En grande pompe pour ne pas laisser entrevoir son impuissance face au changement ?

Symphonie de rappel face à une hégémonie chancelante

Un jour avant l´ouverture de cette conférence de l´OTAN à Riga, les premières limousines chinoises étaient débarquées en Allemagne, à Bremen. Un signe qui en disait long sur les ambitions et les prétentions chinoises : moteur Mitsubishi, laque BMW, prix tout extra compris 23.000 Euros. Une aubaine. Et même si en pays allemand de l´automobile, l´ADAC, organe de critique et d´assurance officialisé on donnait de mauvais points à cette belle chinoise, le malaise n´était plus à cacher : la Chine arrivait à grands pas, et non sans élégance et ambition. Des allemands avertis, cependant, se rappelle des débuts japonais en terre automobile où on traita les véhicules du Soleil Levant de « bouffeur de riz » ou de caisses bridées ; aujourd´hui, cependant, l´ADAC leur accordait les 3 premières places au statistique de voitures les plus sûres ! Certes, s´empressait-on de dire, c´est loin de BMW, de Mercedes, d´Audi, de VW qui venait d´annoncer la construction d´une nouvelle usine complète en Inde…La Chine, oui, on la sous estimait, mais seulement pour ne pas sombrer dans la flemme, car c´était du sérieux : dans dix ans, rira bien qui rira le dernier ; ils aurait fait d´énormes progrès. Ce n´était que le début, un début qui faisait annonce de temps rudes sur le marché industriel international. Et de manque à gagner pour tous ceux qui ne sauraient pas rester accessibles par leurs prix.

Lors de sa conférence de presse, et commentant l´ordre du jour de cette conférence au sommet qui devait rassembler 26 chefs d´Etat, M. Georges Bush la qualifia d´ambitieuse. « Plus de 50.000 soldats de l'OTAN, a-t-il indiqué, assurent la sécurité dans le cadre de 6 missions exécutées dans 3 continents. Ces déploiements montrent que notre alliance reste aussi utile aujourd'hui qu'au plus fort de la guerre froide. Notre alliance défend la liberté et, ce faisant, contribue à renforcer notre sécurité. » Encore militariste malgré ses éclatant déboires en Irak ? Quand cet homme se rendrait-il compte que ses bourdes coûtaient chers à l´Etat américains, et mettaient les valeurs du monde libre en doute ? Sur l´Afghanistan dont on osait parler officiellement parce que c´était le seul but légal de guerre, Georges Bush s´hasarda : « À Riga, nous allons considérer la façon dont notre alliance peut se fonder sur ce que nous avons appris en Afghanistan. Nous continuerons de transformer les forces de l'OTAN et d'améliorer ses moyens d'action de sorte que notre alliance puisse mener à bien ses missions au XXIe siècle. La menace a changé de forme. Nos moyens doivent changer en fonction des menaces si l'on veut que l'OTAN continue d'être utile. » Une armée occidentale qui continuait, sous l´égide américaine, à apprendre…Se rappelait-on du Vietnam, ou les élèves étaient réfractaires á l´expérience pourtant douloureuse de jadis ? Mission ? De quelle église s´agissait-il, si ceux qu´on agressait ou détruisait les pays étaient musulmans ?

En réponse à des questions de la presse au sujet de l'Irak et de ses relations avec ses voisins, l'Iran et la Syrie, le président a déclaré : « Le gouvernement irakien est un gouvernement souverain qui est capable de s'occuper de sa politique étrangère et qui est en train de le faire. Le président irakien l´a dit clairement, et je suis en accord avec lui, que les Iraniens et les Syriens devraient l'aider et non pas déstabiliser cette jeune démocratie. » Là on sentit le souffle démocrate grandissant au Congrès americain, parce que tous les prétextes mensongers ayant servis à envahir l´Irak ne tenaient plus. Et même celui de déloger un dictateur ne justifiait pas le massacre illégal de 150.000 irakiens, le violentement des droits et de la souveraineté de ce pays Indépendant et membre reconnu de l´ONU. Combien de dictateurs l´Amérique n´avait-elle pas supporté, armé et entretenu au cours de sa jeune histoire ? Perron, Duvalier, Mobutu, et même Saddam Hussein avant son invasion du Koweït. Avec de tristes s tels que Berlusconi tous les occidentaux avaient eu beau grincer les dents, mais personne n´éleva la voix ; quant à Putin, ce qu´il faisait en pays tchétchènes n´était pas de idéal démocratique. Pourquoi cette différence de considération ? Parce qu´on avait besoin d´eux, parce qu´ils étaient puissants, ou parce que tout simplement on appliquait le vieux principe très américain :  « C´est un salaud, mais c´est notre salaud » ? La démocratie à double visage et quatre queues ?

L´Allemagne, cependant, ainsi par ailleurs que la France se refuseront à augmenter leurs effectifs militaires en Afghanistan ; quand à se laisser dépêcher de gauche à droite, tout cela serait, en temps voulu, apprécié. Les américains verraient bien les allemands s´engager dans le Sud afghan très combattu, et où les pertes américaines, anglaises, canadiennes croissaient dangereusement. Chacun sa tâche, arguaient les allemands qui étaient arrivés, avec patience et moins de militarisme démonstratif et arrogant, à désamorcer l´antagonisme de leur présence en terre étrangère afghane. Résultat ? On s´y battait moins ; on y travaillait plutôt à l´infrastructure, aux écoles, à encourager une vie sociale qui avait une priorité immense, si la paix devait être la vraie victoire sociale. Angela Merkel ira plus loin : elle estime que pour réussir la paix en Afghanistan, pacifier ce pays en l´aidant à s´opposer au retour des Talibans, la reconstruction économique, sociale ne devait pas être négligée, parce qu´elle était la clé de l´avenir démocratique responsable. Pour la France, pour laquelle l´invasion irakienne était restée sur la gorge, se laisser, chaque fois que les américains s´embourbent ou se couvrent de ridicule, à suivre leurs appels de fausses détresse, c´est risquer de porter des responsabilités et une réputation bradées. Communautarisme et unité, certes, mais chacun son propre merdier.

A l´opéra de Riga, en salle comble et démonstrative, Georges Bush tint à montrer à l´extérieur, surtout à la Chine, que le monde occidental était puissant, et que lui, Georges Bush n´était pas une dinde boiteuse. Malgré le contrôle résolu de son Sénat démocrate. Ce dernier lui avait recommandé d´encourager la prochaine entrée à l´OTAN de l'Albanie, la Croatie, la Géorgie et la Macédoine. S´agrandir pour lutter contre le croissant sentiment d´impuissance face à la Chine et l´Inde ? L´occident, depuis 600 ans semblait pourtant oublier que le monde entier avait été sous sa tutelle, ce qui ne l´avait pas encouragé á développer une autre philosophie de la liberté que celle qui reproduisait et privilégiait ses intérêts et son système hégémonique. En serait-elle, aujourd´hui où la Chine et l´Inde sortait de son joug, arrivé à une meilleure philosophie de la coexistence ? La liberté, la démocratie, l´obédience économico financières deviendraient-elles plus…décentralisées ? N´avait-on pas plutôt l´impression qu´en face de l´ouragan, les alliés complices d´hier se serraient les coudes et persistaient au lieu de démocratiser et de libéraliser les moyens de production ?

Inévitablement, tous ceux qui savent réfléchir et compter le savent : le centre économique, culturel, financier du monde va se déplacer vers Pékin. Et le courant politique que la Chine donnera au monde sera impératif, et quasi incontournable. N´était-ce pas le moment de sortir de son étroitesse de conception et d´esprit afin que ce changement, même s´il se faisait avec les mêmes armes économiques, financiers, militaires soit profitable à tous ? Ou sous estimait-on encore que les fils du pays du jade ne seraient pas à même de dominer le monde au point de s´imposer sans conteste ? Certes, il est dur de reculer, de se restreindre ; surtout si pendant 600 ans on s´est permis tous les abus et excès sous les prétextes les plus aventuriers de faire la liberté des autres tout en les contraignant à la soumission. Mais ce qui ferait encore plus mal, et ce sera le cas, c´est de savoir qu´après autant de créativité, d´élégance et de pompe, la culture occidentale ne sera, au plus tard dans 30 ans, qu´une culture de seconde main. Et ce n´est pas parce qu´elle a failli ou qu´elle a manqué de dynamisme ou d´intelligence ; mais bien parce qu´au lieu d´offrir au monde une liberté belle et propre, elle ne se sera contentée que d´agiter des drapeaux, d´institutionnaliser des pratiques, des privilèges qui ne menaient tous qu´à…sa propre projection ! La liberté, cependant, exigeait que chacun, que chaque culture, chaque société s´épanouisse et y verse le cri généreux de son excellence. Un cri fait de respect des autres, de la tolérance, et de la confiance en une justice et une paix humaine de valeurs certes exigeantes, mais inconditionnellement valables pour tous. Sans discrimination, racisme, déni de droit ou de liberté. Un monde parfait, impossible ? Pas du tout, car il suffisait seulement de ne jamais encourager ou entériner le mal quel qu´il soit, mais d´aimer et d´encenser le bien et ses valeurs. Car on ne fait pas de liberté, ni de démocratie en cautionnant l´injustice, le crime ou l´abus de droit.

Espérons, espérons sincèrement que la Chine nous apportera cette pierre précieuse qui nous permette de construire un havre humain qui soigne nos blessures passées, et nous donne la force, le courage d´aimer et d´envisager un monde moins faux, moins sournois. Un monde pour lequel nos enfants pourront dire avec fierté : de haut en bas de son histoire et de celui de mes larmes et de mon espérance, c´est ma chère et tendre Patrie ! Et cela pour n´importe quel enfant de cette terre précieuse et inégalable.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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