leur lieu optimal de conversion qui, sous la pression de la globalisation et celle de la quasi saturation du monde industriel (ou sa célérité à annuler les effets profitables de nouvelles innovations), le capital prenait son pied ailleurs, là où les coûts à la production lui permettaient de meilleurs gains. Comment changer les choses dans ce cas ? La meilleure logique voudrait que les clients deviennent plus nombreux, et crédibles. Mais on est surpris que le système social qui vit, lui de plus de garanties réelles que d´expectatives théoriques ou de promesses spéculatives, a tendance à se contredire en évoluant trop lentement vers l´accroissement de ses propres possibilités d´épanouissement. Changer, mais changer vers quel projet de société ? Et que font les autres, les concurrents acariâtres des marchés ? On attendait, tout en trépignant que l´extérieur nous fasse des signes, nous confirme des tendances sur lesquelles nous pouvons miser et évoluer en conséquence ; hélas, tout tendait inlassablement à l´acharnement et la concurrence la plus ardue sur les marchés internationaux. Et tandis que le chômage perdurait, comme une plaie ouverte, le capital, lui s´expatriait, pour survivre et rester indépendant. Mais comment pouvait se défendre une jeunesse ou des chômeurs auxquels on demandait aujourd´hui de faire preuve d´initiative, alors qu´ils ont tous été élevés ou préparés à servir le capital ?

Telle est l´illogisme ou la précarité de la situation économique mondiale actuelle. Et même si Jacques Chirac vendait à la Chine 150 avions A320 qui devaient, précisons le bien être montés en Chine, il fallait, hélas plus que cela pour changer les choses en France. Et c´est d´autant surprenant qu´on apprenait que l´Union Européenne avait décidé d´autoriser 5 millions de travailleurs étrangers à l´Union d´exercer prochainement un emploi sur son territoire pendant une période de 1 à 5 ans. Le résultat de la pression du désespoir africain aux frontières hermétiques de l´Union ? Ou était-ce la peur bien fondée que les africains détenteurs de matières premières ne deviennent réticents ou instables ? Et pourtant, cette concession, pour peu satisfaisante qu´elle soit pour les amateurs du concessionnisme illusoire, elle ne réglait ni le mal de la francafrique, ni n´apportait soulagement au chômage européen, bien au contraire. On espérait naturellement qu´avec de bas salaires de désespoir on serait à même de concurrencer les coûts de production chinois ou Est européens. C´est ne pas évaluer exactement le volume de production qui se trouvait derrière 1,3 milliards de chinois décidés à envahir le monde. Et à eux se grevaient encore plus d´indiens dans l´avenir, et l´Union Russe, quoi qu´on l´ignore ou la méprise dans les calculs concurrentiels, va bientôt donner à l´industrie européenne bien de retors. A mon sens, toutes ces concessions ne vont ni sauver l´Europe, ni résoudre ses problèmes. Elle doit se préparer rapidement au changement et prendre un train qui lorsqu´il aura démarré, ne s´arrêtera plus pour personne, sauf pour les stations intitulées : innovations – créativité – haute qualité – Bas prix. Celui qui ne se trouvera pas à ces rendez-vous passera, tout simplement du vin à l´eau pure. Et pour bien longtemps.

Au-delà de ce changement imminent qui se fait sur le monde, sur les marchés de l´emploi, sur le mode et les moyens de production ; ce qui se joue inévitablement sous tous ces scènes, c´est la définition et le contenu de la liberté des acteurs impliqués dans tous ces processus. Et nous sommes tous impliqués : de la Chine à l´Afrique en passant par les Etats-Unis, la France, l´Allemagne, le japon. Tous. Et j´ose attirer l´attention à tous ceux qui croient encore au père Noël ou s´évertuent à négliger de soigner leurs facteurs sociaux de développement comme en Afrique actuellement, que le choc Indochinois que nous allons subir ces prochaines années sera d´une violence inouïe, et très destructive pour tous ceux qui, d´une manière ou d´une autre ne sauront pas répondre aux exigences résolue de la compétition internationale. Elle va devenir sans merci, on le sent déjà. Et il serait donc utile, si pas impérieux d´affirmer, pendant qu´il est encore temps, ses principes sociaux les plus chers et les mettre à l´abri afin que dans le feu de l´action ou des turbulences qui vont survenir, elles protègent la société et l´unifie autour de valeurs qui encouragent et unifient, plutôt que de l´abandonner au bon hasard la chance. Parce qu´alors, ce qu´on perdait, ce ne serait pas seulement qu´un vulgaire marché, mais la cohésion et la paix sociale. Et l´une de ces valeurs veut qu´on ne laisse pas désespérer ses propres enfants, et surtout ceux qui, de leur naissance ou de par leur humilité, ne sont pas nés avec la richesse et la facilité au berceau. Par principe d´équivalence et de respect social, car un Etat, une société qui ne sait plus protéger ses faibles, ses malades, ses invalides…devient irréversiblement inhumain.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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