L´occident a perdu une fois de plus de sa crédibilité

Un dictateur protégé par ses commanditaires

Augusto Pinochet, le général chilien qui avait, par un coup d´Etat pris illégalement le pouvoir dans son pays en mettant à mort le président Victor Allende le 11 septembre 1973, est mort ce 10 décembre 2006. Il avait 91 ans. Après 17 ans de dictature sanglante qui coûta à son pays au moins 3000 assassinés et 30.000 victimes de tortures, il quitta le pouvoir tout en conservant savamment la main sur l´armée et son influence menaçante sur le pouvoir politique. Madame Michelle Bachelet, actuelle présidente du Chili et fille d´un ex général d´Allende, et qui elle-même avait été victime de torture et dut s´exiler les années de dictatures de la brute sud américaine, lui a refusé, à juste titre, les obsèques officielles.

Pourquoi la mort de ce dictateur soulève-t-il des troubles à Santiago plutôt que le soulagement ? La colère de l´impuissance du peuple face à des crimes, à des abus institutionnels qui mirent pendant longtemps ce pays à mal. Et bien sûr la fierté et l´intégrité politique de toute l´intelligentsia chilienne. Mais du monde entier aussi.

Avec un Kissinger intrigant et grand protecteur de juntes et de dictatures militaires assassinant et torturant à qui mieux mieux en Amérique latine, ce pays mit tout en œuvre dans les années 80 pour empêcher toute montée socialiste dans ce que ces américains considéraient alors comme leur poulailler. En vérité, cette politique d´une Amérique impérialiste et de sa CIA avait commencé depuis l´assassinat de Patrice Lumumba en Afrique en 1961. Et si aujourd´hui,  et surtout après le faux droit de suite étayé par un Collin Powell faussaire et entremetteur notoire contre l´Irak, ce pays couvrait le monde de ses meilleures intentions de liberté et de démocratie, il y avait lieu de se demander : depuis quand étaient-ils démocratiques, que diable ; depuis le Vietnam, l´esclavage des africains, ou depuis l´extermination des indiens d´Amérique ? Ne semblaient-ils pas, en réalité, enfermés dans des méthodes de coexistence toutes teintées de violence et d´abus de droit ?

La mort tranquille et plutôt à l´abri de tout tracas judiciaire ou politique de Augusto Pinochet mettait en colère, parce que justice n´a pas été satisfaite, ni pour les victimes, ni pour la mémoire historique de la nation chilienne. Et même du monde, car le nom de Victor Allende est resté lié à un violentement institutionnel et politique qui blessait amèrement tout démocrate quel qu´il soit. Par ailleurs, le fait que ce dictateur aie échappé à la justice malgré ses méfaits mettait en doute le sens moral et éthique de la notion de justice du monde libre. Car comme on l´avait vu à Londres le 3 mars 2000 lorsque le ministre de justice britannique, Jack Straw, repoussa la demande d´extradition formulée par le juge espagnol Baltasar Garzon prétextant que le procès ne serait pas équitable en raison des carences de mémoire du prévenu ; subtilement, ce criminel de droit commun échappa à la justice européenne.

On n´avait pas été sans remarquer le mal que se donna Margaret Thatcher pour sauver le dictateur en lui épargnant toute comparution en justice. La solidarité confraternelle légendaire du capitalisme occidental impérialiste.

Tout ce qui resta, ce ne fut que le courage et la volonté de quelques juges internationaux et chiliens, sinon, rien. De retour au Chili, le général qui avait feint l´idiotie et la faiblesse s´offrit le plaisir de narguer ses ennemis en se levant ô miracle de sa chaise roulante.

Dans toute cette affaire soit disant de défense de l´Amérique latine contre le communisme, l´occident entier y avait perdu sa crédibilité. Et cela encore plus lorsqu´on voyait aujourd´hui les américains, les français, les allemands investir au Vietnam et en Chine à en veux-tu, en voilà. Ce sont pourtant des pays communistes !

Patrice Lumumba accusé faussement de communisme est, comme Victor Allende, mort vainement. Injustement. Sinon tous les socialistes européens au pouvoir devaient être assassinés. Or, ce n´est pas le cas. Cette démocratie, cette liberté dont on se gargarisait aujourd´hui de la vertu, semblait plus fausse que vraie, et bien plus souillées de larmes et de sang d´innocent que pour se prétendre répondre à la tolérance et au respect des autres, de la démocratie au sens objectif tout court.

Et tous ceux qui demain, après demain, en Afrique ou ailleurs iraient chanter les louanges et les vertus de ce genre borné de la conception de la convivialité humaine devrait s´attendre à ce que nos enfants, tous les hommes de bonne foi les ignore ou se tapent sur les jambes de rires, parce que eux aussi ont déjà compris que l´occident les menait bien trop souvent en bateau. Et ce qui était encore plus vil, c´était ce courage criminel et sournois avec lequel ces intrigants parcouraient le monde pour y prétendre défendre la démocratie et la liberté. Absolument immoral et pervers. Et s´ils croyaient ainsi défendre leurs intérêts ; pourquoi ne pas les défendre loyalement, comme le veut la démocratie dont ils se réclamaient à corps et à cris ?

Le bien, la justice, le respect du droit des autres sont parties intégrantes de toute définition démocratique. Croire qu´en les bafouant on peut aspirer ou parvenir à procréer la liberté ou même la démocratie, c´est se faire violence de ridicule et d´infantilisme à soi-même. Si ce n´est pas sombrer dans un méprisable mensonge qui éloigne l´auteur de la grandeur humaine, et le voue à la pauvre primitivité.

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu

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