Le peuple serait-il abusé, ou se serait-il réveillé trop tard ?

Le peuple américain est-il impuissant face au bellicisme arrogant et gratuit du bushisme ?

« Il faut avoir la force de sa raison et non la raison de sa force. »

  Massa Makan Diabaté. Extrait de : Une hyène à jeun.

27 janvier 2007. Dans plusieurs villes américaines, des manifestations nombreuses ont protesté contre l´intention de leur gouvernement de prolonger la guerre irakienne en y envoyant notamment de nouvelles troupes fraîches (21.500 soldats). Au moment où presque tous les alliés se retiraient discrètement la queue basse, et que ni les buts faussement prétextés pour justifier ce bris de la souveraineté et de l´intégrité irakienne ne rendent à ce pays sa paix et son unité gravement perturbée, Georges Bush, le président américain, et ceci malgré les remontrances des démocrates, s´obstinait à perpétuer cette fallacieuse vendetta. Plus de 3.000 morts, 22. 000 blessés américains depuis 4 ans, n´était-ce pas assez ? N´oubliait-on pas par hasard que les 300.000 morts irakiens, les blessés, la détérioration des structures sociales en Irak, mettaient ce pays à mal, sinon le vouaient inévitablement au désordre et au chaos ? Ces irakiens, ne leur avait-on pas enlevé ou refusé à des droits que même le peuple américain et le monde entier considéraient comme des droits incessibles, inviolables ?

Le monde entier reste aujourd´hui coi devant, autant les conséquences humaines que les portées juridiques avilissantes d´autant de délinquance militaire. Et si au début le mensonge avait trompé et aveuglé les naïfs, au fil des jours la vérité avait fini par reprendre surface. Mais le mal, lui, comment le changer, le faire disparaître aujourd´hui ? Y mettre fin comme si tout cela n´avait été qu´un innocent malentendu ? Comment y parvenir si le délinquant, de peur de porter le chapeau humiliant de la défaite, se refusait à entendre raison et mettre fin à cette sanglante et injuste mascarade. Du coup les démocrates américains qui avaient, conjointement avec leurs confrères républicains au Sénat américains, donné tous les pleins pouvoirs pour entreprendre cette vile et fallacieuse guerre à leur président, et - rappelons-nous, même du droit d´user de la bombe atomique envers ce pauvre pays ! – aujourd´hui, en majorité dans les deux chambres de contrôle et de conseil du pouvoir, mieux éclairés par les dessous de ce subterfuge militaire et alarmés par ses effets négatifs, se retrouvaient du même côté que ceux qui, dès le départ, ne s´étaient pas laissés berner. Et le peuple, dans tout cela, tout en sortant de son tardif sommeil, ne portaient-il pas lui aussi la responsabilité de ce qu´il avait, lui aussi, cautionné en réélisant Bush au pouvoir ? A ce qu´il semble, ni l´expérience de la fausse guerre du Vietnam, ni la lucidité démocratique ne semblaient avoir produit dans la société américaine un jugement qui permettait de saisir et de comprendre la portée de certains actes négatifs de son propre pouvoir exécutif, afin, le cas échéant,   de s´opposer à leur entreprise. A croire que lorsqu´on parle de guerre, les américains se laissent toujours facilement convaincre ?a tuer d´abord, quitte à manifester et protester plus tard. Ce genre de démocratie, où menait-il ?

Le bourbier irakien, lui, de jour en jour devenait pourrissant et éclaboussant pour tous : pour les européens qui fermèrent les yeux, pour l´ONU impuissante et déjouée jadis, pour tous les pays qui se laissèrent atteler comme des mulets sans jugement de valeur à cette incroyable abus de droit et des libertés, pour le reste du monde qui attendait de cette grande nation américaine qu´elle soit à la hauteur de ses ambitions démocratiques. On avait beau arguer qu´on avait aidé un peuple à se débarrasser d´un dictateur ; ce prétexte qui venait après une longue suite de mensonges après coup, n´était que des plus noyant dans l´indécence et l´immoralité juridique. Car on se demandait pourquoi le dictateur Pinochet n´avait-il pas été livré à la justice et exécuté, ainsi par ailleurs que Lukaschenko ou bien de dictateurs africains alimentés en armes et en moyens financiers pour les soutenir dans leurs œuvres insalubres et destructives des droits et des libertés de leurs peuples ? Ou alors, depuis quand un état avait-il le droit d´envahir un autre en souillant sa souveraineté et le droit international pour se débarrasser d´un gouvernant que ne lui plaisait pas ? Ce genre de lésions occultes du droit et des libertés des états et des peuples, si on les entérinait, n´ouvraient-ils pas sur directement sur des actes de piraterie et de viol irréparables du droit international conduisant au chaos et à miner la paix et la souveraineté des Etats ? Comment réagirait donc l´Amérique si une autre Etat, ou même un groupe d´individus se donnaient le droit de violer ses frontières et de décider qui gouvernerait ce pays ? On l´a vu avec les talibans, la réponse américaine n´avait-elle pas été instructive et plutôt radicale qu´entachée du célèbre pardon chrétien ?

Cette histoire irakienne a révélé que, même dans la démocratie américaine, il existait un parallélisme dangereux entre les intentions du pouvoir, et les aspirations démocratiques et paisibles du peuple ; peu s´en faut. Et si l´un, tout en prétendant représenter valablement l´autre dans ses aspirations, ses attentes et ses intérêts, avait les moyens de fausser l´opinion de l´autre ou de la manipuler pour entreprendre ou justifier ses propres ambitions et leurs buts douteux, le peuple, lui, ne l´apprenait que trop tard, ou se laissait, après vote, conduire malgré lui par des sentiers inconnus. Ce qui pose, naturellement, une épineuse question : celle du rôle de ceux qui étaient tenus de contrôler et de conseiller le pouvoir en démocratie. Car si eux fermaient les yeux ou s´acquittaient mal de leurs devoirs…les résultats, on les voyait dans cette affaire irakienne. Et malgré toutes bonnes manifestations populaires (on se souvient qu´elles ont eu lieu dans le monde entier notamment pendant la guerre du Vietnam, ce qui n´a pas empêché cette guerre de se produire et de faire, sous l´égide du douteux Kissinger, de nombreuses victimes innocentes de part et d´autre), malgré toute majorité actuelle des démocrates dans les deux chambres de contrôle et de conseil du pouvoir américain, et grâces aux prérogatives constitutionnelles militaires du président Bush, le scandale de la guerre irakienne continuera. A moins que…le président américain lui-même n´arrive à la conviction que perpétuer cette hérésie ne menait ni à la victoire ni au respect international du droit, mais bien à la destruction de la réputation du sens démocratique de l´Etat américain, de son peuple, et de ses institutions.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

Forum Réalisance