Un tribun dont le discours politique est resté actuel et édifiant

Un discours politique inoubliable par sa vision et sa profondeur

"Nous voulons une vraie indépendance." “Nous allons mettre tous nos travailleurs au travail, après le départ des troupes belges (…) Chacun aura du travail, avec des salaries modestes. Et je vous assure, qu’avec notre foi, avec notre dynamisme, avec notre fierté nationale, le Congo sera dans cinq ans un pays fortement développé. Ce n’est pas en mendiant des capitaux que nous allons développer le pays. Mais en travaillant nous-mêmes, avec nos propres mains, par nos efforts (…) le seul slogan pour le moment: le progrès économique, tout le monde au travail, mobiliser toute la jeunesse, toutes nos femmes, toutes les énergies du pays. Les cadeaux, on ne les apprécie pas. L’indépendance cadeau, ce n’est pas une bonne indépendance. L’indépendance conquise est la vraie indépendance.” (Conférence de presse 9 août, cite dans “Congo 1960, 2, pp 593-594)  Patrice Emery Lumumba

PatriceLumumba

Il suffit de regarder le marasme dans lequel baigne le Congo actuellement, l´Afrique tout entière aujourd´hui pour se rendre compte d´une part que les assassinats qui ont eu lieu dans les années 1960 et 1970 et qui touchaient tous les meilleurs politiciens africains étaient bien orchestrés par les colonisateurs occidentaux dans un but précis et clair : celui de décapiter l´Afrique en éveil afin de la jeter en proie à la francafrique qui elle ferait de ce continent un bateau fantôme : sans but et sans port. Et d´autre part, et eu égard à la dépendance ainsi créée sous le couvert de « l´indépendance », on se rend compte combien les colonisateurs français, belges, anglais, hollandais, portugais et autres espagnols et américains s´étaient rendus complices de la plus grande mystification politique, économique et culturelle de toute l´histoire des relations afroeuropéens.

Cette fausseté, ce faussement destructif de l´identité politique africaine avait certes commencé depuis 1441, mais ce qui envenima son poison, c´est qu´elle fut fêtée et imposée comme étant l´indépendance réelle et effective ! Par là, toute la logique, le raisonnement politique africain s´en trouva déréglé, voué à la chosification antinomique. Et dans le jugement de ces assassinats et de cette vaste intrigue de mépris et de refus volontaire de liberté, et donc de reconnaissance humaine au sens large du terme, les occidentaux qui s´y adonnèrent, même si aujourd´hui ils affichent tous des masques de fausse tolérance et de fausse reconnaissance économique et politique, d´avoir trempé et entretenu cette barbarie ne les met en aucun cas du bon côté de l´histoire, bien au contraire. Mais, n´était-ce pas, après l´esclavage durant 400 ans, la sournoise continuité de leurs basses œuvres ? Nous le pensons bien, et nous irons encore plus loin pour dire que la situation pourrissante actuelle de l´Afrique, la destruction de saines lignes politiques répondant sur ce continent aux aspirations, à la réalisation des africains a été organisée et volontairement assise.

Ce qui choque aujourd´hui, c´est que les africains, et surtout ceux qui se disent intellectuels ou de l´élite du pouvoir en Afrique tardent à réaliser et à mettre fin à cette maculature. Peur de mourir, ou simplement peur d´être exclus des avantages corrompant et dévoyant que la sournoise francafrique déversait sur les notables africains afin de perpétrer et consolider son règne malsain et criminel en terre africaine ? Cécité ou simplicité d´esprit ? En tout cas, les manquements, de par leurs conséquences négatives sur les sociétés et leurs développements étaient tellement visibles et choquant qu´on se demandait, avec raison, si les africains ne vendaient pas bassement leur fierté, leur avenir à vil prix ; si l´amour qu´ils ont d´eux-mêmes, de leurs responsabilités sociohistoriques, des leurs ne se résumait-il pas en…mépris désintéressé tout court ! Ou comment peut-on qualifier celui qui vendait les siens à leur pire ennemi, qui consignait femmes et enfants à la misère et à la pauvreté, ou qui, pendant qu´on le mystifiait et escroquait son avenir, continuait pertinement à fermer les yeux et à acclamer cette criminelle supercherie ?

Au Congo de la RDC, la patrie de Patrice Lumumba, plus on y découvrit des richesses minières, et plus l´emprise occidentale se resserra sur ce pays et ses habitants. Et c´est d´autant curieux que le jugement intellectuel, le sens de responsabilité, la capacité à organiser et orienter ce pays vers son bien être et sa prospérité, parmi ses élites, diminuait dangereusement, laissant place à ce brouillon actuel nageant dans l´incapacité et l´irresponsabilité la plus illuminée. Mettre un marchand d´œufs des marquis tanzanien à la magistrature suprême de son pouvoir ; cela peut satisfaire la Belgique et tout l´occident qui avaient tous intérêt à retarder, comme par le passé, l´avènement d´une élite indépendante et responsable en pays africain détenteur de matières premières stratégiques ; mais est-ce de l´intérêt et de l´avenir de ce pays et de ses habitants que la misère, les guerres, soient toujours à leurs portes ? Que les congolais eux-mêmes s´y laissent abuser, cela dépassait les limites du bon sens. A ce point qu´on se demande : existe-t-il encore le bon sens, en Afrique ? Ou avait-il été irrémédiablement pourri et gangrené par la sournoiserie, les intrigues des obscurs et rapaces intérêts occidentaux ?

Mettre Pierre Mulele aux côtés de Patrice Lumumba, c´est logique ; mais y ajouter un Laurent Kabila et…son fils auto déclaré sans preuve d´adoption ou de naturalisation sur le même rang, il faut ou être idiot ou n´avoir aucune notion ou valeur d´estimation du discours politique de ses propres élus ou héros nationaux. Che Guevara qui rencontra Laurent Kabila lui refusa la reconnaissance politique et le traita d´illuminé et d´incapable. En effet il ne s´agit pas simplement de se réclamer du Lumumbisme pour devenir un génie de la politique ou égaler le grand tribun charismatique dont l´intelligence politique, rationnelle, et même le sens de vision sociohistorique était d´un niveau exceptionnel. En occident, un adage dit : il faut savoir séparer la graine de l´ivraie, si la prochaine moisson doit être fructueuse. Les africains s´illustrent dans le choix des idiots et des demeurés pour les gouverner, déterminer leur avenir, et espèrent ainsi obtenir des résultats sociaux éloquents ; n´est-ce pas un peu borné et illusionniste ? Depuis quand un marchands d´œufs durs serait-il un génie monétaire, économique du développement ? Parce que cette histoire d´université de Washington, Condoleezza Rice peut la mettre où elle veut, elle est fausse et pénible pour l´américaine qui l´a soutenue. Et si cela était vrai, depuis quand un diplômé d´une université américaine vendait-il des oeufs durs au marché rwandais ? Quelle est la qualité de cette université; que vaut sa formation si celle-ci se terminait ou n´ouvrait qu´à vendre des œufs durs en marché public africain ? Tout cela n´avait aucun sens. Et quand on pense que ce même président, le 10 février 2003 allait chanter en occident devant le Sénat belge des louanges de Léopold II, et c´est dire ici injurier tous les héros de la lutte africaine pour son indépendance… Y compris Patrice Lumumba et Simon Kimbangu ! De quel genre de président s´agissait-il donc s´il ne respectait pas la lutte de son peuple pour l´indépendance et la liberté ?

Ce qui frappe, et ici je donne raison aux rares historiens critiques de l´histoire politique africaine, c´est que les africains, par ignorance ou par dévoiement rationnel, n´arrivent pas à analyser et comprendre l´histoire politique africaine objectivement, comme il se doit. Peut-être parce que l´enseignement en Afrique est toujours dominé par une conceptualisation occidentale réfractaire à la vérité, et surtout à la liberté et la prise de conscience des africains. Les économies, les finances, la planification sociale de bien de pays africains étaient toujours sous obédience étrangère; livres d´histoire toujours écrits par des européens qui eux, cachent bien leurs bassesses et leurs crimes de par le monde sous de fallacieuses prétentions d´humanité, d´aides, d´amitié, de progrès, d´assistance culturelle ou religieuse. On sait ce que cela veut en réalité dire : le droit de piller, de violer, de prendre en esclavage, d´exploiter ou de massacrer à loisir au nom de la liberté, de la démocratie ou de la religion chrétienne…ou musulmane. On parlait et on chantait toujours en Afrique de la liberté, de l´indépendance et même du développement; mais ce qu´on entendait par là, en contenus d´efforts et conception étaient, hélas...une incroyable duperie. Voulait-on se tromper soi-même ou s´agissait-il de faire éternellement semblant ?

Aux côtés du discours de Patrice Lumumba et de son assassinat, il y a bien d´autres noms et discours tels ceux de Kimpa Mvita, de Simon Kimbangu, de Samora Machel, de Kwame Nkrumah Osangiefo, de Steve Bantou Biko, de Ruben Um Niobe, de Walter Rodney, de Martin Luther King, de John Henrik Clarke, d´Englebert Mveng, Marcus Mosiah Garvey, de Malcolm X. Et malgré ces brillants penseurs noirs, les africains n´auraient toujours pas compris ou appréhendé les contours et le contexte sociohistorique dans lequel ils évoluaient ? Faut-il croire au génie de l´homme noir lorsqu´il n´arrivait pas à assimiler l´évidence qui se trouvait visiblement devant son propre nez ?

Déboussolé, tournant en rond : tel est l´image que nous fait l´Afrique aujourd´hui. Et en ce moment où sa démographie explose, au lieu de faire diligence en préparant les sociétés à exercer pleinement leurs responsabilités face à ces enfants qui naissent en nombre incessant du Nord au Sud de ce continent, on assiste plutôt à un abandon d´instruction, de la formation professionnelle manuelle, au refus d´investir et de promouvoir à l´emploi local générateur de plus value et d´accumulation. Toute l´Afrique noire vivait de l´aumône internationale et de la mendicité, tandis que l´aide intéressée et plutôt criminelle occidentale déversait sur ses pays les excédents et les invendus occidentaux, noyant et détruisant ainsi la faible agriculture et industrie alimentaire des africains avec des prix de dumping. Or, c´est la demande, le besoin qui crée l´emploi, la nécessité d´investir; étouffer cette demande ou faire disparaître ses effets obligeants, c´est faire disparaître le lien intransigeant qui lie l´économie à la réalisation des besoins et des attentes légitimes du peuple! L´avenir, s´il continuait à ce rythme et sur cette logique, ne serait qu´une aggravation de la misère et de la pauvreté, parce d´une part les bouches à nourrir augmentaient, et de l´autre, la pression de l´occident piégé à la crise économique et au chômage augmentait, ceux-ci cherchant à tout prix à écouler leurs destructifs excédents. Demain, de quoi donc vivraient ces enfants africains sans instruction, sans formation professionnelle, sans le soutien économique de l´accumulation nationale créatrice d´emplois et de bien être social ?

Il était temps de se faire des idées là-dessus et d´agir en conséquence. On remarquera alors que le discours de Patrice Lumumba est plus que jamais actuel.

Je rends un hommage vibrant et ému à un des plus grand enfant de ce monde, du vrai africain Patrice Lumumba. Daigne à l´histoire, aux meilleurs enfants de l´Afrique à lui rendre un jour justice, et c´est dire : à entretenir et promouvoir une liberté et une réalisation qui rende leur fierté à ceux pour lesquels il a offert sa vie. Luis Inácio Lula da Silva, président du Brésil disait dans un de ses discours : « Il n´y a pas dans une société de symptôme plus dramatique de racisme que d´induire les hommes et les femmes à nier leur propre identité ». Mais comment entretient-on l´identité sans liberté, sans moyens économique résolus et adéquats ? Quels sont les africains qui croyaient  encore aujourd´hui qu´il est possible d´aller au progrès, à la liberté et la réalisation sociohistorique sans en payer le prix intellectuel, rationnel, créatif ? A quoi ressemble donc une liberté qu´on recevrait d´un autre ou qui serait définie par quelqu´un autre que nous-mêmes ? Ne l´avons-nous pas suffisamment appris ?

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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