06 décembre 2006
Sur le voyage solitaire du muezzin De Villepin en Afrique
Priez et servez le capitalisme français et ses valeurs mercantiles ; mais quand ce capitalisme reconnaîtra-t-il que nous aussi nous sommes capitalistes épris de liberté et de réalisation ?
Une France acculée, embusquée ou en fuite…en arrière ?
« Quiconque a élu la violence comme méthode, doit nécessairement adopter le mensonge comme principe » Alexandre Soljenitsyne
Dominique De Villepin, premier ministre français avait entrepris le 3 décembre une tournée en Afrique, et n´a rencontré personne, du moins, tous ceux qu´il devait rencontrer se sont soit excusés, soit ils se trouvaient hors de portée. Curieux voyage. On se demandait à quel but il avait été si précipitamment entrepris, ou tout simplement les africains qui n´étaient plus aveugles, et excédés par les sournoiseries françaises, avaient posé un lapin au haut représentant français. Il ne lui resta plus qu´à disserter, tel un muezzin esseulé au minaret d´une France confondue entre la crise économique, et son passé aux relents bien connu des africains. Et maintenant que la crise économique allait s´empirer avec l´industrialisation de la Chine et de l´Inde, et devant le danger de dislocation de la cohésion occidentale, avec empressement et à gorge déployée on allait chanter à une Afrique qu´on avait pendant 600 ans meurtrie, vilipendée et soumise au mépris le plus haut, des louanges…de quoi au fait ? De la liberté qu´on n´avait envisagé et défini que sous ses intérêts et son utilitarisme étroit et rapace ? D´un rendez-vous de coopération, du donné et du recevoir qu´on avait toujours sournoisement torpillé pour n´en faire que chosification, escroquerie, exploitation unilatérale ? De la démocratie au spectre fustigeant et corrompant de la francafrique, ou était-ce du christianisme dont la France, grande nation civilisatrice se prétendait être la fille aînée, et qui en 1554, de par son Pape Nicolas V ordonna l´esclavage des noirs africains, l´occupation et le viol de leurs terres pour les transformer en serviteurs enchaînés de la race blanche ? Ah, il s´agissait de valeurs… ? Desquelles donc ? De celles qui ont toujours été vides, contraignantes et pleines de sang et de larmes pour les noirs, tandis que pour les blancs, les chrétiens de la race élue, elles regorgeaient de richesses, de droits abusifs, de contrainte à la chosification sans remord du nègre ?
Dominique De Villepin, curieusement, n´a pas remarqué que personne ne voulait plus entendre ses élucubrations, surtout les officiels. Car ceux-ci, lentement mais sûrement se rendaient compte que la France, avec sa politique africaine paternaliste et impérialiste aveugle et rapace les confinait, sous une francafrique de la plus cruelle et cupide fausseté, à tourner en rond et à se détruire eux-mêmes. C´est à se demander : comment diable un pays affichant liberté, égalité, fraternité, et qui avait été la mère des droits de l´homme ; comment un tel pays pouvait-il s´abaisser, dans ses relations politiques et économiques avec tous ses partenaires africains, à nier ses propres valeurs, le courant éthique et moral de sa propre destinée historique ?
Placardage que tout cela ? Mais alors, que venait-il donc défendre sous le continent du soleil éternel ? Curieux, n´est-ce pas ; ou n´était-ce, encore une fois qu´une preuve profonde de mépris par laquelle ce représentant politique estimait que comme à l´époque coloniale, il pouvait de nouveau tromper et jeter de la poudre aux yeux des africains qui n´y verraient que du feu ? Qu´en était-il des investissements français, occidentaux en Afrique ? Qu´en était-il des barrières douanières et du protectionnisme subventionnel européen contre les produits agricoles africains ? Et ce dumping de prix et de surproduction de lait, d´huile, de sucre, de poulets surgelés qui détruisaient sournoisement l´agriculture, l´élevage de la jeune industrie alimentaire africaine ?
Sur sa page Internet, et dans un article titré : « Villepin défend le rôle de la France en Afrique », comme dans une mauvaise chasse tropicale à l´éléphant qui se termina sans trophée, en désespoir de cause, l´humaniste et poète De Villepin parla d´une France nuageuse : une de celle qui n´existait pas vraiment, face aux africains déçus et excédés qui, à force d´attendre et d´espérer, avaient fini par perdre patience. Et pour justifier gauchement d´avoir mis les bâtons dans les roues au dynamisme social en Côte d´Ivoire, avec un cynisme prétentieux et pour le moins emmurant, "La France ne choisit pas un camp, elle choisit la paix. Elle ne défend pas des régimes, elle défend des valeurs", a-t-il lancé. Plus loin : "Aujourd'hui, la situation reste fragile et le peuple ivoirien peut avoir le sentiment que rien n'avance. Il faut que la communauté internationale se mobilise sur les deux objectifs: le désarmement et la tenue d'élection libres et régulières", dira-t-il. Après y avoir vendu des armes à qui mieux mieux, la France parlait de…désarmement ! faut-il vraiment croire que la France qui négligeait ses propres enfants à la périphérie, à la banlieue de ses villes depuis 40 ans, se faisait plus de soucis pour les enfants africains ?
Des valeurs ? Depuis quand la France défendait-elle des valeurs en Afrique ? Faut-il inclure dans ces valeurs l´esclavage, la colonisation destructives de structures sociales et de culture ? Les assassinats d´Um Niobe, par exemple, ou celui de Thomas Sankara ? Faut-il y comprendre les massacres d´Algérie, de Madagascar ? Ceux de Thiaroye contre des tirailleurs africains sans armes et qui avaient lutté pour la libération de la France ? Ou faut-il y inclure l´aide et l´assistance française au régime de l´Apartheid, notamment dans la vente de bactéries ayant pour but de cultiver un Anthrax sélectif destiné à exterminer les noirs ? De quelles valeurs parlait-il donc, ce grand tribun de beaux discours ? Fallait-il vraiment croire qu´après ce que la France a fait à l´Afrique, les français jouaient toujours aux innocents, aux doux enfants chrétiens vertueux et de bonne foi ? A en désespérer…franchement. Parce qu´avec cette visite sans proposer un changement radical fondamental de la philosophie politique française, monsieur de Villepin arnaquait tout simplement son monde ; et de là à penser qu´il méprisait l´Afrique en déconsidérant l´intelligence de ses enfants, ce pas n´était plus bien loin. Les africains, monsieur le premier ministre de France, ne sont pas aussi idiots que vous le pensez ; ils ont déjà compris. Et un jour très prochain vous arriverez aussi à comprendre ce qu´ils savent : notamment que la France et l´Occident les avaient toujours menés en bateau, méprisés, chosifiés ; et malgré leurs larmes et leurs blessures ouvertes, vous n´avez jamais voulu entendre leurs cris de détresse. Et maintenant que le glas sonne pour vous et vos pairs, vous revenez la queue entre les jambes, mais vous n´êtes capables ni de réelle liberté, ni de véritable coopération. Comme Kimble, vous êtes en fuite et aux abois : vous avez commis tous les crimes possibles et imaginables pour être fort et riche, pourquoi n´êtes-vous pas heureux ? Pourquoi devez-vous surproduire pour les autres, si vous ne savez pas les respecter ? C´est vous qui avez besoin de l´Afrique, et pas le contraire !
A partir de 2007, la descente en enfer pour l´occident va prendre des tournures et des contours de plus en plus déprimantes, et c´est cela qui pousse notamment les occidentaux à « orienter » les votes en Afrique afin de s´assurer non seulement de ses matières premières, mais aussi de leurs marchés et de l´influence politique qu´ils peuvent ainsi utiliser en bouclier contre la Chine et l´Inde, pour limiter les dégâts de la déchéance économique qui les guette. Parce que ce qui les menace est à la fois gigantesque et imposant. Aucun africain n´est si aveugle pour ne pas avoir compris que le preux retour du néocolonialisme faussait les votes et les politiques d´indépendance sur le continent pour le soumettre à nouveau, reniant ainsi toutes les fausses intentions occidentales antérieures sur le respect de la liberté et de l´indépendance africaine. Ce n´est ni par grandeur d´âme, ni par véritable respect de l´avenir de ce continent qu´ils l´ont toujours pillé, corrompu, qu´ils ont toujours méconnu et méprisé les légitimes droits universels de réalisation de la race noire en imposant les leurs et leurs priorités par trop souvent dépensières, frivoles, discriminantes. Les temps allaient changer, et bien plus vite qu´on ne se l´imagine en créant un processus de succion, de gravitation centrifuge qui ne laisserait, comme pendant les 600 ans de l´hégémonie économico financière et culturelle occidentale, qu´un courant directeur : celui de la Chine. Et hélas, dans le branle bas que cet ouragan va occasionner, et pour sauver ses meubles menacés, l´occident n´aura ni les moyens, ni l´opportunité de s´atteler à changer de philosophie existentielle ; on la lui imposera. Et c´est cela qui l´effraie aujourd´hui, et pourtant, n´avait-elle pas fait de même pendant 600 ans ? La déroute ou la soumission : il est plus facile de l´imposer aux autres que de la subir soi-même. Est-ce avec cynisme ou avec regret que De Villepin dira à ce propos :
"Tous ensemble, nous avons rendez-vous avec l'Afrique. Le risque aujourd'hui, c'est que ce rendez-vous soit un rendez-vous manqué", a-t-il déclaré devant quelque 250 personnes. "Le risque, c'est que l'Afrique subisse les évolutions les plus brutales de la mondialisation sans pour autant en tirer les conséquences", a-t-il souligné. "Nous ne pouvons pas accepter que l'Afrique soit un continent négligé, que l'Afrique devienne la 'mine' du monde. Nous ne pouvons pas non plus rester les bras croisés face aux crises et à la violence qui menacent la stabilité du continent", a-t-il poursuivi. Au lieu de réconforter, de rassurer les africains, ils eurent l´impression d´aller aux obsèques attardées d´un parent mort-né, auquel le prêtre éloquent prêta faussement des vertus d´amour et de compassion. Et sur le cimetière commun au soleil éprouvé, des tombes fraîches parlaient, elles, un autre langage : celui du rendez-vous bâclé et cruellement défunt sous la francafrique. Quand la France cessera-t-elle de nous considérer comme sa vache à lait ou son souffre douleur favori, et comprendra que nous aussi nous sommes capitalistes ? Que notre liberté, notre réalisation est tout aussi importante que la sienne ; que nous aussi nous devons accumuler pour assurer notre avenir et celui des nôtres ? Cet amour tardif pour l´Afrique ! A vous en faire pleurer…et c´est à peine si on pouvait croire que la France fit l´esclavage pendant 400 ans, qu´elle massacra à loisir sur le continent noir, qu´elle y intrigua à loisir… !
Sarkozy, réagissant à la corbeille des africains, et dont ses sorties au rang desquelles « la France aimez la ou quittez la », son nettoyage « au Kärcher » de la « racaille » des banlieues ne témoigent pas du grand amour pour les africains, sèchera une rencontre qui avait été prévue de longue date avec les représentants du CERFA (Cercle de Réflexion Franco-Africaine) association regroupant des conseillers politiques membres de l’UMP d’origine africaine. Et malgré cela, les africains ne doivent pas se laisser impressionner ou abattre, même si selon toute évidence, Sarkozy sera le prochain président de France. L´enjeu africain va au-delà d´un individu, d´une fonction quelle qu´elle soit. Les africains doivent de plus en plus prendre conscience que ce sont eux qui sont les vrais architectes de l´histoire et de l´avenir de leur continent, et personne d´autre. L´histoire de ces 600 dernières années ne nous a que trop instruit sur tous ceux qui se déclarèrent être nos « amis ».
Et dans cette nouvelle donne de la montée chinoise, nous avons l´occasion rêvée de refaire surface, plus consciencieux, instruits et avertis qu´hier. Et ces valeurs auxquelles nos femmes et nos enfant ont toujours rêvé passionnément sans avoir la chance de les réaliser, de leur faire voir l´aube ensoleillée et souriante de leurs attentes, c´est l´occasion ou jamais de les entreprendre. En veillant jalousement que ni les larmes des nôtres, ni leurs peines, et encore moins leur sang ne viennent nourrir un moloch criminel et méprisant qui les étouffe et les voue à la misère, la vile exploitation et à la mendicité la plus humiliante.
Musengeshi Katata
Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu