Un peuple n´élit que les représentants qu´il mérite

L´important c´est le peuple, pas ses représentants !

« Quand le moteur d´un véhicule est en panne, changer le chauffeur ne résout aucun problème »   Bernardin Mungul Diaka, homme politique, ex ambassadeur plénipotentiaire auprès du royaume de Belgique.

A Nsiangani Simon

Selon toute évidence, Kabila alias Kanambé a gagné aux élections au Congo. Ce n´était pas notre candidat,  ni lui ni Bemba. Notre seul et unique candidat a toujours été le Peuple Congolais dans ses intérêts, sa riche et profonde identité socioculturelle, ses ambitions légitimes de réalisation, les rêves brûlants de ses enfants. Et si le peuple souverain a voté librement et choisi, nous ne pouvons que nous incliner. Seul l´avenir, ou plutôt la réalisation des attentes du peuple prouveront si son choix a été heureux.

Amis du monde entier épris de justice et de liberté, congolais, africains ; c´est l´heure d´une réconciliation qui nous rapproche encore plus étroitement à l´amour que nous avons des nôtres, à celui que nous entretenons et nourrissons envers des valeurs limpides, sincères et louables nous rattachant aux plus nobles et aux plus belles ambitions humaines : celles fleurissant la paix et la réalisation autant collective qu´individuelle. Et en ce qui concerne l´Afrique, le Congo de Patrice Lumumba ; il y a du pain sur la planche, et le chemin que nous avons devant nous est long et peut-être tortueux. Ce n´est pas parce qu´on a perdu une bataille que la guerre n´a plus de sens ; bien au contraire, nous allons nous y mettre maintenant avec encore plus d´énergie, plus d´engagement, plus de motivation. Car le Peuple ne perd jamais, car il est en lui-même son seul juge. Peut-être apprendrons-nous dans cet intermède indésirable à devenir plus précis et motivé dans nos attentes. Cela ne peut que nous renchérir et raffermir nos droits légitimes jusqu´à ce jour, et cela depuis 600 ans, scandaleusement bradé par l´occident.

Les congolais ont beaucoup à apprendre, surtout ceux de ses enfants qui se prétendent le gouverner ou influer sur son avenir ; ils sont loin d´être à la hauteur de leurs tâches, et nous nous trouvons devant une culture occidentale de la plus méprisante, sournoise et cruelle domination socioculturelle et économique sur notre devenir. Et ce n´est pas du simple hasard que ce malus dure depuis 600 ans ! Tous ceux qui se prétendent connaître la vérité en Afrique, et malgré leur aliénante instruction, tapent dans le noir et ne reproduisent qu´un débâcle désordonné et sans idéal quand ils sont au pays. Et à l´étranger, ce n´est pas mieux : on les voit enfin travailler, discuter, réfléchir sur l´avenir ; mais tout cela semble bien bancal si on emploie la logique aliénée et chosifiante du maître. On tourne plus en rond dans une cage de liberté plutôt qu´on n´engendre la liberté elle-même. Et celle-ci est pourtant le seul repaire, le seul critère humain de réalisation. Autrement dit, comme leurs congénères aliénés en Afrique vendant leurs propres frères, leurs âmes pour un système de domination occidental qui les méprisait et leur refusait fondamentalement le partenariat et la liberté. Ils ne font autre chose que s´assimiler à un monstre qui les chosifie à ses intérêts. Heureux ? Libéré de la misère et enfin individualiste ? Mais était-ce tout ? On les entendait alors disserter sur l´africanité, l´art d´être fier d´être africain, d´être noir…toutes ces superficialités qui n´étaient plus que prétextes pour tromper sa propre traîtrise ou se cacher de soi-même devant une évidence de jour en jour grandissante en présence du racisme et de la discrimination occidentale ininterrompue dont ils ne cessent chaque jour de souffrir des injures. Et pendant ce temps, ils vivaient et travaillaient pour l´enrichissement de leurs ennemis – ou à assurer à celui-ci un avenir, des pensions florissantes à la retraite. N´était-ce pas assez visible ? N´était-ce pas assez contradictoire ? N´était-ce pas assez humiliant ?

Ma pensée, toute la tendresse de mon cœur va à ces millions d´enfants que j´ai vu en Afrique. Des regards doux et si souriants que parfois, à la perspective que malgré qu´ils représentent l´or vivant et résolu de ce continent, qu´on ne leur réservait que misère, pauvreté, analphabétisme…par une élite qui chantait chaque jour de ses compétences tout en ne produisant que le contraire ! C´est à peine si on les avait pas vu se prostituer aux portes de la Chine, pour mendier de nouveau, et cacher, comme le texan Bush disait en revenant de l´Afrique en 2004 sur CNN alors qu´il avait été recu en grande pompe en Afrique : « L´Afrique est gouvernée par des incapables », leur course infructueuse à répondre aux exigences d´un avenir de jour en jour disputé dans le monde. Et la prochaine montée de la Chine ne fera, à mon avis, qu´empirer les choses ; et pas seulement pour les occidentaux. Il y aura des pleurs et des grincements de dents, et tous ceux qui ne sauront pas suivre ou se complairont à la mendicité, à mépriser de cultiver et affiner leurs possibilités et leurs capacités créatives, se retrouveront comme la prostituée la plus méprisée du village : refusée á l église le dimanche, et élevant des enfants sans père et sans amis parce que refusés dans les meilleures sociétés.

Nous devons arriver à cesser de tergiverser, à cesser de nous tromper nous-mêmes, et surtout de travailler contre notre avenir et nos intérêts. Ce monde qui nous avait privé de liberté et enfermé à la chosification de l´esclavage pendant 400 ans (!), 100 ans de colonisation, et aujourd´hui 46 années de francafrique ne respecte et ne reconnaît que sa propre logique. Tous font semblant de parler liberté, de croire ou de faire démocratie ; mais depuis quand savent-ils ce que c´est que la liberté ou la démocratie ? Oui, depuis quand ; lorsque devant les yeux du monde entier l´Amérique de Georges Bush envahissait illégalement l´Irak, faisait plus de 150.000 morts innocents et privait ce peuple de sa souveraineté, de sa quiétude sociale et de sa liberté ? Quel est donc ce pays occidental soit disant épris de liberté et de démocratie qui s´y est opposé énergiquement ? Quel est le pays qui s´est levé pour s´opposer aux exactions israéliennes envers les droits palestiniens légitimes bafoués depuis des décennies ; ou encore l´insalubre et criminel agression envers le Liban ? N´a-t-on pas fait de grosses résolutions à l´ONU pour Darfour ? Les choses ont-elles changé ? Pas du tout, après y avoir depuis des décennies vendu des armes et entretenu la discorde, les occidentaux y étaient devenus incapables d´y imposer un changement paisible et humain de coexistence sociale. Les arabes allaient donc continuer à opprimer, assassiner, violer et violenter leurs nègres sous les cris parjures d´Allah wakba !

C´est dire que nous avons beaucoup à faire, si nous voulons retrouver et assumer notre pleine et consciente liberté. Et je souhaite à tous les africains de le comprendre, qu´ils soient chrétiens, musulmans, kimbanguistes, ou autres noirs ou blancs ; car ce n´est ni une question de religion, de couleur de peau, d´orientation politique. Mais bien celui de l´avenir de nos enfants, et de l´amour que nous portons à un continent dont la beauté et la richesse culturelle est sans égale. Ensemble nous ne sommes pas seulement forts, mais riches et avertis. Et si nous cessions de nous débattre aux basses occupations prétentieuses mais sans fruits, nous pourrions ouvrir un chapitre de l´histoire qui donnerait aux nôtres, à leurs rêves et attentes, un sourire qui nous comblerait l´âme. Et cela commence irréversiblement par la liberté et l´éclosion de ses fleurs les plus intrépides et belles. Mais avant d´y arriver, chacun doit préparer et encenser son jardin, sinon, la moisson risque d´être continuellement bien pauvre.

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, bantu wa Muntu

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