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Forum Réalisance

Cet espace va à la recherche de l´existentialisme de l´homme noir pour lui permettre de mieux se déterminer face à l´histoire et face à la réalisation de sa liberté.

16 février 2007

Les méandres de l´amour Chiraquien envers l´Afrique

Au 24ième sommet franco africain (15 et 16 février 2007) à Cannes, Jacques Chirac fait un aveu tardif d´amour envers un continent que la France accompagnée de tout l´occident avait, des siècles durant mis copieusement à mal. Aveux tardifs et pour le moins blessants envers le désespoir africain ?

Cette passion qui ne vécut que du mépris et de la vile chosification

Sarah

Si vous la rencontrez, bizarrement parée, traînant dans le ruisseau un talon déchaussé, et la tête et l'oeil bas, comme un pigeon blessé, monsieur ; ne crachez pas de juron ni d'ordure, au visage fardé de cette pauvre impure, que déesse famine a par un soir d'hiver contrainte à relever ses jupons en plein air. Cette bohème là c'est mon bien, ma richesse, ma perle, mon bijou, ma reine, ma duchesse...

La femme qui est dans mon lit

N'a plus vingt ans depuis longtemps.

Les yeux cernés

Par les années,

Par les amours

Au jour le jour,

La bouche usée

Par les baisers,

Trop souvent mais

Trop mal donnés,

Le teint blafard

Malgré le fard,

Plus pâle qu'une

Tache de lune.

La femme qui est dans mon lit

N'a plus vingt ans depuis longtemps.

Les seins trop lourds

De trop d'amours

Ne portent pas

Le nom d'appâts,

Le corps lassé

Trop caressé,

Trop souvent mais

Trop mal aimé.

Le dos voûté

Semble porter

Les souvenirs

Qu'elle a dû fuir.

La femme qui est dans mon lit

N'a plus vingt ans depuis longtemps.

Ne riez pas.

N'y touchez pas.

Gardez vos larmes

Et vos sarcasmes.

Lorsque la nuit

Nous réunit,

Son corps, ses mains

S'offrent aux miens

Et c'est son cœur

Couvert de pleurs

Et de blessures

Qui me rassure.

Georges Moustaki

Un discours passionné, qui, chez tout enfant innocent, aurait agrandi et fait briller ses pupilles de joie reconnaissante. Ah, l´amour…ce beau et noble sentiment, qu´il était grand et délicieux à avouer ! Qu´il était réchauffant dans nos cœurs d´entendre sa complainte attendrie flatter les attentes avides de notre âme secrète et profonde ! Tout cet aveu nous aurait bouleversé, chaviré la contenance si…eh oui, si notre subconscient ensanglanté ne nous projetait pas, à chaque souffle de notre vie, des images, des faits, des intentions qui, depuis des siècles, ne cessaient de nous détruire avec des méthodes, un mépris qui frisait un dégoût ou un barbarisme insupportable. Et puis, tout à coup, cette déclaration d´amour qui sonnait comme l´aveu d´un homme à une femme violée, battue, contrainte á servir et à se renier elle-même durant toute l´étreinte des temps…et à laquelle le phallocrate avouait, les larmes aux yeux : « Je n´ai jamais cessé de t´aimer ! ». On tombe des nues, cela va de soi. Et la femme, devenue mère depuis longtemps de rejetons affamés, hagards et privés d´avenir, de liberté et de reconnaissance existentielle réelle, se demandait si elle devait pleurer de joie ou d´amertume.

La France voudrait-elle nous apprendre à aimer le violentement de nos âmes, les blessures morales, physiques béantes ; et plus douloureux encore : ce mépris chosifiant et injurieux qu´elle nous avait injustement appliqué ? L´amour pour cacher les tortures de la francafrique, l´interdit ou l´exclusion systématique à la reconnaissance sociohistorique ? Ou était-ce encore, comme hier, l´usage du bâton et de la carotte, pour mieux tromper et désorienter son nègre en le laissant tourner, comme une bourrique, au carrousel de l´illogisme déroutant ? Amour, amour…mais c´est amour on en meurt ! Gratuitement. Entredéchiré par une violence et une amertume intérieure qui, sous la sourde révolte de la négation, avait fait germer dans des générations moutonnantes et désemparées, un sentiment impuissant, sans nom. Parce que son horreur et ses meurtrissures saignantes, à chaque pas, à chaque voeu ou prière d´attente légitime de bonté et de réalisation, se sont, en vagues déchaînées,  abattus sur le naufragé désemparé. Personne n´avait vu nos larmes, personne n´avait entendu nos cris et ceux de nos femmes et de nos enfants ? Amour ? De l´esclavage à la francafrique, quelle noble épopée !

Nous avons cessé de pleurer car nos larmes ont tari, monsieur Jacques Chirac ; à vous il est facile de parler d´amour envers nous, comme au rendez-vous mitigé des sentiments sans lendemain. De ceux qu´on confesse ouvertement pour cacher ses erreurs ou sa fausseté, et se faire passer pour le bon père de famille ou l´amant épris égaré par sa gaucherie. Amour, amour …dans nos cœurs et nos âmes mises à sang par la déception de vagues incessantes d´étreintes sournoises, rapaces, humiliantes ; nous avons caché notre meilleur refrain de ce noble sentiment. A l´abri du mensonge et de l´incurable cupidité humaine. Et notre histoire n´en devient que plus distante et plus réservée. Surtout face à des déclarations qui suivaient le feu, et faisaient plus de fumée qu´elles ne cuisaient notre pain. Eh, oui, nous avons cessé de croire. L´amour est un trop beau et trop précieux sentiment pour qu´on le jette aux ordures de la méchanceté. Nous avons appris à le cacher sous notre peau noire, pour ne pas avoir à essuyer ses larmes, à supporter ses incessants sanglots.

Aussi, cher monsieur le président, ne soyez pas surpris si nous ne sautons pas de joie ou ne nous prêtons plus naïvement à ce genre de brûlantes déclarations d´amour; nous en entendrons sûrement d´autres de vos successeurs. Et gageons que ni nos douleurs ni nos prédateurs n´auront diminué en nombre et en méchanceté. Mais si c´était le mot pour signer votre prochain départ de la scène du pouvoir, allez en paix. Que votre conscience humaine soit votre seul juge, nous, notre combat nous attend, et il fait rage à tous les fronts.

Musengeshi Katata

Muntu wa Bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

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Le courage et la fierté d´être noir

Pour un Congo libre, indépendant, souverain et conscient de ses devoirs envers lui-même

Celui qui ne sait pas se battre doit l´apprendre; celui qui ne le veut pas a déjà perdu.

Ne laissez pas les autres se battre pour vous, parce qu´alors votre valeur humaine n´a ni fierté, ni honneur. Prenez à coeur que vous aussi vous êtes un être humain. Vous aussi vous avez des devoirs envers vous-mêmes, envers les vôtres, envers la société humaine. Celui qui vous enlève ces devoirs et ces droits vous refuse par là toute la fierté et l´honneur de la dignité humaine.   

http://www.dailymotion.com/video/xnvij_noir-proces

Si nous voulons grandir dans nos coeurs et le respect de notre propre identité, celle de nos enfants et celle de ceux qui nous regardent souffrir, ceux qui nous vouent à la pauvreté et à la misère la plus rance; de ceux-là qui nous refusent toute humanité, nous devons relever le défi qui est le nôtre depuis des siècles et montrer que derrière notre belle peau noire, il y a un sens de l´histoire aussi aigu que téméraire. Et que de notre force de caractère, le monde entier peut y noyer son courage.  Musengeshi katata

Patrick Eric Mampouya

Forum Réalisance

Posté par Musengeshi Kat à 02:12 - Déclaration de foi. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

A la Conférence sur la sécurité à Munich : Putin a fait l´éclat

Il a reproché ouvertement aux américains d´enfreindre militairement le droit des gens et d´intervenir volontairement à déjouer la souveraineté de nations indépendantes à des buts monopolaires et hégémoniques.

Un haut podium des meilleures intentions du monde ?

« "Les Etats-Unis sortent de leurs frontières nationales dans tous les domaines et cela est très dangereux, personne ne se sent plus en sécurité parce que personne ne peut plus trouver refuge derrière le droit international". Wladimir Putin au 43ième Davos de la sécurité à München.                                                                                                                                              43i_me_Davos

Avant propos.

Chers et honorés lecteurs, lorsqu´on parle de géopolitique ; on ne parle que de l´emploi d´instruments politiques courants transposés à l´échelle supranationale, à la grandeur régionale mondiale. C´est le cas du conflit israélo-palestinien, les incidences de l´agrandissement de l´Union Européenne sur les autres pays européens, de la guerre d´Irak, et même des problèmes ultra nationaux et régionaux tels que l´écologie, les traités et conventions sur la prolifération d´armes nucléaires. Si l´intérêt des débats de ces conférences est par trop souvent négligé par la plupart des gens, cela tient vraisemblablement du fait au fait qu´elles employaient souvent des langages ésotériques fonctionnels ou parce que les participants appartenaient à des délégations officielles défendant des intérêts, des vues plutôt voilés que clairement connus. Et cependant, il ne faut pas se laisser impressionner par l´ambiance ou la mise en scène ; ces représentants en dialogues ou en discussions controverses ne prétendaient que de nous organiser la paix, la liberté ou la sécurité dans le monde. Et à ce titre leurs débats nous touchaient beaucoup plus que nous ne le croyions tous. Car ces valeurs dont ils débattaient des contours et des contenus nous étaient tous, présents ou absents, autant chères que précieuses. 

Le 43ième "Davos de la sécurité" : un record de participation internationale

43i_me_Davos

La conférence sur la sécurité à Munich en était, du 9 au 11 février 2007, à sa 43ième édition. Et pour la première fois, le président Putin y avait annoncé sa participation avec le thème : « Le rôle de la Russie dans la politique mondiale ». La France, ainsi que le Liban se désistèrent. L´une, peut-être parce qu´on préférait se concentrer sur la conférence de la francophonie à Paris du 11 au 16 février où on était le centre d´intérêt et l´élément moteur dominant ? Quant au Liban, ce fut la présence de la vice premier ministre israélienne Tsipi Livni qui le fit désister. L´Iran, par contre, et malgré le refroidissement de ses rapports avec l´occident se fit représenter par le chef iranien des pourparlers sur l´énergie nucléaire : le Dr. Ali Laridschani. Celui-ci renforcera l´intention de Téhéran d´une part à se doter d´un processus industriel national d´enrichissement de l´uranium, et de l´autre, de s´en tenir strictement aux conventions internationales sur l´utilisation pacifique de cette énergie. Et à la surprise de tous, ira même à accepter une meilleure collaboration avec l´OIEA (Organisation internationale de l´Energie Atomique).

Et cependant, malgré ces déclarations iraniennes de bonne foi, les occidentaux restèrent sceptiques et demandèrent à l´Iran de revenir à la table des négociations. On se demandait bien pourquoi, si l´Iran affirmait n´avoir aucune ambition nucléaire militaire. Peut-être ne s´agissait-il de la part de l´occident sans éclat en Afghanistan, en Irak, en Corée, que d´une partie de bras de fer ayant pour but de soumettre (illégitimement à notre avis) l´Iran à respecter ou se plier aux injonctions internationales d´obédience occidentales. Parce que ni le programme et l´armement atomique israélien, par exemple n´a jamais connu ni de contrôle, ni d´injonctions à la transparence internationale (Voir l´affaire Mordechai Vanunu son enlèvement à Londres en 1985, sa condamnation, et sa libération après 12 ans d´emprisonnement pour avoir notamment révélé la détention israélienne de la bombe atomique). Alors, pourquoi cette discrimination envers l´Iran ? Tous les Etats tels que la France, l´Angleterre, les Etats-Unis, le Pakistan, l´Inde, la Chine, la Russie…etc possédaient des armes nucléaires ; cela n´avait en rien mis la terre ou la sécurité internationale en danger ; mais bien augmenté leur pression militaire et leur influence politique envers les pays non nantis de cette arme. Autre argument de taille : les pays occidentaux engloutissaient à une vitesse effrénée les réserves hydrocarbure du monde ; quand ceux-ci seront épuisés, de quelle source d´énergie vivraient donc les pays montant ? Est-ce à ce moment qu´on leur demanderai de se débrouiller ou leur offrirait-on alors, comme en Afrique ou comme au Japon de la deuxième guerre mondiale, des moyens ou pas, selon le bon vouloir des occidentaux riches et dominants ? Cette dépendance future ne révélait-elle pas une sournoise et basse intention de perpétuelle domination de la part des occidentaux sur tous ceux qui s´y abandonneraient ?

C´est en effet à se demander : la liberté à l´occidentale, qu´était-ce au fait ; y avait-il une place pour les autres et à quelles conditions ? Et à ce propos, l´exemple de la Russie de Putin envers l´occident était édifiante : Putin avait en effet, deux jours en janvier 2007, interrompu en plein hiver ses livraisons de gaz vers l´Europe, parce que l´Ukraine, profitant de ce que le pipeline russe traversait son territoire - et pour obtenir de la Russie des prix préférentiels - s´était tout simplement octroyé le droit de se faire, sans l´autorisation préalable du propriétaire du gaz, des réserves illégalement acquises. Cet incident avait montré que le Tsar Putin, qui avait eu la prémonition de recouvrer – au grand désarroi des occidentaux – la mainmise étatique sur ses industries énergétiques qui avaient été bradées au prix du pain sous Boris Jeltzin et la fausse Perestroïka de Gorbatchev. (Pourquoi fausse ? mais parce que pendant que monsieur Gorbatchev dissertait suavement sur une démocratie de transparence dont il n´avait ni clairement défini les paramètres fondamentaux de production, ni cerné et qualifié son milieu et caractère économico politique par rapport aux dangers extérieurs ; venant de Londres, certaines sociétés rapaces occidentales faussement libérales s´étaient emparées, pour le prix dérisoire de 9 milliards de dollars de 4500 des plus rentables, riches industries et ports soviétiques !) Et Putin, en ancien agent de la KGB, avait alors compris que ce qu´on voulait, en réalité en occident, c´était d´affaiblir le pouvoir Russe qui était puissant par ses réserves de pétrole et de gaz (les plus grandes du monde). Toute cette démocratisation à l´occidentale n´était rien d´autre qu´un paravent ne cachant qu´une chose : affaiblir la Russie et son pouvoir pour mieux la soumettre aux bons vouloirs de l´Ouest. Parce que cet Ouest savait qu´il était dépendant des russes, et ce pour longtemps. Et ceci pas seulement en ce qui concerne les combustibles, mais bien parce que presque 50% des matières premières du monde se trouvaient en Russie !

On comprend alors que Putin, ayant racheté ses atouts  énergétiques, modernisé son armement, libéré son pays du joug infamant du FMI et remis sa société sur le chemin d´une solide croissance économique bienfaisante, était en droit ou en position d´appuyer ses intentions, au besoin, avec des arguments décisifs. Les cartes qu´il avait en main étaient de grand poids pour l´avenir et le bien de son pays ; il suffisait seulement de les mettre adéquatement en jeu, et au besoin sans le moindre sentiment comme il l´a fait à l´égard de l´Ukraine : sans compromis. Et conscient de ses avantages, il pouvait donc sans complexe venir à Munich pour dénoncer le monothéisme américain envers ceux qui, tout en profitant et en s´engraissant sous l´activisme volontaire américain, trompaient bien leur monde en conseillant les victimes de l´hégémonie américaine à croire en eux. Curieuse alliance européenne de valeurs prétendues démocratiques et libérales qui, quoique plus retenue dans sa politique étrangère, ne laissait pas moins les américains agir à leur guise, et entretenait elle-même envers l´Afrique d´un francanicanisme qui défiait toute prétention du sens démocratique de la liberté et de respect des cultures africaines. Par ailleurs, l´intention de l´Otan d´installer en Pologne et en République Tchèque des batteries de missiles de défense des frontières Est européennes de l´Union, soulevait chez Putin une vive protestation. Il considérait cela comme une provocation militaire de mauvais goût dont le but était plutôt prétentieux et arrogant que conciliant et sécurisant. L´Europe et l´Amérique, en mal d´assurance et alarmé par la fulgurante montée chinoise tentaient-ils par un développement militaire particulièrement démonstratif dans le monde entier de lutter contre leurs propres angoisses ?

Et si nous nous rappelons du passé ; quelle a donc été la réaction américaine lorsque l´Union soviétique de Nikita Khrouchtchev installa des missiles menaçant l´Amérique à Cuba ? Ce pays n´avait-il pas été, jusqu´à ce jour, mis en quarantaine économique douloureuse et intransigeante ? Aujourd´hui l´Amérique et ses alliés européens feraient-ils, en temps de paix, et sous des prétextes aussi fallacieux que démonstratifs, la même chose et attendrait du monde entier, et particulièrement de la Russie qu´elle l´en remercie ? Cécité, mépris ou abus flagrant de confiance ? Parce que prétendre protéger les frontières israéliennes contre les missiles iraniens, tout cela n´était que mensonge, d´autant que l´armée israélienne était non seulement performante, mais elle savait pertinemment se défendre elle-même, car elle en avait largement les moyens ! Quant à croire que l´Iran serait assez folle que pour s´attaquer à un pays de l´Otan, il fallait être bien borné pour y croire.

Mais mettons-nous un court instant à la place des africains qui réclamaient, depuis bien longtemps la libéralisation réelle du centralisme capitaliste occidental des moyens économiques et financiers de production, l´ouverture des marchés occidentaux à leurs denrées agricoles, plutôt que de les empêcher, par des barrières douanières sournoises et implacables, de vendre en occident. Tandis qu´avec l´aval de la Banque Mondiale et du FMI, on les contraignait à mettre aveuglement leurs matières premières à la disposition de la gloutonnerie occidentale, laquelle, après transformation, revenait déverser sur leur continent les excédents envahissants et étouffants du mercantilisme occidental appauvrissant et inégal parce qu´il exportait le capital vers les riches occidentaux et endiguait la création d´emploi locaux pouvant sauver les pauvres. Ce courant à sens unique ne condamnait pas seulement l´Afrique à la mendicité et au manque de moyens financiers d´investissement autonome locaux, il nuisait à ses efforts d´infrastructure de santé, d´instruction, de formation professionnelle, bref, de développement tout court. L´Amérique, cependant, prétendait répondre à ces problèmes économiques et sociaux de stabilité et de sécurité continentale africaine en y installant des bases militaires au commandement unifié ! Les américains ne confondait-il pas société civile de problèmes purement économiques et culturels avec un militarisme démonstratif qui ne résoudrait aucun problème, mais l´envenimerait plutôt par la prolifération d´armes entraînées par cette logique primitive qui consiste à croire que tout se réglait par la violence, l´uniforme et la soumission ?

Et à propos de la plaie la plus sanglante en Afrique en ce moment à Darfour, au Soudan : on s´empressait, encore une fois, à l´avis de tout africain, futilement, dans l´est européen ou à l´égard d´Israël, à armer et à défendre ceux qui savaient le faire par eux-mêmes ou qui n´en avaient pas besoin. Cependant qu´à Darfour de milliers d´innocents étaient ouvertement abandonnés à un sort criminel et ingrat devant les yeux du monde entier. N´avaient-ils pas, ces africains, mérité, au nom d´un monde civilisé et respectueux des libertés et des droits humains, à être secourus et défendus contre le sort qui les guettait chaque jour implacablement ? Non ? Un monde qui se prétendait croire et encenser des valeurs démocratiques qui, en place de défendre et de protéger la veuve et l´orphelin en danger immédiat, se tournait vers ceux qui n´étaient ni en danger ni pauvre et démunis ; quelle était donc le contenu de valeur de ses principes ? Combien de temps encore allait-on tolérer cette orgie criminelle, tout en discutant affablement avec le gouvernement de Khartoum ?         

Pour Putin, tout cet activisme américain qui s´était soldé par des débâcles sanglantes à domicile avec le 9/11, en Irak, en Afghanistan ne témoignait que d´un regain d´hégémonisme solitaire que les américains, blessé dans leur orgueil de suprématie, et face à leur lente mais sensible perte de leadership économique au profit d´une Chine promise à une domination mondiale irréversible et pour le moins défiante pour l´occident, l´empire américain donc cherchait par tous les moyens à conserver ce qui ne lui appartenait plus : le premier et le dernier mot sur l´économie, la politique et l´influence militaire sur le reste du monde. Ce que cette grande nation, dans son activisme militarisé actuel perdait de vue, c´est qu´à force de ne pas respecter des principes et des acquis de valeur incessibles à toute fierté et prétention démocratique (Guantanamo, Abu Ghraib, invasion irakienne) pour obtenir des résultats militaires sans lendemain, elle n´incarnait plus l´exemple de vertus sous lesquelles le monde entier avait, hier encore, crû se trouver en bonnes mains et se protégé efficacement de l´injustice et du douloureux déni de droits ou des libertés que quelques régimes ou dictateurs sanguinaires et illuminés auraient eu le loisir d´exercer sur lui.

On avait beau avoir concocté et organisé secrètement l´élection du Pape Bénédicte XVI, d´avoir installé Paul Wolfowitz à la tête de la banque Mondiale, d´avoir imposé aux africains le choix de Donald Kaberuka à la tête de la BAD (banque Africaine du développement), tous ces efforts ne tiendraient pas devant la marée de la puissance chinoise qui saurait remettre, exactement comme le font les américains aujourd´hui, le moment opportun, tout à son avantage. Cet activisme en campagne ensablée par la rapacité et le centralisme économique n´était donc plus qu´aléatoire. Pire : au lieu de renforcer le pluralisme démocratique institutionnel et culturel ; d´ouvrir, de par le monde, à plus de liberté et de foi en une démocratie respectant les droits et les valeurs des autres, il en corrompait le contenu, et ce faisant de la haute noblesse qui ornait la bannière de ses chers idéaux. Parce que ceux-ci étaient tenus de courber l´échine face aux intérêts gourmands, à l´aveugle et prétentieuse prédominance occidentale. Douloureuse fin d´un mythe, d´un rêve qui se terminait en cauchemar éveillé dont beaucoup ne semblaient pas vouloir accepter la fin libératrice, parce qu´à l´horizon, l´avenir n´avait pas encore pris forme de valeurs et de principes nouveaux ?

Face à cette avalanche d´accusation, le sénateur américain John McCain, l'un des candidats possibles du parti républicain à la présidence en 2008, a répliqué sèchement que le monde est "multipolaire" et que "les Etats-Unis n'avaient pas gagné tout seuls la Guerre froide". Le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop, avec un certain esprit, répondit, qu'il ne comprenait pas pourquoi la Russie voyait une menace dans le fait que "la démocratie et l'Etat de droit se rapprochent de ses frontières". " M. Poutine a raison, la Guerre froide est terminée", continuera-t-il ;  mais je trouve ses propos "décevants et aussi pas très productifs sur le sujet de ce qu'il appelle l'expansion de l'Otan qui est en fait l'élargissement" de l'Alliance. "Les pays qui veulent être membres du club des démocraties y adhérent de leur plein gré". Quant à la maison blanche, dans un communiqué d´un porte parole du conseiller pour la sécurité nationale : Gordon Johndroe, elle s'est déclarée "surprise et déçue" par les déclarations du président russe. "Ses accusations sont fausses. Nous comptons poursuivre la coopération avec la Russie dans les domaines importants pour la communauté internationale comme la lutte contre le terrorisme et la réduction de la menace des armes de destruction massive et de leur prolifération".

Rien à dire, Putin avait surpris tout le monde et fait l´éclat qui rehaussait cette conférence et lui donnait un caractère exceptionnel et particulier. Ses visites en Afrique du Sud ou en Algérie l´année passée prenaient tout à coup un contenu stratégique réfléchi. Ce Russe, vraisemblablement un des meilleur stratège politique que la Russie ait jamais eu, venait de faire comprendre aux occidentaux que non seulement la Russie n´était pas un junior partenaire dans la géopolitique du monde, mais qu´elle avait les atouts nécessaires pour défendre valablement ses intérêts. D´une façon ou d´une autre. Un homme, en fait comme un trait brûlant au laser : droit, vigilant, vif, d´une agilité et d´une intelligence stratégique impressionnante. Et il est bien possible qu´on doive s´habituer à le voir et à en découdre avec lui à l´avenir, parce qu´il va certainement mettre tout en œuvre pour préserver les fruits de son travail.

A cette conférence, le secrétaire d´Etat à la défense américain : Robert Gates qui interpella Putin d´ancien espion à ancien espion en faisant allusion au langage direct du métier, se trouva embarrassé lorsqu´un journaliste, et ce sur son « partenariat avec la Russie », lui reprocha d´avoir mis ce pays au même rang que l´Iran et l´Afghanistan dans une intervention au parlement américains en les qualifiant tous de douteux et parrains du terrorisme. La double face. On oubliait, cependant, que ce fut avec l´aide et les livraisons militaires américaines de l´ordre de 6 milliards $ à Bin Laden lors de l´invasion soviétique en Afghanistan qui fit perdre au Kremlin sa campagne et engendra le régime des talibans. Celui qu´on traitait publiquement de partenaire ne le serait-il plus lorsqu´on s´exprimait devant ses pairs au parlement américain ? Très informatif. Et plutôt symptomatique de ce genre de conférence de bonnes intentions où on parla du réchauffement désagréable du climat atmosphérique et des nécessités  écologiques de combattre la pollution dans le monde, mais ni la Chine, l´Inde, les Etats-Unis : les plus grands pollueurs du monde, tous présents à cette conférence, ne firent aucunes suggestions valables par lesquelles ils s´engageraient à faire diligence. Quant à la campagne américaine enlisée en Afghanistan, et pour laquelle le gouvernement américain quêtait l´aide et l´assistance militaire de tous ses alliés, on semblait bien sciemment ignorer le point de vue allemand qui soutenait que seules des actions militaires ne suffisent jamais à garantir la paix et la stabilité de l´avenir d´un pays. Il fallait aussi reconstruire et pacifier la société civile ; la conforter dans des écoles, des hôpitaux, des industries et du travail afin que l´espoir et le sens civil diversifié et respectueux des droits individuels et particulièrement ceux des femmes (pas évident en pays souffrant d´analphabétisme et d´islamisme délirant) revienne au milieu de la vie sociale. Mais selon toute évidence, l´odeur de la poudre était encore plus alléchante que les sourires amicaux de la paix. Les chiens aboyaient, la caravane industrielle de production d´armes, de dioxyde de carbone, elle, elle passait son chemin. Les intérêts d´abord, le reste…on verra. Des conférences, il y en a toujours.

Conclusion

Une brillante conférence, autant sur les thèmes que sur les 270 participants émanant de 40 pays venus depuis la petite Israël jusqu´au plus profond de la Chine en passant par l´Afghanistan et le Brésil. Mais l´Afrique, où était-elle ? Nulle part ; n´avait-elle pas assez souffert ? N´avait-elle pas de problèmes ou revendications à faire valoir ? Cette absence était bien préjudiciable parce que cette conférence, de par son caractère atlantique, recoupe toutes les tendances occidentales qui se prétendaient gérer et gouverner le monde, et faire des leçons gratuites d´exemples paternalistes de développement aux africains. Mais en y regardant bien, ces occidentaux étaient bien ouvertement responsables de biens de maux et d´iniquités qu´ils imposaient à leurs anciens colonisés africains en version trompeuses : "nous voulons aider, nous sommes des amis !". Ne pas venir de vive voix faire part de ses points de vue ou de ses problèmes clairement, sans ambiguïté ou complexe quelconque ; c´est manquer de savoir reconnaître ses amis ou débusquer ses ennemis, et en fait risquer de ne pas savoir comment combattre les uns ou entreprendre avec les vrais démocrates d´un partenariat averti, équidistant, respectueux des souverainetés et des identités culturelles.

Nous vivons dans un monde culturel qui a élevé autour de nous une logique de système, de macropolitique et d´intentions idéologiques s´abandonnant à l´industrie, à la consommation de masse, au suivisme du grand nombre qui, par son anonymité et son moutonnement est plus facile à influencer, à aveugler, et bien sur, à manipuler par la mode, le sondage tendancieux, quelques sectes, religions magiques ouvrant sur un quelconque nirvana illusionniste et sans valeurs réelles. Mais tout cela ne serait-il pas la facture de notre société polarisée vers l´idolâtrie, vers le suivisme d´actes, de jugements changeants et sans contenus critiques de valeur profonde, nourrissantes ? La démocratie, cependant, n´est pas la porte d´à côté. Elle nécessite le respect de bien de valeurs auparavant solidement éprouvées et entretenues. Fermer les yeux devant les abus aux valeurs sociales, morales, éthique ou tolérer cavalièrement leur mépris ; n´est-ce pas vouloir aller sur la lune en prenant la fusée la plus défaillante, la moins précise pour effectuer ce voyage ?   

Le résultat, on le voit aujourd´hui : plus personne n´a une opinion propre, les journaux deviennent des feuilles de reportage, plutôt que de réflexion et d´opinion aidant les gens à discuter objectivement plus largement dans la diversité cultivée pour se faire un avis solidement argumenté autour de valeurs précises, claires et réelles. Est-ce aujourd´hui surprenant que la moyenne de connaissances générales diminue dans la population des pays industrialisés ? Que ce soit aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, on accuse des déficits formatifs étonnants en manque de professeurs, d´ingénieurs, de techniciens, et pourtant ces pays avaient tous les moyens nécessaires pour les former. Pourquoi n´y arrivent-ils pas ? Les généreuses facilités de la société de la machine et de la consommation avaient-elles affaibli ou désintéressé la majeure partie de la jeunesse et de la population active à se consacrer à mieux comprendre et apprécier les valeurs qui faisaient le fondement réel de leurs sociétés pour, au besoin les changer ou les transformer s´ils ne correspondaient plus, ou nuisaient à leurs attentes, à leurs idéaux ? A moins, bien sûr d´en avoir…

Ou croyait-on de nos jours que la vérité résidait dans le traintrain quotidien anodin, individualisé et régulier pourvu que d´une façon ou d´une autre on arrive à satisfaire…à sa petite consommation ? Les moyens de production évoluaient selon les techniques et les exigences de qualité des marchés et de leurs clients, les problèmes écologiques émergeaient et devenaient coriaces ; la richesse culturelle des peuples, des civilisations débordait des frontières étatiques grâce à l´électronique et à la vitesse de l´information et allait cultiver et émanciper biens de gens de par le monde. Et de par la diversité technique des biens que nous employons tous les jours pour nous réaliser en satisfaisant à nos besoins, la vie dont l´espace, le temps tiennent de plus en plus sur la poigne d´une main, est devenue bien plus complexe qu´hier, ne nous trompons pas.

Si hier il suffisait de peu, d´avoir lu ou visité ceci et cela pour être écouté et admiré, aujourd´hui il faut bien plus d´effort et de connaissance pour mériter le respect ou l´admiration des autres, se maintenir aux premiers rangs du savoir ou alors on n´était rien d´autre qu´une goutte d´eau dans la mer anonyme qui peuplait la vie publique. C´est pourquoi il serait souhaitable que lorsque quelques gens se rassemblent quelque part et prétendent nous garantir une ou des valeurs communes, que nous prenions la peine de vérifier si tout cela était vrai. Dans quelle mesure, et quelles étaient les inconvénients et le prix que nous valait le choix des options de nos représentants ou des autres ? Ne fut-ce que pour ne pas être trompé ou mené en bateau. Sinon nous risquerions, comme le peuple américain qui allait abondamment aujourd´hui, bien tard, dans les rues pour protester contre la guerre d´Irak qui la ruinait de ses enfants et de son honneur. Car, selon toute évidence, s´il avait réélu Georges Bush à la tête de ses Etats, cela ne voulait pas dire qu´il lui avait signé un chèque en blanc dont il pouvait user et abuser à loisir ! Ce peuple, il tenait autant à sa constitution qu´à son noble sens de l´histoire ; et il ne s´abaisserait pas volontairement à une délinquance militaire gratuite et sans honneur.

Ou encore, dans le cas de la France dont une castes de conjurés entretenait sournoisement la criminelle francafrique : peut-être faudrait-il en référer à ce peuple sous le dos duquel on affamait et on appauvrissait vilement tout un continent. On serait surpris d´apprendre que : d´une part, la plupart des français ne savaient pas ce que ces intrigants immoraux et sans grandeur d´âme fourbissaient sous l´honneur et le nom de France ! Et si parfois les africains, terrassés et excédés par ce monstre insatiable aux milles tentacules meurtrières, accusaient ouvertement les français surpris ; ceux-ci croyaient que les pauvres africains souffraient de la fièvre délirante de la malaria tropicale. Ce qui n´était en aucun cas vrai. Si ces français allaient au vif des choses, ils apprendraient bien vite que c´est même avec leurs impôts que ces vilénies étaient entretenues et organisées ! Ils se faisaient donc couvrir de boue et de déshonneur sans le savoir. Question de confiance ; ou de méfiance ? La confiance, disait Lénine, c´est bien ; mais le contrôle, c´est mieux.   

Musengeshi Katata

Muntu wa bantu, Bantu wa Muntu

munkodinkonko@aol.com

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Ségolène Royal a-t-elle réellement un coeur pour l´Afrique ?

Ou assisterions-nous à une campagne électorale comme toutes les autres: on va à la pêche à l´électeur avec des slogans qui, aussitôt les élections gagnées, elles se transforment vite en formules vagues et lointaines ?

S_gol_ne_Royal

La candidate socialiste répond à la lettre ouverte de Jean-Marie Fardeau, secrétaire général du CCFD, publiée dans notre édition du 14 décembre. Elle propose des changements d’orientation.

"Je propose que nos accords de coopération soient examinés par le Parlement"

Mon projet pour l’Afrique, par Ségolène Royal

L'Afrique, dans l'extrême diversité des situations qui la caractérise, est en pleine mutation. Le parallèle avec la politique africaine de la France, figée dans une coupable immobilité n'en est que plus cruel. Cela doit changer dès 2007. Depuis bientôt cinq ans, la droite française est en effet à l'origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la Présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup. En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l'intérêt général, la pratique présidentielle a terni l'image de notre pays, qui se trouve associé dans l'esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent. La France doit à nouveau porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine, sans qu'il soit possible d'opposer à cette ambition la réalité des interventions de notre pays. De ce point de vue, les récentes déclarations du candidat de l'UMP qui s'inscrivent sans retenue, dans les mêmes réseaux que le Président Jacques Chirac, ne sont pas de nature à rassurer nos concitoyens qui souhaitent que notre pays demeure fidèle à ses valeurs de solidarité internationale, de promotion de la démocratie et de consolidation de l'Etat de droit.

Les Africains sont malheureusement les premières victimes de cette politique de la « Françafrique ». La multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique, nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires. Faute d'avoir incité les régimes les plus fermes à s'engager dans la voie de la démocratisation et du respect des droits humains, nous nous trouvons réduits à intervenir militairement dans la précipitation pour éviter des prises de pouvoir par la force. Mais c'est en amont que nous aurions dû agir pour favoriser le dialogue politique et la participation de l'opposition et de la société civile africaine au jeu démocratique. D'une part, les termes de nos accords de défense et de coopération militaire avec plusieurs pays africains devront être clarifiés et si besoin renégociés. Notre politique étrangère doit être conduite dans la transparence. Je propose donc que nos accords de coopération, et notamment nos accords de défense et de coopération militaire soient examinés par le Parlement. Il s'agit d'un engagement nouveau mais nécessaire. Les citoyens français ont le droit d'être informés des buts poursuivis par nos programmes de coopération et des raisons de l'engagement de nos forces armées sur le continent africain. Je propose qu'un débat à l'Assemblée nationale soit obligatoire en cas d'intervention armée dans un conflit sur le continent africain. Il faudra aller au-delà et je retiens votre proposition de mettre en place une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales. Cette délégation permettra non seulement de mettre en débat les grandes orientations de la politique de coopération, elle devra aussi contribuer à clarifier le rôle des différents acteurs engagés dans la coopération : services publics, collectivités locales, entreprises et ONG.

D'autre part, notre coopération devra faire des efforts particuliers pour consolider la société civile africaine et renforcer les mécanismes contribuant à l'émergence de la démocratie. À l'évidence, les ONG françaises et européennes ont un rôle particulier à jouer dans ce domaine. Je souhaite que nous développions une ligne de programme spécifique accessible aux ONG françaises et à la société civile africaine, en valorisant les enseignements du programme Démocratie et droits de l'Homme mis en œuvre par l'Union européenne, programme avec lequel nous gagnerions à développer des synergies. Cet aggiornamento politique me semble constituer la première étape de la rénovation de notre politique en direction de l’Afrique. Mais nous devons aussi innover pour accompagner le continent sur la voie d'un développement durable. La pauvreté reste endémique. L'espérance de vie régresse dans les pays frappés par le sida et le paludisme. La croissance urbaine crée de graves déséquilibres. La condition des femmes est trop souvent bafouée. Je voudrais suggérer ici plusieurs pistes d'action.

Nous devons veiller à préserver nos capacités des pays africains à vivre de l'exploitation durable des ressources dont ils bénéficient sur leur territoire. Il n'est pas acceptable que certaines entreprises, dont certaines ont leur siège en France, procèdent à un véritable pillage de ces ressources en privant les Africains des plus values qui permettraient le décollage économique. Il est encore plus préoccupant de constater que le pillage de ces ressources, en appauvrissant les populations, force certains à l'émigration vers l'Europe. Il serait plus intéressant d'éviter ces pillages et d'encourager l'économie locale au bénéfice de populations qui, dès lors, préféreraient vivre et prospérer dans leur propre pays.

Nous devons plus généralement encourager voire contraindre les entreprises à s'engager sur une éthique de responsabilité sociale et environnementale en veillant a minima qu'elles respectent les codes de conduites édictés par exemple par l'OCDE. A ce titre, je soutiens l'initiative « Publiez ce que vous payez » qui propose d'imposer aux industries extractives de rendre publiques les sommes versées aux Etats pour l`exploitation de leurs ressources naturelles. Les citoyens africains ont le droit de savoir ce que leurs gouvernements perçoivent des compagnies étrangères et les consommateurs français doivent pouvoir s'assurer que l'essence qu'ils achètent n'entretient pas un régime despotique. Nos pratiques doivent évoluer: la transparence, c'est la modernité, l'opacité actuelle l'archaïsme. La première condition du développement est de ne pas gâcher les atouts humains dont un pays dispose. Je constate que les pays qui investissent le plus dans l'éducation. en particulier celle des jeunes filles et qui respectent le plus les droits des femmes sont aussi ceux qui réussissent le mieux.

Pensons au rôle qu'ont pu jouer les femmes dans l'émergence de pays tels que le Cap Vert, la Tunisie ou l'Afrique du Sud… L'éducation joue aussi un rôle clé pour la prévention de la diffusion des pandémies. Enfin, l'amélioration de la condition des femmes africaines passe par le soutien aux mouvements qui luttent contre l'excision, pour le droit des femmes à maîtriser leur corps et leur fécondité, ainsi que par le renforcement de la participation des femmes à la représentation politique. Pour valoriser les atouts humains de l'Afrique il convient aussi de préserver la santé des populations africaines. Le sida entraîne de terribles régressions. Les exemples sont nombreux en Afrique australe: en Zambie, l'espérance de vie a ainsi régressé de dix ans dans les dix dernières années.

Les pays en développement ont obtenu à Doha le droit de copier ou d'importer des médicaments génériques pour leur politique de santé publique, mais, de facto, ils ne peuvent utiliser ce droit, en raison des mécanismes juridiques très contraignants qui ont été fixés sous la pression des laboratoires pharmaceutiques. Ces obstacles doivent être levés et la France doit s'engager à soutenir effectivement l'accès aux médicaments des pays pauvres. Mais les médicaments seuls ne peuvent suffire. Sans médecins pour les dispenser, sans réseaux de santé, ils n'atteindront pas les malades et l'on ne pourra endiguer l'épidémie de sida. De ce point de vue, comment ne pas être alarmé par l'extraordinaire proportion de médecins formés en Afrique qui exercent en Europe. Cette proportion atteint 30% dans certains pays. Le projet d'immigration choisie défendu par le candidat de l'UMP va aggraver cette tendance et, je le dis avec gravité, contribuer à affaiblir des systèmes de santé déjà fragiles.

Je propose pour ma part d'agir en responsabilité en ne pillant pas les ressources humaines qui sont vitales pour ces pays. Je propose, à l'inverse, de faciliter les allers et retours des médecins d'origine africaine afin qu'ils puissent exercer dans leur pays d'origine et participer à la formation de jeunes médecins tout en conservant des connections en France leur permettant de poursuivre l'approfondissement de leurs compétences. Plus largement, je proposerai de renforcer les moyens affectés à la santé en encourageant la constitution d'un fonds public mondial pour la santé de base.

Une deuxième condition au développement c'est de pouvoir valoriser ses atouts économiques. Cela suppose des moyens importants. Les budgets des États restent lourdement affectés par le remboursement de la dette accumulée dans les années 1980 malgré les premières vagues d'annulations. Il conviendra d'achever ce processus de désendettement.

S'il faut aider les Etats, il faut aussi soutenir les familles. Le micro-crédit est une voie pour permettre aux Africains de financer leurs projets de développement: l'extension des réseaux de micro-crédit dans les campagnes où ils sont encore peu présents doit permettre à de nombreuses familles de sortir de la pauvreté. L'Afrique possède de nombreuses richesses, mais celles-ci sont le plus souvent surexploitées par des groupes étrangers. Il s'agit donc de promouvoir en Afrique des filières d'excellence durable reposant davantage sur les populations. Je pense au coton dont l'Afrique est un producteur de qualité mais qui est déprécié sur les marchés internationaux en raison notamment des subventions américaines: il faudra porter cette question avec plus de force dans le cycle de négociations de l'OMC. Je pense aussi aux énergies renouvelables - et à l'énergie solaire en particulier - qui permettent notamment dans les zones rurales, d'apporter de l'énergie à des coûts raisonnables pour la fourniture de services essentiels. Je pense enfin à la promotion du commerce équitable dont nous devons valoriser les débouchés sur le marché français.

Pour financer ces nouvelles opérations de développement durable, il est avant toute chose nécessaire d'optimiser l'utilisation des moyens actuels disponibles, pour éviter les gaspillages et nous assurer que les ressources seront mises effectivement à disposition de ceux qui en ont le plus besoin. Comme je l'ai mentionné plus haut, cette optimisation de l'utilisation de l'aide publique passe par la clarification du rôle des différents acteurs et par la recherche de synergies avec les instruments européens.

Je souhaite que notre nouvelle politique de co-développement s'appuie plus directement sur les acteurs de terrains. Dans ce cadre, je propose de rénover nos méthodes de coopération notamment en valorisant davantage le travail des ONG en portant à 5% comme c'est le cas ailleurs en Europe le pourcentage de l’aide française qui sera mise en oeuvre par leur canal. Ne privatisons pas l'aide publique au développement, rationalisons le dispositif français de coopération encore trop éclaté ! Mobilisons davantage la coopération décentralisée, qui permet à des collectivités françaises de collaborer directement avec des collectivités africaines, car, au-delà des transferts d'argent, c'est aussi de capacités d’action autonomes dont les pays africains ont besoin. Mobilisons davantage les migrants et leurs compétences ! Mobilisons les jeunes qui souhaiteront effectuer un service civil à l'étranger ! Dans ce domaine de la coopération, comme dans bien d'autres secteurs, la France devra aussi contribuer à renforcer les politiques européennes pour une solidarité plus efficace et une contribution plus significative au développement durable du continent africain.

Enfin, au delà de cette optimisation des moyens et des politiques, je veux aussi que nous réfléchissions à une taxation des transactions financières pour accroître le financement du développement. Enfin, conformément au projet du PS, nous porterons progressivement le montant de l'aide publique à 0,7% du PlN, pour remplir les engagements internationaux qui ont été trop longtemps bafoués.

Je crois possible de mettre fin au désordre créé par des décennies de politique clientélistes en Afrique, des politiques bien peu responsables au regard des besoins des sociétés africaines et des volontés de solidarité des citoyennes et citoyens français. Pour cela, nous devons être fermes sur la défense des droits de la personne humaine, innovants en matière de développement. Nos objectifs doivent être explicités et nos méthodes transparentes. Ce sont les positions que je défendrai au cours de cette campagne pour rénover la politique de la France aux côtés de l’Afrique. Ce sont les orientations que je mettrai en oeuvre si je suis élue.

Le texte de Mme Royal répondait à un
appel lancé, dans nos colonnes le 14 décembre dernier, par Jean-Marie Fardeau, Secrétaire général du CCFD (Comité catholique contre la Faim et pour le Développement)..

Voici le commentaire de M. Fardeau au texte de Mme Royal :

La réponse de Mme Royal à ma lettre ouverte sur la nécessité d’un changement radical de la politique de la France en Afrique est un signe encourageant d’engagement. Mme Royal se prononce en effet clairement sur plusieurs questions chères au CCFD, qui sont portées, en vue des élections, par la campagne « État d’urgence planétaire, votons pour une France solidaire » : examen par le Parlement des accords de défense liant la France et des pays africains, création d’une délégation parlementaire aux négociations et à la coopération internationales, engagement de faire transiter 5 % de l’aide publique au développement par les ONG, exigence, pour les entreprises exploitant des ressources en Afrique, de déclarer ce qu’elles versent aux autorités de ces pays… Je m’en réjouis bien entendu. Sur plusieurs questions - dette, taxation des transactions financières, règles commerciales mondiales… -, nous attendons des engagements plus précis. Le dialogue va donc se poursuivre, comme c’est le cas avec tous les candidats que nous avons interpellés. La France et tous ses citoyens sortiront grandis de ce débat démocratique sur ses relations avec l’Afrique.

http://www.temoignagechretien.fr/index.php

Patrick Eric Mampouya

Forum Réalisance

Posté par Musengeshi Kat à 00:52 - Capitalistes et capitalisés - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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