16 février 2007
Ségolène Royal a-t-elle réellement un coeur pour l´Afrique ?
Ou assisterions-nous à une campagne électorale comme toutes les autres: on va à la pêche à l´électeur avec des slogans qui, aussitôt les élections gagnées, elles se transforment vite en formules vagues et lointaines ?

La candidate socialiste répond à la lettre ouverte de Jean-Marie Fardeau, secrétaire général du CCFD, publiée dans notre édition du 14 décembre. Elle propose des changements d’orientation.
"Je propose que nos accords de coopération soient examinés par le Parlement"
Mon projet pour l’Afrique, par Ségolène Royal
L'Afrique, dans l'extrême diversité des situations qui la caractérise, est en pleine mutation. Le parallèle avec la politique africaine de la France, figée dans une coupable immobilité n'en est que plus cruel. Cela doit changer dès 2007. Depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l'origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la Présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l'intérêt général, la pratique présidentielle a terni l'image de notre pays, qui se trouve associé dans l'esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent. La France doit à nouveau porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine, sans qu'il soit possible d'opposer à cette ambition la réalité des interventions de notre pays. De ce point de vue, les récentes déclarations du candidat de l'UMP qui s'inscrivent sans retenue, dans les mêmes réseaux que le Président Jacques Chirac, ne sont pas de nature à rassurer nos concitoyens qui souhaitent que notre pays demeure fidèle à ses valeurs de solidarité internationale, de promotion de la démocratie et de consolidation de l'Etat de droit.
Les Africains sont malheureusement les premières victimes de cette politique de la « Françafrique ». La multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique, nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires. Faute d'avoir incité les régimes les plus fermes à s'engager dans la voie de la démocratisation et du respect des droits humains, nous nous trouvons réduits à intervenir militairement dans la précipitation pour éviter des prises de pouvoir par la force. Mais c'est en amont que nous aurions dû agir pour favoriser le dialogue politique et la participation de l'opposition et de la société civile africaine au jeu démocratique. D'une part, les termes de nos accords de défense et de coopération militaire avec plusieurs pays africains devront être clarifiés et si besoin renégociés. Notre politique étrangère doit être conduite dans la transparence. Je propose donc que nos accords de coopération, et notamment nos accords de défense et de coopération militaire soient examinés par le Parlement. Il s'agit d'un engagement nouveau mais nécessaire. Les citoyens français ont le droit d'être informés des buts poursuivis par nos programmes de coopération et des raisons de l'engagement de nos forces armées sur le continent africain. Je propose qu'un débat à l'Assemblée nationale soit obligatoire en cas d'intervention armée dans un conflit sur le continent africain. Il faudra aller au-delà et je retiens votre proposition de mettre en place une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales. Cette délégation permettra non seulement de mettre en débat les grandes orientations de la politique de coopération, elle devra aussi contribuer à clarifier le rôle des différents acteurs engagés dans la coopération : services publics, collectivités locales, entreprises et ONG.
D'autre part, notre coopération devra faire des efforts particuliers pour consolider la société civile africaine et renforcer les mécanismes contribuant à l'émergence de la démocratie. À l'évidence, les ONG françaises et européennes ont un rôle particulier à jouer dans ce domaine. Je souhaite que nous développions une ligne de programme spécifique accessible aux ONG françaises et à la société civile africaine, en valorisant les enseignements du programme Démocratie et droits de l'Homme mis en œuvre par l'Union européenne, programme avec lequel nous gagnerions à développer des synergies. Cet aggiornamento politique me semble constituer la première étape de la rénovation de notre politique en direction de l’Afrique. Mais nous devons aussi innover pour accompagner le continent sur la voie d'un développement durable. La pauvreté reste endémique. L'espérance de vie régresse dans les pays frappés par le sida et le paludisme. La croissance urbaine crée de graves déséquilibres. La condition des femmes est trop souvent bafouée. Je voudrais suggérer ici plusieurs pistes d'action.
Nous devons veiller à préserver nos capacités des pays africains à vivre de l'exploitation durable des ressources dont ils bénéficient sur leur territoire. Il n'est pas acceptable que certaines entreprises, dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage de ces ressources en privant les Africains des plus values qui permettraient le décollage économique. Il est encore plus préoccupant de constater que le pillage de ces ressources, en appauvrissant les populations, force certains à l'émigration vers l'Europe. Il serait plus intéressant d'éviter ces pillages et d'encourager l'économie locale au bénéfice de populations qui, dès lors, préféreraient vivre et prospérer dans leur propre pays.
Nous devons plus généralement encourager voire contraindre les entreprises à s'engager sur une éthique de responsabilité sociale et environnementale en veillant a minima qu'elles respectent les codes de conduites édictés par exemple par l'OCDE. A ce titre, je soutiens l'initiative « Publiez ce que vous payez » qui propose d'imposer aux industries extractives de rendre publiques les sommes versées aux Etats pour l`exploitation de leurs ressources naturelles. Les citoyens africains ont le droit de savoir ce que leurs gouvernements perçoivent des compagnies étrangères et les consommateurs français doivent pouvoir s'assurer que l'essence qu'ils achètent n'entretient pas un régime despotique. Nos pratiques doivent évoluer: la transparence, c'est la modernité, l'opacité actuelle l'archaïsme. La première condition du développement est de ne pas gâcher les atouts humains dont un pays dispose. Je constate que les pays qui investissent le plus dans l'éducation. en particulier celle des jeunes filles et qui respectent le plus les droits des femmes sont aussi ceux qui réussissent le mieux.
Pensons au rôle qu'ont pu jouer les femmes dans l'émergence de pays tels que le Cap Vert, la Tunisie ou l'Afrique du Sud… L'éducation joue aussi un rôle clé pour la prévention de la diffusion des pandémies. Enfin, l'amélioration de la condition des femmes africaines passe par le soutien aux mouvements qui luttent contre l'excision, pour le droit des femmes à maîtriser leur corps et leur fécondité, ainsi que par le renforcement de la participation des femmes à la représentation politique. Pour valoriser les atouts humains de l'Afrique il convient aussi de préserver la santé des populations africaines. Le sida entraîne de terribles régressions. Les exemples sont nombreux en Afrique australe: en Zambie, l'espérance de vie a ainsi régressé de dix ans dans les dix dernières années.
Les pays en développement ont obtenu à Doha le droit de copier ou d'importer des médicaments génériques pour leur politique de santé publique, mais, de facto, ils ne peuvent utiliser ce droit, en raison des mécanismes juridiques très contraignants qui ont été fixés sous la pression des laboratoires pharmaceutiques. Ces obstacles doivent être levés et la France doit s'engager à soutenir effectivement l'accès aux médicaments des pays pauvres. Mais les médicaments seuls ne peuvent suffire. Sans médecins pour les dispenser, sans réseaux de santé, ils n'atteindront pas les malades et l'on ne pourra endiguer l'épidémie de sida. De ce point de vue, comment ne pas être alarmé par l'extraordinaire proportion de médecins formés en Afrique qui exercent en Europe. Cette proportion atteint 30% dans certains pays. Le projet d'immigration choisie défendu par le candidat de l'UMP va aggraver cette tendance et, je le dis avec gravité, contribuer à affaiblir des systèmes de santé déjà fragiles.
Je propose pour ma part d'agir en responsabilité en ne pillant pas les ressources humaines qui sont vitales pour ces pays. Je propose, à l'inverse, de faciliter les allers et retours des médecins d'origine africaine afin qu'ils puissent exercer dans leur pays d'origine et participer à la formation de jeunes médecins tout en conservant des connections en France leur permettant de poursuivre l'approfondissement de leurs compétences. Plus largement, je proposerai de renforcer les moyens affectés à la santé en encourageant la constitution d'un fonds public mondial pour la santé de base.
Une deuxième condition au développement c'est de pouvoir valoriser ses atouts économiques. Cela suppose des moyens importants. Les budgets des États restent lourdement affectés par le remboursement de la dette accumulée dans les années 1980 malgré les premières vagues d'annulations. Il conviendra d'achever ce processus de désendettement.
S'il faut aider les Etats, il faut aussi soutenir les familles. Le micro-crédit est une voie pour permettre aux Africains de financer leurs projets de développement: l'extension des réseaux de micro-crédit dans les campagnes où ils sont encore peu présents doit permettre à de nombreuses familles de sortir de la pauvreté. L'Afrique possède de nombreuses richesses, mais celles-ci sont le plus souvent surexploitées par des groupes étrangers. Il s'agit donc de promouvoir en Afrique des filières d'excellence durable reposant davantage sur les populations. Je pense au coton dont l'Afrique est un producteur de qualité mais qui est déprécié sur les marchés internationaux en raison notamment des subventions américaines: il faudra porter cette question avec plus de force dans le cycle de négociations de l'OMC. Je pense aussi aux énergies renouvelables - et à l'énergie solaire en particulier - qui permettent notamment dans les zones rurales, d'apporter de l'énergie à des coûts raisonnables pour la fourniture de services essentiels. Je pense enfin à la promotion du commerce équitable dont nous devons valoriser les débouchés sur le marché français.
Pour financer ces nouvelles opérations de développement durable, il est avant toute chose nécessaire d'optimiser l'utilisation des moyens actuels disponibles, pour éviter les gaspillages et nous assurer que les ressources seront mises effectivement à disposition de ceux qui en ont le plus besoin. Comme je l'ai mentionné plus haut, cette optimisation de l'utilisation de l'aide publique passe par la clarification du rôle des différents acteurs et par la recherche de synergies avec les instruments européens.
Je souhaite que notre nouvelle politique de co-développement s'appuie plus directement sur les acteurs de terrains. Dans ce cadre, je propose de rénover nos méthodes de coopération notamment en valorisant davantage le travail des ONG en portant à 5% comme c'est le cas ailleurs en Europe le pourcentage de l’aide française qui sera mise en oeuvre par leur canal. Ne privatisons pas l'aide publique au développement, rationalisons le dispositif français de coopération encore trop éclaté ! Mobilisons davantage la coopération décentralisée, qui permet à des collectivités françaises de collaborer directement avec des collectivités africaines, car, au-delà des transferts d'argent, c'est aussi de capacités d’action autonomes dont les pays africains ont besoin. Mobilisons davantage les migrants et leurs compétences ! Mobilisons les jeunes qui souhaiteront effectuer un service civil à l'étranger ! Dans ce domaine de la coopération, comme dans bien d'autres secteurs, la France devra aussi contribuer à renforcer les politiques européennes pour une solidarité plus efficace et une contribution plus significative au développement durable du continent africain.
Enfin, au delà de cette optimisation des moyens et des politiques, je veux aussi que nous réfléchissions à une taxation des transactions financières pour accroître le financement du développement. Enfin, conformément au projet du PS, nous porterons progressivement le montant de l'aide publique à 0,7% du PlN, pour remplir les engagements internationaux qui ont été trop longtemps bafoués.
Je crois possible de mettre fin au désordre créé par des décennies de politique clientélistes en Afrique, des politiques bien peu responsables au regard des besoins des sociétés africaines et des volontés de solidarité des citoyennes et citoyens français. Pour cela, nous devons être fermes sur la défense des droits de la personne humaine, innovants en matière de développement. Nos objectifs doivent être explicités et nos méthodes transparentes. Ce sont les positions que je défendrai au cours de cette campagne pour rénover la politique de la France aux côtés de l’Afrique. Ce sont les orientations que je mettrai en oeuvre si je suis élue.
Le texte de Mme Royal répondait à un appel lancé, dans nos colonnes le 14 décembre dernier, par Jean-Marie Fardeau, Secrétaire général du CCFD (Comité catholique contre la Faim et pour le Développement)..
Voici le commentaire de M. Fardeau au texte de Mme Royal :
La réponse de Mme Royal à ma lettre ouverte sur la nécessité d’un changement radical de la politique de la France en Afrique est un signe encourageant d’engagement. Mme Royal se prononce en effet clairement sur plusieurs questions chères au CCFD, qui sont portées, en vue des élections, par la campagne « État d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire » : examen par le Parlement des accords de défense liant la France et des pays africains, création d’une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales, engagement de faire transiter 5 % de l’aide publique au développement par les ONG, exigence, pour les entreprises exploitant des ressources en Afrique, de déclarer ce qu’elles versent aux autorités de ces pays… Je m’en réjouis bien entendu. Sur plusieurs questions - dette, taxation des transactions financières, règles commerciales mondiales… -, nous attendons des engagements plus précis. Le dialogue va donc se poursuivre, comme c’est le cas avec tous les candidats que nous avons interpellés. La France et tous ses citoyens sortiront grandis de ce débat démocratique sur ses relations avec l’Afrique.
http://www.temoignagechretien.fr/index.php
Patrick Eric Mampouya
Forum Réalisance
Commentaires
On a pas besoin d'eux
ils se prennent pour qui à nous considérer en terme de projet.
j'ai même pas lu l'article car rien que le titre a tendance à m'énerver.
Faut lire, mon frère; pour démystifier la fausseté
Car en lisant ce projet d´intention, on y apprend, par exemple, qu´ils connaissent bien la nature du mal qu´ils nous font endurer, autant que ses conséquences néfastes pour notre liberté et notre développement. Par ailleurs, comme tu le dis si bien, pour eux nous sommes en fait un lieu expérimental qui leur donne l´impression d´être des Dieux blancs faiseurs de cobayes. Ils en oublient que nous sommes des identités, des cultures et des personnalités humaines qui ne sont en rien liées à leur paternalisme activiste. Cette fausse liberté qu´on devait réciter et reproduire comme des perroquets! Même jacques Chirac s´est découvert son amour pour l´Afrique! On se croirait au ramadan de la mauvaise conscience. Et Ségolène, cette belle enfant y a mis du paquet; on se croirait à Noel ou au marché ouvert de promesses payées par les autres. Qui paiera donc tous ses cadeaux en temps de crise économique; pas l´Afrique, j´espère! Cela va de soi que c´est eux qui ont besoin de nous; mais si nous voulons nous libérer d´eux, nous devons devenir exigeant pour nous-mêmes, plus créatifs, et bien entendu plus distancé face à leurs mensonges et leurs intrigues géopolitiques. Sans nous débarrasser de la basse court francafricaine à domicile,il n´y aura aucun changement. Amitié. Musengeshi Katata. Muntu wa Bantu, bantu wa Muntu.
ok
je lirais ça dans la semaine.
Sinon votre patronyme m'intrigue, c'est dorigine sud Africaine?
et que signifie le Musengeshi Katata. Muntu wa Bantu, bantu wa Muntu
Cordialement
Tous pour un, un pour tous
Et à propos, je suis africain du bassin Congolais. Musengeshi Katata est mon vrai nom. Moi je ne me cache pas derrière un pseudonyme. Je suis passé sur ton site. Cordialement. MK
Prometteur!?
Musengeshi Katata,
La réponse de Ségolène Royale est pleine de promesses. Elle est précise sur de nombreux points qui portent sur le mal de l'Afrique, ce qui est absulument novateur dans la politique française. Il faut espérer qu'une fois au pouvoir si c'est le cas, elle ne relègue ces intentions au rebut. Ceci étant c'est aux Africains qu'il importera de veiller au respect de ces engagements. Ce serait une opportunité miraculeuse (sans action pour l'obtenir) comme l'intérêt Chinois actuel, qui se transformerait en un cauchemar de plus en l'absence d'interlocuteurs valables capables de définir un projet viable/durable et de formuler des exigences avantageuses claires. (Il n'est point de vent favorable à qui ne sait où il va)
Je découvre avec un immense plaisir votre espace. Mon "tour" a été rapide mais déjà j'ai pu constater votre volonté d'ouverture sur le monde qui évite l'impasse de l'enfermement idéologique et surtout racial. (Les Africains sont des terriens et rien sur la terre ne saurait leur être étranger). Je relève aussi votre sens du dialogue méthodique et votre patience active. Bravo et à bientôt pour le plus noble, mais le plus difficile combat de l'humanité.
au sujet du pseudo
Je me nomme Djédji Monnet et je suis originaire de la Côte d'Ivoire.
Sur mon site, les "amis" qui participent à mon blog connaissent pour la plupart mon nom, mon métier, ma localisation...
Pour poster un commentaire sur ton blog on a le choix entre un pseudo ou un nom, j'ai choisi mon pseudo. voilà tout.
A plus.
j'ai lu
Comme le dit Act, il y'a plein de promesses dans ce discours mais moi j'ai de gros doutes sur la sincérité de ces paroles.
D'une part parcqu'elles viennent d'une socialiste qui était conseillère spéciale de Mittérand dès 1981 (les mêmes équipes se succèdent); et le bilan de 14 années de "Mittérandisme" en Afrique est loin d'être positif .
Et d'autre part, excuses moi de faire de l'ivoiro- centrisme mais faire un aussi long discours sans évoquer une seule fois la situation en Côte d'ivoire me paraît plus que suspect. En matière d'opération militaire française à l'Etranger, le théâtre ivoirien est de loin le plus important et sur ce sujet, silence radio...
Amicalement.
Cher ami de l´act
J´ai, je vous l´avoue, beaucoup de sympathie pour Ségolène car je crois, comme vous, qu´elle apporte un phénomène nouveau et exceptionnellement enrichissant pour l´avenir de nos futures relations (franco-africaine). Mais j´ai peur, encore une fois, que la France se trouvant devant une chance inouïe, ne se contente de la bâcler comme par le passé, par cupidité aveugle ou par simple mépris. Je me rappelle encore de bien de choses…de trop de cruauté de la part d´un pays au sens humain aussi fier et doué. Et même si nous oublions un court instant l´esclavage et la colonisation, ce grand Pays de France nous vendit, à l´indépendance, et cela tout en participant joyeusement à l´assassinat de nos élites averties, des vétilles pour des lanternes avec une indépendance vide, dénuée de tout partenariat réel. Et lorsque l´Afrique exigea son indépendance économique, l´huile d´arachide se transforma en huile de tournesol, le coton fut remplacé par le nylon, le caoutchouc devint un dérivé du pétrole. Ce fut la ruine pour les paysans africains du Sénégal, du Ghana…etc. Ces méthodes d´appauvrissement et d´intimidation politiques et économiques ont jalonnés 46 ans de francafrique. Et pourtant, nous n´avons cessé d´entretenir des relations plutôt chaleureuses avec la France, pourquoi ? Parce que nous sommes aveugles et noirs ou parce que le meurtre, l´appauvrissement des nôtres, l´endiguement de notre avenir nous était égal ? Détrompez-vous, nous avons souffert l´enfer. Et nous continuons encore à l´endurer en larmes de sang.
Et cependant, nous sommes prêts pour une nouvelle donne avec la France que nous considérons comme notre partenaire historique exceptionnel au regard de son histoire, et des liens qui, par-delà les erreurs et les manquements qui ont jalonné notre commune histoire, seraient plus prometteuses si…si jamais la France cessait sa fausseté et ses entourloupes envers nous. Et c´est dire ici autant la corruption des élites et leur dépravation que l´organisation de coups d´état ou d´entretient d´armées rebelles. N´est-il pas encore venu à la raison des français que le développement de l´Afrique serait une chance économique fructueuse pour la France ? Nous, nous le savons pertinemment bien. Et c´est dire que Ségolène Royal représente une chance de toute beauté pour l´Afrique ; mais saura-t-elle l´enrichir, la rendre véritable ? Certes, la politique est une question de caractère, de visions et de choix de conviction ; et cependant qu´elle est et reste un moment démocratique décisif pour l´avenir des peuples concernés. Et je suis de conviction que si Ségolène Royal pouvait saisir cette chance et la mener à bonne fin, la France et l´Afrique n´y gagnerait qu´à coup sûr. Et vous serez surpris, je lui demanderai de s´engager encore plus à nos côtés afin de nous aider franchement, ouvertement, avec le sentiment et le cœur que nous avons un avenir commun. Ce sera aussi l´occasion de critiquer l´Afrique en toute amitié, et de faire pression, dans les pays de faible démocratie, afin que les écoles soient construites, que l´emploi et l´artisanat ambitieux et moderne soient financés et entretenus plutôt que les comptes opulents en France ou en Suisse. L´art de devenir un vrai ami, plutôt que de rester un faux frère chantant d´amour à longueur de journée, pendant que ses multinationales empoisonnaient nos enfants, les dépossédaient de leur biens et de leurs avenirs…oui, pendant que Sarkozy les ramenait comme des animaux à la frontière !
Je vous le dis encore une fois : j´ai une grande sympathie pour Ségolène (et chez moi cela veut beaucoup dire), et cependant que les larmes et la souffrance des miens m´ont rendu dur et méfiant. Si elle est de grande lignée politique, si elle a le courage de changer les choses, eh bien, qu´elle nous le dise ; nous marcherons ensemble à ses côtés. Mais qu´il soit bien clair que ce sera pour une ère nouvelle, ouverte et riche pour tous. Mais croire que nous devions devenir et rester la cinquiéme roue à la charrue de l´Union Européenne afin que la France soit aimée et respectée au cercle étroit des européens...C´est un rêve qui aura un réveil amer pour la France. Parce que le jour où elle viendra nous demander, encore une fois, de nous battre pour sa liberté, ce jour-là elle ne trouvera personne. Parole de nègre.
Et à propos de la Chine, permettez-moi de vous tranquilliser ; nous en avons vu d´autres avec les occidentaux. La culture africaine existe encore malgré l´esclavage, la colonisation destructrice et la francafrique. Si la Chine sait nous offrir le compromis existentiel qui nous réalise pleinement en nous permettant d´acquérir les moyens d´enrichir et de cultiver notre réalisation, elle aura gagné le droit d´être un partenaire respecté en Afrique. Mais si elle se comporte comme les occidentaux l´avaient fait des siècles durant, elle apprendra bien vite qu´elle n´est pas chez elle. Les temps ont changé. Croire que l´africain d´aujourd´hui est encore celui d´hier est une grave et grossière erreur. Musengeshi Katata. Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu
Sur l´orgie des bonnes intentions françaises.
Surtout ne nous emballons pas parce Ségolène a de bonnes intentions envers l´Afrique. Les 600 derniers ans de nos rapports avec l´occident sont pavés de bonnes intentions, et leur contenu n´en est que des plus sanglant, criminel, de basses vertus.
Mais revenons à la France. Après tout ce qu´elle s´était permise contre l´Afrique, elle est allée, comme la pire des filles de joie, se vendre à vil prix en Chine en y transférant la technologie qu´elle refusa, elle et ses pairs occidentaux, aux africains ! C´est alors facile d´aller en Afrique aujourd´hui afin de la prévenir paternellement de l´arrivée ou dangers de la meute des loups chinois ! C´est pire qu´à la rue saint Denis, manquer à ce point de bonnes mœurs. Et c´est paradoxalement ce qui caractérise les « intentions » de la France depuis toujours à l´endroit des africains.
Autre remarque : il n´est passé inaperçu à personne que l´occident tout entier, depuis la tombée du rideau de fer, et particulièrement ces 5 dernières années, a investi en Europe de l´est des sommes incroyables en investissement, autant qu´elle s´élargissait jusqu´aux portes de la Russie. Cet occident, et ici nommément l´Union Européenne oublie que l´Afrique a participé à énormément á la constitution du capital qu´elle mettait aussi généreusement au service de ceux qui furent encore, il n´y a de cela que 18 ans, ses pires ennemis ! Ce capital, soustrait à l´Afrique illégalement par l´Apartheid, la francafrique, préférait aider ceux qui se jurèrent de détruire le capitalisme, plutôt que ceux qui avaient aidé ce même capitalisme à s´enrichir. Croit-on toujours que le nègre est aveugle et idiot ? Ou a-t-on définitivement conclu que les africains, c´était une race basse qui n´avait besoin ni de s´épanouir, ni de développer ses moyens de production ?
Voilà ce que je peux répondre à monsieur « Act » sur les fameuses intentions françaises. Dernièrement, il y a eu en Allemagne cette conférence sur la sécurité et la stabilité dans le monde. La France y était absente, ainsi malheureusement que toute l´Afrique. Pourquoi ? Mais parce d´après la division européenne des zones d´influence, la France avait le devoir d´endormir et d´aveugler les africains avec ses creuses intentions ; l´Allemagne, elle pouvait jouer le rôle supérieur de promoteur de la pensée occidentale en discussion ouverte avec le monde. L´Afrique, qu´aurait-elle à y faire, se disait-on ; elle était inexistante, sinon sous la représentation et le paternalisme français. Ce scénario, nous l´avons déjà compris ; amis français. Car au lieu de nous ouvrir vos marchés, vous préfériez, comme les américains, nous envoyer des armées ou envahir nos contrées et nos pays avec vos excédents étouffants. Si votre dumping économique sur les prix des denrées agricole ne nous brisaient pas la nuque. De bonnes intentions, hein ? France, France, France… ! Comment peut-on être aussi faux et sournois ? De ces genres d´intentions, en tout cas, nos femmes et nos enfants en vomissent chaque jour de misère et de pauvreté. Que pouvons-nous donc faire pour que cette foire éternelle de bonnes intentions se transforme seulement en civilisation et respect humain envers ceux qui, comme tous les êtres vivants de la terre, ont droit à protéger et promouvoir ceux qu´ils aiment, leur histoire, leurs rêves et leurs avenirs ? Ou la France croit-elle qu´avec un tel casier judiciaire, elle est prédestinée à réaliser le bonheur des africains ?
Shaka Bantou. J´ai dit ! Et qu´on cesse cette mystification ; trop, c´est décidément trop !
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