En tant qu´être humain, sommes-nous les maîtres de la culture ou n´en sommes-nous que les usagers ?

A qui appartient la culture, au fait ; n´est-elle pas la propriété de tous et d´un chacun indistinctement ?

La culture est la femme la plus belle et la plus chère de notre existence humaine car en elle, non seulement nos rêves, nos attentes fleurissent et éclorent, mais notre impétueux désir et nos jouissances les plus osées prennent des formes voluptueuses et enivrantes.  MK

Le soleil, comme la vie ou le jour se lève pour tous ; et cependant, sur le terrain de la réalisation existentielle et de ses tourments, d´autres lois politiques, économiques, sociales déterminent le courant de notre vie. Et ce parfois d´une façon si radicale ou contraignante que l´existence et son tourment légitime de réalisation matérielle, immatérielle, n´en devient, sous leurs formalismes, qu´un résultat secondaire soumis à d´autres facteurs au lieu d´être et de rester le cœur battant et vif de la culture. Certes, la société moderne rationnelle et organisée est, dans la complexité et les exigences de son assiduité et de ses performances, inséparable de la logistique et de ses attentes de plus en plus exigeantes. Mais, loin de nier cette évidence, et plutôt agréable évolution, on se demande alors : à qui donc appartient la culture, ou que devons-nous faire, entreprendre ou sur quels principes devons-nous rester intransigeant et généreux envers nous-même afin que cette mamelle de l´histoire de l´existence humaine, de tout pays, de toute société offre à son centre moteur (individualité consciente et créative) les moyens de rester maître de son propre navire ?

De nos jours, les hommes vont travailler, exercer un métier, une profession, un emploi dont ils tirent leurs revenus existentiels, mais ils ne sont plus maîtres du résultat de leur travail car celui-ci appartient et participe à une plus complexe finalité de buts et de moyens. Celui qui fabrique des armes, le policier, le soldat, l´artiste, le menuisier ; ceux-là ont la tâche facile : ils savent ce qu´ils produisent et à quoi cela sert. Mais ceux qui travaillent dans des laboratoires chimiques, en politique, ne savent pas toujours ce qu´on fait de leurs prestations, comment on les interprète et on les assume. Au-delà de ce simplisme du contenu et de la portée des rôles sociaux, il y a cependant deux poignantes questions pressantes, à savoir : ai-je les mêmes buts sociaux, d´idéal que mon patron, que ma société, que mes amis ou mes enfants ? La plus value de mon engagement participe-t-elle, comme mon salaire, à la promotion de valeurs protégeant de hauts principes communs réputés nous réaliser tous franchement, entièrement et sans détour ?

Au niveau des sociétés, des cultures, il existe le même questionnement, mais comme la culture est un lieu d´usages, de principes, d´idées et de créativités répondant ou ayant répondu aux attentes de leurs sociétés et maîtres ; leur transposition en lieu étranger, en société étrangère se fait beaucoup plus subtilement, et non moins brutalement qu´on ne le perçoive d´emblée. Passe encore sur l´agression militaire étrangère qui est ouverte et visible, il y a par exemple le commerce qui, lui, beaucoup plus invisible et donc félon parce qu´il détruisait le travail ou l´accumulation du pays importateur ou envahi par les excédents occidentaux étouffant de la francafrique, par exemple. Ceci, naturellement, ne reste vrai que si le pays envahi ou importateur ne peut pas, à son tour, exporter dans le pays ou l´espace économique du pays adverse de produits de même contenu et qualité industrielle de travail. 

Dans la forme du colonialisme ou celui de l´esclavage, ce violentement prit des formes, sous de trompeuses allures paternalistes, bien ignobles parce qu´elles s´appropriaient non seulement du sujet culturel et de son esprit, mais aussi de l´espace culturel qui lui appartenait. Une vile escroquerie en fait, parce que ni l´inflation importée, ni les buts d´accumulation finale ou même de simple satisfaction matérielle ne sont partagés ou discutés ! Et actuellement avec le phénomène de la francafrique et des excédents industriels qu´on déversait, grâce à l´élite corrompue des pays sous développés (et particulièrement en Afrique postcoloniale) dans les frontières déjouées de ces pays, tous ceux qui s´adonnaient à ces abus confinaient, avec un mépris évident, la société ainsi envahie et ses membres à une chosification des plus cruelle. Parce qu´elle ne leur reconnaissait ni culture, ni avenir ; et avec un méchant procédé ignoble de meurtre culturel, on empêchait les victimes à l´accumulation, à la culture de la créativité individuelle (ne voyait-on pas les intellectuels africains quitter leur continent pour se réaliser ailleurs ?). Un déni sourd et sournois de reconnaissance culturelle humaine. Car la culture est le tissu et les aspirations matérielles et idéelles d´un peuple, d´une nation ; s´en approprier les paramètres, les facteurs sans en être  sa conscience pour la dévoyer, la conditionner ou même la détruire est du crime le plus odieux. Ce n´est pas seulement l´âme de l´orientation et de jouissance existentielle de la société qu´on met à mal, mais aussi celle de ses membres. Et c´est dire de toute l´âme culturelle d´un état, d´une nation.

C´est cela que l´occident cultivé doit prendre en compte aujourd´hui, et ne pas se détourner de la vérité comme beaucoup de ses intellectuels le font, hélas, pour la plupart aujourd´hui en se cachant derrière de faux discours de solidarité oisive et superficielle pendant que les bras politiques et économiques rapaces de leurs cultures brassaient en Afrique un vin amers et foncièrement inconvenant. Certes, ils sont payés par le système dominant qui nous opprime, et cependant, leur intellectualité est en cause, autant que leur niveau moral et éthique. On ne peut pas toujours accompagner un criminel à longueur de siècles dans ses orgies primitives et incultes sous prétextes qu´on ne crache pas sur la main qui nourrit, nier l´évidence objective du respect des cultures des autres, et se couronner pourtant de la connaissance et du savoir universel dominant ! A la rigueur, cette fausseté accusait une conception bancale, restrictive de la valeur de l´intellectualité en société occidentale…mais aussi pour tous ceux qui s´en réclamaient pour, en fin de compte, ne pas exercer le devoir impérieux de l´objectivité et de l´humanisme rationnel de la connaissance.

A quoi sert une culture où l´être, le maître de cette œuvre ne se réalisait pas ou était brimé ou confiné à subir un poids terrassant de contraintes qui lui enlevaient ses droits, son autorité, le pouvoir qu´il lui faut pour rester maître de son propre domaine ? La machine nous offre un très bon exemple de ce phénomène : en emploi excessif et incontrôlé, elle renvoie ses ouvriers et ses ingénieurs au chômage ! L´occident pouvait en chanter une chanson en ce moment. Pour l´Afrique post coloniale face à l´occident abusivement dominant envers celle-ci, cela équivalait à se donner un droit de cuissage sur la femme du voisin tout en se refusant à élever les bâtards ainsi conçus ou de porter les coûts onéreux de la promotion et de la défense de la culture originelle du pays africain. Si chacun ne reproduit que son propre visage, ses propres rêves ; que sont-ils donc venu faire en Afrique ; et pourquoi s´évertuaient-ils à dominer et contrôler ce continent ? N´est-ce pas gratuit et contre nature ?

On voulait alors, par une chosification de superficialité, créer de toute espèce le nègre blanc : une race vide et affable qui tout en étant noire et en dilapidant l´accumulation et les richesses de son peuple, ne se réalisait que dans la consommation et l´usage du model culturel importé du maître occidental. Cependant que, dans l´arrière pays et dans le cœur de tout un chacun africain, la culture originelle, elle, attendait vainement qu´on lui ouvre et cultive les moyens de sa réalisation. Depuis quand peut-on se réaliser en dehors de sa propre culture ? Depuis quand peut-on parler d´avenir sans produire soi-même les biens et les conditions de son propre avenir ? Celui qui entretenait ces inepties ou les cautionnait, n´était-il pas de la pire des crapule ?

Les africains sont autant désarçonnés que choqués par ce mépris complexe et profond auquel on les a soumis depuis des siècles par des cultures occidentales qui se disaient cartésiennes et humanistes (la philosophie des lumières n´avait-elle pas engendré l´esclavage, la colonisation, la francafrique ?). Et dans le solitaire désarroi qui couvait en eux, les africains se démenaient dans une débandade intellectuelle cherchant désespérément à recouvrer et protéger l´équilibre perdu afin que la culture qu´ils portent en eux aie la chance de parler leur propre langue, leurs propres émotions, leur propre créativité. Retrouver son propre sens de l´histoire, cependant, ne dispensait ni de la nécessité de modernisation de moyens culturels de réalisation, ni de celle de se solidariser de la culture internationale, universelle ; à condition, bien entendu que celle-ci respecte notre personnalité culturelle et notre droit légitime à un avenir digne et respectable. Là est le tourment actuel de l´africain conscient et responsable. Et au delà de ses blessures ouvertes, de ses erreurs et même de ses faiblesses, il doit trouver le courage et la force de sortir de ce labyrinthe de l´empêchement et du mépris pour se retrouver lui-même et donner à sa culture les moyens efficaces et résolus de son libre et souverain épanouissement.

Il ne s´agit, n´en déplaise à ceux qui s´y adonnent, dans l´existence ni de collectionner des définitions, encore moins de se chercher des caches sous lesquelles, on échapperait aux vérités, aux aléas et à la responsabilité ouverte de sa propre historicité. Et ceux qu´on entendait en Afrique s´égosiller en chants de retour aux sources ne doivent pas oublier que le présent et l´avenir ont, eux aussi leurs tribus. Sans modernisme technique et rationnel, s´accrocher au passé est, à mon avis, d´un archaïsme dangereux et rétrograde qui risque de nous priver de véritables instruments contemporains de liberté et de réalisation. Ce ne sont pas les hôpitaux modernes, les autos, les avions, les trains et autres moyens clés sur portes dont ils s´agit ; mais de la capacité de s´instruire et de s´approprier de la connaissance et du savoir qui permet de les réaliser. Et c´est dire : attiser et cultiver ses propres vecteurs culturels afin qu´ils concourent à la réalisation d´un haut niveau de culture et de jouissance. Ce n´est, hélas pas en abondant d´analphabètes, en détruisant insolemment l´accumulation nationale ou en se refusant à se débarrasser du joug honteux et criminel de la francafrique que nous y parviendrons, loin de là.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

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