Les américains se seraient-ils réveillés de leur insomnie ?

La fin d´une domination politique républicaine aux Etats-Unis ?

La liberté est trop belle et trop précieuse pour la laisser entre les mains de marchands de mensonges, d´indélicats et d´artistes peu doués, car elle est la fleur la plus belle et la plus nourrissante de l´espèce humaine.

Musengeshi Katata

Aux dernières nouvelles, les démocrates auraient emportés 230 des 435 sièges de la chambre des représentants, et au Sénat où suite à des recomptages, ils auraient déjà 50 des 100 sièges ; et il est bien possible que dans la haute chambre de contrôle du pouvoir, ils l´emportent aussi. Une éruption après 12 ans de républicanisme dominant. Pour le bushisme, la fin des haricots ? En tout cas un changement plus que superficiel, parce que celui-ci se fonde notamment sur le débâcle de la guerre irakienne.

Georges Bush a aussitôt fait l´offrande du pion perdant en la personne de Donald Rumsfeld qui va porter la croix de l´échec, mais est-ce que tout est dit ? Qui rendra la vie à tous les irakiens et les militaires américains morts injustement dans la guerre trompeuse et gratuite de l´Irak ? Georges Bush, son dirigisme aveuglé par l´arrogance et la prétention de la toute puissance américaine, ses collaborateurs ployant plus sous des intérêts économiques et commerciaux que sous la raison et le bon sens politique  ont cassé, à plus d´une fois, bien de précieuses porcelaines. Comment la nouvelle influence politique de démocrates revenant de leur traversée assoiffée du désert vont-ils retrouver les bris éparpillés pour les recoller afin de retrouver le chemin d´une démocratie prospérant, aux valeurs fiables et respectables ?

Bien de questions ouvertes, surtout que, selon toute vraisemblance, le futur retrait de l´Irak allait poser plus de problèmes qu´on ne se l´imagine. Il est toujours facile d´attaquer, de détruire, que de rétablir ou de défendre la paix et la justice. L´Amérique acceptera-t-elle de se retirer sans victoire ? Encore que, que signifie victoire en guerre illégale et gratuite ? Par ailleurs, un autre chantier militaire : l´Afghanistan ne semblait pas évoluer rapidement en victoire, mais s´étirait, malgré l´aide de partenaires occidentaux en bourbier sans fin, où l´ennemi à domicile, à peine repoussé se retirait pour revenir ouvrir front en d´autres lieux. Et au fait, Bin Laden, où était-il que diable qu´on en finisse avec ce brigand ? Invisible, et omniprésent comme une épée de Damoclès insaisissable. A ce jeu, l´Amérique ne se faisait-elle pas tourner en bourrique, elle et ses acolytes qui, en chiens de Pavlov courraient un ennemi qui leur occasionnait des frais militaires, des tourments indésirables et restait, malgré tout, comme le Coran, indestructible ? Croire qu´à ce jeu on pouvait gagner, n´est-ce pas être bien naïf ?

Les démocrates viendraient peut-être remettre les prétentions illuminées de Georges Bush à sa petite mesure en lui rappelant que pendant qu´il courait des fantômes, la Chine, elle était entrain d´utiliser l´Amérique comme un cheval de Troie pour tomber la forteresse économique et commerciale du centralisme capitaliste occidental complice. Si le déficit commercial américano-chinois augmentait chaque année à l´allure de 17% et que la Chine prêtait 200 milliards $ aux américains pour acheter chez elle, un jour prochain elle va ouvrir les rideaux et retirer son tapis rouge, et ce jour-là, il faudra payer ses dettes…ou se noyer. L´endettement public américain en disait long, autant que l´endettement privé ; l´un avoisinait 9.000 milliards $, l´autre 50.000 $ par tête de pipe. Et à ce qu´il semblait, l´économie américaine s´essoufflait lentement, pendant que les chinois, eux, avaient vent en poupe. Et ce n´est pas investir à tout rompre en Chine qui protégeait les travailleurs américains de la concurrence chinoise, bien au contraire ; à la longue, on se pendait bien tout seul courageusement. On fermait les yeux ou on se croyait malin, mais ne s´agissait-il pas de la liberté, de notre pain de demain ?

En Europe, ce petit changement de ton de fond politique américain a reçu des échos plutôt déçus ; on s´était caché derrière un texan casseur de pierre pour essayer de ramasser, comme d´habitude les avantages économiques pour se chercher frénétiquement à guérir les blessures ouvertes de la crise économique, du chômage, de démographies négatives opprimantes…et non sans sournoiserie, on a supporté les écarts démocratiques et les erreurs grossières de l´artiste-butoir pris trop souvent en flagrant délit de pratiquer ouvertement des principes et des procédés…décriés. Mais voilà, les choses, avec les démocrates, allaient diablement changer. Et ceux qui profitaient de butins de campagnes indélicates tout en jouant les fausses vierges, ou se donner des airs de saint, ce temps-là pouvait vite tourner au vinaigre : notamment que les démocrates allaient demander à leurs discrets et silencieux complices de porter eux aussi leur part de boue et de quolibets. La fin de la fausse innocence était proche ; après tout, il s´agissait de sortir d´une défensive dans laquelle l´occident, sans s´en rendre compte, s´enfonçait tout en se croyant toujours maître au timon.

La géopolitique du monde changeait fondamentalement : l´Allemagne reconnaissait enfin ses énormes problèmes démographiques, l´Afrique réunie à Pékin écoutait déjà les conseils du prochain soleil levant en espérant qu´elle y trouverait plus de vin pour ses enfants violés, vendus, pillés et trompés depuis de longs siècles. Et Poutin était bien plus malin et avisé qu´on ne le pense ; lui aussi mettait ses batteries en position. Quant à l´Inde…Chacun fourbissait sa petite bombe atomique : vive la liberté et la démocratie ; mais avons-nous par là gagné en sécurité, en confiance, en respect de la vie des autres ? Le train de l´avenir allait prendre de nouvelles options pour de nouvelles destinations. Mais chacun savait-il où il allait ? Ceux qui parlaient lapidairement de la guerre des religions, ne devaient pas oublier qu´à l´horizon de notre prochain voyage, il s´agissait de valeurs sociales du travail, de la productivité, des droits humains, de nos attentes morales, éthiques, de notre liberté à tous et à chacun. Les pauvres, les victimes, les exclus se refusaient à porter le drapeau d´un monde qui ne leur reconnaissait aucun droit, aucune chance. Parce que ce monde, cette vie, elle appartenait à tous : aux enfants, aux adultes, aux vieillards, aux étrangers, aux blancs, aux noirs, aux jaunes…et même à ceux qui ne sont pas encore nés !

Espérons que l´Amérique saisira cette chance pour se retrouver, pour se réhabiliter dans ses propres valeurs idéales, et grandir non seulement sur elle-même, mais aussi dans l´estime d´un monde qui plus que jamais a soif de valeurs et de partenaires ambitieux, mais propres et vertueux. Car cette Amérique-là, si elle savait hisser ce drapeau au vent, n´importe quel habitant de la terre la défendrait. Et la Chine pourrait être aussi grande que le soleil, aussi belle que la lune, elle ne saurait vaincre cette patrie aimée et adulée des êtres humains, parce qu´elle en serait le cœur et le rêve vital. Si seulement…Eh, oui…si seulement. Ou serait-il déjà trop tard ?

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, bantu wa Muntu

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